‹ Œuvres sociales de ChanningChapitre 5 sur 19 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

lorsqu'une fois ils l’auront connue, ce sont ces ouvriers qu’on juge (rop légèrement. Je ne sais quel Anglais comparait la société de son pays à un tonneau de bière; au-dessus, dii'ait-il, est la mousse, au fond est la lie, mais au milieu c<f une liqueur aussi pure que généreuse. J'en dis autant de ia France: ce milieu, la force et l’espérancjdu pays, ce sont les travailleurs; et sous ce nom je comprends quiconque vit du labeur de ses bras ou de son esprit, depuis l’architecte jusqu’au maçon, depuis l’écrivain ju-qu’au pressier. Ce sont eux qui décideront de l’avenir, c’est à eux qu’il ap partient d’établir le règne de l’intelligence et de la moralité. C’est pour eux qu’a écrit Channing, 1 1 il n’eût demandé, je crois, ni d’autres juges, ni d’autres amis.

Édouard Labodlayb.

Paru, 15 décembre 1853.

DE

OU

Là culture de SOi-MÊME

TABLE DES MATIÈRES

AvA\T-rnopos, par JI. Éd. Lal.oulayc

liilmitticdoa , •••

/ dlsniic de l:i nature humainn. ^

— srjn U our morale * ^

Klle se Uouve sunourdanTiâ”miiItUmïc. V *. V *. *, ' * ! *, ! ! ! ! U

j‘üuiuuoi l’cJucaiion personnelle est possible. .... . . . ’ . . . ! ifi

U lullurc- personnelle csl morale. ?0

-' Lu fiiUurc péronnelle c^^ religicuac. ôj

' * fondcnien t lie la vérii 6 et la basg'.li' la i- il t l ô

'niollcciuellf! |

'Li tulliire personnelle lortilie la pcn.n'c. i !.!..'!!!!!!. .’ îf, ' I-*! tullUi'c fiursonncllc est sociale. . . I ^ ’ ’ ' * ^

—La nilluro pcrsonuolle csl pratique, ‘ ' * i | ‘ ‘ ‘ ôs

— Hic dcvcloppo le sens du beau co

— 'N'ctcssiie du savoir parler.. ^

L^'ducaliüii est nécessaire a loules ieseiassA , Via’ sicicl '.! ' ' ' ‘

— fies morciis de favonscr l'tfdUcalion personnelle ^

— Le p r ogrès e st la lin même dé notre être'. . . —

»L'cncrgie de la voloiué '

— N^essilé de répriniurlcsappélilsb'ruiatix! în

i rfuls pernicieux des liqueurs rortCs ' ' j|

«i^Salulairc inllucncc des bons livres.. ".!!!!.'.’*!"! li

L'éducation doit va r ier avec riiidîtidu — jir

Ji’">J‘'P5ndance du b pensée est la liberté VjliMuient; ! ! ‘ ‘ ‘ 1?

En pcidccl.ounaiit SOI, iLUivre l'Ouvrier se perfectionne bii-niCuV. . ! ! SI

' . travail est uiic utule du dévouement et de iti.-ticc *

—erW travail donne une noble impulsion à l'esprit.. M

profit ijuti jjuut dürtricr radversité. , , , , ^ ^ ^

forme républieuine est un puissant moyen d'tûlucâi ion. ^

Uangciâ de 1 eb|iui de parii. . , , ^

L'esprit de paili est opposé à rindépcndanec n:ôra c'. . . . . . ! ! ?n

Des raloniiiies euntic les riclics. . . ] ' ' ' ' Tjr

Des ralomnics coiitru les pauvres. . . , . . ^ ^ V ' ' ' ™

D 's s p é iulatioiis liuiiteuses. —

publies des citoyens riches. . . , n>

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, aiL” ■uujuii d âiiiëlioraiion personnelle. . . . îa;

— ‘ néces s ité de 1 éducati o n de l ' nira i iec. ’ — Jr

< < ^l a j> l i«» .« >no , .t 5 d'instru c ti o n doivci'u ; ; ' '

Des o bj a e i ons eoi H ivil fflstr urtiufi des classes laborieuses . . ^

— » Ue l a noble ss e du t eo v a ri manuel. — Ü:

L'o u vr i er a toujour s du l oi si r iiuu r ’sôn’c ' ducatio'n r . ! -

personnelle:

L é d ue al i o n du peuple e st l a li n de la so, l. ^ ^ê. . . J.

rr o pr . » (l u [.cu[i'c V \ ' — îjD

De fa cn i r cl , l e . d ev o ir s du peuple.. ......... V ‘ ‘ ‘ gi

Mills. - IMP. n*ç„ „ clV7,“VE~i7Enri'r,-B. 1.

AVANT-PROPOS

Il J a (Ii\'-snpt ans qtio, me promenant sur les quais, aux j environs (le l'ilolel-Itieii, j’avisai à l’élalagc d’an libraire un | livre anglais que j’ouvris par hasard. C’étaient les œuvres de William Kllery Channing. Le nom de l’auteur m’était inconnu. Je feuilletais machinalement le volume, quand tout à coup une page m’arrêta. J’y trouvais des idées si nouvelles, des réflexions si grandes et si justes que je me hâtai d’acheter le livre, et que je me mis à descendre les quais, jusqu’à la place de la Concorde, sans pouvoir détacher mes yeux de ces lignes inspirées. Ce que je tenais dans les mains, ce (pie je lisais avec la ferveur et la joie d’un homme qui voit enlin la vérité, c’était le discours sur l'éducation personnelle, ou la culture de soi-même, qu’on trouvera à la suite de cet avantqiropos. Je ne crains pas de dire que ce dis(!ours a été pour moi une révélation. Il a résolu pour moi l’énigme (pii trouble notre, siècle, il m’a appris comment il était on notre pouvoir de fonder une démocratie sage, heureuse, riche et pacilique. Le problème de la démocratie ii’cst pas un problème politique, au sens vulgaire du mot ; toutes les combinaisons, toutes les inventions constitutionnelles, tontes les formes do gouvernement sont impuissantes à le résoudre; c’est un problème d’éducation. Il n’y a que des éooles largement dotées, il n’y a qu’une éducation gé-

A\ANT-I'r.OPOS.

nérale qui puissent donner aux peuples modernes la véritable liberté et la parfaite égalité. C’est ce qu’avaient reconnu les Grecs qui vivaient dans des cités libres, c’est ce qu’après de longues et dures épreuves on commence à sentir dans notre pa}s.

Convaincu que le premier devoir d’un citoyen qui tient la vérité est .d’ouvrir la main toute grande, et de semer le bon grain aussi loin qu’il peut aller, j’écrivis pour le Journal des Debats deux articles sur Channing, qui parurent en 4852 et furent accueillis avec faveur par le public. L’année suivante je publiai en un volume quelques-uns des traités de Channing, et i’intitulai ce recueil Œuvres sociales, en un temps où le nom même de socialisme faisait reculer d’horreur les Français elfrayés ; je voulais indiquer ainsi qu’il y a de nos jours des questions capitales, qui intéressent la société tout entière, et que la société seule peut résoudre, par un effort continu. Ce n’est pas à l’État, c’est à la commune, c’est à l’association, c’est à l’individu qu’il appartient de répandre et de propager l’éducation. Tant que nous ne nous mettrons pas tous à cette œuvre qui dépasse toutes les autres en importance, nous ii’obtiendi’ons jamais cette égalité des conditions qui est la gloire de la démocratie. Ce I n’est pas en abaissant tous les hommes sous le même niveau j administratif ou révolutionnaire qu’on arrivera jamais à la j prospérité et à la grandeur ; c’est au contraire en élevant i les plus humbles et les plus pauvres aux idées, aux sentiments, aux jouissances intellectuelles et morales des plus riches et des plus heureux. Voilà ce que ne comprennent pas tant de gens qui jettent l'anathème à la société, à la propriété, à la famille ; ils ne voient pas que tout bouleversement social ne ferait qu’aigrir les maux dont ils se plaignent, tandis qu’ils ont la guérison sous la main, sinon pour eux, au moins pour leurs enfants.

Ce volume de traduction, suivi de trois autres, et un excellent travail anonyme publié sur Clmnuiug ont fait con-

DE I/ÉDUCVTION PERSONNELLE. 5

naître au public français le nom et les idées du Fénelon américain. Channing a conquis droit de bourgeoisie chez nous, et l’on s’appuie de son autorité, dans les camps les plus opposés. Mais il s’en faut que ces idées soient entrées dans la circulation, autant qu’on doit le désirer. Voilà pourquoi on a pensé qu’une édition populaire de ces traités servirait utilement la cause de la démocratie. Si le public y fait bon accueil, il sera facile démultiplier ces publications et d’y joindre les discours d’Horace Mann, ou d’autres amis de l’éducation générale. On sentirait alors que la prodigieuse croissance des Etats-Unis n’est point l’effet de la l'ortune ou du hasard ; mais qu’elle tient à des racines profondes et indestructibles et qu’en deux mots, c’est l’école qui fait la force et la grandeur du peuple américain. Le jour où l’on sera pénétré de cette véiilc, on arrivera à poser clairement le grand problème social, et tout problème bien posé est à peu près résolu.

Je n’insisterai pas sur les idées que Channing défend avec tant de chaleur et tant d’onction, je ne veux pas refaire son discours ; mais il est un point sur lequel je dois insister. De nos jours, parmi les réformateurs et les amis de la cause populaire, il en est beaucoup qui tiennent à honneur de se séparer, non-seulement de l’Église, mais du i christianisme ; il en est d’autres qui font profession de ma- 1 térialisme, et qui traitent de chimère Dieu et l’immortalité l de l’àme; je respecte toutes les convictions, et n’entends imposer ma foi à pei’sonne ; mais je cherche encore en quoi la proscription du chrislianisme, en quoi le triomphe du matérialisme peuvent hâter les progrès de la civilisation et donner au peuple plus de liberté ou plus d’égalité. Il me semble que l’EiVangile est le plus démocratique de tous les livres, et qu’il y avait un fond de vérité dans l’expression bizarre de Camille Desmoulins, lorsqu’il se vantait d’avoir trente-trois ans, l’âge du sans-culotte Jésus-Christ.

Si la fraternité n’est pas sortie de l’Evangile, pourquoi ne

AVAM-I*ROI'OS.

la (rome-t-on que chez les ju‘ii|>les clirélieiis? Cliac’.in, sans tloiilo, a aiijourcrimi le droit de prendre pour soi la morale dirélienne et de rei)nusser les croyances du christianisme; la vérité, une fois (ju’elle a paru dans le monde, appartient à tons, comme l’air et la lumière; mais ce que ma raison se refuse à comprendre, c’est comment le cjii islianisme, après avoir apporté sur la terre les idées de libel lé, d’éfialité et de fraternité, serait devenu tout à coup une cliauie qu’il faut rompre, un esclavage (ju’il faut abolir. Il me semble qu’on confond deux choses fort dilférentes, et qu’on rend l’Kvangile responsable des fautes et des crimes que les hommes ont commis en son nom.

Je me crois aussi libéral et aussi démocrate que personne, je ne reconnais pas de réforme plus nécessaire que la séjiaration de l’Kglise et de l’État. Selon moi, la civilisation aura fait son plus grand pas le jour où la religion sera mise en dehors de la jiolilique, où la politique n’aura plus rien à faire avec la religion. Mais en ipioî l’Évangile s’ojiposc-l-il à la complète de la plus précieuse de toutes les libertés? Le christianisme est la seule religion qui ait donné au monde, durant trois siècles, l’exemple d’une Église séparée de l’Ktat. Ne peut-on reprendre celte noble tradition? Je demande donc à rester chrétien avec Chaiming, avec Horace Mann, avec cette société américaine qui fait do si grandes choses pour la cause populaire, et je repousse ces doctrines de désespoir (pu chassent Dieu de l’àme humaine et font de l’homme un animal misérable pour qui tout finit avec la vio. Tous ces systèmes, renoivvclés de Zénon ou d’Kpicure, ont toujours clé funestes à la liberté; ils ont enfanté l’orgueil stérile de quelques hommes, l’égoïsme du plus gland nombre, rinqniissancs universelle, et le despo'ismc; l’amour seul peut fonder la vraie liberté, et l’amour, c’est la vertu qui sort de l’Évangile.

En lisant Channing, j’espère dune que les âmes pieuses se rassureront ; elles sentiront que ce filial divorce entre la

DE L’Education personnelle.

liberté etrÉvaiigile qu’on nous présente comme une loi néqgssaire, n’est que l’erreur de quelt|ues esprits, éblouis par l’éclat des sciences naturelles, aigris par des causes diverses, ou emportés par le courant du jour. 11 n’est pas vrai (ju’il faille eboisir entre le cbristianis'me et la liberté; on peut sans doute aimer la liberté et repousser les croyances ebrétiennes, mais comment peut-on se réclamer de l’Évangile et ne pas aimer la liberté? N’est-ce pas le christianisme qui, en rendant à Dieu ce qui appartient à Dieu, a renversé le despotisme antique et brisé l’idole de l’État? N’est-ce pas l’Évangile qui, en affranchissant la conscience de l’individu, a enseigné à l’iiomme à se gouverner lui-même? N’est-ce 1 pas la liberté du fidèle qui a enfanté la liberté du citoyen? ' Un pareil langage est aujourd’hui peu populaire; mais en lisant Cbanning on comprendra peut-être que la liberté et l’Evangile sont faits pour s’entre-aider et non pour se combattre. Qui a plus aimé le peuple c|ue Cbanning, et qui cependant a eu une foi plus vive dans l’avenir du cbrislianisme? Ne mêlons donc pas la religion à nos problèmes politiques; n'avons-nous p.;s assez de causes de division, sans troubler inutilement les consciences? Répétons seulement que ceux-là ne sont pas des chrétiens qui, au nom de la religion, disent anathème à la liberté, et que ceux-là ne sont ni des libéraux ni des démocrates qui, au nom de la liberté, disent anathème à la religion. Chrétiens ou non, mettons-nous tous à l’œuvre commune, et en laissant chacun maître d’adorer Dieu à sa guise, unissons-nous tous pour répandre la vérité, propager la lumière et combattre l’ignorance et la misère, ces deux tjrans impitoyables, qui asservissent le monde, et qu’il faut vaincre à tout prix, si nous voulons établir le règne de la liberté.

ÉD. LADOULAYE.

Avril *8C9.

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