‹ Œuvres sociales de W.E. ChanningChapitre 2 sur 30 · II · texte numérisé non relu

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brillantes à l’Université de Cambridge en Massachussets , résolut de se vouer au saint ministère. Il avait à peine vingt-trois ans qu’une église de Boston lui offrit un établissement; on sait qu’en Amérique la plupart des communautés sont indépendantes , et que ce sont les fidèles qui choisissent leur pasteur. Cette, église, dont le nom dit assez tout ce qu’il y a de local dans la religion aux États-Unis , c’était la Société chrétienne de la rue de la Fédération , réunion où dominaient les doctrines unitaires , déjà favorites parmi les théologiens de Cambridge , et que le jeune Channing avait embrassées avec une ardeur qui ne s’affaiblit jamais. Depuis 1803 jusqu’à sa mort, arrivée en 1842, Channing a été le ministre de cette église dissidente , et , malgré l’opposition décidée et même la répulsion que rencontraient les unitaires dans une ville qu’on pourrait nommer la Genève du Nouveau-Monde et le sanctuaire du calvinisme, il leur a conquis une position considérable et que chaque jour a rendue plus forte et plus respectée. Durant ces quarante années , tout entier à ses devoirs , usant une santé délicate à répandre ses doctrines religieuses et sociales, Channing n’a connu d’autres événements que l’émotion causée par ses écrits , ceux surtout où , avec un courage et une chaleur admirables , il a poursuivi l’aboli-

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tion de l'esclavage et demandé la liberté des noirs au nom de l’Évangile. En deux mots, sa vie est tout entière dans les idées qu’il a propagées et défendues.

Ce sont donc ces idées qu’il faut connaître. Mais pour nous, Français et catholiques, elles sont si nouvelles , si étranges , si hardies , qu’il faut un certain effort pour résister à un premier étonnement et se garder d’un dédain déplacé. Un peu de patience est d’autant plus nécessaire qu’il faut aborder un sujet qu’en France on ne regarde pas comme littéraire , et qui partout est fort délicat : la religion. En ce point , nous sommes tout à fait en dehors du courant d’idées qui emporte l’Allemagne, l’Angleterre et les États-Unis; et cependant, quand on voit le réveil religieux qui a lieu parmi nous , il est permis de croire que ces grandes questions ne nous laisseront pas toujours indifférents. Partout où l’homme porte son cœur, sa pensée l’accompagne , et c’est une loi de sa nature qu’il finit toujours par raisonner ses sentiments. Ne craignons donc pas de suivre le mouvement religieux aux États-Unis ; le monde est solidaire , et ce mouvement, fait pour surprendre et même pour effrayer, bientôt peut-être il éclatera chez nous.

Ce n’est pas que je veuille insister outre me-

sure sur les doctrines religieuses de Channing : la théologie est chose trop délicate pour qu’un laïc y touche sans nécessité. C’est d’un point de vue purement historique et philosophique que j’entends étudier ces théories nouvelles , sans prendre parti pour elles , et surtout sans vouloir blesser en rien aucune des églises chrétiennes, bornant mon rôle à celui d’un rapporteur qui ra* conte et ne juge pas. Dans l’histoire de la religion, je crois l’unitarianisme destiné à prendre une grande place , car il est le dernier terme du libre examen , et , pour dire toute ma pensée , l’avenir du protestantisme est à lui. Et quant aux hommes (le nombre en est grand) qui sentent le besoin d’une croyance pour fixer la pensée et pour pacifier le cœur, et que cependant effraient les difficultés du dogme, il me semble qu’il n’est pas sans intérêt pour eux de connaître un système qui entreprend de concilier la religion et la philosophie, non pas au moyen d’une mutuelle et dédaigneuse tolérance , mais en montrant que le christianisme est l’achèvement de la philosophie , et que la révélation est la perfection même de la raison. Si une pareille doctrine nous arrivait d’Allemagne , enveloppée dans de mystérieuses formules, déguisée sous des mots étranges , nous l’accueillerions avec respect, comme nous avons fait des théories de

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Schelling et d’Hégel; aurons-nous moins d’attention parce que Channing n’est point resté dans le domaine de l’abstraction , qu’il a, parlé simplement , pratiqué ses idées , et fondé bien plus qu’une école, une Église à laquelle appartiennent aujourd’hui les écrivains les plus influents , les esprits les plus élevés de la Nouvelle-Angleterre? Une doctrine nouvelle, et qui émeut les deux mondes, c’est, selon moi, même quand cette doctrine est théologique , un sujet digne d’occuper quiconque ne professe pas une suprême indifférence pour toute étude sérieuse et qui force à réfléchir.

On sait quelle est la profonde distinction du catholicisme et du protestantisme ; elle est moins encore dans le dogme que dans le principe même de la croyance, et c’est ce qui explique comment tout espoir de concilier les deux communions est chimérique. Un catholique et un protestant qui auraient tous deux la même foi n’en resteraient pas moins séparés par un abîme ; car le premier croit, parce qu’une autorité supérieure, qui est l’Eglise, l’assure du mérite de sa croyance, et le second, au contraire, parce que la Bible, telle qu’il l’entend, c’est-à-dire sa raison propre, lui donne directement la vérité. Le catholicisme, c’est le sacrifice de la raison individuelle en tout

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