DE L'HUMILITÉ
Tractato delV humilila composio p. Fraie Hieronymo da Fer^ rara... « Impresso in Firenze, per Antonio Mischomini a di ultimo di guigno, 1492, in-4». »
Ce traité est adressé par Savonarole , sous forme de lettre , en réponse à la demande d'une dame du monde , sa fille spirituelle. Il fut souvent réimprimé : à Florence, 1495 ; à Venise, en 1538 et 1547, etc.
Nous l'avons traduit sur le première édition de Venise , où il est mis en tête de plusieurs traités du même auteur.
« C*est à mes yeux, très -chère fille en Jésus -Christ, « une grande et intolérable présomption, que de pré- « tendre enseigner aux autres ce qu*on ignore soi-même. « Cela est vrai surtout quand il s*agit de morale et de « vertu , car Thomme ne devient savant parfait en ces maa tières que par un long et continuel exercice. Cela est a encore plus vrai par rapport à la perfection de la vie spi- « rituelle. Nul, en effet, ne peut souffrir l'orgueil de ceux « qui osent l'enseigner aux autres , sans en avoir senti en a eux-mêmes la plus petite flamme, sans Tavoir expéri- « montée, et même sans l'avoir connue d'une manière quela conque. On peut en donner plusieurs raisons. D'abord , » les pauvres orgueilleux sont naturellement détestés. Ces <c faux docteurs leur ressemblent; ils sont pauvres par les « vertus qui leur manquent, et orgueilleux par la pré- « somption qui les remplit. Ensuite l'opinion publique n'a « aucune estime pour celui qui encourt le blâme des por- « sonnes honorables. Or, ces docteurs, qui prêchent ce a qu'ils ne font point, se condamnent eux-mêmes et dévoi-
« lent leur honte en citant les paroles de Dieu, de la (( sainte Ecriture et des saints. Enfin, tout censeur est a généralement détesté, surtout lorsque sa conduite est « en contradiction avec sa doctrine; ses auditeurs disent « avec rÉvangile : médecin, commence par te guérir et toi-même^ et tu pourras ensuite guérir les autres, (Luc.
a IV, 23.)
« Aussi, très-chère fille en Notre -Seigneur, après avoir « fait toutes ces réflexions, il me semble bien difficile « d'exaucer votre demande et d'écrire sur l'humilité et la <( charité. Ces deux vertus occupent les deux points (( extrêmes dans l'édifice de la vie spirituelle. L'humilité « en est le fondement; sans elle chaque partie de l'édifice, a et l'édifice tout entier s'écrouleraient bientôt. La charité t( en est la consommation et la perfection ; elle unit toutes (( les parties entre elles : si bien que sans ce ciment elles « se sépareraient les unes des autres , et que l'édifice entier , a même les fondements, ne tarderaient pas à s'écrouler. a Par conséquent, ces deux vertus excellentes exigeraient « un écrivain et un panégyriste exercé non pas tant dans a l'art de bien dire que dans la pratique parfaite des bonnes « œuvres. Certes, je n'en suis point là, et, si vous ne (( m'aviez point adressé une demande aussi juste et aussi (( raisonnable , le sentiment profond de ma propre faiblesse « aurait toujours empêché mon esprit de composer, mes a lèvres de parler, et ma plume d'écrire sur un tel sujet , (( trop au-dessus de mes forces. Mais quand je songe que a vous ne pouviez pas exprimer à votre père spirituel un « vœu plus utile pour le salut de l'âme, plus convenable à a mon ministère, et plus nécessaire à votre état, je ne « crois pas pouvoir vous répondre par un refus. Loin de là ; a et quoique je sois peut-être présomptueux, je me sens
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« plutôt pressé d'exciter ma tiédeur que d*écouter ma né- « gligence et de vous refuser un enseignement qui pourra c contribuer à Tavancement des personnes pieuses dans la « vertu. Plût au Ciel que ces deux vertus fussent aussi a profondément enracinées dans mon âme que je le vou- « drais ! Je serais alors plus capable de satisfaire votre bon « désir.
« Cependant remarquez bien ceci tout d*abord. De môme « que ceux qui auront progressé davantage dans ces deux a grandes vertus, dont Tune est morale et Tautre théolo- « gique, seront plus honorés et élevés dans le ciel; de f môme ceux qui auront fait plus de lectures, afin de les « acquérir, et n'auront point su en profiter, seront plus a déshonorés et châtiés dans Tenfer. C'est la parole de Notre- « Seigneur : On châtiera davantage le serviteur qui conna^«a sant la volonté de Bon maitre ne l'aura point exécutée. ( Luc» it XII , 47. ) Et la raison en est que les sciences morales n'ont a point pour but la spéculation, mais la pratique , comme « le dit Aristote. Quant à moi, j'ose l'espérer du secours a d'en haut , vous et tous ceux qui liront ce petit traité, qui « méditeront avec soin ses enseignements, empruntés à a Dieu et aux saints, en invoquant par leurs prières et leurs « soupirs la miséricorde de Jésus -Christ, principe de a toute vertu, ne manqueront pas de s'avancer chaque « jour dans la voie de Dieu, qui se résume dans l'humilité a et la charité. Aussi, bien assuré que l'Esprit - Saint dai- « gnera m 'illuminer, j'aborde maintenant cette œuvre au- <( dessus de mes forces. Et comme dans toute construction a d'un édifice il faut poser avant tout le fondement, je « vais traiter d'abord deThumilité, vertu qui est le fonde- « ment de la vie spirituelle. Puis, si le temps me le permet « et si ma lettre n'est pas trop longue, je traiterai de la
a charité; sinon, je le ferai dans une deuxième lettre, qui « suivra de près celle-ci *. »
L*humilité est une vertu qui empêche l'esprit de s*élever d'une manière déréglée. La définition même de cette vertu en démontre la nécessité ; car tous les hommes , ou plutôt toutes les créatures intelligentes, ont une tendance naturelle à rechercher par-dessus toutes choses leur propre excellence. Tel est le puissant moteur, le vif aiguillon de tous leurs désirs ; et voilà pourquoi l'homme la recherche souvent d'une manière désordonnée. De là encore la nécessité de l'humilité , qui nous apprend quelle excellence nous devons désirer, en qui et comment nous devons la rechercher. Elle nous apprend qu'on ne doit pas préférer sa propre gloire à la gloire de Dieu; qu'après la gloire de Dieu, il faut rechercher d'abord la félicité éternelle ; çt après la félicité éternelle, la perfection intérieure, couronnement de toutes les vertus. Elle nous apprend que nous ne devons pas espérer d'obtenir tous ces biens par nos propres forces et nos mérites , mais par la seule miséricorde du Dieu toutpuissant. Elle nous apprend qu'on doit plutôt éviter que rechercher les honneurs du monde ou les louanges des hommes qui, malgré leur vanité, chatouillent le cœur, l'enflent d'orgueil et le précipitent vers une grande ruine. Elle nous apprend qu'il faut rester dans la situation où Dieu nous a placés, et être contents de tout ce qui lui plaît. Étes-
1 Nous diviserons ce traité en paragraphes correspondant à l'ordre des matières, afin d'en faciliter la lecture.
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VOUS pauvre, par exemple? ne cherchez point à devenir riche, parce que les richesses sont plutôt un obstacle qu'un moyen pour aller au ciel. Etes -vous simple laïque ou ecclésiastique? fuyez les dignités, loin de les rechercher; ce n'est point le pouvoir, mais la vertu qui rend l'homme agréable à Dieu. Votre vertu est-elle ignorée? ne cherchez point à la faire connaître ; un trésor connu court de graves dangers. Dans le cas contraire, rapportez -en l'honneur à Dieu, et évitez toute parole ou tout acte qui la ferait paraître plus grande , ou pourrait la révéler à ceux qui Tont ignorée jusqu'à ce jour. Est-on loué surtout pour des vertus qu'on n'a pas, ou bien jouit-on d'une réputation imméritée? l'humilité enseigne à en gémir et à faire des efforts pour amoindrir cette estime, sans offenser Dieu, ou du moins à la mériter, et même à la surpasser par des actions vertueuses. L'humilité enseigne encore à rester soumis et obéissant aux préceptes divins et à progresser chaque jour dans l'amour et la perfection, à ne point se proposer d'autre but que celui-là, et à se contenter de l'état imposé par la Providence. Elle enseigne enfin à ne point se troubler de tout ce qui arrive , à s'inquiéter uniquement de maintenir son âme dans la soumission et la crainte de Dieu , de pratiquer la reconnaissance et la résignation dans l'adversité, et d'éviter l'orgueil dans la prospérité. Ainsi, l'humilité empêche l'esprit de s'élever et de rechercher les honneurs et les louanges d'une manière déréglée; elle fait, en un mot, qu'on se contente de son état, et qu'on ne prétend pas être plus sage que Dieu.
Nous l'avons dit, le désir de la propre excellence exerce un grand attrait sur le cœur de l'homme , et c'est ce qui rend si difficile l'acquisition de l'humilité à un degré parfait; car il est très- difficile de vaincre un ennemi fort et
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puissant. Or, non-seulement cet ennemi de notre vertu est très -puissant, il est encore très- subtil, il est plein d*astuce, il attaque sans relâche, et souvent il porte des coups mortels.
11 est très -subtil , parce qu'il pénètre dans Fâme de toutes parts. On ne peut jamais si solidement fermer la porte du cœur qu'il n'y entre à la dérobée, comme un larron , en faisant mille détours , afin d'amoindrir tous nos mérites et de gâter nos meilleures actions. Il sait se dissimuler habilement. Quand nous entreprenons quelque œuvre louable, il s'insinue dans l'esprit pour s'emparer de notre intention première, qui était honnête , et fait briller à nos yeux la gloire humaine; quelquefois même il nous entraîne avec tant de force et d'astuce que nous ne nous en apercevons pas d'abord. Mais quand l'œuvre est accomplie, si nous l'examinons à la lumière du Saint- Esprit, nous reconnaissons qu'en croyant agir pour l'amour de Dieu', nous avons agi pour l'honneur du monde; ou bien, si nous ne savons au juste lequel des deux a été le motif principal, il est clair que la vaine gloire s'est mêlée à l'intention pure et a diminué d'autant le mérite de l'œuvre accomplie. Ne réussit-il point à transformer l'intention première? semblable à un lâche et perfide ennemi, qui n'osant pas combattre en face, attaque par derrière ou par côté, il s'insinue au beau milieu de l'action , en exagère la valeur, la montre digne de tous les éloges , supérieure à toutes les autres , presque angélique. Il fait si bien qu'on se laisse aller peu à peu à des pensées de complaisance sur soi-même et sur son œuvre. Échouet-il sur ces deux points? il tâche au moins de ternir notre gloire. 11 nous persuade que nous sommes saint, que nous passons pour le plus sage des hommes , et quelque-
fois il nous fait décerner des éloges en notre présence. Il n'ignore point que cela peut déplaire, mais il sait en tirer son profit, en nous remettant en mémoire les paroles des flatteurs , en nous enivrant de ce souvenir, en nous persuadant qu'il y a du moins quelque chose de vrai dans ces compliments, si tout ne Test pas. Enfin, s'il ne peut mieux faire, il nous pousse à nous réjouir de ce qu'on a une si bonne opinion de nous. C'es^t là surtout ce que nous devons éviter; ne prenons jamais plaisir aux éloges immérités. Ainsi, notre ennemi ne cesse pas de tendre des pièges, nonseulement aux actions mondaines, mais encore à tous les actes vertueux, soit intérieurs, soit extérieurs, et il est si habile qu'il sait pénétrer jusqu'à son adversaire, je veux dire jusqu'à la sainte humilité. Il y entre ou en sort librement, selon que l'homme veut s'abaisser au dedans ou au dehors , en ayant soin de lui montrer que sa sainteté , fort supérieure à celle des autres , lui concilie l'afllection et les louanges de ses frères qui s'en vont célébrant partout sa modestie, sa douceur, sa bonté et son inaltérable affabilité. Par là, l'orgueil naît de l'humilité môme, y" Ce qui prouve combien est subtil et pénétrant cet appétit de la propre excellence.
Cet ennemi est très-rusé. Il sait qu'à son instigation l'homme tombe souvent dans le péché , sous prétexte de faire le bien. Il le presse de révéler au grand jour ses vertus afin dé donner le bon exemple aux autres ; de chercher ou d'accepter les dignités afin de sauver un grand nombre d'âmes; de parler des choses les plus élevées de la vie spirituelle. C'est qu'il n'ignore pas que la vaine gloire s'y glisse aisément, et qu'il est bien difficile de nourrir en soi de telles pensées ou de tels désirs sans offenser Dieu.
Il ne cesse jamais de nous attaquer. Les autres vices
donnent à l'homme quelque trêve : Torgucil ne le lâche jamais. L'avarice n'envahit notre cœur ni si complètement ni si constamment; d'ordinaire, les jeunes gens sont généreux. La luxure s'arrête devant la pudeur ou la vieillesse. L'orgueil, lui, semble se développer alors que tous les autres vices sont éteints. Il nous prend dès la plus tendre enfance, et nous poursuit sans relâche jusqu'à la dernière heure de notre vie. Il nous rend glorieux et fiers , tantôt de nos plus vaines et mauvaises actions; tantôt de nos richesses, de notre beauté, de nos grâces mondaines; tantôt de l'élégance de nos habits , de notre beau parler, de notre maintien, de notre regard ; tantôt de nos actions vertueuses, et tantôt de nos actions coupables, telles que la danse, le jeu , les chants profanes. Et quand on croit avoir triomphé de tous les défauts, on se trouve en présence de celui-ci qui semble s'être rajeuni et fortifié pendant que les autres disparaissaient.
C'est aussi un ennemi très-mortel, car il fait des blessures mortelles à l'âme. Il rend l'homme désobéissant à l'égard «les supérieurs, dur pour les inférieurs, sévère, cruel et inabordable pour les égaux; d'un commerce difficile, parce qu'on prétend dominer partout en faits et en paroles; avare et cupide , en faisant croire que la richesse est une marque de supériorité; arrogant dans le langage. L'orgueilleux parle avec un air altier et à haute voix; il ne souffre pas qu'un autre prenne la parole. Croyant toujours qu'il est en état de mieux dire , il parle volontiers , il est prompt à répliquer, il s'empresse de prouver qu'il entend toute chose, et d'en remontrer à tout le monde. Il est irritable, insolent, méprisant, vindicatif, obstiné, batailleur, présomptueux, implacable, haineux, ne recevant conseil de personne, jaloux d'imposer son avis. Quand il garle,
il s'écoute lui- môme et ne s'inquiète pas si ses auditeurs prennent ou non plaisir à l'entendre. Quand il assiste aux sermons, il recherche les subtilités, laissant les vérités simples et pratiques à ceux qui sont au-dessous de lui ; et lorsqu'on les prêche , s'il n'en est pas content , il se moque du prédicateur et des auditeurs ; il les méprise intérieurement, il s'ennuie, il regarde de côté et d'autre, il ne peut tenir en place , il crache , il remue ses mains et tous ses membres. Il veut savoir pourquoi ce prédicateur dit ceci et cela ; il est tout prêt à le contredire et lui fait mille objections au fond du cœur. Quand le sermon est fini , il veut prouver qu'il a tout compris , et soulève des discussions. Souvent il blâme le prédicateur en ayant l'air de vouloir le louer ; il fait remarquer sournoisement quelqu'un de ses défauts, et ne songe point à son propre salut. Voilà, entre mille autres, les plaies mortelles faites par cet ennemi à l'âme qui ne se tient pas sur ses gardes et qui se laisse pousser à tous les vents.
L'orgueil s'empare du cœur de bien d'autres manières; mais on ne saurait les concevoir toutes et moins encore les décrire. Aussi est-il très difficile d'acquérir la vertu contraire. Toutefois, comme ce qui est difficile et impossible à l'homme, est facile et possible à Dieu, il ne faut ni s'effrayer ni désespérer. Dieu a soin de suppléer par sa grâce à notre faiblesse et à notre impuissailce.
Voici donc les règles qu'il faut suivre pour ne point tenter Dieu et se disposer de son mieux à recevoir cette vertu et les autres.
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1^ On doit comprendre, en l'apprenant non par les autres, mais par un sentiment et une expérience personnels, que de soi-même on est incapable d'acquérir cette ' vertu et de faire une action méritoire ; qu'on ne peut y réussir que par la grâce et la miséricorde du Dieu toutpuissant, puisque tant de fois nos plus grands efforts sont restés vains et stériles.
2^ Il faut se passionner pour cette vertu, comme un avare pour l'argent, comme un amant pour une belle femme, et se mettre ardemment à sa poursuite. Demandez-la à Dieu avec des prières et des larmes incessantes; frappez toujours à la porte de sa miséricorde ; exercez-yous intérieurement dans la pratique de cette vertu, sans ralentir jamais votre zèle, et en redoublant de ferveur et do charité de jour en jour, d'heure en heure, avec le ferme espoir et la foi inébranlable que Dieu finira par vous exaucer.
3^ Il faut s'exercer activement dans la connaissance de soi-même. Considérez d'abord vos infirmités corporelles; ce que vous êtes , d'où vous venez , où vous allez ; le peu de temps que vous avez à vivre, et les épreuves innombrables que vous avez à subir sur cette terre, où tout ne fait que changer et passer. Détachez ainsi, peu à peu, votre cœur de l'amour du monde, et arrivez jusqu'à le haïr, en songeant que vous n'avez rien à attendre de lui que du mal. Méditez ensuite sur vos infirmités spirituelles; sur les péchés que vous avez commis et que vous commettez chaque jour; sur les grandes difficultés que vous éprouvez à faire le bien ; sur l'imperfection de ce bien qui est tout rempli de vaine gloire, de tiédeur, de respect humain et d'autres défauts; sur l'effrayante facilité de vos chutes, sur les graves dangers qui vous entourent; enfin sur le manque de persévérance dans vos bonnes résolu-
tioM. On y manque si souvent qu*il semble parfois qu*elles n'ont jamais existé. y
. 4® Il faut s'efforcer de connaître la gloire et la majesté de Dieu dans la création. Contemplez et admirez ce ciel, si grand et si beau , qu'il a fait sortir du néant avec toutes . les créatures qu'il renferme. C'est lui qui le conserve et le met en mouvement; c'est lui qui fait fleurir les arbres, et nulle feuille ne s'agite sanè son ordre. Il a créé des millions d'anges, tous plus beaux les uns que les autres, si bien que la splendeur du ciel n'est rien en comparaison. Il pourrait encore créer d'autres mondes, mille, cent mille fois plus beaux que celui-ci, et cependant ces mondes ne seraient que néant devant sa gloire infinie. Il n'a besoin d'aucune créature; le bien et le mal que nous faisons n'agrandit ni ne diminue en rien sa majesté , et sa gloit^ n'est point augmentée par les louanges continuelles des esprits célestes. Cette révélation d'une aussi grande majesté apprend à l'homme à rentrer en lui-même, à s'abaisser à ses propres yeux et à s'humilier sous la main du Tovi-Puissant. (I. Petr. v, 6.)
5<* Il faut méditer attentivement et affectueusement sur l'Incarnation et la Passion de Notre- Seigneur Jésus- Christ. Pensez à la bonté et à l'humilité déployées par Dieu dans ces mystères, et dites-vous combien l'homme doit rougir de son orgueil après que Dieu n'a point rougi de s'abaisser comme il l'a fait. Lisez assidûment les saints Évangiles, vous y verrez que Notre -Seigneur a toujours vécu dans une parfaite humilité.
6° Il faut étudier la vie des saints Pères tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. Songez qu'ils étaient des géants , des héros que le monde n'était pas digne de posséder (Hebr. xi, 38); qu'ils faisaient de grandes et admirables
choses, et que néanmoins ils fuyaient les honneurs, se méprisaient eux-mêmes, aimaient à se placer sous l'obéissance d'un maître, et souffraient volontiers les injures , les persécutions et le martyre pour l'amour du Christ Jésus. Vous devriez lire de préférence la vie des saints et des saintes que l'amour divin a poussés à mener une vie \ humble et basse, malgré leur rang illustre et leur haute noblesse selon le monde. Telles furent, par exemple, sainte Paule et sa fille Eustochie, au rapport de saint Jérôme, qui leur a adressé plusieurs de ses écrits. Issues des premières familles de Rome par le sang et les dignités, elles abandonnèrent généreusement patrie, parents, honneurs et toute pompe mondaine ; elles se dépouillèrent de leurs vêtements d'or et d'argent, de leurs pierreries, de leurs diamants, pour se revêtir d'un cilice; elles en distribuèrent le prix aux pauvres et repassèrent ensuite la mer, tant elles désiraient ardemment contempler de leurs yeux la terre consacrée par l'humilité du Sauveur.
7° 11 faut considérer combien l'orgueil déplaît à Dieu , •puisque c'est à lui seul qu'il fait résistance. (I. Petr. V, 5.) Rappelez -vous le châtiment de Lucifer, précipité des hauteurs du ciel avec ses légions orgueilleuses, la ruine immense causée par le péché de nos premiers parents, l'humiliation profonde du grand roi Nabuchodonosor changé en bête. Ces divers exemples prouvent que Dieu a en horreur ce péché, dont le premier degré consiste à se séparer de lui (Eccli. x, 14), afin de s'affranchir de ses commandements. Si les hommes le détestent, au point qu'un orgueilleux ne peut souffrir la vue d'un autre orgueilleux , quelle ne doit pas être la haine de Dieu pour ce vice !
8® Il faut être plein de vigilance et de sollicitude tou-
chant le commencement, le milieu et la fin de nos actions. Dès le commencement ouvrez Toeil de votre esprit, et prenez la ferme résolution de ne rien faire par vaine gloire. Si ce sentiment veut se glisser dans votre âme, chassez-le aussitôt et fixez votre intention d'abord sur T honneur de Dieu , ensuite sur votre propre salut et sur celui du prochain. Au milieu, prenez garde que la vanité ne pénètre furtivement pour vous enlever le mérite ; redoublez d'efforts pour maintenir l'intention pure jusqu'à la fin et en faire hommage à votre doux époux Jésus- Christ. Quand l'action est accomplie, n'y pensez plus; commencez, ou du moins préparez -vous à en entreprendre une autre. Si vous sentez que l'orgueil se glisse secrètement dans votre âme, recourez à Dieu; attribuez -lui tout le mérite de l'action, en songeant qu'il voulait la rendre parfaite, et que vous seul êtes cause de ses nombreuses imperfections. Evitez toujours de rien faire en public qui puisse provoquer l'admiration et les louanges des hommes; vivez au milieu d'eux selon la coutume ordinaire des gens de bien. Ne soyez ni plus riche ni plus pauvre dans vos vêtements qu'il ne convient à votre position. En un mot, dans votre attitude, dans votre démarche, dans votre regard , dans votre langage, sachez garder un juste milieu : les extrêmes, sous ces rapports divers , attirent beaucoup l'attention , tandis que le juste milieu, auquel on est habitué, passe inaperçu. 9<» Il faut se mépriser soi-même et se haïr, en songeant que malgré toutes ces règles, malgré tant de commandements et d'exercices, nous nous laissons abattre par la plus légère tentation. Un peu de gloire et d'honneur suffit pour nous faire perdre de vue la récompense éternelle et nos bonnes résolutions, au point que très-souvent, dès que survient la tentation, nous suivons ses appâts, bien
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que nous nous sentions entraînés et blessés. D^une part , nous sentons le remords de la conscience ; de Tautre, Taîguillon de la gloire : et ainsi nos cœurs restent captifs comme des oiseaux pris à la glu. On devrait donc s'indigner contre soi-même, se châtier souvent, se réprimander et se haïr.
10° Il faut sans cesse avoir la ferme espérance d*obtenir un jour la vie éternelle. Pour vaincre ce violent appétit de sa propre excellence, opposez -lui un autre objet, non moins capable d'entraîner le cœur; je veux dire la gloire admirable du Fils de Dieu, pour laquelle rhomme doit fouïer aux pieds tous les honneurs du monde. De plus, cet ennemi étant, comme nous Tavons déjà dit, subtil , rusé , Infatigable et mortel , il est nécessaire de le combattre par une prière incessante. Par elle Tesprit trouve de vives lumières dans la connaissance de soi-même et dans celle de Dieu ; il voit aisément les pièges et les rused de cet ennemi, et trouve des armes pour lutter et remporter la victoire. Sans le secours de la prière on ne saurait acquérir aucune vertu.
Mais, vous le savez, ne point avancer dans les voies de Dieu, c'est reculer. Voilà pourquoi il est impossible de se maintenir dans le degré d'humilité suffisant pour le salut, encore qu'il soit facile de l'acquérir. De deux choses Tune : ou on marche toujours vers la perfection, ou on recule sans cesse jusqu'au péché mortel. Il faut donc nécessairement s'armer de constance, de patience, de courage, et nourrir Tinvîncible espoir de s'élever plus haut. Si parfois votre zèle se refroidit, ou si vous tombez dans les pièges de la vaine gloire, n'en soyez point trop abattue. Relevez* vous de cette chute avec de nouvelles forces , en songeant que Dieu l'a permise pour vous apprendre à vous connaître
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vous-nciême, et vous faire trouver dans cette connaissance une plus grande humilité, et dans cette humilité une plus graiide puissance contre ce redoutable ennemi. Je vais exposer maintenant les divers degrés de cette vertu.
Le degré suffisant pour le salut consiste à obéir aux commandements de Dieu et des supérieurs, dans les choses qui relèvent de leur autorité , et à se préserver des péchés mortels. Dès que vous aurez acquis ce degré, gardezvous bien de vous arrêter : s'arrêter, c'est reculer. Renouvelez avec énergie vos bonnes résolutions, et dites -vous intérieurement : « Quel mérite y a- 1- il de lîie soumettre a à Dieu et à mes supérieurs? Je ne fais qu'accomplir un a devoir rigoureux. La véritable gloire consiste à faire ce « qui n'est point imposé par la loi naturelle ou divine, et, a sans nul doute, il y a plus de mérite à suivre les préa ceptes et les conseils que les préceptes seuls. Puis donc « que je me suis humiliée jusqu'à ce jour envers mes sud périeurs, je veux désormais m'humilier envers mes « égaux. »
Commencez dès lors à considérer dans votre prochain tout ce qui est divin : il porte l'image de la sainte Trinité ; il est racheté par le sang du Christ; il a telle et telle vertu, et peut-être est -il beaucoup plus agréable à Dieu que vous. D'autre part, considérez en vous-même tout ce qui est humain, c'est-à-dire vos péchés, votre grande fragilité, votre immense ingratitude, et comparez vos défauts aux qualités de votre prochain. Cela vous aidera beaucoup à pratiquer l'humilité intérieure. 11 est vrai, on peut, sans
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offenser cette vertu, préférer les grâces qu'on a reçues à celles du prochain; j'entends parler de ces grâces gratuitement données *, dont nous pouvons affirmer avec certitude que nous les possédons. Mais, néanmoins, quiconque désire vraiment s'humilier ne doit considérer ces grâces qu'en croyant fermement qu'il ne les a point méritées et qu'il en est indigne. Aussi, quoiqu'il soit permis de préférer ses propres dons à ceux de son prochain, on peut s'humilier intérieurement devant ses égaux , si on songe que par soimême on n'est rien; que peut-être le prochain possède la grâce sanctifiante, la première de toutes les grâces, et qu'on ne la possède pas soi-même, et qu'après tout, s'il avait reçu les mêmes dons, il en aurait fait un bien meilleur usage.
De plus, comme les vertus s'acquièrent avec le concours de la grâce divine et de l'activité humaine, il est nécessaire, pour acquérir l'humilité , de se livrer à des pratiques et à des actes extérieurs. Soyez, par exemple, la première à rendre honneur; cédez volontiers la parole à votre mari; montrez -lui toujours un visage gai et souriant; obligez-le volontiers; adressez-lui vos demandes avec douceur; servez -le avec empressement; souffrez ses injures avec patience; et quand il y a lieu de se réconcilier, demandez pardon la première, lors même que vous seriez l'offensée. C'est par ces actes et d'autres semblables qu'on arrive au deuxième degré de l'humilité; il faut les accomplir avec zèle, avec énergie et sans interruption, afin de dompter peu à peu les inclinations violentes de notre nature vers le mal et vers l'orgueil.
1 Les dons surnaturels faits par Dieu à une âme pour Tutilité et le salut du prochain.
Arrivée à ce deuxième degré, élevez -vous plus haut et abaissez-vous devant vos inférieurs. Considérez, en effet, que ce n'est ni le rang ni la dignité qui élèvent l'homme aux yeux de Dieu, mais bien la grâce avec Thumilité. Notre -Seigneur Ta dit dans ces paroles : Ce qui est grandeur pour les hommes est abomination devant Bieu, (Luc. XVI, 15.) Ainsi, bien qu'il ne soit pas toujours convenable de s'abaisser extérieurement devant ses inférieurs, il ne faut jamais s'estimer plus grand qu'eux; on ne sait pas ce qui se cache dans leur âme,, et tel qui sur la terre fut pris pour un insensé, est aujourd'hui un grand saint dans le ciel. Toutefois on peut pratiquer à leur égard quelques actes extérieurs d'humilité, dans certaines circonstances favorables. Quand une de vos servantes est malade, vous , pouvez la soigner et la servir avec un parfait dévouement, , comme vous feriez pour Jésus -Christ. Ne rougissez point de l'aider quelquefois, mais toujours en temps et lieu convenables, dans les plus humbles travaux. Imijtez saint Martin, qui de temps à autre déchaussait son domestique et nettoyait ses souliers ou lavait ses bas. Il est d'ailleurs facile de pratiquer la patience envers les inférieurs, de les supporter souvent quand ils disent des paroles grossières , de les corriger avec huinilité et douceur, et de ne point leur faire des reproches quand ils sont en colère ; ils ne veulent alors rien entendre, et il vaut beaucoup mieux garder le silence. Voilà ce que doit pratiquer celui qui désire acquérir l'humilité. S'il est fervent, si son cœur est rempli de l'amour de Dieu, il a pour directeur l'Esprit- Saint lui-même, et il apprend de lui à observer en toutes choses le temps , le lieu et la mesure voulus.
Cependant on ne saurait jamais être trop prudent en se livrant à ces exercices; car, voyez -vous, plus l'homme
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met de soin à pratiquer la vertu, plus Torgueil pénètre secrètement dans son âme, La raison en est toute simple. Il est très-diflicile de faire des actions dignes d'éloges, sans prendre peu à peu confiance dans ses propres forces, au point de croire qu'on sera capable de les renouveler et d'en accomplir même de plus grandes. Tandis qu'on développe les actes extérieurs, qu'on dompte ses vices et ses mauvaises inclinations, la présomption germe secrètement dans le cœur et y pousse de fortes racines; la vertu extérieure s'accroît, mais l'humilité intérieure diminue sensiblement. Telle est aussi la raison des grandes chutes de ceux qui font des choses admirables aux yeux du monde. Dieu les permet souvent, afin de leur apprendre à ne pas trop compter sur leurs forces, en reconnaissant qu'ils ne sont capables dé rien , et afin qu'ils ressuscitent plus humbles de cœur, et par là même plus puissants pour les œuvres extérieures. Quand donc un homme a fait de grandes choses aux yeux du monde, il doit descendre aussitôt dans son cœur, et le scruter pour voir si quelque sentiment d'orgueil ou de vaine gloire ne s'y est pas glissé. Il doit encore examiner avec soin s'il ne s'indigne pas contre lui-même quand il reçoit des éloges; car celui qui est parfaitement humble, étant plein de mépris pour lui-même, pense toujours qu'on se trompe quand on le loue, et cette erreur fait qu'il s'indigne et s'afflige de ce qu'il n'est point à la hauteur de sa réputation. Si c'est Dieu qui le loue par la bouche d'un prophète, d'un saint, ou d'un ange, il s'étonne, il est stupéfait, et se demande comment ces nobles créatures, qui n'offensent jamais la vérité, peuvent parler de lui en ces termes. Aussi, la Vierge Marie, entendant l'archange Gabriel lui adresser de si grandes louanges, se troubla, c'est-à-dire
s'étonna beaucoup d*un tel langage, et se prit à se demander intérieurement d'où pouvait venir un éloge qu'en tous cas elle estimait très -supérieur à ses mérites. C'est là un signe authentique d'une humilité parfaite. Il prouve que rhomme a une parfaite connaissance de lui-même, qu'il rapporte toutes ses bonnes œuvres à la grandeur infinie de Dieu; qu'il sait que ce n'est pas lui qui les accomplit, mais Dieu par lui, qu'il n'est que son instrument, et que de lui-même il ne fait que pécher; et tout cela, il le connaît clairement par sa propre expérience, et non pour l'avoir lu ou entendu, en sorte qu'il ne ce^se jamais de se maintenir dans un état de componction, d'abaissement et de soumission , et qu'il compte toujours sur la miséricorde divine. Mais il y en a bien peu qui arrivent à un tel degré, et s'il s'en rencontre quelqu'un il doit s'élever encore plus haut, parce que nul ici-ba$ n'est tellement parfait qu'il ne puisse se perfectionner davantage. Le degré le plus élevé de cette vertu me paraît consister dans l'accomplissement d'œuvres excellentes faites pour l'amour de Dieu et le salut dii prochain, et dans le désir d'être méprisé de tous , et persécuté , calomnié , martyrisé par les méchants. Notre - Seigneur nous en a donné l'exemple. Après avoh* accompli les œuvres les plus héroïques, il a voulu être bafoué par les Juifs, et mourir sur la croix de la mort la plus ignominieuse. Ce degré ne se rencontre que très-rarement et en peu d'endroits, soit parce qu'il y a peu d'hommes qui fassent des choses grandes et célestes sur la terre, soit parce qu'il y en a encore moins qui, en les faisant, ne recherchent point les louanges, soit parce qu'il n'y en a presque pas qui aient soin de les éviter. Que voyons -nons tous les jours? Dès qu'on a fait la plus simple action qui mérite à peine
ua petit éloge, chacun s'empresse de la révéler afin d'être honoré, et pourtant cette action est souvent digne de bldme ; quelquefois même on ne Taccomplirait pas si elle était juste et sainte.
C'est ainsi qu'on arrive peu à peu à la perfection de l'humilité. Saint Benoît, il est vrai, énumère douze degrés de cette vertu. Bien que ces degrés soient plutôt des signes de Thumilité intérieure, je vous les exposerai en terminant, afin de ne rien omettre.
1° Montrer toujours l'humilité intérieure et extérieure dans tous les gestes et particulièrement dans les regards, en évitant tout acte qui pourrait révéler de l'orgueil . L'homme humble doit tenir ses yeux baissés, surtout en public, et cela avec modestie, sans affectation, sans trop incliner la tête et sans tourner le cou : ce qui ressemblerait à de rhypocrisie.
2® Parler rarement et avec sagesse, je veux dire ne s'entretenir que des choses divines et graves , en préférant toujours écouter que. parler, même dans les conférences spirituelles. Quand vous parlerez, assaisonnez toutes vos paroles du sel de la sagesse. Parlez peu et à voix basse; une voix trop élevée révèle une âme altière et immodeste.
3® Ne point rire facilement et à tous propos , mais rarement et modestement, selon cette parole de TEcclésiastique : L'insensé élève la voiœ en riant, mais le sage ne laisse échapper qu'un sourire, (xxi, 23.)
DE JÉRÔME SAYONAROLE 37
i° Garder le silence jusqu'à ce qu'on soit invité à prendre la parole. Cela veut dire qu'il ne favit parler que lorsqu'il y a nécessité, en sorte que les psfroles ne sortent de la bouche que par force et parce qu'on voit qu'on ne peut pas faire autrement.
S*' Ne jamais se départir de la manière commune de vivre prescrite par la règle, c'est-à-dire éviter toute singularité. Nous l'avons dit plus haut, la singularité en«gendre la vaine gloire.
6<» Croire vraiment et confesser qu'on est le dernier de tous. Il y en a qui s'abaissent en paroles, mais ils n'en croient rien au fond du cœur, et attendent qu'on les en félicite.
1^ Croire et confesser qu'on est un serviteur inutile, indigne de tous les emplois qu'on veut bien nous confier, ainsi que de tous les autres , et notamment de tout ministère divin.
8<* Avouer ses péchés, c'est-à-dire ne point les cacher, confesser publiquement ses fautes et reconnaître ses torts, sans les excuser et sans murmurer entre les dents.
9^* Supporter avec patience les pesants fardeaiix qu'impose l'obéissance ; car il n'en coûte rien d'être patient et obéissant dans les petites choses.
10° Se soumettre à tous les ordres des supérieurs. Celui qui en excepte un seul n'a pas la véritable humilité.
Il*' Ne point aimer à faire sa propre volonté, et préférer celle des autres , non-seulement celle des supérieurs , mais encore celle des égaux et au besoin celle des inférieurs , si elle est conforme à celle de Dieu. Vous pouvez vous y exercer souvent en accomplissant de préférence les volontés de votre mari, en lui obéissant comme à Jésus-
38 CeiTfRBS SPIRITUILLCS
Christ, et en sacrifiant YOtre manière de voir à celle de vos égaux qui sont dans la maison.
i2^ Se maintenir toujours dans la crainte de Dieu, «e rappeler et méditer sans cesse des commandement», et craindre de les transgresser. Bmtmx cduî cpA efel dans une crainte continuelle! Heureux celui qui est yraiment hwnble de cœurl La sainte Écriturei hàk à chaquie page reloge ée cette yerto, et Notre -Seigneur, qui ne saurait mentir, a dit cette parole : Quiconque ^éUve sera 4ih€ii$$é, et q^icofkqm s'àbaine sera ékvé. (Luc, xiv^ 11.)
a Voilà, très-chère fille en Jésus -Qirist, ce qu'il m*a
a semblé bon de vous écrire touchant cette grande vertii
« de Thumilité. La forme épistolaire de ce traité ne me
« permet pas de m'étendre davantage. Je me réserve donc
« de vous écrire dans une autre lettre sur la charité*, qui
« est le couronnement de Tédifice spirituel. Je m*empres-
« serai de réaliser ce dessein , dès que je saurai que vous
« avez fait quelques progrès dans cette vertu fondamen-
« taie de Thumilîté, lors même que vous û'en auriez point
« atteint le plus haut degré.
« En attendant, vous prierez Dieu pour mo(, pauvre
« pécheur, afin qu'il me fasse la grâce de la pratiquer
a parfaitement, comme iî m'a fait celïe d'en achever
<r l'exposifbn^ Vous lui demanderez aussi qti'il m'^accorde,
« en son tenrps , de vous exposer fe traité de fa cha"rité.
1 Nous verrons dans la suite que Savonarole écrivant, en 1497, aux religieuses du couvent à^Annalena, leur disait qu'il errait déjà ptrblié entre autres un traité sur h Charité, Ce traité se nous c paa été eoBserré, du moin» 8o«8 ee titre. Peut-être n'est- il pas autre que Topuscule suivant de V Amour de JésitS" Christ, publié avant celui de V Humilité, dont la composition cCnt antériettre.
Dl iiféUE SÀVONAiK>LE 89
a A la louange et à la gloire de notre éternel Rédemp^ « teur, r humble agneau Jésus -Christ, qui est avec le a Saint-Esprit un sou) vrai Dieu tout'*puiMMnitv A lui c est Fhonneur et le oômmanclenielit à jùmms et «m êelà. « Amm!
« Que la miséricorde, la grâce et la paix de Dieu soient d toujours avec vous* Aili^ sait" il! »
DÉ L*AtfOÛR DÉ lÊStS-CHRÎST
tradalo detto Afnore di îesu Christo composta da Fraie Hieronymo da Ferrara, priore di S. Màrâhâ di F'irenië. « ImfiTes^o in Firônze |>er Atitonio Misofaominiy a di ±yn di maggio 1492, in-4o. I) Une (deuxième édition, publiée le 26 juin suivant, fut siîivfé dé plusieurs autres sans lieu ni date. (Audin, loc. cit., fp* d9, ^, €rto/) — N<y#s féfdn^ fétttAT({titf (^ë ié« preMîôteà éditions de ces divers of^usouleé dont très -^gantes, et scmvei]^ enrichies de gravures et d'illustrations, dues aux plu» célèbres strtfeté^ ôônterfi^oraïns.
Ce traiité tai |)^obaMeiftéiit éttU p«^ SaVoïïârole k la demande de ses Frères, car il y e»t fait satfvent «Jhnwouf aax devoirs de la vie religieuse. Il a été imprimé à Gênes, en 1860, sans le dernier chapitre et sous le titre : de l'Amour de Dieu, â la fin des Œi^reê spitifdeUeë dé Mgr Antoine Éfécfôarrar, dés Frères Prêcheurs , évêque de Seutftri , auqu^ û étafit latfSBeiÉent attri" bué.
Demeurez dam mm amowr. (Joaû* xv*)
La veille de sa morl, notre Sawveuï' Jésns-'CbrisI con^ sciait avec bonté ses disciple^ ckérisv que 1* pm^ê àe ceftto cruelle séparation avait plongés daBS» le deuil €ft Ist tmtas^e. Il leur disait entre autres^ choses de persévérer â^rm sww
amour, et leur démontrait que sans la charité ils ne pouvaient être ses disciples , ni faire des œuvres méritoires de la vie étemelle, parce que sans cette vertu ils étaient complètement séparés de lui. Comme les rameaux de la vigne ne peuvent plus porter de fruit dès quMls sont séparés de leur cep, se dessèchent bientôt et ne sont plus bons qu'à jeter au feu, ainsi les disciples de Jésus -Christ, ou plutôt les créatures raisonnables , ne peuvent faire sans lui aucune œuvre surnaturelle et méritoire, et lorsqu'ils en sont séparés , semblables au bois sec et stérile, ils sont dignes d*être jetés dans les flammes éternelles. C'est que Jésus- Christ est la véritable vigne céleste dont nous sommes les rameaux. Aussi notre Sauveur, affligé de la perte des âmes, et désirant ardemment leur salut, disait à ses disciples : Demeurez dans mon amour.
Je me propose donc, puisque j'en ai été prié, d'écrire un petit traité sur cette vertu, moyennant le secours de Celui que nous désirons aimer avec autant d'ardeur que de tendresse. J'ose espérer qu'il servira à augmenter la ferveur dans les âmes, et qu'en même temps il leur fera porter des fruits et leur donnera des consolations pendant leur pèlerinage terrestre. Je montrerai successivement :
1** Que personne ne peut être sauvé sans l'amour de Jésus; 2<» que l'amour de Jésus est plus suave que tous les plaisirs du monde ; 3** qu'une grande récompense est réservée à ceux qui l'aiment de tout leur cœur; 4® comment cet amour peut s'acquérir; 5<» comment il peut se conserver quand on Ta acquis ; 6^ quel châtiment attend quiconque n'aime pas Jésus; 7® nous ferons plusieurs contemplations propres à exciter cet amour dans nos cœurs.
Ce sujet est au-dessus de mes forces, car je ne me sens pas enflammé comme je le voudrais; mais j'ai pleine con-
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fiance dans Tinfinie bonté de Jésus, que vos prières n'au* ront point sollicitée en vain pour moi.