‹ Œuvres spirituelles choisies de Jérôme Savonarole, des Frères PrêcheursChapitre 20 sur 71 · CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU

Une grande récompense est réseryée à ceux qui aiment Jésus de tout leur cœur jusqu'à la mort.

On pourrait croire que ceux qui aiment Jésus trouvent toute leur récompense dans le bonheur dont nous venons de parler. Je veu< donc montrer en troisième lieu qu'ils auront une autre récompense, si élevée, qu'elle est abso* lument incompréhensible,

Je le prouve d'abord par la sainte Écriture, L'apôtre saint Paul s'exprime ainsi dans sa première épître aux Corinthiens (u, i) ; L'(»iln'(ijamai$ms l'omllen'ajamaii entendu, et le mur n'a jamais pressenti le^ joies que J>i^ pré* pçive ^ (moB qui Vaimmtf Donc ce bonheur est si grand que ni les sens ni rintelligence ne sauraient le comprendre»

Cette vérité se prouve également par la raison, Dieu ^ créé l'homme pour le bonheur, et le bonheur consiste dens la vision et l'amour de son essence, C'est ce que démontrent asses les désirs naturels du oosur humain qui ne peuvent être essouvis par les créatures , même les plus parfaites , puisqu'on voyant leur beauté il désirerait ardemment contempler leur créateur, et resterait inquiet et agité

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juaqu'ftu naoroent o& il ¥errait Dieu fiice à fcc«». A qui dooc eem réseryée cetta béatitude éternelle, iafinie^ ^inoo à ceux qui aiment Jé9U3, qui ont $oumi9 toutes leur» volonté» à se» comm^ndenients et qui ne cessent de souf* frir pour sa gloire eu ce monde? Pour en saisir toute la grandeur et Timmepsité , considérons que Dieu étant infini, inelTable, incompréhensible, est incomparablement plut parfait que chaque créature et que l'univers tout entier. St cependant Thomme est si élevé dans cette gloire qu'il s'unit h ce souverain bien par Tesprit et par le cœur et se transforme entièrement en lui. L'œil de son intelligence devient si fort qu'il regarde fixement cette lumière inac-^ cessible g et sa volonté si puissante qu'elle contemple sans crainte cette Majesté suprême, qu'elle l'embrasse môme avec une confiance absolue, non comme un maître, mais comme un ami, ou plutôt comme un époux bien^aimé, La sécurité redouble sa joie. Il sait que cette félicité souve-» raine u'aura point de fin* Tout ce qu'il voit, le présent, le passé, l'avenir, réjouit son ccgur, et rien ne saurait le contrister, 11 ne connaît point le dégoût, il vit dans une allégresse continuelle et dans des transports toujours nou« veauj^, H n'est pas possible d'exprimer toute la grandeur de cette récompense, mais on peut comprendre combien elle est inestimable, en considérant ce qu'ont 80uf<fert ici-bas les saints , et particulièrement les martyrs. Les exemples de ceux qui furent riches et savants nous touchent davantage et nous font croire plus efficacement aux merveilles de la vie future. Et, en effet, quand nous

1 Savonarole se sert ici de la démonstration de saint Thomas. (Ip., q. XII, artl.) Les docteurs de l'Église parlent toujours des désirs du chrétien, en qui la nature humaine a des aspirations surnaturelles.

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voyons qu'ils ont perdu tous leurs biens, et souffert les tortures les plus atroces, les morts les plus cruellesl, en vue de cette récompense, nous comprenons qu'ils n'auraient pas agi de la sorte sans avoir la certitude de cette vie. Car ils étaient savants, saint Denys TÂréopagite le fut entre tous, et jamais ils n'auraient fait à la légère des actes semblables.

Je pourrais dire encore beaucoup de choses sur cette félicité; mais je préfère les passer sous silence, parce qu'on les apprend mieux à Técole de l'Esprit -Saint, et dans de pieuses contemplations, que par l'enseignement des hommes. Je n'ajouterai plus qu'un mot à l'adresse de ceux qui sont expérimentés. Je leur dirai : « Si les servi- « teurs de Jésus- Christ versent de si douces larmes et « poussent de si tendres soupirs dans leurs prières et leurs « oraisons, s'ils renoncent à toutes les joies de la terre (( pour se livrer à cette sainte pratique où ils trouvent, « comme vous le savez bien, les plus chères délices; si « l'Esprit-Saint répand dans leurs âmes une telle douceur « qu'elle leur fait supporter toutes les tribulations de ce « monde, non-seulement avec patience, mais encore avec « joie et bonheur; que n'éprouveront -ils point dans la (( patrie céleste, quand Dieu lui-même essuiera doucea ment leurs larmes, mettra fin à leurs soupirs et les « idondera de toutes sortes de consolations? Il est bien « évident que jamais l'intelligence ne saura concevoir, ni « la langue exprimer cette félicité. »

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