‹ Œuvres spirituelles choisies de Jérôme Savonarole, des Frères PrêcheursChapitre 21 sur 71 · CHAPITRE IV Comment on acquiert Tamour du doux Jésus · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Comment on acquiert Tamour du doux Jésus

En établissant les trois vérités précédentes, j'ai peutêtre inspiré à quelques-uns le désir d'aimer Jésus. Je vais donc, avec la grâce divine, montrer comment on acquiert cet amour. Il conviendrait mieux sans nul doute que ce sujet fût traité par des hommes plus expérimentés que moi. Toutefois, cédant aux instances qui m'ont été faites, je dirai ce que j'en pense. '

Et d'abord , à mon avis, quiconque veut acquérir l'amour de Jésus doit se détacher entièrement des choses de la terre, selon cette parole : Si vous voulez être parfait, allez ^ / vendez tout ce que vous possédez , et donnez- en le prix aux pauvres; puis, suivez-moi. (Matth. xix, 21.) Ainsi, pour aimer Dieu d'une manière suffisante pour le salut, il faut être détaché des biens temporels , et ne point placer en eux sa fin dernière; mais pour aimer Dieu parfaitement, il faut ajouter le détachement extérieur et effectif, afin de marcher, à la suite de Jésus-Christ, dans le dépouillement et la pauvreté. Car, s'il est vrai qu'un homme riche peut aimer Jésus parfaitement sans se dépouiller de ses biens , à l'exemple d'Abraham , de David , de ^nt Louis et de . tant d'autres, il est également vrai qu'il est très -difficile d'acquérir cette perfection et même de se sauver au milieu des richesses, et qu'il y en a bien peu qui se sauvent dans

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cet état, par comparaison à ceux qui se sauvent dans la pauvreté volontaire. Voilà pourquoi il a été dit par Notre- Seigneur : Le riche entrera difficilement dans le royaume des deux (Matth. xix, 23) ; et il est écrit dans l'Ecclésiastique (xxxi, 8) : Heureux le riche qui a éti tro\ivé sans péché, qui n'a pas été entraîné par l'amour de l'or, et qui n'a pas mis son espérance dans l'argent et la fortune ! Quel est celui-là, et nous lui décernerons des louanges? Il a fait des prodiges dans sa vie. Vous le voyez , le Sage estime que c'est un prodige d'être riche sqii9 aimer U riolieasa, tant il est difficile de posséder l0# bidni^ de U terre et de m point >'y ç^tt^cher 1 OofiQ, pour wquérir facileweat Vamaup p^rfeit de iém^ , il faut 80 détaol^p? du monde, de oceuret de feit, on i^sprit et en réft-> lité. Et remarque! bien, je yom prie, que j'entende parle? même dep petites cbese^. Car il y en a qui, pour s'être attar chés à des biens frivoles, après avoir renoncé auii vic^e^ae^i sa sont rendu» stérilesi e\ n'ont porté aucun fruit dane le champ du Seigneup, TeU sont les peligieuit qui s'attachent 4 des haf atel|e« et i de* iuperftuités. ïls eroiant ne point offenaop Dieu, ou du moins ne l'offenser que l^renient, Victime» du démon, il» n^ font rien pour »'en présesyar; ila ignorent que cela éloigne l'Esprit-Saint et les détourne Qux-môme» de la perfection, en le» eifpo»ant à des» danger» d'autant plu» graves qu'ils vivent dan» une religion plua parfaite. Go que je dis ne vient pas de moi. C'est, la doçns trine enseignée, approuvée par le» »aints Père», et confir-. mée par Texpérienee de chaque jour, Aussi le» maître» 4o la vie spirituelle recommandent - ils d'examiner ayeo soin la conscience , de sonder aveo courage les pli» et repli» du. cœur, de Pélever vers le eiel de» qu'on le sent incliné wm la terre, enfin, de renoncer même aux petites choses, et de n'avoi? à ton uaage que les pbo»e» néoessaires 4 la vie cor*

porejle ou §pirit^^U6, en préfér^at toujours la privation 4 la 8uparfluit4. li ^^ lm\e, ep vérité, 4e mattre ces coas^iU en pratique, quau4 Pn aon«i4ère la vanité des biens qui ne font qw passer, ai qu'on ^onga 4 la mort qui s'appvpobe 4 grand» pas.

Toutefois, il ne faut pas croira qu'on pst parfait amsnt de Jéaus en aacomplissant ce que j'ai dit jusqu'ici. H faut de plu3 rentrer ep sai'^méme, ooi^sidérer sa propre misère corporelle et spirituelle, ses péchés, sa fragilité, et s'hU"* miliet profQft4émenl; devant Dieu, en reconnaissant qu'on a besoin de lui en toutes choses, au tel point qu'on ne peut faire une bonne action, ni même avoir une bonne pepsée sans le secours de sa grâce» Or il ne suffit point de sa^ voir cela eu théorie, comme les pécheurs; il faut encore le savoir pratiquemept, par une longue ei^périence de sa propre fragilité. Et voilà pourquoi on doit veiller continuai'' lement sur soi-même, cousjdérer atteutivement chaque jour ses défauts et la déplorable facilité avec laquelle on abandonne les bonnes résolutions, revenir sincèrement à Dieu 6t demander sans cesse la grâce de Jésus, en versant des larmes de repentir* Humilie?- vous, non-seulement de^ vant Pieu, mais encore devant vos inférieurs; reconnaisse^-yous comme le dernier de tous, non de bouche, mais d'esprit et de cœur, à cause de vos défauts tant intérieurs qu'ej^térieurs, et juge^-vous indignes d'un état si parfait; considère», d'une part, vos propres défauts; de l'autre, l'immense bonté de Jésus qui ne cesse de vous exciter à la • vertu par d'innombrables inspirations, et d'accueillir favo-r rablement vos prières, malgré tous vos péchés et votre ingratitude chaque jour renouvelée; enfin, adonnez-vous à la prière et à l'oraison , en vous prosternant aux pieds du I crucifix : par 14, vous pe pourress point ne pas progresser

peu à peu dans la connaissance et l'amour de votre Créateur et Rédempteur. En retour, il ouvrira secrètement les yeux de votre intelligence , et vous commencerez à contempler les choses éternelles , vous ne ferez plus aucun cas du monde et de sa gloire, que vous regarderez désormais comme un poison. Bien plus, après avoir goûté les charmes d'un tel amour, vous ne songerez plus à autre chose et vous ferez tous vos efforts pour rester avec Jésus, dans la prière et la contemplation.

Parvenu à ce degré, considérez souvent Tinfinie bonté que Dieu a déployée dans Tlncarnation de son Fils unique, et contemplez ses œuvres, notamment la passion et la mort qu'il a endurées pour notre amour. Vous vous élèverez alors progressivement de Thùmanité à la divinité, et vous recevrez cette charité parfaite qui vous fera brûler d'amour pour Jésus.

Sans doute bien peu arrivent à ce degré ; mais , loin de se décourager, il faut redoubler de ferveur pour y réussir. En persévérant dans l'oraison et la pratique des bonnes œuvres, on finit toujours par acquérir une grande perfection, après un temps plus ou moins long, selon que Dieu donne des grâces plus ou moins abondantes et qu'on y correspond avec plus ou moins de fidélité. Remarquez toutefois que dans la contemplation on doit subordonner sa résolution aux inspirations de l'Esprit- Saint. Je suppose, par exemple, que vous ayez résolu de méditer sur un sujet pendant un temps déterminé , et que tout à coup vous soyez secrètement inspiré de méditer sur tel autre, vous devez sans hésiter vous abandonner à cette inspiration et renoncer à votre dessein. Et comme l'Esprit- Saint enseigne mille fois mieux que l'homme à contempler, je m'arrête ici, pour ne pas prolonger inutilement ce discours.

DB JÉRÔME SÀYONAROLE 53

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