‹ Œuvres spirituelles choisies de Jérôme Savonarole, des Frères PrêcheursChapitre 24 sur 71 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ContemplaiioBS propres à enfiamm^ le cc&ur de Tamour de Jésus.

li a tfoirmnt pùrté no$ Ungvimn a $*iH (Mtgé de no» ê&uUufÈ^ {Isé tiu, 4^) mm àm^i qm Ms-^t»? mon émttTi à qvÊoi feme9-tm^ ma fangtie, pmrqimt es-ln devefïtte wsàeU&f Où ^nï tûmnienmii le» doneerai eoirtea^H pktrons? Ou dont l«s fmtëèê» élevé««^ (Ht sont leis pWoIe^ «l{es--mênïeâ? Je s«i& perdii; je miê égaré; je suis entièfetaéftt «âéftfiti; Je rotidrais m'exprimer, et je n'eife si pa» te fo»ce; je voudrais partÉfTy et je n'ai pas die voix; je vouerais tetiàréi ma péûnéef et ïdoA esprit n'est pli«s à mon se^vice^ 6œti¥ ^gi^t, 6 Hme déiK^^s^mte^^ ptrarqpaoi done ne réponds -tu pmiû â mon désir? Oavref le» yeux et voi^ quel spèd*de déchirant s'o#re à te* en ce jour. •Que* eoéu* tfen serait pomî épouvanté? Q«dk âme n'en serait ptistA db«tt«re? Q^l hmâxhô entel n'eo setait p^int touché? Quels yeux pourraient s'empêdier de vei^seiv de»

knne»? ]riété, ô charité, 6 ttîùouf infim! J'ai péché graTement^ moi, et c'e^t vous, Jésus, qui ares été ffappé. y m été TOtre efiueiiûy et von», d mon Jésas, toi» ayez voulu iDouih* d'ime mort crâelle, par toire auKyfir pour mot. i'« été t<mj9ors ifigrai emrero irood, el tou» ares été eh>i^ pour moi sur un gibet. anse, répondis à ced; ré^ poaâs, ù kttÊèy que p«iiMi»-*tQ? Qttô re^rdei^tii? Non, je B0 MRirm répondre^ MiUa kumea montent à mea yeux , M je piôs à peine en répaiidre tméf seule. J« m^évanottis es y pensant, et je n'ai point la force de pailer. doux ièsm^ qo^le puissance^ quelle tendresse voua a poussé à donner on UA remèNie à lises iniquités? bon Jésus, quel aaeur vons & oUigé à me kiVer dans totre sang? Jésus miséneo^dieiiXy qndter compassion voua a fait endurer une telle mari pour moi? Yon» sivea caiianliBé teut le monde de votre doux amour. Vous avez fait une blessure suave à mon cœur ingrat; vous avez brisé toute sa dureté. Jésus, faites -moi mourir maintenant. Jésus, faites -moi languir d'amour; Jésus, faites -moi venir à vous. Je voudrais être cloué avec vous sur la croix; je voudrais être plongé dans votre sang; je voudrais mourir crucifié. croix, fais- moi place et reçois mes membres près du corps de mon trèsdottt Seignear. couronne d'épfeiea, é^rgis)-toi; Je veux poser ma tète prèâ de au sinnte hteé i knce^ potirquoi fie ffî'as-td p6» frappé e» même tempe quie kn? Hélas l ft ne m'a pas élé donné de vous voir, & Jésue. Hélas t je n'ai pu pleurer sur rota Ém pied de tetre croix. Eëhêl je n'ai pas eu le bonk^ur à'ètfe enseveH avec vous. Pleurez, mes yeux: inondez le visage de ves^ larmes; ne eess€ss pcÂnt de les répandre^ Le molide entier vousi y mt^; le soleii a retiré m tamiève à la vue de son créa-tetir eipirani; lai hme n'éeliife pài»; tee ro«;berS' se sont

brisés. mon cœur, plus dur que les rochers, plus ingrat que les créatures insensibles, si tu n'es pas ému devant un tel spectacle, regarde du moins Marie, sa mère inconsolable, et prends pitié d'elle. Vierge si belle 1 où sont vos joies passées, et vos douces consolations, et vos charmants entretiens avec votre doux Jésus? Toute joie est changée en douleur, toute consolation en larmes, toute lumière en ténèbres. Jésus est crucifié pour mes péchés; Jésus est couvert de plaies à cause de mes iniquités; Jésus meurt pour me donner la vie. mort, je t'en prie, faismoi mourir avec Jésus; fais -moi exhaler mon dernier soupir sur ses plaies; fais -moi expirer dans son sang. douces plaies! doux clous 1 douce croix I doux pieds I doux amour! charité incomparable! Jésus a vraiment porté nos langueurs et s'est chargé de nos douleurs.

Sur la grandeur de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

mon âme, je t'en prie, n'oublie jamais la douleur immense de Jésus- Christ, ton époux et rédempteur. Cette contemplation sera notre paix et notre nourriture jour et nuit. Que notre vie et notre mort soient toujours cachées dans les plaies et les entrailles du très -doux Verbe incarné. Contemple donc, ô mon âme, combien il a souffert dans sa passion.

Non, il n'y a point de douleur qui puisse être comparée à la sienne. Tous ses sens intérieurs et extérieurs étaient bouleversés à la fois. Sa tristesse était immense et pro-*

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fonde; sa noble et forte imagination était vivement impressionnée par plusieurs objets douloureux, notamment par les péchés de tous les hommes qui occasionnaient le déshonneur de son Père et la perte éternelle d'un grand nombre d'âmes. Il souffrait d'autant plus qu'il voyait les Juifs, ses frères, pécher gravement contre lui; il s'affligeait sur la malice des grands et s'apitoyait sur l'ignorance des petits, c'est-à-dire du peuple. Sa tristesse redoublait quand il se voyait persécuté par les Juifs et les gentils , accusé par les scribes et les pharisiens , condctmné par Pilate, bafoué par Hérode, injurié par les hommes et les femmes, surtout par cette servante qui provoqua le triple reniement de Pierre, outragé par les princes et les valets, abandonné par ses amis, renié par Pierre, trahi par Judas. L'injuste infamie qu'il lui fallait subir plongeait son cœur dans l'angoisse, d'autant plus que son Père étemel en était gravement outragé, et qu'il se voyait nu et dépouillé au milieu de ce peuple qui avait entendu ses prédications et avait été témoin de ses prodiges. Sa douleur était encore aggravée par la cruauté de sa passion et de sa mort imméritées, provoquées par la malice des scribes et des pharisiens. Mais sa grande douleur, c'était sa compassion envers ces saintes femmes qui l'accompagnaient en pleurant, et surtout envers sa mère, cette mère si tendrement chérie qui, dans son immense affliction , versait des larmes et poussait des sanglots.

Il ne souffrait pas moins dans ses sens extérieurs , principalement dans le sens du tact. Lié à une colonne, il avait reçu des coups de fouet sans nombre; sa tête était transpercée par une couronne d'épines; il était continuellement frappé, bafoué par des gens misérables et cruels qui ne savaient pas même ce que c'était que la compassion. Il eut

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à souffrir surtout dans san erucifiement. Frsprpé sûr îSeé œaifis et ses pieds , |>arties du corps plus sensibles pftrùë que le» nerfs y sont plus nombreux^ il fut dmé sur ht eroix^ et le pofids de son corpé, qui f resta khQgtecaps âtzs^ pendu, lui causa d'atroces douleurs^ fit p»s le bm «t dms, Jésus était d'une eomplexion délicate^ d'une sensibilité exquise. Pense2 donc combien il a dû soUffinr pont votre amour. Sa douleur fut éansf adoueissèitient ^ èè9m^ voulant lui donner un libre cottrs, lui refusait totEté Consolation. Il s'efforçait même de Faugnieirtei^i car il l'&vart acceptée volontairemienty et il désirait qu'elle fûcf aussi grande que pfossible, afin de satisfoire awrabonadannnent la justice divine pour les péchés deé hondsies. clntrité inestimable ( Jésus pouvait expier avee uàes sel»le goutte de son san^, et néêo^moinsy pour nous téiiioîfnei' son tkiacmt et pousser Ict créature à le payer dé retotir,- il aiinw rtà&vt% endurer les plus cruelles souffrcmces^ cl celai dan» toâ^ ses membres j dans toutes les parties du corps^, de|ultl \ê§ pieds ju^u'à la têfe. Chacun de ses s^s eut sa do^leuf particulière : le goût ^ quaoïd on lui préseiïta lé fiel 01 le vinwgre pour étancher sa soif; Todorârt;, car il fiit crucifié dans un lieu fétide où Fon supjAiciait dé ficombreuses tictimes; Fèuïe, parce qu'il entendait^ d'tme pafrt^ les cris des Juifs qui ne côsssdent de l'injurier et à^ ïAtt&pÏÈéMètj et, de l'autre, la voix des saintes fennnes qtii le suivaièhl, et par- dessus tout les aeeents? plaintifs / pleins^ âff la^rm^ et de soupirs ^ de sa douce raèré; la vue^ pairce qa'il voyait devant lui les scribes et les pharisiens qiïi braTïlaient la tête^ et aussi ées pieuses femmes et sa mère qui,- ^(us affligée que toutes ensemble^ était là au pied dé la croix^ Aiàsii 6 mon âme, ton époux Jésit» a enduré tms ces

iommeni» pour te samrer et t> montré les eatraiiies ^e sa mi#éricewl«, »&n d^atte»dw ton cœup et Àe Texciter à Taiegi^r. Gerteg il &ujt qu'il soit bien dur et cruel celui qui ne s'«|)fi%mme point devant un tel spectacle. Tu doi$ donc le e^wfcen^pter fftns ce^^e, afin d'embraser ton cœur de son doDix MOMwr, q^i pe»4 légère tout» {watique et fait marcher y^s h vi^ éterndle, au milieu des joies al d^ can-* tiquef.

Sur |Ç lavement des pieds dç ses 4i3ciple9.

Ço»te?^pl8, ô ?»on âme obérie, ton bop iém^y Tamour, la douceur et i^ jo^e 4^ ton cqsur^ Voi^ combien il t'a aimée, que)f^ boBté il a déplpyiée à tes yeux, Médite dap» le secret dQ |ta demeure 3ur Te^n^ple e); l& testament qu'il a laissés au g^nr^ bumaip, lorsque, voulant souffrir et mourir pour toi, il Uva les pieds aux pécheurs, ses disciples, Le Créateur se leva de table pendant que les .créatures restaient coujchées. H prépara l'eau lui-mêpae, se ceignit d'un linge et, s'agenouillant devant elles, il leur demanda 4 laver leurs pieds, bon Jésus, que faites -vous? doux Jésus, pourquoi humiliez-vous k ce point votre Majesté ? tendre Jésus, yous me confondez par un tef abaissement! Homme orgueilleux, regarde et rougis; vois ton créateur humilié devant ses créatures. mou âu^e, que diras -tu à présent? Qui jaîuais a entendu pareille cb^ose? Seigneur, fai entendu lae qu'on dmU de vom, «^ /a crainte m'a msi; fai entefidu raconter ce que vous ave!^ fait , Seigneur, $t fen ai été stppéfait. (Habac. m, 2.) Et si tu le yoyais agenouillé

devant le traître Judas, que dirais -tu, ô mon âme? Apprends donc non - seulement à pardonner à celui qui t*a offensé, mais encore à t'humilier devant lui, afin de provoquer son repentir. Vois avec quelle bonté Jésus recherche Judas, avec quelle humilité il Finvite. infâme Judas, pourquoi tant de charité te laisse-t-elle insensible ? impie, pourquoi tant de bonté n'attendrit - elle pas ton cœur? scélérat Judas, pourquoi tant de douceur ne brise-t-elle pas ta dureté? Puis -je croire, moi, que tu veux trahir ce très -doux agneau, que tu ne seras pas touché de repentir devant un tel exemple? Prends garde, Judas, ne ferme pas ton cœur. S'il y entre, tu seras sanctifié , car de ses saintes mains jaillit une vertu divine. belles mains, comment pouvez«vous toucher un disciple si impitoyable? divines mains, comment pouvez -vous laver les souillures de ce traître ? mains délicates, comment vous abaissez- vous jusqu'à laver les pieds à de simples pêcheurs? Esprits bienheureux, admirez ce que fait votre Créateur tout-puissant. Le voilà courbé devant l'homme. Le voilà agenouillé devant des mortels. Non, il n'a jamais fait cela pour vous. Que diras-tu donc, ô homme? Songe à toutes les faveurs dont le bon Jésus t'a comblé. Ne te soumets plus à l'empire du démon, ne te souille plus par le péché. Reconnais ta dignité, honore ta nature que le Fils de Dieu a honorée en la plaçant au-dessus des anges. apôtres, pourquoi n'êtes -vous point saisis de frayeur devant une telle humiliation? Que fais -tu, Pierre? Voudras-tu que Jésus te lave les pieds? Supporteras -tu que Jésus s'humilie devant toi, vil atome de poussière? Pierre s'écrie : Eh quoi! Seigneur, c'est vous qui me laioeriêz les pieds! (Joan. XIII, 6.) Etonné, stupéfait, éperdu, il dit : « Sei- « gneur, vous qui êtes Dieu, vous qui êtes le créateur du

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« monde, vous qui êtes le Verbe éternel , le salut du pa- « radis, la gloire des anges, la figure de la substance de « votre Père, la source de toute sagesse dans les cîeux, « vous laveriez les pieds à moi, qui suis un simple mor- « tel, une pauvre créature terrestre et corruptible; à « moi, qui suis un pécheur ingrat, une misérable pous- < sière; à moi, qui ne suis que vanité; à moi, le plus a ignorant, le plus insensé des hommes! » Prends patience, Pierre, tu ne comprends pas ce grand secret. Laisse -toi laver les pieds, ne te révolte pas avec orgueil contre une telle humilité, sinon tu ne participeras pas à sa gloire. Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez comme fad fait moi-même. (S. Jean, xiii, 15.) Suis donc fidèlement cet exemple, ô mon âme, et humilie-toi désormais non-seulement devant tes supérieurs et tes égaux, mais encore devant tes inférieurs.

Sur les diverses souffrances de Jésus-Christ jusqu^à son crucifiement.

Que fais-tu, mon âme chérie? Ne dors plus désormais. Viens avec moi ; allons pleurer ensemble, car Jésus vient d'être fait prisonnier. Voyons la fin. Regarde, je te prie, quelle cruauté! Jésus, comme un doux agneau, est entouré de loups furieux. Frappé, enchaîné, insulté, il ne se venge point pour Tamour de toi. Considère quel est celui que les Juifs ont garrotté comme un larron. Vois toutes les ignominies qu'il endure. Pense pour Tamour de

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qui il §uppQîi;e ta^t 4>|frQpte) C'est Je p^é^t^^^ 4^ J'jwïi-r ver§ qui ejtpijB à 1# pl^ciç pour ton salut? Ppf^pqupi dpj^ pe brûl^s-tji p^s 4*aïppttr pPftr Ipi ? Ppifrq>JOf ne spqffre§-.tu pas tpute§ Jes tfil^ulqitiofts? ppjiirqiwi fis- tu ^qm si in^pp-r sible? Regarde pombipp il est 4PWît envprg celui quf J'a souffleté si A^f^^n^Q^t, |Cûmm^ s'il n'^Lvait pa^ réppp4^ très-sagement au grapd prêtre, m^tQ fojÇp, ô ymg^ attendrissait, pomment pbuve?}ryp^s souffrir ji^f^ t^fl^ ignpjiiinie? 4pge^ du ciel, préatures de |4su§ , qpp faite§T V0U9 donp? Que yput ^m que vpjuis jjp yeiîgip^ pi^§ Ja grande injure faite à vptre créateuf? C'est qiife ^fésu^ pe veut pas de yeRgeapce; ç>§t qu'jl ;50uffrp ppur top .^aluf^ bon Jé§u^, que puis -je faire ppur ypuç r4cppap|Bps§r ^^ tant d'apapur? )tfal{îeur ^ roo^} Plus je peusp ^ Fotr^ bontéi plus je me sen§ ingrat. m9^ ftfpp, reg^r4e, ppptep^pletPft doux Époux. Vois -le servant ^ pour .^nsi ^}y^, 4^ J>^t ^IWF flèches, chez Caïphe, pour l'amour de toi ; vois-le cruellement frappé, bafoué, couvert de crachats, injurié de mille manières. mon cœur, que tu ^^ dur! Pourquoi ne te brisestu pas? Mes yeux, pourquoi ne pleurez -vous pas? Pourquoi ne vous changez -vous pas en deux fontaines de larmes? C^est votre Dieu, votre créateur, c'est votre rédempteur. Pleurez sur lui, pleurez par compassion, pleurez par pitié. Qui mettra dans ma tête et dans mes yeux une fontaim 4^ Içtrmes? et je pleurerai nuit et jo^ ( Jpreifly ij, 1) 1^ passipn 4« paon Sauveur . bon Jésus, you§ jxi\v^^ vaincu, douiE Jésus, vovMf ^vp? brisé p^ 4urptf- sgîpt Jésus, youp w'ftvez emj)rasé, ypus vçÇ%^&i frappé, vou* m'ayez couvert 4p plaies. Qui. ue sp spptir^t toucl^ dp pouip^s^ion? Qui pe s'pfifercermt 4e ¥pu§ ^ifl>er? Qui n^ youdrait mpprir pour Tampur de vpus? nuit agitée pendant laquelle, Jésus, vous n'avep pu %9(^\^ ^^ iust^t 4p

somiri#{ ppit ftruellel r^poi» îjsifUoystblêl Jésus ne dort pas. Loin de là, on le traite saps pitié pendtat cette nuit , afin que, délivré moi - même des ténèbres , je sois conduit à la lumière et au repos de la vie éternelle. mon Jésus , quand je vou9 (contemple attaché à la colonne et flagellé, je voudrais mourir pour votre amour. Pourquoi , Seigneur, ne vous défendez-vous pas ? Pourquoi ne montrez -vous pas votre puissance? — Parce que j'aime mieux te sauver que de vivre. C'est toi , âme, c'est toi qui m'as Uessé, c'est tpi qui m^as flagellé , c'est toi qui »s couvert tout mon totfs de plaies sanglantes I — chair sainte, ô chair immaculée, comme je vous vois toute semblable à celle d'un I^euxi Cours, cours vite, ô mon ilme, et de tes larmes lave ce saint corps, lave pes plaie* si cruelles; eml^rasse-ie, porte^^le, car l^excès de sa douleur Pempôche de se souteair. Ne dors pas, ô mon Ame! Éveille- toi de ton lourd sommeil : car les Juifi impitoyables ne sont point eneore rassasiés de taqt de cruauté contre ton Jésus. Voi^ : ils ont posé sur son front une cruelle couronne, ils ont firappé, troué, ensanglanté f;a tête. Juifs impies I Synagogue implacable I ne seras -tu jamais rassasiée de persémiter mon doux Époux, bon Jésus, que dois «je dire maintenant que, pour me couronqer de pierres précieu^es et d'une gloire infinie, vous avez souffert d'être eouvanné d'épines? Hais cela ne sufHt pas encore pour me confondre entièrement et me faire rougir de mon ingrat!* tude. Je vous vois aller à la mort, la croix sur les épaules. Je vous en prie, Jésus, donnez^moi cette croix, laissez-^la* moi pmfter. Je vous vois si fiaible, que vous pouvez à peine vous tenir sur vos pieds. Venez avec moi, ô âmes ajiiou-* reuses de Jésus, suivez^ le portant l'instrument de son Mipplice. Allons mourir avec le tr^s^doux Jésus, afin que

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nous soyons glorifiés avec lui dans les cieux, par son Père éternel. Ainsi soit-il.

Sur Jésus cloué à la croix.

Lorsque Jésus, le doux et tendre Agneau de Dieu, fut arrivé au lieu où il devait être crucifié, on le dépouilla de ses vêtements et on étendit la croix à terre. Pour moi, ô mon âme, je pense qu*alors il demanda qu'on lui donnât le temps de prier et qu'on lui fit cette grâce; car les ministres de Satan n'avaient d'autre puissance que celle qu'il leur accordait. S'adressant donc à son Père chéri : « Père « éternel, lui dit-il, je vous remercie de tout ce que « vous avez bien voulu faire pour moi; et maintenant je « ne retourne à vous que par la voie de la croix. Voici que « mon corps est tout broyé , tout meurtri et ensanglanté, a Vous m'avez commandé de souffrir cette Passion pour a l'amour du genre humain ; je vous ai obéi, et, même a en ce moment, je vous offre le sacrifice de mon corps. « Recevez-le, ô mon Père, comme un parfum suave, pour a le salut du monde. y> Après ces paroles et d'autres semblables, il s'étendit de lui-même sur la croix. doux Jésus, pourquoi ne m'est-il pas donné de mourir aujourd'hui avec vous? mon Jésus, pourquoi ce jour ne met- il pas fin à mon existence pour votre amour? Pourquoi du moins ne suis- je point tout en larmes ? Jésus, dans quel état je vous vois réduit parce que vous m'avez aimé? Hélas I comme je vous contemple tout meurtri, comme je vous

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vois cruellement déchiré I Qui m'accordera d*étre crucifié avec vous? Qui me fera la grâce d'être cloué avec vous sur la croix? Qui daignera me faire mourir avec vous? Le valet impitoyable prend le clou pour transpercer sa belle main. Cruel bourreau, comment as-tu le courage de blesser ainsi cette blanche et sainte main? Comment n'es-tu point touché de compassion à la vue de tant de douceur?

clou si dur, je te prie de ne pas être aussi impitoyable que celui qui veut te planter; amollis-toi, ne transperce pas cette belle main qui t'a créé. marteau barbare, ne frappe pas; reconnais ton Dieu. Tourne-toi contre la tête du cruel valet qui te tient dans sa main, et venge ton Créateur. Brise ce clou qui n'a pas honte et ne craint pas de blesser son Dieu, de toucher sa sainte main, de traverser sa chair immaculée, de séparer ses nerfs et ses os. Mais le valet frappe cruellement le clou qui transperce sa sainte main , et la fixe au bois. La Vierge souffrait en entendant tous les coups, et peut-être disait-elle en versant des larmes : « cruel valet! pourquoi ne frappes-tu la mère

1 avec son doux Fils? Pourquoi, Jésus, mon fils chéri, « ne suis-je point crucifiée avec toi? Pourquoi mes « mains ne sont-elles point placées sur les tiennes? » Se sentant donc blessé, le doux Jésus se retira vivement et ramassa tout son corps sur lui-même. Mais le valet prit sans pitié l'autre main , et , pour la fixer au lieu marqué, la tira avec une telle violence que tous les os de la poitrine se disloquèrent ! cœur impitoyable , comment peuxtu soufirir une telle cruauté? Comment n'es-tu pas saisi de pitié en voyant la douceur de Jésus? Il prend un second clou pour transpercer l'autre main. clou cruel, seras- tu aussi impitoyable que ton compagnon! Et toi, marteau, n'as- tu pas assez de ta première cruauté! Mais les clous

70 CCÇrJEOB^ ^PIHlTC^LjLRS

répQfldeot : % PjTot^a Créateur ^oiis J'^jj^i^nn^» il fy^ ^hék. a Ce v^Jet est p(W^«é par ça yplpQté p(epviÇF#e 4 fcir# /^ q9«4 ; (( quapt il n9u§ , po»^ p^ Je fmqn§ quQ pour <?fciéir /à mt^Q (( Créateur, qi^ nou^ défend 4^ Qpu$ amollir, e^ pou# 4it : (( -rr Sipyez 4ur«, trai^sp^ï^i^» ma ch^ir, hvmz tm^ pçrfe, ^ spyez fiyiiel^f r/évéle» flfion ^o^r 4 rbptpn?^, Quyre» le» « eptraille* .de ma piiséyici^r/cle, )> ^Q^q^o^ 4ohc, ô 4ma, a vous plaignez -vous de poire cruauté? non^ «of^iiies « cruels pour l'amour 4^ vop3; j^iésu^ ypus ftiaiQt ij veajt « vous sapyer, (St ^ ^st beurepi: 49 ipci^ir siws uo^ « coups. Ame, rentre? plulLôt ep v^wMf-jpâïpç, #f copsir <( dérez que yops e{tes plus dure 4 pUis /CfueUe que qous^ <(. Vqps vpy^? votre JÉpppf en proiç * 4e ^i gp«i4e» ftwit» « fr^Wîe^, à cause 4e son ftmopr ppar voue, you^ Je voye^ a brpyé, couvert de plaies, deviçjiu /^emMftble à uft « léprepx, vous 1^ voyez baigna d*nç 3Qn ««ng 4e$ pied» (f à |a tête, et vous pe n^ouiUez p&s mênae votre vi^pige a 4 une petite larme. Vous ne spupirez pas, vous n'êtes « p^ érpue 4e compassiop, vous ne brisez pas voir» « ccpur de fer, vouç m vqus récb»uffcî pas de son amour, « vou^ n'aio^z pas tendrement yotre Rédempteur, vous « n'abandonnes^ pas le pécbé; 6 épouse impiboyaUe et d cruelle, pourquoi n'avez-yous pas cette Passion toujours (i présente à yotre miéïppire? Elle deyrait être votre pain (( nuit et jour, ejt yous d^yriez chanter sans eesse ; Mon (( bien-aitfU e$t yn fmcem de myrrks pour mi • il reposera tt sur ma poitrine, (Capt. ^, lj2.) ^ipsi donc, (^ $me, voue « êtes plps dure que nous h l'égard 4u très-dopi: Jésus. u Votre dureté le fait souffrir; vç^tre dureté le fait mourir; <i votre dureté lui faft supporter la nôtre; yotre dureté a « rendu toute créature cruelle, ep ce jour, contre lui- C'est a à cause de vous que tout bomme le frappe, l<8 traite eu

s« iÈt^ytË éàyoNàrole h

« «nneâit, 0t qvLt chdcun se moque de sesf sotiffrances. * Obofl Jésus, tftke faîtes* vous? Pourquoi êtes- vous ainsi ÊftUôtî bèlkî tiei^, potir^jtfoî ii'tfcc<>tnrei-vuus pas au sécoiffs de votre ¥i\§ dhérf? lé tseAs Mèfli qtie votre cœur est transpercé peut-^ôtrè «ùtaljt que ses triaitfs? Je sais bien qtt>tf tràverèfti^t sèu saîiit toffps, èe mai^teaU et ces clous onifÉftéIré danâ vôtté cbasfte et virginale pchHwe, déchiré vos eirtrfffllesy et ébrtinlé votre? être si ptïr. mon coeur, ne Ècns plus cmduîrci, érf deviens compatissant, pleure, soupire, pousse des sanglots et embrasse, eh pleiltant, ton Jésu^ Wià mewtïi. Mes ye\ix, suives le Coetfr, et laissez eotilér âê douceid krmei. Ne ceàsez pa^ dé? pleurer nuit et jottf l'àntïère PassÉ)!l de votre Créateur et Rédempfieur . Regàrdèis, je Y(m ptie, quel criiel fepeétàclè oflfre Jésus, étendu^ comffié une peau foftenffeïit titée, stff la tfàk. Et, ^èstitûdim, }m vdtefe bdrb«^e^ piiseffôèfnt encore ses éaint^ pieds ,v il» le# Hrmi tiôîeftkrfent; îïs éteiïde^ âë toutes letff^ foÊèéé, ^kïiÈ pitié, le éoi'ps de Celui qUi est pleih de M^éfïcùtâëy le Cc/rp^ âSèté de Jé^us, sdUtce unique de mi^ éért(«rtrde ^ de qui j'espère tôtft sahif et toute gr«ée. cbien^ ifflpit<yyablesf C6«ùment n'êtes-vou^ point touchée de compassion à la vue de Ce saini visage? Gomment pouvez-vous agît afvec une telle ei^uauté? Comment avez- vous le coulage de tfmiÉpèttèf ^s pieds ^crés, de briser les Chairs et le& flft'fô? piédè délicats , vénérés autrefois par la mer, comme je voK» vois maintenant transpercés de part eu péttti b6u* Jôsué, vot^é v6us taisez parce que vous m'ai*me^; C'é^ pour mon attïOUr que vous Supportez avec pa-' tiéfl^e cette gfatide douteuif, et que vo^ûs teulei endureV ttùé rtioH cimelle. Votre Père vous ahaudonne danfé^ ces angoisses SUpfêmeé pùtif délivrer man âme de la damnation étefôelle. yattë Pèfe Ae t6u^ épargne point à cet égard

afin de ramener le pécheur à la vie. Oh I comme elles vous conviennent bien ces paroles de David, qui, contemplant votre Passion dans un ravissement prophétique, s'écriait en votre nom : Nos pères ont espéré en vous; ils ont espéré, et vous les avez délivrés; ils ont crié vers vous , et ils ont été sauvés; ils ont eu confUmce en vous, et ils n*ont pas été confondus; pour moi, je sais un ver de terre et non un homme; je suis Vopprobre des hommes et la risée du peuple. (Ps. XXI, 6.) Ainsi, votre Père, après avoir exaucé les serviteurs , n*a pas exaucé le Fils pour délivrer le serviteur. charité inestimable I il a livré le Fils pour racheter Tes* clave I Jésus se retourne alors vers sa douce mère. Mais , hélas I elle ne peut vous assister. Loin de là, ses larmes vous plongent dans Taffliction, et sa seule vue attriste votre âme. très-douce Vierge et Mère, ô Marie, qui pourrait exprimer votre immense angoisse? qui pourrait décrire vos pleurs amers? Votre doux Jésus a été cloué corporellement à la croix, et vous, ô Marie, avez été transpercée spirituellement par ces mêmes clous. Votre Jésus a été frappé cruellement dans son corps, et vous, vous avez été profondément blessée dans votre cœur. Tous lés poups que son doux Fils a reçus dans ses membres, Marie les a reçus dans son âme. A chaque goutte de sang qui tombait à terre du corps du Sauveur, une larme descendait sur le saint visage de Marie, un sanglot s'exhalait de sa poitrine. Pleure, pleure, mon âme, avec la très-douce mère de ton Rédempteur. Tiens-lui compagnie près de la croix; baigne ton visage de larmes compatissantes. Regarde tour à tour le Fils et la Mère, et considère si jamais tu as été témoin d'un spectacle aussi cruel. Jésus se tient étendu sur la croix pour mourir, au sein des plus grandes souffrances, et Marie, sa mère, se tient près de lui , en poussant de pro-

fonds soupirs. Elle appelle la mort afin d'accompagner son Fils bien-aimé, et la mort n'arrive pas. Jésus s'attriste de la douleur de sa douce Mère, qu'il aime tendrement, et Marie ne peut souffrir de voir son doux Fils dans une telle angoisse. Ainsi, dans cette catastrophe suprême, le Fils ne console point la Mère , ni la Mère le Fils ; Jésus est la souffrance de Marie, et Marie est le tourment de Jésus. cruels, ô impitoyables, ô durs regards qu'ils échangent l'un l'autre! Ils s'attristent mutuellement quand ils devraient se donner des consolations réciproques. Pleure donc, mon âme, sur tous deux, pleure entre la Mère et le Fils. Prends pitié du doux et tendre Agneau de Dieu, qui souffre tant pour laver tes plaies et tes souillures. Aie compassion de sa Mère immaculée, qui est triste et affligée jusqu'à la mort.

Sur Jésus pendant qu^on Télève en croix.

Quand le doux Jésus fut crucifié, on éleva la croix en l'air, afin que tout le monde fût témoin de l'amour de Dieu pour le genre humain. Grand et cruel spectacle! mon âme, pense, je te prie, à tout ce que le Fils de la Vierge Marie dut souffrir au moment où il s'affaissa sur les clous, sous le poids et la fatigue de son corps ainsi élevé. Quelles voix, quels cris font entendre ces Juifs, ameutés contre lui, qui, dans leur joie féroce, redisent ces vociférations : Il a sauvé les autres, et il ne peut pas se sauver luimême. (Matth. XXVII, 42.) cruauté, ô dureté sans exemple! ô piété de Dieu, comment pouvez-vous souffrir que

t4 ŒUVRES SPIRITUELLES

totré KIs bien -aimé soit l'objet d'une telle dérision? Hélas! Jésus, que dois-je faire en ce jour! que dois-je dîrç encore, malheureux que je suis! Comment pourraîs-je m'eicuser désormais? Je vous vois, Jésus, dans un tel état que j'en meurs de douleur. Laissez -moi. Seigneur, ïïïonfeï^^ avec vous sur la croix. Faîtes-moi mourir avec Vous sur ce gibet. Transmettez-moi vos plaies, ô Jésus, car je désire mourir avec elles et par elles. doux Jésus! ptiîss^-jè couvrir de baisers votre saint visage et laver vôtre corps sacré avec mes larmes ! mon cœur, pense à la douleur qui submergea Tome de la bienheureuse Vierge Marie ^and elle vit s*élever, avec un bruit sourc(, cette éruellé et lamentable image ; quand elle vit son {"ils chéri suspendu à la croix, à laquelle il était fixé par de gros clous; quand elle le vit plongé dans une amertume profonde et dans des angoisses mortelles. Ah! je crois bien que sa douleur fut telle , qu'elle ne put pas se tenir debout, et qu'elle tomba entre les bras des saintes femmes qui l'accompagnaient. très-douce Marie , quel est donc le péché qui vous cause un si grand déchirement? Quel est le démérite d'où procède une si grande douleur ? C'est npioi , moi seul, qui suis cause de la Passion de votre Fils et de la vôtre ; moi seul ai causé toutes vos souffrances. Mon péèhé a fait nionter Jésus sur la croix, principe de votre douleur. Vierge belle, je vous en prie, dojinez-moi une part de votre douleur et d'e vos sanglots; donnez-moi abondamment de vos larmes, je veux pleurer avec vous, sangloter avec vous, et pousser de profonds gémissements au pied de la croix de mon très-saint et trèsàîmable Rédempteur. Père éternel, si vous êtes sans pîtiè pour votre Fils chéri, afin de sauver mon âme coupable, du moins soyez touché à la vue de sa douce mère si

YÎvemeïit affligée aujourd'hui. Pourquoi voulez-vous la laisser sur la terre sans son Fils bien-aimé? Comment pourrait-elle vivre sans son doux Jésus? Quelle existence mènera-t-elle saris son doux Sauveur? anges et espritsbienheureux, pleurez avec elle; et s'il est permis de s'exprimer de la sorte, cieux, pleurez ; étoiles, pleurez ; que chaque planèie, que chaque créature pleure avec Marie, que toùl homme s'attriste d'une telle injure faite au Créateur, fils de Marie, Évangéliste saint Jean , pleurez avec votre sainte et tant aimée Marie. Pleurez, dévotes tompagnes de ses douleurs brûlantes. Q Madeleine , que faitesvous? Où sont ces pleurs que vous avez répandus sur ses saints pieds? où sont ces larmes avec lesquelles vous avez lavé les pieds de Jésus, tant elles étaient abondantes ? Le moment est venu de changer vos deux yeux en deux fontaines. Voyez si vous recoiuiaissez votre doux maître. Regardez comme il est absolument transformé I àovof, Jésus, est-ce là par hasard votre beau corps? sont-ce là vos saintes mains? sont-ce là vos pieds sacrés? est-ce là votre visage resplendissant de teauté ? est-ce là votre tête si belle ? Oh ! quelle différence ! non , ce n'est pas là le doux Jésus, c'est plutôt un lépreux. Pleurez donc, mes yeux, avec Èarie et les saintes femmes, - pleurez cette cruelle mort.

Sur Jésus déjà élevé en croix.

Voilà donc, âme chérie, ton JésUs^ cruellement étendu sur la croix pdur toti arnoiir. Voilà ton Créateur clotié sur

ce boîs qu'on a élevé en Tair. Lève les yeux et vois si jamais le monde fut témoin d'une telle charité et d'un tel amour. Demande-toi s'il était possible qu'il fît preuve d'une bonté plus grande. amour inestimable, ô bonté incomparable! ohl qu'elle est grande notre ingratitude; oh! que notre cœur est dur! Regarde, ô âme, ce cruel spectacle, cette lamentable image, capable d'émouvoir le cœur le plus barbare. Regardez , anges du ciel : voilà votre Dieu; voilà votre Roi; voilà le visage que vous désirez contempler. Comme il est devenu méconnaissable! Prenez pitié et pleurez amèrement avec lui. Voyez, ô deux, quelle cruauté! Suspendez votre mouvement, arrêtez-vous; retirez votre influence, et n'agissez plus sur la terre, afin que personne ne voie votre Dieu dans un tel opprobre. Étoiles, pleurez; et vous, planètes, détournez votre course. Montrez -nous votre tristesse par quelque signe, puisque votre Créateur est ainsi affligé. O^éléments, que faites-vous? Ne conservez plus l'ordre qui vous a été assigné. Confondez-vous ensemble et plongez le monde dans le chaos, puisque Jésus est confondu lui-même sur la croix. Regardez, peuples et nations. C'est là votre Rédempteur qui pour vous sauver est si cruellement traité. Regarde , ô Israël , voilà le Messie promis, si impatiemment attendu par les patriarches et les prophètes. — mon peuple, que t'ai- je fait? en quoi fai-je affligé? Réponds-moi. (Michée, VI, 3. ) Je t'ai donné la manne dans le désert ; je t'ai introduit dans la terre promise ; je t'ai délivré de la captivité de Babylone; je t'ai comblé d'innombrables bienfaits, et voilà qu'aujourd'hui tu me traites avec la dernière cruauté! Qu'ai'je pu faire de plus à ma vigne que je n'aie point fait? J'attendais qu'elle produisit des raisins , et elle n'a produit que du verjus ! ma vigne chérie, comment t'es-tu changée

pour moi en amertume? (Isaïe, v, 2, etc.) — Levez vos yeux compatissants, ô pieuses et saintes femmes. Voilà votre très-doux maître; voilà votre époux chéri; voilà votre Jésus tant aimé. Où est son gracieux et beau visage? Où est sa douce compagnie? Où sont ses affectueuses paroles? Où sont ses tendres exhortations , et ses charmants entretiens, et ses leçons si touchantes? Où sont les services délicats et empressés que vous lui rendiez, ainsi qu'à ses disciples, avec#tant de charité? très-douce et très-suave Vierge et Mère, ô Marie, que ferez- vous? Voilà votre Fils bien-cdmé; voilà votre père, votre époux, votre chéri, la douceur de votre âme, votre lumière, votre vie, votre immense consolation , votre désir, votre très-chaste amour. belle Marie , regardez et voyez si vous Tavez enfanté tel qu'il est maintenant sur la croix. Dites- moi. Vierge sainte, serait-ce là votre très-doux Jésus, votre très -saint Fils unique? celui-là même que vous avez conçu dans votre très-chaste sein, et à qui vous avez donné le jour avec tant de bonheur? Que signifient alors toutes ces plaies? D'où proviennent ces douleurs et ces souffrances? Et pourquoi répandre tant de sang sur la terre? Qu*a donc fait votre Jésus chéri que je vois étendu sur la croix? Qu'a fait celui qui ne connut jamais le péché? (I Pierre, il, 22.) Hélas! il a pris mes iniquités sur ses épaules. Hélas ! mes péchés Tont cloué à cette croix. mon âme , je t'en prie , mourons avec la mère de Jésus, pleurons avec elle son cher Fils qui, pour l'amour de nous, est élevé sur ce gibet. Marie, comment pouvez- vous vivre dans cet état? Comment vos yeux, tout imprégnés de candeur virginale, peuvent -ils contempler un spectacle si apitoyant? Vierge sainte, je vous en prie, faites -moi participer à vos larmes amères; faites-moi sentir une partie de votre douleur. cœur très-

pur et trè«-chaste de Marie, comment ne vous brisess-yoï^s pas sous le coup d'une telle angoisse? Appelle, mon âme^ appelle Ja mort avec la Vierge sainte , et mourons ensemble avec le Fils et la Mèrie. Il me serait doux de mourir avec eux : ce serait un bonheur pour moi d'être crucifié avec Jésus. mort cruelle, tu as fait mourir le maître et laissé vivre l'esclave. Pourquoi donc n'immolez-vous pas maintenant la Mère avec son doux Fils , et l'esclave de Jésus avec son doux Maître et sa bonne Maîtresse? Je veux vivre et mourir avec eux ; sans eux, la vie n'a rien d'agréable pour moi. La vie sans eux m'est une mort cruejle, et la mort avec eux m'est la plus douce piort et la plus heureuse vie.

Sur les paroles du Sauveur en croix.

Mon très -clément et très -doux Seigneur Jésus ne voyait que des sujets d'affliction, en jetant ses regards sur la foule qui entourait la croix. Il était surtout attristé à la vue des Juifs qui blasphémaient ^ les uns par malice , les autres par ignorance. Que faites-vous donc, ô mon Jésus? Voilà votre Père éternel; voilà plus de douze mille légions d'anges; voilà toutes les créatures armées pour votre défense. Montrez votre force, prouvez que vous êtes le vrai Fils de Dieu. Entr'ouvrez la terre pour qu'elle engloutisse tous ces chiens ameutés : vengez - vous de tant d'injures, mon âme , que dirons-nous ? Tu ne peux pas pardonner la plus légère offense; tu ne veux pas souffrir la plus petite injure. Mais prête l'oreille à la voix de ton cher Maître et

DE JÉRÔME SAVONABOLE 79

Epoux, qui, du sein de §es souffrances, s'adresse à son Père avep ^ne ineffable piété et une incoipparable clémence, en lui disant : Père, 'pardonneZt-lemT, car ils ne sor vent pas ce qu'ils fq^t. (Luc, Xî^ili, 34.) JjC Sauveur 4u monde était crucifié entr^ deux larrpns. L*un d'eux blasphémait avec les Juifs j mais rautj*e, touché par la miséricorde divine, sous l'influence de cette saintq Passion (jui commençait à produire des fruits , louait son Rédempteur et s'^iccusait Jui-ipéme. Il mérita même le pardon de se^ péchés, si bien que le pieux Sauveur lui fit cette réponse : Aujourd'hui vous serez avec moi dans le paradis* (Luc XXIII, 43,) heureux larron! ô bienheureuse âmel Çom,-. bien ton ignon^inie est fojrtijnée ! en un moment tu es couvert de gloire! clémence infinie de Dieu! ô bonté inénarrable ! Ëijsnheureuî, ô mon Jésus, qui a confiance eh vous et qui ybus donne son cœur avec une pleine et entière sincérité I Mais il me sén>bie maintenant entendre votre douce Mère, qui dit peut-^tre en pleurant : « mon Pils , « tu pries pour tes ennen^is , tu fais à un larron une ré- « ponse consolante, et à moi, ta mère, tu ne dis rien , ti^ € ne réponds pas , tu ne donnes aucune consolation. Ne t^ « souviendrais-tu plus de moi au milieu de tes souffrances ? « Est-ce que, dans tes angoisses , tu penserais à tes enne-r « mis , à un larron , et nullement à ta propre mère tant « aimée? » mon âme, dje quelle douleur crois-tu que le cœur de la Mère fut saisi, quand elle vit son F*iis prier pour ces çhieps, et donner une si magnifique espérance au larron, sans lui adresser à elle-même une seule parple? Et quelle douleur ne fut pas celle du Fils à la vue des angoisses de sa Mère ? Peut-être bien qu'il se disait dans son cœur, en la regardai^t avec compassion : « ma mère, « votre tristesse iBt vos larmes ipe font plus souffrir (jue

« mes propres plaies. ma très-douce mère, que sont « devenues les joies que je te faisais goûter? Désormais « tu ne jouiras plus de ma présence corporelle; tu n'ed- « tendras plus ma douce voix ; je ne te tiendrai plus com- « pagnie; tes yeux ne me verront plus. Que puis-je faire a pour toi? Que dois-je te dire maintenant? Si je t*inter- « roge, ô mère, ton cœur se brise de tendresse; si je ne te a laisse pas quelque consolation, tu mourras de chagrin. » Jésus parla donc à Marie. Femme , voilà votre fils (Saint Jean, xix, 26), lui dit- il, en désignant pour le remplacer son disciple bîen-aimé. Et; s*adressant à celui-ci, il ajouta : Voilà votre mère. Marie, que direz -vous maintenant? Peut-être recherchiez-vous alors pourquoi il ne vous avait pas appelée Mère. Ah I je sais bien que cet échange vous parut cruel : le disciple pour le maître ; l'esclave pour le seigneur; le neveu pour le Fils unique; la créature pour le Créateur; Thomme pour Dieul Et que direz-vous, Marie, après ces autres paroles : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? (Matth. xxvii, 46.) mon âme, pleine d'ingratitude! pour l'amour de toi, le Père éternel n*a pas compassion de son Fils chéri. Il Tabandonne sur la croix pour ton salut, et pour te donner le royaume du ciel, il Ffe Ifirffeîé plongé dans sesangoissesvil a refusé^ de l'en délivrer. Secoue donc, ô âme, ta paresse et ton lourd sommeil; va trouver le doux Sauveur, et espère obtenir lé pardon de toute faute grave. Prête Toreille, et entendsle crier fortement : Tai soif. (Joan. xix, 28.) Ce n'est pas tant la soif corporelle que la soif de ton salut qui le fait parler ainsi. mon âme, je pense encore à cette mère affligée dont le cœur se resserre peut-être à ce mot en disant : « mon Fils , tu as soif, et il n'y a personne d'as- « sez compatissant pour te donner à boire. Ah I si je pou-

a vais l'atteindre, moi du moins, je te donnerais mon sein, « et peutrêtre te rassasierais-tu de mon lait. Cruelle croix! tt abaisse un peu mon doux Fils, afin que je puisse lui « donner au moins un peu d'eau. » Mais non , ô Marie, ne vous inquiétez point. Jésus a plus soif de notre salut que d'une autre boisson, car maintenant il touche à sa dernière heure. Jésus pousse donc ce cri : Tout est consommé, (Joan. XIX, 30.) Et le cœur de Marie se consumait intérieurement ; et ses yeux étaient fixés sur ce spectacle apitoyant pour voir comment il finirait. Marie, que ferez- vous dans cette épreuve suprême, et quand, après la mort de votre Fils bien -aimé, vous resterez toute seule? Regardez, regardez ; il s*en va, et ne vous emmène pas avec lui. Pensez combien cette séparation sera cruelle. Père, dit Jésus, je remets mon esprit entre vos mains. (Luc. xxin, 46.) A ces mots cette âme glorieuse s*envola , laissant son corps sacré mort en croix. Je crois bien que la Mère s'évanouit alors dans l'excès de la douleur; elle désirait suivre son Fils et ne le pouvait pas. Mais elle pouvait redire tristement : Mon cœur m^ a abandonnée, (Ps. xxxix, 13.) mon âme, quels profonds gémissements, quels sanglots, quels accents touchants ne s'exhalèrent pas alors de la poitrine de ces saintes femmes ! Contemple leur douleur, et verse avec elles nuit et jour des larmes de pitié. Cette contemplation et ces larmes sont infiniment préférables à la vie mondaine et aux joies profanes.

Bur Jésus mort en erom

Lève donc les yeux, âme chérie, et contemple avec pitié ton très-doux rédempteur. Regarde si jamais pareille chose fut faite par amour! Quelle charité peut -on comparer à celle-ci^ Ô Jésus, que puis -je faire pour votre aioûour de comparable à cette mort? f*aites-moi mourir, Jésus, pour votre amour ! Faites que, blessé de votre amour, je puisse pleurer à toute heure ! Faites que je soupire sans cesse, le cœur toujours brûlant de vos flammes I chaste corps , conçu dans le seiri d*une vierge par Topé ration du Saint- Esprit, comme je vous vois meurtri et sanglant pour l'amour de moil belles et saintes mains, comme je vous vois percées et déchirées pour mon amour 1 pieds sacrés et délicats, conime je vous contemple cloues et broyés pour mon amour ! tête resplendissante, comme je vous vois transpercée et couronnée de cruelles épines pour mon amour! douce poitrine, que veut dire cette plaie? Oue signifient cette ouverture et ce sang qui s'en écoule? Hélas! comment voir votre côté entr'ouvert largement pour mon amour! croix barbare, ne reste pas ainsi étendue. Amollis un peu ta dureté; abaissè-toi, afin que je puisse toucher mon très-doux Seigneur. clous impitoyables! laissez libres ces saintes mains et ces pieds sacrés! Venez sur mon cœur, frappez -moi, couvrez -moi de plaies : c'est moi qui ai péché et non le Fils de Dieu. Jésus, quand je vous vois meurtri de la sorte pour

DB JÉBÔMB SAVONAROLE §3

moi, mon cœur m'abandonne I Jésus, quand ie vous vois ainsi crucifié, je voudrais du moins plei^per sans cesse! heureuse faute, gui a mérité une telle r^demp^ tion ! P heureuse désobéissance d'Adam , qui i^ous » valu un sang §1 précieux 1 Si jamais pe jour s'efface de ma mé-î moire, ô doux Jésus , je veux être effacé de votre mémoire éternelle! Si ianiais il tombe (Je mon cœur ei) terre, jq yeux être rayé du livre de vie! Si jamais je Toublie, plissé -je être pn dehor§ du nombre des prédestinés! Si jamais je vous oublie , 6 Jésus , que ma droite soit livrée elle-même à l'oubli; que ma langue reste atiaéiée à mon palais :, si je ne me souviens pas de vous, et si je ne sonqe pas à vou^ au commencement de toutes mes joies, (Ps. cxxxyi, 6.) Jésus, si je ne garde point à jamais lin souvenir fidèle d'un si grand bienfait, oubliez -moi comme un ingrat. Si je ne me souviens pa? toujours, 4 Jésihô, d'une si grande charité, que votre cœur sacré né brûle jamais d'amour pour moi. Si je ne me souviens pas toujours 4 V^e telle bonté , que votre main ne soit iama;^s bienveillante et compatissante à mon égard. J'ai gjrçivé cçi immense amour au plus profond de mon cœur, et j ^espère de vous que rien ne le fera jamais disparaître. J'en garderai fidèlement te souvenir, et mon âme se consumera er^ moi-même. Tai espéré en JHeu en recueillant ces choses daiis mon cceur. Si nous n*avons point été anéantis, nous le devons à la miséricorde du Seigneur; sa clémence ne fii jamais défaut. (Lament, m, 22.) Console -toi donc, ô genre humain, et réjouis-toi en répandant sans cesse de douces larmes. Consolez-vous , justes et saints , car ce jour hâte l'heure de votre gloire et de votre triomphe. Consolez-vous, pécheurs, et baignez votre visage de larmes d'amour, car vous êtes invités au pardon. vous tous qui

êtes inconsolables, affligés, tristes, pauvres, malheureux, battus par les vagues de la mer du monde, et broyés par la tempête des tribulations, consolez- vous parce qu'aujourd'hui Jésus a répandu son sang précieux pour vous faire entrer dans le port. Quelle flèche, quel arc fortement tendu, quelle épée finement aiguisée, put jamais pénétrer, par la vibration la plus puissante, un diamant véritable? Mais vous, ô Jésus, vous avez brisé les rochers; vous avez transpercé les plus fins diamants. Vous, Jésus, vous avez échauffé la glace même ; vous avez amolli nos cœurs si durs ; vous avez pénétré nos froides âmes. Vous nous avez tous enivrés de votre charité infinie, si bien que je voudrais mourir pour votre amour. Vous m'avez si fortement échauffé, ô Jésus, que mon âme languit d'amour pour vous. doux amour I ô plaie suave 1 ô blessure mielleuse, qui conduit doucement à la vie éternelle! Heureux qui brûlera toujours de votre flamme, qui sera content de vous seul , et ne pourra plus aimer autre chose en ce monde ! Heureux celui qui a reçu cette blessure du ciel ! car il s'envole sans fatigue vers la vie éternelle, en compagnie de Jésus , son doux amour, qui est vrai Dieu et vrai homme, béni avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit -il.

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