DE LA MANIÈRE D*£NTENDRE LA MESSE
Savonarole, prêchant à la cathédrale de Florence, pendant TA vent de 1491, sur la /" Épître de S. Jean (Venise, 1547; Florence, 1845), dut interrompre son exposition pour satisfaire les désirs exprimés par ses auditeurs, et consacra quatre sermons consécutifs (8% 9«, lO et 11«) à leur expliquer la manière d'entendre la Messe,
Ce sont ces sermons que nous donnons ici , après avoir modifié légèrement la forme oratoire. Les protestants ont reconnu le symbolisme pur et élevé que renferme cette belle explication des Cérémonies de la Messe; et c'est en vain qu'ils ont mutilé les textes pour rapprocher la doctrine de Sàvonarole de celles de Luther et de Calvin sur la Transsubstantiation. .
* ... Je cède volontiers aux désirs qui m'ont été exprimés , et je vais vous donner quelques enseignements touchant la manière d'entendre la messe. Je vous dirai :
1° Comment il faut diriger l'intention en y allant;
2^ Comment on doit tenir son corps en y assistant;
3® Comment il faut contempler et prier.
De rintention qu'on doit avoir.
La messe se célèbre pour trois fins principales : pour rendre grâces à Dieu , pour lui demander la rémission des péchés, pour y communier au moins spirituellement.
1** La reconnaissance est une vertu morale par laquelle on paie de retour un bienfaiteur par des éloges, des remercîments ou des services. Rien n'est plus pénible pour
1 Sermon viii. — Ces sermons furent d'abord publiés en latin , (Venise, 1536.) tels que Sàvonarole les écrivit, après les avoir prêches en italien.
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un bienfaiteur que de voir son bienfait méprisé ou méconnu. Et s'il en est ainsi à Tégard des hommes, combien plus à l'égard de Dieu ?
Or, entre tous les bienfaits, il n'y en a pas de plus grands que ceux de Tlncarnation et de la Passion de Jésus-Christ , parce que nul ne peut témoigner une plus grande affection qu'en donnant sa vie pour ceux qu'il aime. Ne devrionsnous donc pas louer et remercier Dieu sans cesse ? Ne devrions-nous pas nous souvenir toujours de ses bienfaits et redire avec le Psalmiste : Je chanterai à jamais les miséricordes duSeigrmir, (Ps. LXXXViii.)Eh bieni c'est pour en perpétuer le souvenir que Dieu a institué cet auguste sacrement. Il est écrit : Le Lieu de bonté et de miséricorde a fait mémoire de ses merveilles y il a donné la nourriture à ceux qui le craignent (Ps. cx, 4), et le Sauveur a dit lui-même : Chaque fois que vous ferez ces choses, vous les ferez en mémoire de moi. (I Cor. ii. ) Tout cela est exprimé par les vêtements du prêtre, qui symbolisent la passion de Jésus -Christ. Vamict représente le voile jeté sur ses yeux; Vaube, la robe blanche de dérision et d'opprobre dont il fut revêtu par Hérode; le cordon y les fouets de la flagellation; le manipule, les liens dont ses mains furent chargées; Vétole, la croix qu'il porta jusqu'au sommet du Calvaire; la chasuble, le manteau de pourpre que les Juifs jetèrent , pour le bafouer, sur ses épaules ensanglantées; le prêtre lui-même, montant à l'autel, représente Jésus -Christ gravissant le Calvaire avec le calice de sa Passion. Songez donc sérieusement à ce que vous devez faire en assistant à la messe.
D'abord , vous devez vous rappeler ce grand bienfait : J'en repasserai les pensées dans ma mémoire, chante l'Église, et moji âme sera consumée intérieurement, (La-
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ment, m, 20.) Ensuite vous devez le louer et le remercier en disant, vous aussi : Que rendrai-je au Seigneur pour tous les bienfaits dont il m'a comblé, (Ps. GXV, 12.) C*est là un acte qui est agréable à Dieu et qui l'honore, puisqu'il est dit dans les saints livres : Le sacrifice de la louange m'honorera, et il sera le chemin par lequel je montrerai à l'homme mon salut. (Ps. xi.ix.] Mais si vous y assistez avec des sentiments de vanité , le Seigneur vous adressera ce reproche : Quand vous veniez en ma 'présence, qui a daigfié recueillir les dons de vos mains y ô vous qui fouliez les parpi^ de mon temple? (Is. il, ^2.) Ah! c'est; que vous sacrifiiez au démon et que vous le rempljssie?; ^e joie. Qqinr ment^ en effet, renaiercier un an^i en faisant (}es actiôjis qui lui dépiais^ent? Et fa^t-il s'étpnney q\|^ J^ Seigpeuj? ajoute : Ne m'offrez plm un sacrifice rri^nteur; votre encens m'est en abomination? (Is. I, t3.)
2^ É4 second lieu vpijs devez y assister ppuy pbtfBjiir la rémission des péphés.
Est-ce que nous i^e péchons pas tous les jour3? Est-ce que chacun dp nous ne peut pas dire f^v^ le prppjiète: Aucune partie de rr^c^ cfmir n'e^t sainp devant vjotre colêfe^ ô mon Dieu, et il n'y a plus de paix po^f rr^ps pSjSepjeH^s à Ip^ vue de mes péchéSf (Ps. xxxvu.) Dp plus, nul ne sait s'i) est ep état, de grâcç. L'homme ignprp s*il est cligne de haine pîi d'anjour; et tputes les choses restent eqichéps dans la yolpnté divine. Et puis, nous savpns que la vie est cpurte, et que Tl^eure de la n^ort est incertaine. Les hommes, dit le prophète^ ne cqnnaissent point leur fin^ ils sont pris au temps mauvais, confime les poissons à l'hameçon et les oiseaux au filef. (Epcje. ;3^, 12.) Enfin rien n'est plus périlleux et plus affreux que de mourir dans le péché mortel , car il est horrible de tombef entre les
mains d^ Dieu vivant. (Hebr. x, 31.) Si nous sommes bien cc^yaincus de ces vérités, il faut reconnaître que nous courons les plu§ graves dangers et que nous devons revenir à Dieu sincèrement et avec larmes. £t| puisque de nous-mêmes nous pouvons moiiis Tapaîser que llrriter, nous avons besoin de \\û offrir un sacrifice d'agréable odeur, c'est-à-dire Je sacrifice de ^autel, Quand donc qous assistons à la messe, plaçons e^ présence (de Dieu la passioi^ de Notre -Seij^eur Jésus -Christ^ afin que )a vue dje ce sacrifice calme sa colère. Souvenezvous que Dieu a promis de ne plus exterminer le^ hommôs depuis qu'il a fait de Farc-en-ciel le signe authentique dp sa promesse. Ce\ arc- en -ciel ai|x trois couleurs symbolise Jésus-Christ. La couleur verte représepte sa divinité, où se trouvent les pâ^ur^ges d'i^ne verdure étemelle; la couleur rouge, sa chair emppurprée par le sang de sa Passion; ^t la couleur blanche, qui est au milieu des deux autres, son âme immaculée. Quand la colère de Dieu veut éclater, elle s*iapai6e devant ce divin arc-en-ciel, semblable au feu qui se refroidit et perd sa force en passant dans Te^u. Gardez-vous bien de désirer que la messe soit la plus courte possible. Le Christ n'a point souffert pour vous en toute hâte ; il a souffert lentement en supportant une à une les douleurs les pli^s diverses et les plus terribles. Assistez donc à la messe avec attention et recueillement, et célér brez-la de concert avec le prêtre.
Ne dites pas : a Je suis pressé , j*ai à traiter d'affaires importantes. » Peut- il y en avoir une plus importante à négocier que celle-là même où le corps du Christ est en présence de la majesté divine? Peut -il y en avoir une plus nécessaire que celle qui se traite sur Tautel , pour le salut éternel de votre âme ? Si vous y assistez sans respect
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et sans dévotion, le Seigneur dira de vous : Je ne me complais pas en vous et je n'accepte pas l'offrande de vos mains; vos assemblées sont impies, et mon âme abhorre vos calendes et vos solennités, (Is. i, 13,. 14.)
3® La communion est la troisième fin du sacrifice.
Les chrétiens de la primitive Église communiaient tous les jours. A mesure que la charité alla s'a (faiblissant , on communia plus rarement, d'abord simplement le dimanche, puis les jours de grandes fêtes. Maintenant on ne le fait plus qu'à Pâques, pour obéir au précepte de l'Eglise, et cela sans piété , sans ferveur, sans aucun fruit spirituel. Aussi peut- on dire plus que jamais : Je ne loue ni ne blâme Vusage de la communion quotidienne. Je ne le loue pas, parce que vous n'avez pas le respect et la dévotion voulus ; si vous les aviez , loin de vous blâmer, je vous comblerais de louanges. Mais, hélas I c'est à peine si on peut obtenir de vous, une fois l'an, les dispositions requises ; si le précepte n'existait pas , un trop grand nombre ne communierait peut-être jamais. Et pourtant voici ce que disent les saints Pères dans les canons de l'Église : « Tout laïque qui ne communie pas à Noël, à « Pâques et à la Pentecôte, ne doit pas être réputé catho- « lique. »
Si le refroidissement de la charité ne vous permet pas de communier tous les jours sacramentellement, faites du moins la communion spirituelle chaque fois que vous assistez à la messe. Sachez que vous êtes membre du corps du sacrificateur, car le prêtre et les assistants ne font qu'un seul corps. C'est pour cela qu'il est dit au canon : Souvenez'vous , Seigneur, de vos serviteurs, de vos servantes, et de tous ceux ici présents y dont vous connaissez la foi et la dévotion, pour lesquels nous vous offrons, ou
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qui VOUS offrent eux-mêmes ce sacrifice de louange. Paroles qui prouvent que nous offrons le sacrifice tous ensemble, nous avec lui et lui pour nous; et que, lorsqu'il communie, vous devez communier spirituellement. C'est ainsi que la nourriture est transmise par la bouche aux autres membres. Si vous êtes un membre sain et dispos, vous y puiserez une force plus grande quelquefois que celle qu'y trouve le sacrificateur lui-même. Il importe peu que le prêtre soit mauvais, parce que son état ne vous empêchera pas de recevoir la grâce ; il ressemble alors à une canule de bois ou de plomb qui transmet le vin sans le recevoir *. Si, au contraire, vous n'êtes pas un membre vivant, vous ne recevrez absolument rien, car il est écrit : Le rameau détaché de la vigne ne peut produire aucun fruit. Si vous ne demeurez pas en moi, vous serez rejeté comme un rameau détaché de la vigne, qui se dessèche bientôt et qu'on jette au feu pour y être consumé. (Joan. xv, 5, 6.) Vous le voyez, il faut s'approcher de ce sacrement en état de grâce, et bien qu'il ne soit pas nécessaire de se confesser préalablement, comme pour la communion sacramentelle, il faut avoir la contrition de ses péchés afin d'en recueillir le fruit, non moins indispensable à l'âme que la nourriture l'est au corps. Nous péchons tous les jours , et tous les jours nous avons besoin de réparer nos forces affaiblies.
* Ces seules paroles réduisent à néant cette affirmation d'un historien protestant : « Nous prouverons en étudiant plus tard « le point de vue général de Savonarole sur les sacrements de « rÉglise romaine, qu'il les a conçus d'une manière toute spio rituelle et qu'il n'a jamais cru à un opus operatum, à une a vertu cachée dans l'acte et indépendante de la disposition de « l'âme de celui qui l'accomplit. »> {Jérôme Savonarole, par Théodore Paul, p. 219.— Genève, 1857.)
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Dô la disposition àa eorps.
Noua traiterons : l® de la distance qui doit se trouver enire le prêtre et le peuple, et de Tordre suivant lequel 11 faut se placer; i^ de l'attitude respectueuse qu'on doit avoir.
1^ Remarquez d*abord que le temple de Salomon aussi bien que le tabernacle de Moïse était divisé en trois parties : le saint des saints, où le grand prêtre seul pénétrait une fois Tan ; le saint, où entraient tous les prêtres; et le parvis, réservé aux lévites. Le peuplé regardait de loin 6n se tenant sous les portiques, les homùies d*un côté, les femmes dé l'autre.
Je dis qu'il ne faut pas se placer vis-à-vis du prêtre et trop près de Fautel , plus auguste encore que le saint des saints de Tancîen temple qui renfermait seulement Tarchè d'alliance, figure de Jésus-CKrïst. Par respect pour Jésus- Chrîst, réellement présent sur Tautel, vous devez vous tenir à distance, comme le publicaîn , et dire avec lui : Soyez-moi propice, car je suis un pauvre pécheur, (Luc. XVIII, 13.) Vous le devez pareillement par égard pour le prêtre. Il est la tête, et vous n'êtes que les mepibres. Et d'ailleurs, si vous vous tenez trop rapprochés, vousf trtnibîez sa contemplation. Vous le gênez si vous le regardez en face; il n*ose plus embrasser le céleste Éppux dm ânues, m s'entretenir intimement avec lui,, ni sottpirèr àmotïrettsenfïént en sa présence, et les prières qu'il doit lui adresser en votre faveur sont moins efficaces,
parce que, en le distrayant, vous les ave^ rendues moins ferventes.
t^our la même raison vous ne devez pas vous mettre sur les côtés. Est-ce que les serviteurs se mettent sur le même rang que les maîtres? Le prêtre est le représentant de Jésus - Christ j notre maître à tous... Innocent III réprimanda l'empereur de Constantiuople parce qu*il ne rendait pas à son évêque, le patriîirche, Thonneur qui lui était dû, en le faisant asseoir à sa gauche sur les marches de son trône ; et il est raconté que Constantin prit la dernière place au concile de Nicée, et demande^ aux évêques la permission de s'asseoir.
* ,.• Voici une règle générale applicable à tous les lieux. L'autel , ou du moins le degré siir lequel se tient le céléhrant, doit être regardé comme le saint des saints, et pfifsanïie ne do^t y monter, pas même les servants , si ce n'est en cas de nécessité* Lorsque Moïse, voyant brûler le buisson, voulut s'en approcher, le Seigneur, ou plutôt l'ange du Seigneur, lui dit : Ote la çhaussi^re dç tes pieds, parce ^v£ ce lievt est un îiexf. saint, (Exod, i^i, 5.) Combien plus saint est le lieu où le Seigneur des anges se tient luimême en personnel Gardez -vous donc d'approcher de l'autel^ de peur dq le toucher indignement : Oza fut frappé de mort pour avoir porté le^ m^ins sur l'arche d'aluance.
Les saints canons défendent aux Ifiaques de prendre place parmi lea clercs, près de l'autel, quand on, célèbre la messe. Saint Ambroise voyant Théodose assis parmi les prêtres, lui fit signifier de prendre rang parmi le peuple^ parce <jpç. i|î la pourprç. lui donnait l'eu^pir^, elle ne lui
* Sermon ix.
donnait pas le sacerdoce. Théodose se soumit humblement, et plus tard, se trouvant à Constantinople, quand l'évêque voulut Tinviter à prendre place à côté des prêtres, il refusa cet honneur, en disant qu'il restait fidèle à l'enseignement de saint Ambroise, le seul véritable pontife qu*il eût connu. Cependant, comme il est reçu aujourd'hui que les laïques entrent dans les chapelles, ils doivent se tenir soigneusement à une distance convenable.
Les hommes et les femmes doivent se tenir séparément , et , autant que possible , chacun selon son rang et son âge...
2<^ Parlons maintenant des signes de respect qu'on doit observer, soit en inclinant la tête, soit en ployant les genoux. Enseignez à vos enfants à remercier Dieu de rincarnation et de la Rédemption, chaque fois que dans l'église ou ailleurs ils entendent prononcer les noms de Jésus et de Marie. Il est écrit qu'au nom de Jésus tout genou doit flé^ chir, au ciel, sur la terre et dans^ les enfers, (Philip. Il, 10.) Tout le monde, même les femmes, doit pareillement fléchir le genou et remercier Dieu , à ces paroles du Credo : Qui a été conçu de la Vierge Marie et s'est fait homme; et à celle du dernier évangile : Et le Verbe s'est fait chair. Pendant la lecture de l'Evangile, il faut se tenir debout, la iiHe tournée vers l'autel , modestement baissée. Cette attitude montre qu'on est prêt à obéir, selon la recommandation de l'Apôtre : Soyez chaussés pour annoncer VÉvangile de paix (Eph. vi, 15); qu'on est résolu à conserver la foi véritable de ses divins enseignements, et que par lui le cœur s'entr'ouvre à l'espérance des biens éternels , car il est la vertu de Dieu et le salut de tout croyant. (Rom. I, 16.) D'autres fois il faut prier à genoux, par exemple, au commencement de la messe, quand le prêtre
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récite le Confiteor, afin de s*huinilier en reconnaissant qu'on est pécheur et indigne de s'approcher d'un tel lieu; et spécialement depuis YÉlévation jusqu'à la Communion, Les hommes, nous dit saint Paul (I Cor. xi, 7), doivent prier la tête découverte, et les femmes la tète voilée, parce que Vhomme ne relève que de JésuS'Christ , et que la femme relève â^ abord de son mon.
De la disposition de Tâme. — Ck>mment il faut prier et contempler.
Lorsque le prêtre parle à haute voix , vous devez l'écouter, par respect pour Dieu qui parle par sa bouche, et avec la confiance que ses paroles sont pleines d'efficacité, lors même que vous ne les comprendriez point. Le pain n'entend pas les paroles de la consécration, mais il n'en est pas moins transsubstantié par elles : de même un assistant illettré peut être changé intérieurement par les paroles du prêtre, s'il les écoute avec attention, et devenir bon et pieux, de mauvais et indévot qu'il était. Quand il parle à voix basse, vous devez prier de cœur, plus encore que de bouche. Mais, me direz -vous, comment prier? comment méditer? Je vous répondrai d'abord : priez en union avec le prêtre qui implore Dieu pour tous, pour les vivants et pour les morts, selon le précepte de l'Apôtre : Avant toutes choses, je vous adjure de demander, de supplier et de remercier pour tous les hommes, afin qu'ils jouissent d'une viepaisiblc dans la piété et la vertu; c'est làun acte souverainement
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agréable à bien, qui veut que tous tes hommes soient sauvés et ahrivent à là connaissance de la vérité» (I Tim. il, 1.)
* Afin de ïie pas nous égarer dans des détails inutiles , et pour vous donner un enseignement plus pratiqué et plus salutaire, je diviserai la messe en trois parties, selon les trois fins principales du sacrifice : la coniemplaiion, la demande et Faction de grâces, qui doivent réjouir notre âme par le souvenir des choses passées , par Fintelligence des choses présentes, et par Fespérance des biens à venir *.
\^ La première, c'est-à-dire la contemplation, s'étend depuis le commencement de la messe jusqu^au canon.
Reprenons les choses d'un peu plus haut pour vous faire mieux comprendre le sens des cérémonies qui s'accomplissent pendant ce temps. Au commencement. Dieu créa Fhomme à son image et à sa ressemblance. ]M[ais Vhomme ne comprit pas cet honneur, et s'assimila par son péché aux bétes dépourvues de raison. (Ps. XLViii, 13.) Même aqprèsla chute, il avait Forgueil de la science. Dieu permit donc ^ afin qu'il s'humiliât devant lui , qu'il fût livré au sens réprouvé , et devînt semblable aux animaux et aux pierres , en adorant des statues de bois et de marbré, selon cette parole du Psalmiste : Qu'ils leur ressemblent ceux qui les font, ou se confient en elles. (Ps. cxiii, 8.) Alors, Fhomme coupable, s'adressant au médecin céleste, se prit à lui dire : « Si du moins j'avais la science, j'observerais yos com- « mandements. » Il se glorifiait ainsi de les mettre en pratique par ses seules forces. C'est pourquoi lé Seigneur
i Sermon x.
9 C'est la doctrine même de saint Thomas dans aan comment taire sur le texte de saint Paul (I Tim., ^i, 6). — Voir fru$si k^ Somme théot, 3« partie , quest. 83 , art. 4.)
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lui donna la loi de Moïse, pour lui faire sentir que sans sa grâce il restait impuissapt. Et, en effet, rhomrae n'observa pas la loi qu'il connaissait et il aggrava son péché, comme l'affirme saint Paul : La loi qui devait produire la vie a été une occasion de ruine et de mort. (Rom. vu.) Convaincu à la fin qu'il ne pouvait être justifié ni par la science ni par ses propres forces, il commença à reconnaître sa fragilité. J'ai en moi, disait- il, la puissance di vouloir; mais je suis incapable d* opérer le bien, car je ne fai^ pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. Il se prit alors à gémir intérieurement et à invoquer un libérateur, en s'écriant : <i Malheureux que je suis! Ah! qui « me délivrera de ce corps de mort? La science de la loi, le3 a forces de la nature sont absolument impuissantes. Qui a donc n^'affrapchira pleinement? » Il lui fut répondu : La grâce de Lie^ par Jésù^- Christ Notre -Seigneur. Et depuis, il s'bumilia de plus jbu plus, et soupira avec une ardeur jcroissante vers son médecin. Que n'entrouvrezvous les deux, s'écriait Isaïe avec des gémissements, pour descendre sur la terre? Les montagnes se fondront devant vous comme si elles étaient consumées par le feu; les eauqe deviendront bouillantes. Vos ennemis connaîtront votre nom, et les nations trembleront d'épouvante en votre présence. (Is. LXVIII.).0 deux, avait-il dit encore, distillez votre rosée; que les nuées fassent pleuvoir le Juste, que la terre s'entr' ouvre pour produire le Sauveur, et que la justice apparaisse enfin avec lui! Les prophètes exhalèrent longtemps leurs ardents soupirs en criant vers le ciel pour appeler le Sauveur. Enfin , après plusieurs siècles d'attente, quand l'humanité humiliée et prosternée eut fléchi son courroux par les désirs et les supplications d'un grand nombre de saints, et que la plénitude des temps iint arrivée, Dieu
envoya son Fils unique , né de la femme et soumis à la loi, pour racheter ceux qui gémissaient sous son joug et les élever à la dignité d'enfants adoptifs.
Ainsi, le prêtre disant le Confiteor figure Thumanité coupable et prosternée à terre dans son repentir; V Introït rappelle les soupirs des anciens justes, et le Kyrie eleison, leurs cris suppliants vers le ciel. On invoque trois fois le Père, trois fois le Fils, trois fois le Saint-Esprit, et on répète neuf fois cette invocation, afin de signifier que les saints conjuraient la sainte Trinité d'envoyer le Sauveur pour nous unir aux neuf chœurs des anges. L'avènement du Sauveur est figuré par le Gloria in excelsis, hymne que les anges chantèrent à la naissance du Seigneur Jésus.
Méditez donc ces saints mystères pendai|t la messe. Rangez -vous parmi les pécheurs et dites avec le prophète David : Seigneur, je reconnais ma faute; elle est sans cesse sous mes yeux, car j'ai été conçu dans f iniquité, et ma mère m'a engendré dans le péché, (Ps. L, 7.) Soupirez ardemment vers le médecin de votre âme; invoquez -le avec ferveur, et, unissant vos désirs à ceux des patriarches, dites avec eux : mon Lieu, créez en moi un cœur pur, et donnez un esprit droit à tout mon être. Et alors le Seigneur vous apparaîtra; il se montrera comme un petit enfant, et le cœur pénétré d'une ineffable allégresse vous entendrez chanter : Gloire à Dieu au plv3 haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Oui, si vous vous êtes disposés par de fervents désirs et une contrition véritable de vos fautes, vous pourrez redire avec le prophète : Seigneur, vous avez exaucé le vom du pauvre, et voire oreille a entendu la prière de son cœvr, (Ps. X, 17.)
Après que le Seigneur eut revêtu une nature semblable à la nôtre et fut venu habiter parmi nous, l'humanité, se
relevant de la poussière où elle était prosternée, reprit confiance en honorant Dieu. Elle lui demanda les secours dont elle avait besoin et s'appliqua à la prière. C'est ce qui représente le prêtre lorsqu'il se retourne vers les fidèles en disant : Le Seigneur soit avec vous, afin de les exciter à ranimer leur confiance, puisque le Sauveur est venu, à élever leurs cœurs vers Dieu , et à prier avec lui. Le peuple répond : Qu'il soit aussi avec votre esprit, comme s'il disait : « Nous désirons aussi qu'il soit avec vous, afin qu'unis « dans la plus étroite charité nous lui adressions ensemble « nos prières et que nous soyons sûrement exaucés, ainsi « que Notre-Seigneur nous l'a appris : Toutes les fois que sur « la terre deux d'entre vous prieront ensemble, mon Père, qui « est dam le ciel, leur accordera tout ce qu'ils auront demandé, y> (Mattb. XVIII, 20.) Le prêtre alors récite V Oraison, qu'il termine ainsi : Par Jésus-Christ Notre-Seigneur, car c'est en lui qu'il puise toute sa confiance dans l'efficacité de sa prière, selon renseignement qu'il nous a donné : Mon Père vous accordera tout ce que vous lui demanderez en mon nom. Et vous aussi, élevez de nouveau votre cœur vers Dieu. Unissez -vous au prêtre, et encore que vous- ne compreniez pas ses paroles, priez comme lui, avec ferveur, pour votre salut et pour celui du prochain.
Nous ne savons rien de certain et de précis sur la vie de Jésus-Christ depuis l'âge de douze ans jusqu'à la prédication de saint Jean-Baptiste. Cette partie de son histoire n'est pas représentée dans les cérémonies de la messe, parce que l'Évangile n'en dit rien. Seulement il est à croire qu'il vécut nuit et jour dans la pénitence, l'humiliation et la prière, en présmice de Dieu, afin que les hommes fussent plus ravis d'admiration, en le voyant paraître à l'heure marquée par la Providence. C'est du moins ce que nous pouvons con-
^02 OEUVRES ^PIBITUBLLBS
Jecturer des paroles des Juifs, qui se disaient pntre eux, avBc étonnement, à la vue de ses prodiges : Mais n'est-ce jpos là le fils de Vouvri&r? Marie n'estrelle jpas sa mère? Comment donc connaît -il si bien les lettres qu'il n'q jamais apprises? (Matth. xiii, 55.) Le reste de ça vie jusqu'à sa mort est fidèlemefat représenté dans la messe.
Et après ce temps, dit rfjvangile, laparqle du ^gneui^ descendit sur Jean^ fils de Zachane^ qui vivait q>u désert. Et i/ se mit à parcourir les rives du Jo^rdainp prêchaip.t l^ hapféwfi de la pénitence pour la rémission des péàhés, selon qu'il est écrit a]a livre du propriété Isw '• Je suis la voix qui cri0 dans le désert : Fr^arez les chen^ins pu Seigneur; aplanissez les sentiers pour not^e Ifieu dans la solftudp^ {l^}^i i^? 40.) Jean le Prépurspuf* fut le terme de 1%. \o\ et des prophètes, ^t le lien entre P^ncien et If) nouveau Testament. Il donnait au peuple le baptêmes de Teau, et lui finiH)n^t la venue prochaine du Messie, en disant i Je vom kaptise dans Veau; mais il en est un nu mili^ de voy^s que vous ne eontmsseii pas, ceM^là même qui d^it venir après f^oi, qui eaaisr tait avant mois et ie ne suis point digm de démmr le cordon de ses sandales. Le Christ Jésus pomm^ç^ donc à se révéler au monda et à le reniplir de jpie et d'allégresse. Isaïe Pavait prophétisé par ces piaroleti : le p^uiple qui cken^inait dans les ténèbres avuvm grande lumière; m Irrillant flam-beau a éclairé ceux qui habitaient les régions t^ébreuses de la mort... Christ, les peuples se r^ouiront dev^t vousis comme le laboureur au j&ur de la moiss<^, comme les vf^inqu^ms lor^ qu'ils partagent entre eux les dépouilles ^ Imts pmemiSf^ Bois donc consolé, $ mm pe^p}e! Kt an effet» dèf. quai J^if^ de mit à prêcher publiquameiit et à epér^ ^e^ miFaçi^s, Joueurs crurent en lui^ firent péiMt^:iee ets'ftttsi^^[^ti sa suite.
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L'J^itr^ &gure la prédication de saint Jean, placée entre les Propriétés et les Apôtres ; aussi est-elle précédée quelquefois à'we prophétie. Le Graduel signifie la pénitence qui en était l'objet, car c'est par la pénitence qu'on s'élève de vertu ef^ veriu^ pour contempler le Dieu des dieux dans Sion. Les ver$ets et l^s r^ons rappellent les exhortations de saint Jean, e^ 1^ conv^rsion des auditeurs. Il est suivi de l'A/Zeluia, mot hébreu qui signifie joie, transport, pour expriiner le transport de l'amour de Dieu pour le salut des hommes, et rallégresse provoquée par l'avènement du Sauveur. On le répète d'abord iewf. fois ppur exprimer la joie de l'âme et du corps ^ ou bien, le double trtpisport de Tâme qui tressaille d'espérance sur la terre et s'enivre déjà du bonheur de la vie future. Le verset qui suit symbolise les œuvres de la foi et de la pharité que nous devons accomplir pour arriver à la gloire parfaite figurée par le troisième Alléluia. Celui-ci termine souvent la Prose ou la ^queme, dont le rhythme joyeux nous rappelle quei Jésua^- Ghrist s'est incarné pour nous conduire au çjel, où régneront un bonheur sans fin et un Alléluia étemel.
Dès que Jean fut mis en prison, Jésus inaugura son ministèFO puj^lip. C'est pourquoi l'Évangile est chanté par le diacre ou récité à haute voix par le prêtre, qui passe alors du côté gauche pour rappeler cette parole du divin Maître : Je ne $\àis pas venu appeler les justes, mais bien inviter lespédiern^ A la péhitenee. On peut dire encore que le prêtre se tient^Lueôté droit, depuis le commencement de la messe, et passe ensuite au côté gauche, où jl récite l'Ërangile^ pour signifier que la foi fut d'abord préchée aux Juifs, et que, repousaée pôr eux, elte fut ensuite portée chez les Gentils , ainsi que saint Paul et Barnabe le leur déclarèrent ouvertement. (Act. XIII.) Toutefois elle reviendra vers les Juifs à
la fin des temps, selon le mot de TApôtre : Une partie d*Is^ raél sera frappée d'aveuglement jusqu'à ce que la plénitude des nations soit évangélisée. Mais alors Israël se convertira tout entier. (Rom. li, 25.)
Le prêtre excite le peuple à la dévotion, en disant : Que le Seigneur soit avec vous. Il l'avertit par là que Dieu va parler et qu'il doit se disposer à Tobéissance. Levez-vous donc à ces mots, tenez- vous debout, et répondez au prêtre par la bouche du servant : Qu'il soit aussi avec votre esprit, afin que vous puissiez annoncer sa parole pour notre salut commun. Le prêtre ajoute : Commencement ou suite du saint Évangile , en faisant une croix sur le livre, sur son front, sur sa bouche et sur son cœur, pour annoncer la bonne nouvelle de la croix, que nous devons aimer du cœur, louer des lèvres et prêcher publiquement, sans respect humain. Imitez-le et faites de même de votre cêté. C'est pour les mêmes raisons qu'il fait de nouveau le signe de la croix et qu'il baise le livre à la fin de l'Evangile, protestant ainsi qu'il croit, embrasse et professe la vérité exprimée par ces paroles et par ces signes. Élevez votre esprit, vous aussi; confessez la foi et affermissez-la dans votre Ame. Car on croit de cœur pour être justifié , et on confesse de bouche pour être sauvé. (Rom. x, 10.)
*... Le prêtre chante alors le Credo. Le Symbole représente la conversion et la foi des Apôtres et des peuples de la Judée, qui, témoins de la prédication et des mervmlles de Jésus- Christ, s'attachèrent à lui et publièrent partout ses louanges. Â cette vue, les pharisiens, les scribes et le» prêtres, poussés par la jalousie, se mirent à le persécuter et à lui tendre des pièges pour lui ôter la vie. Leur irritation redoubla quand
* Sermon xi.
il eut ressuscité son ami Lazare, mort depuis quatre jours. Le texte sacré raconte qu'ils s'assemblèrent aussitôt pour délibérer. Quelle mesure devons-nous prendre, dirent- ils, car cet homme opère de nombreux miracles? Si nous le laissons faire, tout le monde croira en lui. Elle fut à son comble, et ils résolurent d'exécuter leurs noirs desseins, après l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem : Nous n'avons abouti à rien, s'écrièrent-ils, tout le monde court après lui. Aussi saint Jean raconte qu'après la résurrection de Lazare, Jésus évitait de se montrer en public, sachant que ses ennemis avaient ordonné de le saisir. Mais lorsque le temps de la Pâque fut proche, il monta sur une ânesse, accompagnée de son poulain , et tous ceux qui le précédaient ou le suivaient, l'acclamaient en s'écriant : Hosanna au Fils de David! Bienheureux celui gui est venu au nom du Seigneur l Hosa/nna dans les deux! Peu après commença sa Passion mémorable.
C'est pourquoi le prêtre se tourne vers le peuple, après le Credo, et dit : Que le Seigneur soit avec vous, par une foi inébranlable, de telle sorte que vous ne redoutiez point les souffrances, puisque le Christ a souffert lui-même dans sa chair pour notre salut. Et le peuple répond : Qu'il soit aussi avec votre esprit, afin que nous soyons animés des mêmes sentiments. Le prêtre ajoute : Prions, comme pour inviter les fidèles à prier Dieu pour que leur foi ne défaille point, parce que, dit l'apôtre saint Jacques, tout don parfait vient d* en haut et descend du Père des lumières. Il récite alors y Offertoire, à voix basse, même dans les messes solennelles, pour signifier que Jésus, ne paraissant plus en public, s'offrait déjà comme victime à Dieu son Père. Il fait V offrande du pain et du vin en priant la sainte Trinité d'agréer ce sacrifice pour le salut de tous les hommes : expression de
Tardent désir qu^avait Notre-Seigneur de mcfn^er la ^àqu^ avec ses disciples et de mourir pour notre rachat.
Ensuite il lave ses doigts, pour signifier q]ae Thostie qu'il doit toucher e§t sainte et immaculée, et que ceux qui Foffrent avec lui doivent être exempts de toute souillure. Puis, venant au milieu de l'autel, il s'incline profondément pour montrer son indignité devant un mystère si auguste, et il se tourne vejrs le peuple en l'invitant à prier Dieu avec lui, qu'il daigne agréer ce sacrifice. II récite alors la Secrète à voix basse, pour représenter INfotre-Seigneur quj restait caché Jusqu'au jour fixé pour sa Passion. Çlevez votre esprit pendant ce temps et unissez-vous aux prières à^ célébrant, afin que Dijeu reçoive agréaj)lement ce sacrifice, offert pour votre salut et celui de vos parents et ^mis.
A la fin de la Secrète, le prêtre élève la vpîx «et dit : Pok tous les siècles des siècles, pour représenter Jésus-Christ qui, monté sur une ânesse suivie de son poulain , fait son entrée triomphale à Jérusalem, au milieu des acclamations de la foule. Prêtez l'oreille, écoutez attentivement la Pré-face, bénissez et remerciez Dieu, comme si vous montiez avec lui à Jérusalem. A ces paroles : Béni celui qui est venu au nom du Seigneur, faites un signe de croix sur vqtre poitrine en songeant que Notre-Seigneur gravissait le Calvaire chargé de l'instrument de son supplice. Montez à sa suite et redites avec l'apôtre saint Paul : A Bieu ne plaise que je me glorifie en autre chose que dans la croix de Notre-- Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde m*est cnmfié et moimême suis crucifié au monde. (Gai. vi, 14.) Là se termine la première partie de la messe.
2<» La deuxième partie, qui comprend la degaande et l^ prière, s'étend du Canon à la Communion. Comme les mys-
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tères du Canon, d'après l'esprit de TÉglise, ne doivent pas être expliqués aux fidèles, nous parlerons seulement de la prière que ceux-ci doivent faire pendant ce temps.
Vous savez tout ce que Jésus-Christ eut à souffrir dans sa Passion; comment du haut de la croix il prononça sept paroles; comment il fut enseveli, descendit aux enfers, ressuscita et apparut aux saintes femmes et à ses disciples, nous donnant ainsi le gage de notre résurrection, selon l'enseignement de l'Apôtre : Si PEsprit qui a ressuscité Jésus d'entre les morts, habite dans vos âmes, il ressuscitera un jour ^pareillement vos corps mortels, (Rom. viii, 11.) Quand donc le prêtre commence le Canon^ formez un sachet de myrrhe, d'aloès , de casse et d'autres herbes à la fois amères et odoriférantes. Après l'avoir arrosé d'eau, placez-le sur le feu, et élevez-le devant le Seigneur, en le couvrant préalablement de toute la poussière de la terre. Je m'explique : recueillez dans votre mémoire le souvenir des diverses souffrances du Christ; c'est le mot de l'Épouse des Cantiques : Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe; il reposera sur moncamr (Cant. i, 13} entre mon intelligence et ma mémoire. Placez- les sous le feu de la charité afin d'exciter votre ferveur, à la vue du sang de Jésus qui tombe goutte à goutte de ses plaies sur la terre pour le salut des hommes ; il est écrit : Mon âme s'embrasera dans ma méditation (Ps. xxxviii, 4) ; car les brandons deVamour divin sont des brandons de feu et de flamme, (Cant. vui, 6.) Baignez ensuite ses plaies sacrées de vos larmes, provoquées par là compassion que ses souffrances vous inspirent, et par l'amer souvenir de vos fautes et de celles d'autrui : Les larmes doivent vous tenir lieu de pain jour et nuit. (Ps. XL, 3.) Enfin mettez sur ce sachet la poussière de la terre, c'est-à-dire tous vos péchés et tous
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ceux des hommes, car le prêtre prie alors pour tous; il offre le saint sacrifice pour la paix et la conservation de FÉglise, pour le Pape, Tévêque, le chef du saint-empire, pour tous les fidèles et spécialement pour les amis et les assistants. — Ceci soit dit contre les personnes simples et ignorantes qui demandent au prêtre de célébrer la messe pour elles seules , comme si les autres devaient en être exclues. Il semble, en effet, qu'on en soit venu maintenant à vouloir acheter les messes en quelque sorte. Je vous en prie donc, contentez-vous d'offrir un honoraire en priant le prêtre de vous faire participer au saint sacrifice, et de rappliquer pour vous, selon que la justice divine le jugera convenable. N'exigez pas qu'on dise chaque jour des messes votives, et sachez que TÉglise a prescrit une fois pour toutes de célébrer la messe, fixée par les rubriques, tant pour les vivants que pour les morts. — Ainsi, offrez à Dieu toutes ces intentions , où plutôt déposez-les comme un bouquet spirituel sur le cœur de Jésus-Christ, et invoquez avec le célébrant le secours de tous les saints. Vous devez demander à Dieu en particulier ces trois choses : qu'il dispose vos jours dans la paix ; qu'il vous préserve de la damnalion éternelle; qu'il daigne vous compter au nombre de ses saints et de ses élus, afin que vous soyez béni par lui, inscrit au livre de vie, et que ses promesses soient ratifiées à votre égard. Pendant que le prêtre, après la consécration , élève le corps et le sang de Jésus-Christ vers le ciel, pour signifier son élévation sur la croix, prenez votre bouquet, et élevez-le vers Dieu avec respect en disant : Sei-^ gneur, Dieu des vertus, exaucez ma prière; Dieu de Jacob, prêtez V oreille à ma voix. Et si par hasard une voix vous répondait intérieurement : Tu es indigne d'être exaucé, ajoutez aussitôt: « Regardez, ô Dieu, notre protecteur, fc-
« gardez quel sacrifice est celui-là. N'est-ce pas là l'agneau « sans tache de la Loi? N'est-ce pas là l'agneau et la bre- « bis offerts pour nos péchés? N'est-ce pas là votre Fils « bien-aimé. Ah ! voyez quelles plaies il a reçues, quelle « Passion il a soufferte pour nous ! Voyez comme il nous « a aimés! Contemplez la face de votre Christ, regardez « son humanité. En vérité. Père saint, vous ne pouvez <K nous refuser le pardon , car il a porté nos infirmités et « il s'est chargé lui-même de nos douleurs. y>
Après l'élévation du calice, le prêtre, comme pour s'excuser d'une telle présomption, proteste qu'il n'a fait qu'obéir à ce commandement divin : Vous ferez ces choses en mémoire de moi; paroles empruntées à l'évangéliste saint Luc et à l'apôtre saint Paul, et légèrement modifiées par l'Église, qui n'en a pas altéré la signification en ajoutant : Toutes les fois que vous les ferez, vous les ferez, etc. Il prie de nouveau le Seigneur d'agréer ce sacrifice, comme il agréa celui d'Abel , du patriarche Abraham et du grand prêtre Melchisédech, et d'accepter notre foi comme il a accepté celle de ces justes. Puis, s'inclinant profondément pour témoigner son absolue indignité , il lui demande de combler de grâces et de bénédictions célestes tous ceux qui prennent part au sacrifice. Et, comme la Passion de Jésus- Christ s'est accomplie pour les morts aussi bien que pour les vivants, il prie aussitôt pour les fidèles trépassés, et ensuite pour les assistants et pour les pécheurs, afin qu'ils soient introduits avec les apôtres et les martyrs dans la vie bienheureuse. Ajoutons encore que le prêtre, déposant après l'élévation l'hostie et le calice sur le corporal , représente la déposition du Christ au tombeau et l'achèvement de sa Passion qui nous donne le courage de prier son Père à haute voix et de lui demander avec confiance
tout ce dont nous avons besoin. C'est pourquoi le prêtre dit en élevant la voix : « Frions. Avertis que nous (( sommes par de salutaires ordonnances, et formés par a une divine institution, nojas osons dire : Nôtre Père a qui êtes dans les deux, etc. » Nous osons maintenant appeler Dieu notre Père, parce que nous sommes devenus ses enfants adoptifs par les mérites de la Passion de notre Sauveur, ainsi que FEsprit-Saint en rend témoignage dans nos âmes. Par là même , comme nous renseigne saint Paul, nous sommes ses héritiers et les cohéritiers du Christ. Aussi nous prions d'abord que son nom soit honoré, sanctifié et aimé par la Passion de son Fils ; ensuite nous le prions hardiment qu'il nous donne le royaume des cieux, et les moyens de l'obtenir, et enfin nous lui demandons la délivrance de tout mal. Il nous exaucera pleinement lorsqu'il ressuscitera nos corps tombés en poussière, et que nous nous élancerons dans les airs au-devant du Christ pour ne plus nous en séparer jamais , en entonnant contre la mort vaincue ce beau chant de triomphe : mort, où est ta victoire? mort, où est ton aiguillon? Le Christ a été ta mort, ô mort; il a été ta morsure, ô enfer! Nous chanterons aussi contre le roi de Bâbylone, c'est-à-dire contre le démon et tous ses suppôts qui persécutaient les saints : Comment a fini l'opTpresseur et celui qui me tourmentait ? Jekovah a brisé le sceptre des impies et la verge des tyrans qui frappaient les peuples avec fureur de coups redoublés, et faisaient peser sur eux dans leur rage un joug impitoyable. Tovie la te^re goûte maintenant la paix et le repos. Les sapins et les cèdres du Liban se réjouissent de ta chute. Depuis que tu es couché dans la poussière, personne n'est monté pour les abattre, V enfer s'est ému dans ses profondeurs pour venir à ta rencontre. Il a fait lever les morts, les puissants de la terre, et les rois
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des nations de leurs trùnes. Tous s*écrient à ta vue : Tu es donc, toi aussi, déchu comme nous ! Te voilà semblable à nous! Ton orgueil est descendu dans les enfers avec toute l'harmonie de tes harpes. Les vers sont ta couche, et leur troupe affamée ta couverture. Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer, fils de l'aurore? Comment as-tu été renversé par terre, toi qui étendais ton bras sur les nations, toi qui disais dans ton cosur : Je monr terai jusqu'au ciel; f établirai mon trône par-dessus les astres de Dieu; je m'assiérai sur la sphère de l'Empyrée, dans les plus hautes régions du Nord; je m'élèverai sur les hauteurs des nuées et je serai semblable au Très-Haut. Eh bien! tu seras précipité dans les enfers, au plus profond des abimes, etc. (Isaïe, XIV, 1-18.) Et alors les justes s'avanceront avec intrépidité contre ceux qui les avaient persécutés et voulaient leur ravir les fruits de leurs fatigues.
Cependant le prêtre prend la patène, cachée sous le corporal, dans les messes basses, depuis TOflertoire; à la grand'messe, elle lui est remise par le diacre, et celui-ci la reçoit du sou&-diacre qui, dès le Pater, ne la tient plus cachée sous un voile. Cela signifie que la foi, d'abord cachée, commença à se manifester lorsque les saintes femmes se rendirent au sépulcre de Notre-Seigneur avec des cœurs élargis et enflammés par la charité. Le prêtre fait le signe de la croix sur lui-même avec la patène, pour montrer que la croix est la source de la foi et de la charité, et que Jésus voulut prouver aux saintes femmes, en leur apparaissant, qu'il était touché de leurs sentiments. En découvrant le calice, il rq)pelle que Fange, après la résurrection du Sauveur, enleva la pierre scellée sur son tombeau, que le Christ ressuscité est à jamais vainqueur de la mort et qu'il donnera un jour à tous les membres de son corps la vie immortelle. Ainsi, le corps mystique de l'Église est repré-
sente tout entier. Le prêtre rompt la sainte hostie, afin que, semblables aux disciples d'Emmaûs, nous reconnaissions Notre-Seigneur dans la fraction du pain. Il en fait trois parts qui représentent les trois états de TEglise. L'Église triomphante est représentée par la particule qu*il plonge dans le calice , parce que les élus seront enivrés de Vabondance des biens célestes et s'abreuveront à la source même de la félicité; rÉglise souffrante, par la moitié d'où il a extrait cette particule, parce que ses membres, quoique assurés d'aller au ciel, gémissent encore dans le purgatoire ; l'Eglise militante , par l'autre moitié , que l'on place quelquefois sur la patène, parce que ses membres sont voyageurs et combattants sur la terre. Ces deux parties sont mangées par le prêtre, pour signifier que ces deux catégories de fidèles sont dans un état de douleur et d'affliction. Aussi dans le rit dominicain , que des hommes ignorants s'avisent de critiquer, la particule qui doit être plongée dans le calice est tenue de la main droite , symbole de la gloire , et les deux moitiés, de la main gauche, symbole de l'épreuve et de la souffrance ; conformément à cette parole de l'Épouse des Cantiques : Sa main gauche soutient ma tête, et sa droite me tient embrassée, (Cant. il, 6.) Ce n'est pas sans raison, en effet, que nos Pères si vénérables ont établi cet usage, sans blâmer néanmoins les usages contraires. Tous les rîts ont leur symbolisme, et leur variété rehausse la beauté de l'Église, Épouse du Christ.
Après cela le prêtre dit : Fax Domini, et annonce la paix, car le Sauveur est notre paix, lui qui des deux n'a fait plus qu*un (Eph. Il, 14), et sa résurrection est le signal authentique de la paix conclue entre Dieu et les hommes. VAgnus Dei exprime l'ardent désir des apôtres de voir le Christ ressuscité. L'un d'entre eux conservait encore des doutes. Aussi
Notre-Seîgneur lui apparut en lui disant : Mets ton doigt sur mes mains , sur mon côté et sur mes pieds percés, et désormais ne sois plus incrédule, mais fidèle. Et quand Fapôtre se fut prosterné pour Tadorer, il ajouta : Tu as cru, Thomas, parce que tu as vu; heureux ceux qui croiront sans avoir vu!
Il prend ensuite le corps et le sang de Notre-Seîgneur, qui signifient la résurrection de nos corps et la gloire future de nos âmes purifiées de leurs péchés dans son sang. Il lave ses doigts et sa bouche pour exprimer combien il était indigne de toucher le corps de Jésus-Christ, et effacer ainsi tout vestige de ce contact sacré.
3<* La troisième partie, V Action de grâces, s'étend de la communion à la fin de la messe.
On chante V Antienne appelée Communion, par laquelle nous remercions Dieu de tant de bienfaits. Le livre est porté de nouveau du côté droit, parce qu'à la fin du monde, ainsi que nous l'avons dit, le Seigneur se retournera vers le peuple juif.
Ensuite le prêtre salue le peuple en disant : Bominus, etc. , et récite la Postcommunion, afin de Texciter à remercier Dieu des grâces passées, et à lui demander la gloire à venir. Il le salue de nouveau, et, dans les jours solennels, il ajoute : Ite, Missa est. Ce qui signifie que Jésus-Christ monta au ciel , après avoir recommandé à ses disciples de retourner à Jérusalem et d*y rester jusqu'à Taccomplissement des promesses de son Père. Le célébrant se retourne vers Tautel , comme s'il prenait congé du peuple, qui lui répond : Grâce à Dieu, pour une telle promesse. Enfin, il lui donne la bénédiction, et récite Tévangile selon saint Jean, résumé de la foi chrétienne, afin de signifier la descente du Saint- Esprit sur les Apôtres , envoyés alors pour prêcher la foi
dans tout l'univers; mission qui persévère jusqu'à la fin du monde.
Quand donc le prêtre dit : Allez, la messe est plie; écou« tez la voix de Jésus-Christ, qui vous dit, lui aussi : <( Al- « lez à Jérusalem, persévérez dans la prière, et élevez- « vous de vertu en vertu en attendant la réalisation des a promesses de mon Père. » Lorsqu'il donne la bénédiction , mettez- vous à genoux comme si vous receviez TEsprit-Saint et étiez envoyé de Dieu pour prêcher de votre mieux ses bienfaits à vos frères , et les entraîner avec vous vers la vie éternelle. Rien ne plaît tant à Dieu que l'amour des âmes, puisqu'il est mort lui-même pour leur salut, et qu'il a envoyé les apôtres pour annoncer la foi dans tout l'univers. Aussi l'apôtre saint Jacques a-t-il dit ces paroles consolantes : Mes frères, si quelqu'un d* entre vous s'égare, celui qui saura le ramener, effacera toutes ses fautes et pré" servera son âme de la mort, (Jac. V, 40.)
Efforcez -vous donc d'arriver à la patrie céleste et d*y conduire vos compagnons de route. Le Seigneur vous y révélera sa gloire avec le Père et le Saint-Esprit, et son règne n'aura point de fin. Ainsi soit -il.