‹ Œuvres spirituelles choisies de Jérôme Savonarole, des Frères PrêcheursChapitre 28 sur 71 · TRAITÉ DE LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE LA PRIÈRE

TractcUo o vero sermone délia oratione, composto da FrcUe Hieronymo da Ferrara : « Impresso in Firenze , per Antonio Mischomini, anno 1492, a di xx d'octobre, in-4». »

Savonarole, ayant prêché sur la Prière dans un couvent de religieuses, écrivit, sur les instances de la supérieure, ce petit traité qui fut souvent réédité au xy« siècle. Les initiales : M. A. d. S., qu'on rencontre dans quelques éditions, indiquent peutêtre le nom de la supérieure de ce couvent. .

Il publia, vers la même époque, un opuscule de circonstance pour justifier et recommander la prière m,entale. Nous n'en donnons pas la traduction , parce qu'il est unp simple réfutation des objections faites par les détracteurs de cette sainte pratique, et que le fond de la doctrine se retrouve dans celui-ci.

« Il faut toujours prier. (Luc. xviii, 1.) Sans doute, « très -chère mère en Jésus -Christ, la volonté de Dieu a est immuable, et les secrets de la Providence nous sont « inconnus. Cependant il n'est jamais inutile de prévoir « l'avenir, d'y pourvoir, et de prier Dieu qu'il daigne dis- « poser toutes choses de manière à les faire parvenir heu- « reusement à leur fin. Car le Seigneur tout -puissant, « notre immuable Créateur, ne s'est pas contenté dans sa (n souveraine sagesse de fixer une fin à chaque être, il a « aussi déterminé les moyens par lesquels il devait Tat- « teindre. Or, vous le savez, il a prédestiné l'homme à a* une fin très-élevée, c'est-à-dire à la vision de sa divine « essence, et il a pareillement décrété que les honnes « œuvres seraient le moyen d'y parvenir. Et comme les « œuvres méritoires sont au-dessus de nos forces na-

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« turelles, puisqu'il est impossible de rien faire pour le « salut sans la grâce et la charité, nous devons nouspros- « temer dans la poussière devant sa Majesté, et lui de- « mander humblement qu'il daigne nous accorder non- « seulement cette ineffable béatitude réservée à ceux qui « Taiment de tout leur cœur, mais encore la grâce qui « nous est nécessaire afin de la mériter un jour. Nous « devons frapper instamment à la porte de sa miséricorde, « lorsque nous sommes en danger de perdre la grâce et « surtout lorsque nous vivons dans des temps périlleux a comme les nôj;res , où Ton voit les impies se multiplier « sur la terre. Oui , je le dis avec une douleur profonde, c de nos jours les chastes yeux des chrétiens, hommes ou « femmes, zélés pour Thonneur de Dieu, baignent sou- « vent leur visage de larmes amères, en voyant que tout « le monde est bouleversé, que nulle part ne brille un « véritable et vivant flambeau de vertu, et que dans « rÉglise du Christ on ne trouve plus qu'iniquité ou que « sainteté mensongère. Voilà pourquoi , mère et fille trèsc chère en Jésus -Christ, si jamais il a été nécessaire de « prier sans relâche, de pleurer et de gémir aux pieds de « notre très-doux rédempteur le Christ Jésus, pour notre « salut et celui du prochain , c'est surtout dans ce siècle, « misérable et barbare, aveugle et corrompu, où la foi <t disparait de jour en jour pendant que les flots montants a de l'impiété menacent d'envahir la terre entière. triste « et lamentable état de l'Église du Christ, notre mère! d Elle ne se souvient plus du sang répandu par le doux (( Époux, et semblable à une insensée elle ne sait plus « en apprécier la valeur. Hélas I pourquoi Dieu nous a-t-il c fait naître dans des temps si mauvais et si périlleux , où a il nous faut trembler à chaque instant pour notre salut!

a On en est venu à appeler bien ce qui est mal, et mal ce qui a est bien. Comprenez par là combien il nous est néces- « saire de prier et de prier sans cesse.

« Pour moi j'y suis vivement poussé par les paroles de « notre très-aimable Sauveur, le Christ Jésus. Il faut tou- « jours prier, nous a-t-il dit avec raison, en songeant non-seua lement à notre temps, mais à tous les temps à venir. Je ne (( puis donc que louer votre ardent désir de persévérer dans « la prière et votre ferme résolution d'y consacrer toutes « vos forces. Quoique ayant déjà TEsprit-Saint pour guide, (( vous vous êtes humiliée jusqu'à recourir à ma faiblesse (( et à me demander une exhortation sur cette matière. Je « vous l'ai adressée de vive voix , en présence des saintes a épouses du Christ, mais votre désir n'a fait que s'accroître « et vous m'avez demandé davantage. Sachant que je « ne refuse rien de ce qui m'est demandé au nom de la « charité de Jésus-Christ, notamment de celle qui est en « votre cœur et dont je compte avoir une bonne part, a vous m'avez prié , vous m'avez même imposé par vos « instances de mettre par écrit ce que j'avais prêché de « vive voix. Vous désiriez, me disiez -vous, cheminer « joyeusement avec moi dans le pèlerinage de la vie, afin « de soutenir ainsi votre courage, et d'être à même de « converser plus ardemment et plus délicieusement avec « notre doux Sauveur Jésus- Christ, auquel je sais que « vous avez consacré votre cœur depuis plusieurs années.

« Il est vrai que j'aurais pu refuser de prendre une « charge trop au-dessus de mes forces. J'aurais pu allé- « guer d'abord mon peu de ferveur et de piété, d'autant « plus que vous me demandiez une instruction capable « d'enflammer vos âmes, et toute remplie, non point de « choses devinées et trouvées dans les livres, mais apprises

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c par expérience et goûtées dans la contemplation. J'au- « rais pu ajouter que je ne me sentais point assez éloa quent pour vous convaincre et vous toucher. Mais vous « avez eu soin de me prévenir. Vous m'avez invité à écrire ce selon rinspiration de TEsprit- Saint, et en me promet- « tant d'ailleurs de me seconder par de ferventes prières, o Quant à la question d'art et de style, vous m'avez dit a qu'il ne fallait pas m'en préoccuper, car l'éloquence a flatte plus l'oreille qu'elle ne touche le cœur et excite a moins la piété qu'elle n'alimente l'orgueil. Puis donc a que je ne saurais m'excuser, je commencerai , au nom « de Jésus, par établir ce petit traité, comme sur une base a inébranlable, sur cette sentence de notre Sauveur qui « ne peut mentir : Il faut toujours prier. D'après ces trois « paroles , je le diviserai en trois parties , en l'honneur « de la très-sainte Trinité, et je parlerai successivece ment de la nécessité de la prière, de sa durée, de ses « qualités^ »

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