DE LA NECESSITE DE LA PRIERE
On peut prouver de plusieurs manières que la prière est nécessaire et utile à tous les hommes pendant le pèlerinage de cette vie.
I. Elle est de précepte divin. Tout chrétien est obligé de prier, au point qu'il pécherait mortellement s'il prenait la résolution de ne jamais remplir ce précepte, ou s'il osait le mépriser dans son cœur. Il pécherait encore mor-
tellement s'il était trop négligent dans raccomplissement de ce devoir; par exemple s'il ne priait jamais. Toutefois la négligence n'est d'ordinaire qu'un péché véniel plus ou moins grave , selon son degré de culpabilité.
Voici la raison de ce précepte. Nous sommes tous obligés à faire notre salut, lequel ne peut être obtenu que de Dieu par le moyen de la prière. Pareillement nous devons nous efforcer de faire celui de notre prochain; car si on est obligé d'assister le pauvre qu'on voit dans une extrême nécessité , on Test encore bien plus d'assister les pauvres pécheurs qui sont dans le cas d'une extrême nécessité par rapport à la vie spirituelle. Tout chrétien est donc obligé de prier de temps en temps pour soi-même et pour le prochain.
Cependant, comprenez bien ce précepte, pénétrez-en l'admirable économie, et il vous apparaîtra plein de douceur et d'amabilité. Qu'est-ce, en effet, que prier, sinon s'entretenir avec son bien -aimé Créateur, gémir et pleurer amoureusement en sa présence, lui raconter ses peines et lui demander ses grâces avec la ferme espérance d'être exaucé? Qu'est-ce autre chose, sinon unir son esprit par la foi à sa lumière incompréhensible et son cœur par la charité à sa bonté souveraine, en sorte que l'âme s'élève au-dessus de toutes les créatures pour ne plus faire qu'une seule et même chose avec son Dieu? précepte plein de tendresse! lien aimable! chdne d'amour! Qui ne voudrait être captif dans des liens aussi suaves, dans un lacet aussi charmant? Qui refuserait d'être obligé de tenir son très-doux Sauveur Jésus-Christ toujours étroitement pressé sur son cœur? Jésus, mon maître et trèsaimable rédempteur, vous êtes si bon, si miséricordieux que vous me forcez à vous aimer éperdument! Vous êtes
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le Dieu et le Roi de tout l'univers, je ne suis qu'un ver de terre, un misérable pécheur I et aussi j'admire que vous daigniez ouvrir vos saintes et chastes oreilles aux paroles immondes qui sortent de mes lèvres. Bien plus, ô clément, ô tendre Epoux de votre petite créature raisonnable, vous ne méprisez point sa pauvreté, et non -seulement vous l'invitez, mais encore vous l'obligez par un commandement à s'entretenir avec vous dans des colloques amoureux qui enivrent les cœurs. charité inestimable I bonté incomparable! Vous vous êtes épris d'amour pour elle, ô mon Seigneur Jésus, au point que vous voulez la forcer, pour ainsi dire, à contempler, à baiser, à couvrir de caresses votre doux et glorieux visage, et à goûter l'éternelle félicité qu'elle devrait vous demander sans cesse avec des larmes, lors même que vous ne lui en auriez pas fait un précepte. Oui, la vue seule de notre misère suffirait pour nous obliger à prier toujours, encore que Dieu ne l'eût point commandé. Et c'est là une deuxième preuve de l?i nécessité de la prière.
II. Privés que nous sommes de la vision de Dieu, nous ne pouvons qu'être malheureux sur la terre, comme le montrent clairement et les révolutions incessantes du monde, et les angoisses de tous les cœurs, et leurs désirs toujours inassouvis. Tout homme doit donc prier souvent pour obtenir son bonheur éternel. Il faut le faire avec d'autant plus d'assiduité que l'on sait avoir offensé Dieu et mérité l'enfer, et que l'on ignore si l'on a recouvré la grâce, condition indispensable .du salut, à moins que, par une faveur extraordinaire, on ait eu une révélation à ce sujet. Il y a, dit TEcclesiàste (ix, 1), des justes et des sages , dont les œuvres sont entre les mains de Dieu, et pourtant nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine. Tov^ reste
incertain jusqu'au jour du jugement. Paroles qu'il faut entendre principalement des choses qui se rapportent au salut, parce que nous voyons qu'ici-bas les biens et les maux sont répartis indifféremment entre les justes et les pécheurs. Ainsi, nul ne peut avoir la certitude d*être en état de grâce, sans une révélation spéciale. On ne peut que le conjecturer, quand on ne se sent pas coupable de péché mortel , quand on est zélé pour travailler à la gloire de Dieu, quand on se plaît dans la lecture des saints livres, dans la prière, les offices divins et la fuite du monde. C'est pourquoi le chrétien doit vivre dans une crainte continuelle, et prier Dieu qu'il lui accorde une contrition capable d'effacer ses fautes si elles n'ont pas été pardonnées jusqu'à ce jour. Et lors même qu'on serait certain d'être en état de grâce, on ne saurait pas néanmoins si on doit y persévérer jusqu'à la fin. Vous qui êtes vivifié par la foi, écrivait saint Paul aux Romains (xi, 20), gardezvous de vous enorgueillir, et craignez de déchoir de cet état. Le même apôtre disait aux Corinthiens (I, X, 12): Que celui qui pense être debout prenne bien garde de tomber. Il nous est donc nécessaire d'élever continuellement nos mains vers le ciel, pour demander à Dieu dévotement qu'il daigne nous accorder la persévérance finale. Combien, en effet, ont été pendant longtemps comme des colonnes de l'Église et des miroirs de sainteté, et qui, pour n'avoir pas vécu dans la crainte, sont tombés tout à coup dans l'abîme du péché, à leur propre honte et au scandale d'un grand nombre I Inutile ici de vous en citer des exemples fameux. Vous-même, vous auriez à me citer celui de deux personnes que vous avez bien connues , dont l'une, très -avancée dans les voies spirituelles, tomba peu à peu dans le péché, à cause de sa négligence, et l'autre,
victime des ruses du démon, ne put échapper à sa ruine que par la mort. Puisse ce double exemple nous rappeler sans cesse, à vous et à moi , que nous devons vivre dans une crainte continuelle, et prier chaque jour notre miséricordieux Créateur et Rédempteur de vouloir bien habiter dans nos âmes, sans nous abandonner jamais ! ^
III. Les misères corporelles et spirituelles de notre prochain : troisième preuve de la nécessité de la prière.
Nous voyons tant d*hommes courir à leur damnation étemelle par la voie de Tiniquité, que nos entrailles doivent être émues de compassion à ce spectacle. Ne savonsnous pas d'ailleurs que c'est pour les sauver que le Christ Jésus, l'Agneau sans tache, a versé son précieux sang sur la terre? Ah! nous devons redoubler nos prières en ces temps où il semble que la sainte Eglise soit renversée jusque dans ses fondements et violemment agitée par la mer orageuse de ce monde méchant et pervers! temps malheureux où nous pouvons nous écrier avec David en versant des larmes : Tous se sont égarés, ils sont tous devenus inutiles; il n'y en a point qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul. (Ps. xiii, 8.) Jésus, venez à notre aide : le monde entier s'est détourné de la voie de vos commandements. Nous devons crier avec d'autant plus d'ardeur, que le nombre toujours croissant des impies nous expose davantage au danger de ne pas contempler dans le ciel notre bien-aimé Sauveur, le doux époux de notre âme. Aussi, le même prophète s'écriait- il encore en gémissant : Sauvez-moi, Seigneur, car les saints ne se rencontrent plus sur la terre, et les vérités s'amoindrissent parmi les enfants des hommes. (Ps. xi, 2.) Prions donc pour ceux qui s'égarent, demandons à Dieu de toucher leurs cœurs, afin que nous ne soyons plus exposés désormais à de si grands dangers.
Prions surtout pour notre sainte mère TEglise, dont le salut assure notre prospérité, et dont la ruine entraînerait la nôtre.
Nous sommes également obligés de prier pour les misères corporelles de notre prochain ; je veux dire pour les besoins des pauvres, des orphelins et des veuves, que nous devons soulager autant que possible par nos aumônes. Si nous n'en avons pas les moyens, prions du moins le Seigneur qu*il daigne subvenir à leur détresse et leur donner la patience dans leurs souffrances, afin que par leur pauvreté et leurs afflictions ils méritent d'obtenir un jour des richesses infinies et un bonheur éternel.
IV. Les avantages de la prière : quatrième preuve de son utilité et de sa nécessité.
1® La prière rend Thomme empressé à faire tout ce qui est agréable à Dieu, parce qu'elle Tunit à son Créateur, unique objet de son amour. Et en effet, la présence du Créateur étant pleine de charme et de suavité pour la créature, dès que Tâme sent son Époux s'approcher, elle s'efforce de s'unir à lui aussi étroitement que possible. Son esprit et son coeur se dilatent de plus en plus pour mieux savourer les délices de sa présence. Par là, elle est bientôt tout embrasée d'une ardente charité qui la rend saintement empressée au service divin. Seigneur, disait David, fai couru dans la voie de vos commandements, je les ai observés sans peine, lorsque vous avez dilaté mon casur (Ps. cxvii, 32), en l'enivrant de délices spirituelles. Cet empressement est très -avantageux, car il rend digne d'estime et d'honneur, selon ces paroles des Proverbes (xxii, 29) : Avez 'VOUS rencontré un homme plein d'activité? sachez qu'il paraîtra devant les rois et non devant les petits. Et de fait, le chrétien fervent sera présenté au Roi de gloire et élevé au-dessus d'un grand nombre d'anges dans
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le paradis. Ecoutez maintenant ce que dit le Sage des paresseux et des négligents : Jusqu'à quand dormirez ^ vous, paresseux, dans votre péché? Quand vous réveillerez-vous du sommeil de la négligence ? Vous dormirez un peu aujourd'hui et puis demain encore un peu, promettant toujours de vous convertir, et vous croisant les mains pour sommeiller encore. Et voilà que le dénûment des vertus viendra vous surprendre tout à coupf comme un voyageur et un hôte qui arrive à Vimproviste; il fondra sur vous comme un homme armé de toutes pièces. (Prov. XI, 9.) Vous ne pourrez pas vous défendre, car la négligence conduit presque nécessairement au péché. Pour être riche en vertus , il faut toujours prier.
2® La prière engendre la ferveur. Qu'est-ce que la ferveur? C'est un sentiment qui se traduit par un ensemble d'actes extérieurs accomplis avec un air joyeux, et de paroles tout enflammées de l'amour de Jésus-Christ, actes et paroles inspirés par la gloire de Dieu. Elle jaillit du feu intérieur de la charité et du zèle ardent de la volonté. De là vient qu'on a coutume de comparer le chrétien fervent au fer rouge qui jette des étincelles quand il sort de la fournaise, et surtout quand il est frappé par le marteau du forgeron. C'est ainsi que le chrétien fervent sort de la fournaise du paradis , brûlant du feu de l'amour de Jésus- Christ allumé par la prière et la contemplation. Embrasé des flammes de la charité, et ne pouvant en contenir dans son sein les délicieuses ardeurs , il les laisse s'échapper au dehors par des actes de vertu et des paroles d'amour. Plus il est en butte aux calomnies et aux persécutions des méchants, plus il révèle et met à nu la douce blessure faite à son âme par l'amour divin. Or il est manifeste que la ferveur s'acquiert par le moyen de la prière, car l'homme ne peut bien prier qu'après avoir contemplé d'abord la ma-
jesté de Dieu vers laquelle il élève son âme. Cest pendant ma contemplation y s* écrie le prophète (Ps. xxviii, 4), que s*allumera dans mon âme le feu de la charité, principe de la ferveur.
Et, pour le dire en passant, la ferveur est très-utile pour quiconque veut persévérer et avancer dans la vie spirituelle. Elle tient à Fécart le tentateur des hommes, qui, craignant d'essuyer une honteuse défaite, n'ose point attaquer ceux qui sont animés de cet esprit. Il est raconté dans la Vie des Féres qu'un saint abbé, voulant se rendre compte des progrès spirituels de deux jeunes frères, vint une nuit dans la cellule qu'il leur avait assignée, pour voir secrètement ce qu'ils faisaient. 11 se coucha bientôt; les deux frères crurent qu'il dormait et se levèrent pour faire leur prière accoutumée. Le saint abbé les regardant alors, vit voler autour du plus jeune un grand nombre de mouches qui étaient chassées par son ange gardien; il comprit qu'il était tenté par le démon. Il vit ensuite sortir de la bouche de l'aîné une flamme qui s'élevait jusqu'au ciel et dont les mouches n'osaient point s'approcher; il comprit par là que le démon n'osait point le tenter à cause de sa grande ferveur.
De plus, la ferveur accroît la pureté de vie, en faisant observer les petites choses dont la transgression habituelle conduit à des fautes plus graves. Sans doute les péchés véniels ne détruisent point la charité, mais ils n'en diminuent pas moins la ferveur; et par là, ils prédisposent au péché mortel, en sorte que tous ceux qui vivent dans la tiédeur et négligent d'éviter les petites fautes ne tardent pas à tomber dans les grandes.
En outre, la ferveur excite le prochain à la vertu. Le cœur est plus touché de voir les bons exemples d'un saint,
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que d'entendre plusieurs sermons ; et un prédicateur pieux, quoique dépourvu d'éloquence, fait plus de bien qu'un pBédicateur éloquent et qui n'a pas de piété. Voilà pourquoi il est souverainement utile pour s'exciter à la ferveur de considérer les bonnes actions du prochain. Considérons-nous les uns les autres y dit TÂpôtre (Heb.. x, 24), afin de nous exciter mutuellement à la charité et à la vertu, et non pour critiquer les défauts , comme font quelques insensés.
3<> La prière fait que le chrétien sert Jésus-Christ d'un cœur joyeux et sincère. Elle accroît la charité avec la ferveur et rend toute chose légère et agréable. Car l'ami se plaît à souffrir pour son ami, et s'estime heureux de faire ce qui lui est agréable. Aussi est -il écrit des apôtres et de tous ceux qui aiment Jésus- Christ : Ils sortaient joyeux du sanhédrin , parce qu'ils avaient été trouvés dignes de souffrir pour le nom de Jésus (Âct. v, 41), tant ils aimaient leur maître! Cette allégresse dans le service divin nous est très-avantageuse, parce qu'elle excite notre doux Jésus à aimer davantage nos âmes, ses fidèles épouses. Le Seigneur, dit l'Apôtre (II Cor. ix, 7), aime celui qui donne avec joie, et non comme par nécessité.
i^ La prière naaintient l'homme dans la joie. L'expérience montre que les hommes d'oraison ont toujours une physionomie sereine et enjouée. C'est qu'ils jouissent presque continuellement de la présence de leur Créateur bienaimé, et qu'ils ont le cœur rempli d'espérance, en songeant que Dieu, dont les promesses sont infaillibles, leur a promis de leur accorder tout ce qu'ils demanderaient. L'espérance est fille de la prière et mère de la joie spirituelle , selon cette parole de saint Paul (Rom. xii, 12) : Réjouissez - vous dans Vespérance, Or la joie n'est pas moins utile à la santé de l'âme qu'à la santé du corps : La joie, dit le Sage, fait
fleurir la vie de Vhomme; la tristesse desséche ses os et le rend malheureux. (Eccli. xxx, 25.)
5® La prière rend Thomme patient dans la tribulatioA. Elle engendre, en effet, la ferveur, la charité et Tespérance. Celui qui prie, désire par-dessus toutes choses le bonheur éternel, et sachant qu'il doit y arriver par la souffrance, il la supporte non-seulement avec résignation , mais encore avec joie. Brûlant d'amour pour Jésus-Christ, consumé du désir de le contempler dans le ciel, il s'écrie avec TApôtre : Non, les souffrances de cette vie ne sauraient entrer en comparaison avec la gloire que Dieu doit faire éclater un jour en nous. (Rom. VIII, 8.)
6^ La prière rend familier avec Dieu : témoin Moïse, qui, par l'assiduité de son oraison, en vint jusqu'à lui parler face à face, comme un ami parle à son ami. Cette familiarité fait goûter les plus suaves délices aux chrétiens pieux , et leur attire la vénération universelle. Les anges et les hommes les entourent d'honneur et de respect, en le voyant élevé à une si grande dignité par leur intimité avec le maître du monde. Les créatures irrationnelles les vénèrent elles-mêmes, et leur obéissent par une sorte d'instinct nouveau que Dieu surajoute à leur nature. L'histoire des saints en fournit de nombreux exemples.
1^ La prière fait que l'homme obtient de Dieu toutes les choses qu'il désire, pourvu qu'elles ne soient pas contraires au salut de son âme. Inutile de le prouver, car celui qui est la vérité même a dit de sa propre bouche : Demandez, et on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et on vous ouvrira. Quiconque demande reçoit; qui cherche trouve, et on ouvre à celui qui frappe. (Matth. vu, 7.) Approchonsnous donc souvent et avec confiance du trône de sa Majesté ; demandons-lui le don de la grâce et de la persévé-
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rance finale, et soyons assurés qu'il nous accordera beaucoup plus que nous ne saurions demander ou imaginer. Si la prière est d'une si grande utilité, pensez combien nous devons nous y appliquer.
V. En dernier lieu, la prière est nécessaire parce qu'elle donne à Tâme le goût des choses divines et lui fait éprouver des joies plus douces que tous les plaisirs du monde. En effet, la joie a son principe dans la présence d'un objet aimé. Or une prière fervente rend le souverain bien intimement présent au cœur de ceux qui l'aiment par-dessus toutes choses, et les enivre ainsi de délices inénarrables. Sans doute nous ne goûtons pas toujours ces délices en priant, soit parce que Dieu veut punir notre négligence ou nous maintenir dans l'humilité, soit parce que notre corps ou notre âme ne sont pas bien disposés ; mais néanmoins , on les éprouve très-souvent dès qu'on fréquente l'oraison. Si vous désirez les goûter, humiliez-vous profondément devant Dieu, vous estimant indigne d'une telle faveur et de toute autre, même de vivre sur la terre. Gardez un profond silence, ne parlant jamais que par utilité ou nécessité. Efforcez-vous de tenir votre cœur élevé vers son créateur, en conservant toujours le sentiment de sa présence ; fuyez les plaisirs du monde , et aimez à contempler l'incarnation et la passion du Fils de Dieu, et la gloire des élus. Ces joies sensibles sont d'une utilité et d'une nécessité incontestables, puisqu'elles font arriver rapidement à la perfection , en séparant des choses de la terre et en rapprochant de Dieu, principe de toute sainteté. Aussi nous devrions employer presque tout notre temps à prier et à contempler ; car c'est là l'exercice le plus doux et le plus sublime à la fois qu'il soit possible de faire ici-bas. Il donne un avant-goût de la félicité éternelle, et s'il est des hommes
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qu'on puisse appeler heureux dans ce monde, ce sont les dévots et les contemplatifs. Ils trouvent dans leur ardent amour pour Jésus-Christ le gage assuré des joies du ciel. Je vous exhorte donc instamment à vous appliquer à la prière et à la contemplation. Elle, vous servira tour à tour d'épée et de bouclier contre votre ennemi. Elle vous rendra douce de cœur, fervente, zélée, pleine de compassion et de charité, et après vous avoir enseigné à mépriser toutes les choses terrestres, elle vous fera jouir de Tintimité de Jésus-Christ, le doux époux de votre âme, qui vous accordera désormais tout ce qui est utile et nécessaire à votre salut et à celui du prochain. Je vous en conjure, par les entrailles de la miséricorde de notre bon Sauveur, priez pour moi, pauvre pécheur, comme vous me Tavez promis, afin qu'en nous aidant Tun Tautre, nous puissions nous retrouver ensemble dans le ciel, où Jésus-Christ désire ardemment de nous voir arriver un jour. Ainsi soit-il.