‹ Œuvres spirituelles choisies de Jérôme Savonarole, des Frères PrêcheursChapitre 52 sur 71 · DE LA SIMPLICITÉ DE LA VIE CHRÉTIENNE PREMIÈRE VÉRITÉ · texte numérisé non relu

DE LA SIMPLICITÉ DE LA VIE CHRÉTIENNE PREMIÈRE VÉRITÉ

Dans quel sens il faut entendre la simplicité delà vie chrétienne.

... On appelle simple en général ce qui n*est point composé. Dans ce sens, un être est d'autant plus simple qu'il est moins composé, et sa simplicité est toujours proportionnelle à sa perfection. Ainsi, les corps simples sont moins parfaits que les purs esprits, ei ceux-ci le sont moins encore que Dieu, qui seul, à proprement parler, possède la simplicité absolue, parce que seul il possède l'absolue perfection.

Pris dans Tordre spirituel et moral, ce mot présente diverses acceptions. Simplicité est quelquefois synonyme de sottise y et on appelle simples les gens ignorants et faciles à tromper. D'autres fois , ce mot est employé par opposition à la duplicité, et on appelle simples ceux dont les actes concordent avec les paroles et les pensées. Enfin ce mot peut s'employer pour exprimer le rapprochement et le voisinage d'un être avec Dieu ; car Dieu possédant la souveraine simplicité, un être est d'autant plus simple qu'il est plus rapproché de lui, c'est-à-dire qu'il lui ressemble davantage.

1 Ici l'auteur établit d'abord que l'homme comprend les choses spirituelles par les choses corporelles , et explique ensuite les sens multiples du mot simplicHé,

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On voit déjà dans quel sens il &ut entendre la simplicité de la vie chrétienne.

Et d'abord , comme nul homme ne peut être chrétien ni en porter le nom sans être oint de la grâce de l'Esprit- Saint, il est évident que tout chrétien possède la simplicité dans le sens de ressemblance avec Dieu, car c'est par la grâce qu'on se rapproche le plus de Dieu et qu'on lui ressemble davantage.

En deuxième lieu^ comme la grâce perfectionne Tâme par les vertus qui en découlent, principalement par la charité, et que les vertus dirigent ses ptiissances vers leurs actes, il est impossible que la ckipUcUé, qui est un si grand vice, subsiste dans le chrétien avec la grâce et la charité. C'est par elles, en effet, que toutes les facultés de l'âme sont réglées selon les commandements de Dieu. Qu'on ne m'objecte pas que parfois la duplicité n'excède point le péché véniel, et qu'alors la grâce peut subsister avec elle dans une âme : je répondrais que j'ai voulu parler de la dupUcité comme vice et comme péché mortel. Du reste, plus on progresse dans la grâce, plus on perd la duplicité qui n'est qu'un péché véniel. On peut dire même, avec plus de vérité, qu'un chréUen, en tant que chrétien, ne peut que la détester, si légère soit-elle.

En dernier lieu, la simplicité chrétienne implique toujours la prudence, loin de l'exclure. Cette vertu n'est pas autre chose que la science pratique des actions. Or tous les chrétiens, même les plus ignorants, savent ce qu'ils ont à faire pour opérer leur propre salut; car, dirigés par la grâce, les dons et les vertus surnaturelles, et soutenus par le secours continuel de Dieu, ils peuvent toujours accomplir ses saints commandements. Sans doute ils ne savent point raisonner leur conduite d'après les principes

de la philosophie, mais ils n*en sont pas moins capables de le faire par une sorte d'instinct supérieur; c'est que le juste est la règle même des actions saintes, et que sa propre inclination, secondée par le secours divin, le dirige vers le bien, suivant cette parole : La simpliciié des justes les dirigera, (Prov. XI, 3.)

Quant aux chrétiens doués d'un esprit pénétrant, noiis nous garderons bien de dire qu'ils ne sont point simples, parce qu'ils sont exercés dans la pratique des choses ou avancés dans la science. Il faudrait alors en dire autant de Dieu, qui sait tout, qui voit également le trompeur et le trompé, et des anges, dont la science est si merveilleuse que les hommes sont de vrais ignorants en comparaison. Ainsi la science et la prudence ne détruisent pas , mais perfectionnent la simplicité; car, nous l'avons dit, les chrétiens sont appelés simples parce que la grâce les unit à la Trinité sainte, à Dieu, l'Être simple par excellence, et qu'ils n'ont ni déguisement ni duplicité dans leurs actions et leurs paroles.

Les choses corporelles nous font comprendre les choses spirituelles; c'est pourquoi nous comparerons les divers degrés des chrétiens aux divers degrés de la simplicité des corps, et même des anges ; et comme ils possèdent tous dans leur âme la lumière de la grâce, nous ne les comparerons ni à la terre, ni à l'eau, ni à l'air, qui sont des éléments trop grossiers.

Il y a donc des chrétiens qui ont un esprit peu délié , mais uni à la lumière de la foi et à la flamme de la charité. Ils peuvent être comparés au feu qui éclaire et qui échauffe; mais, de même que le feu échauffe plus qu'il n'éclaire, ils ont plus de charité que de sagesse et de doctrine. Il y en a d'autres qui ont un esprit pénétrant, de la

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prudence et une merveilleuse aptitude pour la vie active ; ils ressemblent au ciel, qui est lumineux et dirige les mouvements des corps inférieurs. D'autres ont un esprit élevé qui les rend propres à recevoir les illuminations divines, à s'adonner à la contemplation , et par là même à instruire le prochain et à éclairer ceux qui sont plongés dans les ténèbres et les ombres de la mort. (Luc. i, 70.) On peut les comparer aux anges que Dieu députe au service de ceuas qui prétendent à Vhéritage céleste. (Hebr. i, 14.)

DEUXIÈME VÉRITÉ

Tout chrétien doit s'efforcer d'arriver à la simplicité parfaite.

Tout chrétien est obligé de se rapprocher de Dieu et de lui ressembler autant que possible , selon cette parole de r Apôtre : Soyez des imitateurs de Dieu, comme il convient à ses enfants bien-aimés, (Ephes. Y, 4.) Puis donc que la simplicité chrétienne consiste à ressembler à Dieu et à faire concorder entre elles les pensées, les paroles et les actions, il est évident que chacun doit s'efforcer d'arriver à la simplicité parfaite. Or, on n'y réussit qu'à la condition d'être entièrement uni à Dieu , et de ne plus concevoir ni goûter que lui seul. Et, pour mieux rendre ma pensée, je décrirai ici l'état d'une âme en union intime avec son Créateur. Elle ne fait plus qu'un esprit avec lui ; son intelligence ne contemple plus que Dieu et ce qui se rapporte à Dieu; sa volonté n'aime et ne désire que Dieu, n'aime et ne hait plus rien qu'à cause de Dieu ; sa mémoire s'occupe toujours de lui et de ses bienfaits ; son imagination se représente incessamment la passion et la mort de Jésus-

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Christ; ses yeux se détournent des vanités, ses oreilles des mauvais entretiens; en un mot, elle mortifie tous ses sens et pratique ce conseil du grand Apôtre : Vous avez fait servir vos membres au péché et à Viniquité; faites^les servir désormais à la sainteté et à la justice. (Rom. vi , 19.) — Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu, — afin qu*il soit glorifié en toutes choses , — - lui qui opère tout en tous et qui est béni dan^ les siècles des siècles, (I Cor. x, 31 ; — xii, 6 ; — XI, 31.) Celui qui vit avec de telles dispositions mérite le nom de chrétien, et on peut dire de lui en vérité qu'il est simple comme la colombe et prudent comme le set-* pent, (Matth.x, 16.)

Ainsi , la vie chrétienne a pour but de purifier le corps et Tâme de toute souillure terrestre, afin que Thomme, entièrement sanctifié, devienne le temple de Dieu et brille comme un flambeau dans les ténèbres, et que les autres témoins de ses bonnes (mvres glorifiant notre Père qui est dans les cieux. (Matth. v, 16.)

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