DE LA SIMPLICITÉ EXTÉRIEURE PREMIÈRE VÉRITÉ
Les hommes préfèrent naturellement les œuvres simples aux œuvres artificielles.
Nous entendons par œuvres simples celles qui procèdent d'un principe intrinsèque, naturel ou surnaturel, commu-
nîqué par Dieu à un être ; en d'autres termes , celles qui ne sont point Je produit de Tart humain. Le langage justifie cette appellation. Qu'un homme parle ou agisse d'une manière qui n'est point naturelle, nous dirons aussitôt de lui qu'il manque de simplicité : tant il est vrai que la nature fait toujours ses œuvres simples, et n'y met rien d'artificiel. L'art, au contraire, s'efibrce d'imiter la nature , et c'est parce qu'il ne peut jamais l'égaler que nous appelons proprement œuvres d'art les œuvres accomplfes par les artistes sans avoir vraiment imité la nature. Ainsi on dit communément d'un peintre tombé dans ce défaut, qu'il a usé de procédés trop artificiels, qu'il a trop montré son art.
Or, les œuvres simples plaisent beaucoup plus que les œuvres artificielles.
1° C'est qu'elles procèdent d'un principe communiqué par Dieu, et que par là elles sont l'œuvre de Dieu luimême , comme le reconnaissent les philosophes en disant que l'œuvre de la nature est l'œuvre d'une intelligence suprême. Au contraire, les œuvres artificielles procèdent d'un principe créé par notre raison; elles sont des œuvres d'invention purement humaine, et comme celles de la nature sont plus parfaites et plus belles que celles de l'homme, elles plaisent davantage.
2*> L'art lui-même préfère les œuvres de la nature à ses propres œuvres, puisqu'il cherche à l'imiter et qu'il fait tout ce qu'il peut pour rendre ses œuvres semblables aux siennes. Si les artistes pouvaient les rendre naturelles, il est hors de doute qu'ils le feraient volontiers ; aussi les voyons-nous s'efforcer de cacher leur art. Les rhéteurs, par exemple, donnent bien des leçons de rhétorique; mais lorsqu'ils parlent en public, ils ont grand soin de voiler
leur art dans leurs discours. Les peintres s'étudient également à le dissimuler dans leurs tableaux, afin qu'ils puissent sembler aux spectateurs des ouvrages naturels. Du reste, pourquoi les paroles et les actions des enfants cbarment-elies tout le monde ? parce qu'elles sont simples et naturelles. C'est encore pour la même raison que les poètes et les orateurs qui s'attacbent trop aux règles de l'art sont frappés d'impuissance. Il en est de même des prédicateurs trop recherchés dans leurs sermons : ils ne convertissent personne, tandis que les apôtres, qui ont prêché sous l'inspiration de l'Esprit de Dieu, ont converti le monde entier. Si les œuvres de l'art plaisent aux hommes, on verra, en y regardant de près, qu'ils plaisent d'autant plus qu'ils imitent plus fidèlement la nature ; ce qui le prouve, c'est que, pour faire l'éloge. d'un bon tableau, on dit communément : ces animaux semblent vivants ; ces fleurs semblent naturelles.
DEUXIÈME VÉRITÉ
Le chrétien véritable aime et embrasse avec a/rdeur ^ la simplicité extérieure.
Tout être agit conformément à sa nature... C'est pour cela que la feuille et les fruits de la vigne ne ressemblent point aux fruits et aux feuilles de l'olivier. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits, disait Notre-Seigneur, car les épines ne produisent point des raisins y ni les ronces des figues. (Matth. VII, 16.) La simplicité intérieure ne peut donc produire que la simplicité extérieure ; et comme tout être aime son semblable, toute cause son efiet, tout homme son œuvre, la simplicité intérieure doit nécessairement
aimer, mnbrasser et conserver la simplicité extérieure. Tel est aussi le devoir de tout chrétien vraiment digne de ce nom, puisque nous avons vu qu'il devait posséder la simplicité intérieure et faire tous ses efforts pour la développer de plus en plus dans son âme.
TROISIÈME VÉRITÉ
Celui qui n'aime pas la simplicité extérieure ne saurait vivre ch/rétiennement,
1® Nous Ta vous dit, la diversité des œuvres a pour cause la diversité des natures , car la nature de chaque être a sa tendance et son opération propres. Mais, avons-nous dit encore, tout chrétien recevant de la grâce une inclination vers la simplicité, qu'il a pour devoir de perfectionner sans cesse, doit être poussé par le même principe vers la simplicité extérieure. De même donc que tous les corps graves sont soumis à la loi de la pesanteur et que leâ autres en sont exempts^ de même nul chrétien ne peut avoir la grâce et la simplicité intérieure sans avoir une tendance vers la simplicité extérieure, et quiconque n'aime point cette simplicité prouve, par cela seul, qu'il n'a pas en lui la grâce divine, principe de la vie chrétienne. Or, si on n'a point la nature d'un être, on ne saurait en produire les œuvres ; la plante qui n'a point la nature de la vigne ne saurait produire un raisin ; l'animal, qui n'a point une âme intelligente, ne saurait faire un raisonnement. J'en conclus qUe celui qui n'a point le principe et l'essence de la vie chrétienne , c'est-à-dire la grâce unie à la simplicité, ne saurait vivre et agir chrétiennement.
2® L^esseiice de notre âme, d^où découlent nos facultés, étant une, H arrive, toutes les fois qu'elle applique fortement Tune de ses facuhés & son objet, que les autres sont affaiblies ou paralysées. Si, p&tr exemple, vous regardez un objet avec une grande attention , aussitôt vous ne voyez , vous n'entendez plus rien autour de vous. Or, la principale occupation des chrétiens est de prier, de méditer et de contempler. Ces saints exercices exigent une grande attention , soit à cause de Texcellence infinie de Dieu, soit à cause de Textréme faiblesse de notre esprit, et par là même ils ne peuvent être pratiqués par les hommes trop appliqués aux choses extérieures. Tels sont ceux qui n'aiment {>as à vivre dans la simplicité ; car, pour avoir de belles maisons, de beauk vêtements, etc. etc., il faut être riche, et, pour rester riche ou le devenir, il faut se livrer à une incessante sollicitude, côMitie chacun le sait; d*où il résulte qu'ils ne peuvent nî |^rier ûî méditer librement.
Le éhtétietl qui aime la simj^licité lie s*ap{)Iique aux cbosè^ ettérieurès qu'en vue de Dieu, pour soutenir sa famille, assister leià {pauvres, administrer lés biens de l'Église. Il est vrai, son esprit est un peu distrait et agité dans ses enlplois, seloti cette parole : Marthe , Marthe, votis êtes en peine et agitée pour bectucoup de choses. (Luc. x, 41.) Mais il n'est pas entièrement absorbé, et en rapportant toutes ses actions à l'honneur de Dieu, son âme tend sans cesse Vers lui, au moins d'aile manière habituelle. Si, au contrsdre, 6n aime et on rechéréhe les biens qui ne sont point nécessaires, on est distrait de Dieu par rattachement désordbnné qu'on porte à la dréature ; on est détourné de lui par les occupations de toutes fes facultés, et dès lors, ne pouvant plus prier ni méditer, on ne Saurait vivre chrétiennement.
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C'éist pour celia que ikcfé pèt^s dé rariciefn et du lïotiVeau Testaiheitt, séculiers ou réguliers, ont airtié et pratiqué avec ardeur la simplicité extérieure. Ils ont pu, de la sorte, s'adonner librement à la prière et à la contetïiplation , et devenir bientôt des hommes divins conversant familièrement avec les anges et les bienheureux. C'est encore pour cela que plusieurs philosophes anciens, conduits par les seules lumières de la raison, embrassèrent une vie simple afin de mieux contempler la vérité. Et nous, au contraire, nous ne prions plus, nous ne contemplons plus^ parce que nous dédaignons la simplicité, et que nous nous laissons absorber par les choses extérieures. Aussi ne voit- on plus aujourd'hui de ces hommes qui vivent dans une sainte familiarité avec Dieu ; on va même jusqu'à trouver incroyable qu'il communique à quelqu'un de seis serviteurs les mêmes lumières qu'il communiquait auttefois à nos pères pour les guider dans leurs actions.
QUATRIÈME VÉRITÉ
La implicite eoètéHeure rue convient pas à i&u$ au même degré.
Nous l'avons dit plus haut, toutes les œuvres dte te: nature sont simples, et cependant il règne entre elles une grande diversité : les unes sont plus belles et plus parfaites que les autres ; elles diffèrent en nature, en forme, en couleur, comme on peut le voir dans les fleurs , les plantes, ïes animaux et tous les êtres de la création. Il en éist ainsi des œuvres extérieures des chifétîens ; toutes sont simples, mais elles dififèrent entre elles ep nature ou en qualité, selon la condition de chacun. C'est que l'homme
est un être social ; seul et isolé, il n*aurait pu se procurer ce qui lui est nécessaire pour la double vie de Tâme et du corps, ^t il a dû se mettre en société avec ses semblables, afin que l'un fût aidé par l'autre dans ses besoins. De là vient que, dans toute société, il doit y avoir diversité d'emplois , de dignités et de fonctions ; et comme les bommes connaissent et gouvernent les choses intérieures par les choses extérieures, il a fallu caractériser cette diversité de fonctions , de dignités et d'emplois par des signes extérieurs, tels que les maisons, l'ameublement, la table et surtout les vêtements. Puis donc qu'il n'est jamais permis de blesser les convenances et qu'on doit toujours se conformer aux usages reçus , il faut entendre et pratiquer sagement la simplicité chrétienne, et ne point se vêtir ou se loger d'une façon extravagante : ce serait de l'ostentation et non de la simplicité.
CINQUIÈME VÉRITÉ
La simplicité extériev/re doit prendre pour règle le jugement des hommss spirituels, et non l'abus des hommes charnels.
Toute faculté étant une propriété de l'être qui la possède , est limitée , finie , comme la nature même de cet être. L'œil ne peut voir que la lumière et les couleurs; l'oreille ne peut entendre que les sons ; l'intelligence ne peut comprendre que les objets perçus par les sens et les vérités rationnelles. De même donc que l'œil ne saurait Juger des sons, ni l'oreille des couleurs, de même l'homme animal et charnel ne saurait juger des choses spirituelles. Il est privé de la lumière surnaturelle, et en outre,
DE JÉRÔME SAYONAROLE 257
ayant placé, comme esclave de Tamour-propre, sa fin dernière dans la créature, il ne désire et n'aime plus que les choses terrestres , ce qui détruit la sagesse dans son âme , car tout homme juge les choses d*a{^ès ses propres dispositions. Aussi TApôtre a-t-il dit avec raison : L'homme charnel ne pénètre point les choses qui viennent de l'Esprit de Dieu; elles lui paraissent insensées, et il ne peut pas les comprendre, parce qu'il faut les juger avec les lumières de la foi. Mais l'homme spirituel ju^e toutes les choses, et n'est jugé par personne. (I Cor. ii, 14, 15.) Il a la lumière par laquelle on connaît les choses surnaturelles , et il lui appartient de les juger avec sagesse.
Ainsi , tout en évitant la singularité dans notre manière de vivre, nous ne devons pas nous en rapporter aux abus des hommes charnels, mais'bien au jugement des hommes spirituels. Nos pères qui, nous le savons à n'en point douter, furent doués de l'esprit de Dieu, n'ont pas donné à toutes sortes de personnes les règles de la simplicité qui leur convient. Ils les ont données, toutefois, aux clercs et aux religieux, et ceux-ci ne doivent jamais s'en écarter. Quant aux séculiers, ils peuvent consulter les hommes spirituels et s'en tenir à leurs décisions. Je vais leur indiquer une règle générale.
SIXIÈME VÉRITÉ
On peut trouver dans la sainte Écriture la mesure de la simplicité qui convient à chacun selon sa condition.
C'est surtout par rapport aux vêtements que les hommes n'observent point la simplicité extérieure. Nous en parle-
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rons donc tout d'abord, afin que par là on soit mieux à même de connaître la règle générale qu'il faut suivre, car il ne faut pas s'attendre à trouver dans la sainte Écriture des règles spédsdes qui déterminent pour chaque état la forme, la couleur et la qualité des habits, comme les saints Font fait pour les ordres religieux dopt ils étaient fondateurs. Je soutiens seulement que chacun pourra connaître ce qui lui convient » d'après ce que nous allons éts^blir, en nous appuyant sur les paroles des princes 4es apôtres.
Saint Pierre s'exprime en ces termes dans sa première épître (in, 3) : Que les femmes soierii soumises à leurs maris, afin qufi ceuço qy>i ne croient pas à l'Évangile, ébranlés par le spectacle de Uvr sainte vifi, soient convertis au Seigtmr sans le (ionçqurs de la prédication; qu'elU^ s'appliguenS, mn point à tresser leurs cheveuao, à porter de belles robes ou des bracelets d'or, mais bierp à parer Imr ^ par vn esprit ir^rrvptible dfi pçôfX et de moidestie qtJ(,i les enrichit aux yeux de Dieu* Et saint Paul ajoute, dans sa preiflière épître à Timothée (il, 9, 10) : Que les femmes se parent (soecri^destie et sobriété, sans tresser leurs chevepjs, sans porter de l'or, des pierreries ou des habits somptueux, ainsi qu'il convient à des femmes chrétiennes gui témoignent leur piété par de bonnes œuwes.
Faisons quelques remarques sur ces paroles :
1® Elles ne s'adressent point aux femmes du peuple, parce qu'il serait absurde de leur interdire l'or, les pierreries, les habits précieux. Elles ne s'adressent pas davantage aut religieuses, car il n'en existait point alors, et d'ailleurs saint Pierre parle expressément des femmes mariées.
2® La femme est naturellement plus portée que l'homme à se parer ; aussi est-elle moins blâmée que l'b/omme , en
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général, quand elle prend un soin exagéré de sa toilette, tandis que le sens commun répète chaque jour le mot du poète : Loin dç nous ces jeunes gens parés comme des femmes ! Nous devrons donc appliquer plus sévèrement aux hommes les prescriptions imposées aux femmes par la sainte Écriture.
3^ Encore qu'on entende communément par habits précieux les habits d'or, d'argent ou de soie, il faut cepen- y^ dant proportionner leur valeur aux divers degrés de la hiérarchie sociale ; ce qui est précieux pour une personne peut être vil pour une autre.
4® Cette proportion doit être établie d'après le sens commun des hommes. Nous l'avons dit plus haut, on estime généralement que tout saint doit aimer la simplicité, et que tout honmie qui ne pratique point cette vertu ne saurait être un saint. Ainsi, quelle que soit d'ailleurs la dignité du sujet, on devra regarder et interdire comme précieux et recherché tout vêtement qui, d'après le sens commun, ne convient pas à une personne de sainte vie.
5® Tout chrétien, en qualité de chrétien, fait profession de sainteté et de vie spirituelle qui, nous l'avons dit encore, ne peuvent subsister sans la simplicité intérieure et extérieure.
Et maintenant, venons-en aux détails, après ces observations générales. Je parlerai humainement, par condescendance pour la faiblesse de la chair et les abus déjà invétérés , sans prétendre rien imposer à personne. Je donnerai à tous des conseils sur la manière de se loger et de se vêtir conformément à la vie spirituelle et à la simplicité chrétienne.
Je m'adresse d'abord aux femmes , et je leur dis : En ^ premier lieu, la loi du Seigneur et Les promesses faites
au baptême imposent aux femmes chrétiennes qui témoignent leur piété par de bannes ceuvres, de ne jamais porter de Vor, des pierreries ou des habits somptueux, et d'éviter tout ce qui peut flatter la vanité ou la mollesse. En second lieu, et c'est là un conseil que je donne, non un précepte que j'impose, les reines, leurs filles ou belles-filles, les duchesses et autres princesses, ne doivent user que très rarement, pour des causes raisonnables, et, même dans ces cas, avec une grande réserve, d'habits somptueux couverts d'or, d'argent, de pierreries, en un mot, de tous les ornements qui accusent l'ostentation de la richesse et de la gloire mondaine.
En troisième lieu, c'est encore un conseil que je donne : les personnes de ce rang peuvent porter des vêtements de soie, même avec quelques tissus d'or ou d'argent, sans déroger à la simplicité chrétienne. J'estime cependant qu'elles feraient mieux, afin de donner bon exemple, de porter des habits de laine, non point grossière et commune , ce serait de l'ostentbtion , mais fine et précieuse , à cause de leur dignité.
En quatrième lieu, les dames de la noblesse dont les maris n'ont point un titre princier devraient porter des habits de laine et de soie , en sorte que leurs plus somptueux vêtements fussent d'écarlate, avec des manches de soie, ainsi qu'on a coutume aujourd'hui. Quant à celles dont les maris tiennent un rang élevé dans la société par leur naissance ou par leur fortune, elles peuvent porter de la soie, mais seulement de temps à autre. Toutes, néanmoins, doivent porter d'ordinaire des habits plus simples que ceux d'écarlate. Ceci s'applique surtout à des femmes âgées, ou qui ont déjà trente -cinq ans : elles doivent porter des robes de serge noire ou d'une couleur sévère.
Les dames qui ne sont point classées dans le monde parmi la noblesse doivent porter des étoffes encore plus simples, et toujours, comme nous l'avons dit, en rapport avec leur condition. Enfin les femmes des artisans, des paysans, des domestiques, du bas peuple, en un mot, ne doivent porter que des étoffes grossières...
Pour donner ces conseils, je me suis d'abord appuyé sur les paroles des apôtres adressées aux femrMî^y qui sont naturellement très portées à se parer, et aux femmes riches qai possèdent de l'or et des pierreries ; ensuite j'ai considéré leurs différentes conditions, et établi quels étaient les habits réputés somptueux relativement à chacune d'elles. Si donc on observe, d'une part, la manière honnête de se vêtir aujourd'hui en usage, et de l'autre les promesses faites par le chrétien au baptême de renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, on verra que j'ai posé de sages règlements, et que, si je n'ai point su garder un juste milieu, j'ai été plutôt indulgent que sévère. On le verra mieux encore en tenant compte de ma quatrième observation. En effet, que les femmes dont j'ai parlé suivent mes prescriptions dans leur toilette, et nul, je l'afBrme, ne pourra s'en offenser avec raison ; qu'elles ne les suivent pas, et on constatera bientôt qu'elles ne réussiront pas aisément à se faire passer pour des personnes de sainte vie. En les voyant parées d'habits trop somptueux, on ne tardera pas à se formaliser, et chacun , en entendant célébrer leurs vertus, se dira au fond du cœur : <c Comment est-il possible que ces personnes-là mènent vraiment la vie spirituelle, puisqu'elles n'ont pas renoncé aux vanités du monde ?.» On m'objectera peut-être que sainte Cécile, dont nous célébrons aujourd'hui la fête, portait un cilice sous un vêtement tissu d'or. Je répondrai : pre-
mièrement, qu*étant d'une des plus illustres familles de Rome , elle a porté un habit de cç genre )e jour de ses noces , ainsi que j'ai autorisé le$ danses 4e la jiobleçse à le faire daQS certains cas; deuxièmement, que ses parents et son époux étant païens et elle fort jeune, il ne lui était pas possible de résister à ceux qui lui imposaient cette parure. Guidée par TEsprit-Sainjt, elle cachait encore dans son cœur les vœux de son bs^tême ; elle les découvrit au moment favorable, et souffrit le martyre plutôt que de les violer. A la femme qui dirait : « Eh bien ! moi $a)ssi , je serai chi^tienne, et je cacherai sous des habits somptueux la foi de mon baptême , y> je répondrais de la m^ère suivante : Il y a deux préceptes de la charité, Tun qui regarde Dieu , l'autre qui regarde le prochain ; fit comvne l'enseigne l'Apôtre : Il fmU vivre saintement non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes (Rom. xii, 17), surtout après que Notre -3eigneur a dit : Ualhewr à celui qui cause 4u scaïKidale ! (Matth. xviii, 7.) Or, le ç^Ofindale est une parole ou une action déréglée qui louroit une occasion de péché. Ce n'est donc pas tout d'être çhr^w ^n fond du cœur, on doit aussi éviter de scandldi^er le prochain par ses œuvres, et de l'entraîner ^u mal en kii donnant mauvais exemple. Le Bcandale e^ particulièrement dangereux pour les jeunes filles, et le Seigneur a «jouté : Mieux vaudrait, pour celui qui scandaJifiis un de ces petits qui croient en moi, qu'une meule de moulin fût suspendue à son cou, et qu*il fittjeté à la mer. (Ibid., 6.)
D's^rès notre deuxième observation, ces règlements s'appliquent pljiç jjaçt^mant aux homme^. Qu'ils aie^t dope sQÎu de «6 y^r ph» simpleipent.que }eurs feinm^, et toujours e^ rapport avfMS leur rang et leur fortune...
Ce que nous a>voas dit du vêtement doit s'entendre pa-
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reillement du logement, de la table et des autres choses extérieures; il faut prendre pour règle générale que la mesure à garder, dans chaque condition, doit avoir pour base ce jugement instinctif en vertu duquel, ainsi que nous l'avons dit plus haut, on estime que tout honïme saint pratique la simplicité ; que quiconque n'aime point cette vertu n'a point la sainteté; que tout chrétien qui ne vit pas de la vie spirituelle est indigne de ce nom...
Le chrétien est obligé de vivre saintement non seulement devant Dieu, mais encore devant les hommes, selon cette autre parole : Que votre lumière briUe devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes mivres et que votre Père céleste soit glorifié. (Matth. v, 16.) De plus, il est obligé, en vertu du double précepte de la charité : premièrement à devenir un chrétien véritable, et deuxièmegienl à le manifester par ses paroles et ses actions, par la B(ianiè]*e de se vâtir et de se loger, afin d -édifier le prochain, da ne point le scandaliser, et de ne jamais perdre ou amoindrir la bonne réputation dont il jouit auprès de lui; une bonnf» réputation glorifie Dieu, préserve du péché et fait aimer la vertu. Par là, il sera fadle à chacun de trouiœr le d^gré de sioq^licité qui lui convient, à moins qu'on ne veuille se tromper soi-même et clitoMamer sm cœur vers des sentences d'iniquité, afin d'excuser ses prévaricoiions. (Ps. gxl, 4.) Et, puisqu'on ne saurait comprendre et garder parfaitement cette simplicité sans savoir comment il faut se défaire des biens superflus, nous allons traiter ce sujet dans le livi'e suivant.
264 CBUVRES SPIRITUELLES