PREMIÈRE VÉRITÉ
Ceux qui veulent devenir riches entreront difficilement dans le royaume des deux.
Vouloir être riche, c'est rechercher la richesse non seulement au delà de ce qui est nécessaire pour soutenir sa vie, mais encore au delà de ce qui est nécessaire pour maintenir son rang ; et j'affirme que ceux-là n'entreront point dans le ciel , ou n'y entreront que difficilement. C'est qu'en effet, tout être raisonnable agissant pour une fin ne peut agir que pour une fin dernière qui soit le mobile de toutes ses actions. Or, ceux qui recherchent la richesse ont pour mobile : ou l'amour de Dieu , ou l'amour de la créature, c'est-à-dire la fortune, la glmre, la volupté. Dans ce dernier cas, il est impossible qu'ils entrent dans le royaume des cieux, à moins de faire ptoitence, car ils préfèrent la créature au Créateur. S'ils sont guidés par l'amour de Dieu , ils ne peuvent avoir qu'une triple intention : ou bien ils veulent bâtir des églises ou faire des œuvres qui se rapportent immédiatement à la gloire de Dieu ; ou bien ils désirent le servir avec plus de paix et de sécurité et fournir largement aux besoins du culte, selon leur dévotion; ou bien ils se proposent de faire aux pauvres d'abondantes
DE JÉRÔME SAYONAROLE 265
aumônes. .Mais non ; alléguer ces motifs serait s'excuser vainement et se tromper soi-même sous la suggestion du diable , qui se transfigure en ange de lumière. Il est manifeste, d'ailleurs, que, même avec ces dispositions, ils entreraient difficilement dans le royaume des cieux , puisqu'il n'y a pas de vie plus laborieuse que la vie chrétienne. Dans l'ordre de l'intelligence, le chrétien doit croire fermement les vérités de la foi , qui sont aussi élevées qu'impénétrables; il doit prier et prier sans cesse, exercice qui exige une grande application. Dans l'ordre de la volonté, il est tenu d'aimer les choses invisibles et de mépriser les choses visibles , ce qui est très difficile. Le corps enfin doit être réduit en servitude ^ et, pour tout dire, nous ne pouvons entrer dam le royaume de Dieu qu'à travers de nombreuses tribulations. (Âct. XIY, 21.) Ainsi, tout chrétien est obligé de faire tous ses efibrts pour élever son esprit vers le ciel, et même alors il restera impuissant s'il ne reçoit un secours particulier d'en haut , car nous voyons que ceux-là mêmes qui ont tout abandonné ont à vaincre mille obstacles pour persévérer dans la bonne voie.
Ceux qui cherchent à s'enrichir ne peuvent y arriver que très difficilement sans blesser la justice, et, en tout cas, l'expérience nous apprend qu'ils n'y réussissent qu'au prix de mille soucis et de labeurs continus et prolongés. Aussi les voit-on détacher peu à peu leur esprit et leur cœur des choses spirituelles, et se livrer moins souvent à la prière, parce qu'il n'est pas possible d'être très appliqué à la fois aux choses du ciel et à celles de la terre. Bientôt même, ils sont en proie à de violentes tentations provoquées soit par la chair qui se révolte contre l'esprit, soit par la ruse et la malice du démon , soit par les occupaâons trop mondaines auxquelles ils s'astreignent , soit par les
266 OBUYRES SPIRlTnSLLES
pers^cutioQ^ d^s ç^échaats. Et prtaixt, il ^ qwufe$t# qu'ils ne peuvent éviter te p^çbé et.ç;atTi5r4^ft Iç rpyaimiç des cie^x qu'en surmontant .de gramjçs dif^cwltés.
Mais pourquoi perdre le temps à donner des preuves, quai?^ Texpériençe de chaque jon^ démontra ç^tte vérité avec une telle évidence ? Çesi donc avec rai$K>n que saint Paul, s'adre^sant à tous les fidèles, leur a dit ces paroles : Not^ n'(iwn$ rien qpporté en ce monde ; il est hors dfi ^iJi$^ que no^ n'en jgmrrons rien emporter; content(ms';no^s d'avoir de quoi no^s nourrir et nous v4tir. Ceux qui veulent devenir rii^ies tomfmt dcm la terUation et le filet du diablf^ ^ dqif^ des désirs iny,Ules et jpernicieux qui précipitent les homvi^ vers l^ mort ft M d^mr^ion ; car la eu^ité^ ^ ^W^ ^ ta^^ le$ m(w, et e'pt m s'y qbmdmnant gwé pfm4mi» mt déserté Ipifoi et sont tombée dœ^ des doulfi^^ ^^i^n^l^^q]^. Fo^s ^pnc, d A(wwf d^ f)^, t^yesi ces cfyos^ ft rfc^ç% • ardçntm^t Iq jWcç^ IÇiP^té, Mf^, ^ çhmHi Hpq.^ca, la douç^. Jrmf^^l^ san^ rtlé^he à co^q^^ Ifif métef^r nelh; vmuam^^^ 9imUf ^t #* vm mf^ M unfiomreuse confession,^ vqtr^ foi en présence M nmkmp t^mm
(lTim,Yi,Si,)
L4 riche i lors içaêrn,^ qu'il ne d^'si^erait p^s js^m^ickir dman,tage^ entrera difficilement dpm h r^^^wne dç§ cieux.
\o |1 eçt i^é 4e iqR^ri^er ^s rip^sf^ q^f^^ pn i^ 1^ po8§è4^ JWPt, WW8 il e^t îP^Wsé .4« m m l^ ^mr qu^?|4 W J<Bg.p9#^, G'^t q»ci l'wiÇ»? wH ,*^ fi9Pfl«4#^ sance, et que nous connaissons à p^ine les biens éternds
DE jérAms SâYONAROLE 267
et invisibles, tandis que nous connaissons pleinement les biens temporels, toujours à la portée de nos sens. Voilà pourquoi il est très difficile d'avoir incessamment les richesses présentes à nos yeux et de ne point se laisser captiver par elles. La volonté du chrétien, semblable à une lame de fer placée entre deux aimants, est sollicitée par les joies éternelles que la foi lui représente, et par les plaisirs temporels que lui offrent les sens; la foi T^ve en haut, les sens Tattirent en bas. Or, il est certain que tout objet entraîne plus fortement la volonté lorsqu'il est présent, que quand il est absent. Aussi le riche, qui a toujours ses richesses devant soi, est attiré en bas plus fortement que si elles étaient absentes ; et, lors même qu'il ne chercherait pas à s'enrichir davantage, il entrera plus difficilement que le pauvre dans le royaume des cieux.
2^ On a besoin, pour conserver les richesses, d'un grand nombre de serviteurs, de servsmtes, d'animaux do« mestiquee. Tout cela oblige le riche à s'occuper de choses temporelles et à se distraire des^ choses divines. Or, quand Tâme est détournée de Dieu, elle résiste avec moins de vigueur au démon et à la chair, et tombe plus aisément dans le péché. Elle est donc bien vraie, cette parole du Sage déjà citée : Heureux le riche qui a été trouvé sans tache !
3^ L'expérience confirme hautement cette vérité ; nous voyons peu de riches vivre chrétiennement. Enfin, Jésus- Christ lui-même l'a rendue indiscutable en disant dans rÉvangile, comme nous venons de le voir : Il est difficile qu*vn homme riche entre dans le royaume des ciaua?.
TROISIÈME VÉRITÉ
Celui qui ne hait point les richesses entrera difficilement dans le royaume des cieux.
Je veux dire par là qu'il faut avoir pour les richesses la même haine et le même amour que le malade pour une médecine amère. D'une part, elles sont dangereuses pour le salut, et de l'autre nécessaires à la vie. C'est pourquoi nous pouvons les aimer comme les médecines de la vie corporelle, mais nous devons les haïr comme amères au goût spirituel et dangereuses pour le salut de l'âme, jusqu'à désirer de vivre sans elles si cela était possible, de même que le malade ne prendrait aucune médecine s'il pouvait s'en passer pour recouvrer la santé. Or, quand une chose n*est pas aimée pour elle-même, mais uniquement pour une fin qu'on a en vue, elle n'est aimée que dans la mesure où elle est nécessaire pour atteindre cette fin. Le malade, par exemple, ne prend pas les remèdes en grande quantité, il ne les prend que dans la mesure, suffisante au recouvrement de la santé ; bien plus, il est toujours porté à ne pas inême atteindre cette mesure. Pareillement je soutiens, en premier lieu, qu'il faut haïr les richesses, c'est-à-dire les considérer comme un danger pour .le salut éternel , ou du moins comme un obstacle à la perfection , en sorte qu'on les rejetterait si c'était possible ou convenable; en second lieu, qu'on doit les aimer seulement à cause des nécessités de la vie et des convenances sociales.
La raison en est que l'amour de soi est très véhément, sous quelque rapport qu'on l'envisage ; Tamour de l'exis-
DE JÉRÔME SÀYONAROLE 269
tence et de la vie est on ne peut plus naturel , et tous les êtres s'efforcent de les conserver. Celui de la reproduction est d'une violence extrême ; c'est pour cela que la nature pousse les animaux à se susciter une postérité, et que la concupiscence de la chair est si puissante. Il est facile enfin de constater, par l'expérience, combien l'amour de la gloire stimule vivement les hommes. Chacun le sait, on se procure aisément, par le moyen des richesses, tous ces biens si recherchés. Le Sage n'a-t-il pas dit : Toutes choses obéissent à Vargent ? (Ecdes. X, 19.) Voilà pourquoi on aime les richesses avec tant d'ardeur. Si donc le riche ne les regarde point comme des médecines amères et dangereuses pour la vie spirituelle , s'il ne les déteste point dans le sens où je l'ai expliqué , il entrera difficilement dans le royaume des cieux, parce qu'il évitera difficilement les péchés.
C'est l'enseignement que Notre -Seigneur a voulu nous donner par ces paroles : Personne ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra l'un et aimera Vautre, ou il souffrira Vun et méprisera Vautre. (Matth. vi, 24.) Et, pour nous faire comprendre quels étaient ces deux maîtres, il a ajouté : Vous ne pouvez servir Lieu et Mammon, c^ est-à-dire les richesses. Pesons ces paroles, et scrutons les mystères qu'elles renferment. Jésus- Christ dit d'abord : Personne ne peut servir deux maîtres , et il n'ajoute pas : ou il servira l'un et ne servira pas l'autre , mais bien : ou il haïra Vun et aimera Vautre, Il est manifeste, quand il s'agit de maîtres temporels, qu'on peut servir l'un et ne point haïr l'autre. Mais ici, Notre -Seigneur déclare qu'on haïra Vautre y cq .qui se rapporte évidemment aux richesses. Par conséquent, si on ne hait point les richesses , on n'entrera point dans le royaume des cieux, ou bien on n'y entrera que
270 (BUTRBS SPIRITUELLES
difficilement ; car ce terme exprime ou une impossQûiité absolue, ou une grande difficulté : une impossibilité absolue, si on ne hait point les richesses jusqu'à ne vouloir rien faire contre Dieu pour les acquérir ou les conserver ; une grande difficulté si, en outre, on ne les regarde pas comme des médecines amères et un grave danger pour le salut de Tâme.
QUATRIÈME VÉRITÉ
Le chrétien ne désire posséder que les choses néces^ saires q, la vie corporelle ou à la vie spirituelle»
Les biens eaitériQurs nécessaires à la vie spirituelle sont les sacrements de TÉglise et tout ce qu'exige leur dispensatîon, les calices, les ornements et les livres sacirés. De ces objets, les uns Tardent les prêtres, les autres regardent les fidèles^ suivant leurs diverses conditions. Le chrétien véritable ne doit désirer pour soi que ceux qu'il estime nécessaires pour conserver la vie spirituelle, ou du moins pour Tentretenîr facilement et honorablement. De même, quant à la vie corporelle, il ne doit chercher que ce qui lui est nécessaire pour se nourrir, se vêtir ou se loger. J'ai dit pour soi, car il est des cas où il peut désirer des biens qui ne sont point nécessaires à cette double vie, soit afin d'observer les convenances sociales, soit afin d'assister ses semblables corporellement ou spirituellement, soit pour d'autres motifs dont je parlerai tout à l'heure.
En voici la raison : toute afiection bien ordonnée se porte sans bornes et sans mesure vers la fin dernière, mais elle ne recherche les moyens que dans la proportion où ils sont nécessaires pour atteindre cette ^n. Di^nnons
des exemples. La nature, qui veut que les arbres fructifient, fait tous ses efforts pour produire les fruits las plus parfaits. Cependant elle ne prend pas tous les soins possibles ; elle n'en prend qu'autant qu'il en faut pour produire ces fruits ; un malade désire recouvrer la santé aussi parfaitement que possible, et pourtant il ne veut que les remèdes nécessaires à sa guérison... Il en va de même du chrétien ; il ne doit pas s'imposer de terme dans l'accroissement et la conservation de la grâce et de la charité, mairil doit s'en imposer un dans les moyens, je veux dire dans les jeûnes , les veilles , les prières , et à plus forte raison dans les choses extérieures , qui ont rapport à la vie corporelle, principalement lorsque leur excès mat le saM en danger. Or, nous l'avons dit plus haut, l'excès des choses extérieures ou des richesses est dangereux pour Tâme. Le chrétien véritable ne doit donc les rechercher qu'en désirant pour soi celles qui lui sont nécessaires, et en méprisant les autres comme inutiles et superflues.
CINQUIÈME VÉRITÉ
Le chrétien peut, en outre y désirer et rechercher , sans offenser Dieu , les biens nécessaires powr vivre selon sa condition.
L'homme, ainsi que nous l'avons déjà établi, étant destiné à vivre avec ses semblables, ne doit point leur donner l'occasion de s'offensCT, ni être inutile à la société, mais plutôt se rendre utile et nécessaire. Or, tout homme qui ne se propose pas de quitter le monde pour devenir prêtre ou religieux, qu'il soit prince, bourgeois ou artisan, ne peut vivre décemment en société ^lon sa owidition ,
272 CEUVRES SPIRITUELLES
s*il lie possède que les biens indispensables pour la conservation de la vie du corps. Et partant, comme c'est un droit, et même un devoir pour chacun, de vivre selon les convenances sociales, on n'offense point Dieu en recherchant les biens nécessaires à cette fin; on Foffenseraît plutôt en violant ces convenances, d'abord parce qu'on scandaliserait le prochain , loin de Tédifier par une vaine ostentation qui serait justement taxée d'hypocrisie ; ensuite parce qu'on se rendrait inutile à la société, car on se rendrait par là incapable de remplir des fonctions et d'exercer des charges qui exigent un certain décorum ; enfin parce qu'on ne pourrait pas assister les pauvres, ni accomplir une infinité d'autres bonnes œuvres.
SIXIÈME VÉRITÉ
Le chrétien doit distribuer awx pauvres les biens qui lui sont inutiles pour vivre selon sa condition.
1<* D'après ce qui précède, il est facile de comprendre que ne point distribuer le superflu aux pauvres , c'est s'exposer au péril de la damnation éternelle. En effet, s'il est vrai que non seulement ceux qui veulent devenir riches, mais aussi ceux qui sont riches sans désirer de le devenir davantage, et bien plus encore, ceux qui ne haïssent point les richesses, ne peuvent entrer que difficilement dans le royaume des cieux, que dirons -nous de ceux qui retiennent le superflu? A coup sûr, ceux-là ne haïssent point les richesses et ne les regardent point comme des médecines amères. Puis donc que tout chrétien et même tout homme est obligé de fuir les occasions de péché ,
DE JÉRÔME SAVONÀROLE 273
selon cette parole du Sage : Fuyez le péché comme vous fuû riez à la vue d'un serpent (Eccles. xxi, 2), c'est un devoir rigoureux de ne point garder les biens superflus et de les distribuer aux pauvres.
2® Le chrétien a prônais, au baptême, de renoncer à Satan , à ses pompes et à ses œuvres. Or, garder les biens superflus c'est violer ses promesses, car ces biens n'étant nécessaires ni pour soutenir Texistence, ni pour vivre selon son rang, on ne peut les garder que pour une mauvaise fin, et sous Tinstigatîon du démon, <}uand on ne les emploie pas au soulagement des pauvres ou aux besoins de rÉglise. Dans le cas où il ne serait pas possible de les employer à cet usage, ce qui est bien difficile, puisque Notre- Seigneur a dit : Vous aurez toujours des pauvres parmi vous (Mattb. XXI, 11) , le riche peut réserver ce bien pour les besoins futurs de sa famille, des pauvres ou de TÉglise; et si sa fortune en est augmentée, qu'il craigne le Seigneur, qu'il n'attache point son cœur aux richesses (Ps. LXi, 11) , et qu'il se dispose à les employer, en temps opportun, pour la gloire de Dieu, qui l'en a fait dépositaire afin d'être utile aux pauvres, à FÉglise et à la société.
3^ Le biçn aime à se communiquer. Dieu, l'Être souverainement parfait, répand sa bonté de toutes parts; les anges s'illuminent entre eux, d'après l'enseignement de FEcriture et des Docteurs, si bien que les perfections des premiers rejaillissent de degré en degré jusqu'aux derniers, et de ceux-ci jusqu'à l'homme. Il en est de même dans toute la création , et principalement chez les êtres les plus élevés et les plus parfaits, et c'est pour cela que tout être, comme nous l'avons déjà fait observer, est poussé instinctivement à produire un être qui lui ressemble. Ainsi, d'après le plan divin, tous les êtres aiment à répandre et
274 (CUVRES SPIRITUELLES
à conifiiaiiitiiler leur perfection, (h*, cet instinct seihble constituer une loi naturelle, et, partant, le riche qui ne distribue pas son superflu aux pauvres agit contre Tinstinct commun de tous les êtres, et viole les lois de la nature. Il prouve par là qu'il n'est point bon, car tout ce qui est bon, c'est-à-dire qui possède une perfection , aime à la communiquer ; bien plus, il montre clairement qu'il n'est pas chrétien.
Cela est vrai, me dira-t-on, mais il ne s'ensuit pas qu'on soit obligé de distribuer aux pauvres tout le superflu. — Répondez-moi, dirai -je à mon tour : quand vous leur en avez distribué la moitié, celle qui vous reste estelle superflue, oui ou non? elle l'est sans aucun doute, car la partie est toujours de même nature que le tout. Mais puisque vous reconnaissez vous-ùiéme qu^il ikut donner du superflu eux pauvres, vous sei^ez obHgé de leur donner une partîfe des biens su{)erâus qui vouS restent encore, et ainsi dé ôtdté pour chaque nouvelle moitié, si on veut divisfer lé superflu en parties infinies, cotnme les niathématiciéns divisent la quantité. Cela n'est pas possible. Il feut donc conclure qu'on est obligé de distribuer absolument tout le superflu aux pauvres , et d^en donner une partie à celui-ci, une autre à celui-là. Ce n'est pas que le riche soit tenu de se mettre à la recherche des pauvres ; il suffit qu*il leur fasse l'aumône quand il les rencontre ou qu'il les sait dans une extrême indigence. Je ne prétends pas non plus qu'on offense Dieu quand on refuse l'aumône à tel pauvre qui se présente, en ayant l'intention de la faire à d'autres ; il n'est nullement exigé de donner à tel plutôt qu'à tel autre, mais aux pauvres en général.
hp La génération s'opère à l'aide du superflu des alinients; cela nous prouve que les êtres vivants, loin de
retenir le superflu , désirent avec ardeur le communiquer à d^àutres. Puis donc que la nature est dirigée par une intelligeiice infaillible, c'est-à-dire par Dieu même, et que tout ce qui vient de Dieu est sagement ordonné, nous devons suivre , autant que possible , Tordre de la nature. Ainsi, retenir le superflu, c'est agir d'une manière déréglée et violer Tordre établi par Dieu ; c'est là un grave péché. Saint Augustin a dit : « L'ordination du Créateur et Tordre des créatures sont d'une importance telle, qu*un excès, même léger, comme dans les choses laissées à notre usage, est bien plus excusable que s'il était commis dans les choses dont Tussige ne nous est pas accordé, v (Déctet. Xîil, quest. vu, chap. De r Adultère.)
b^ Dans la nature , on ne voit rien de superflu ou de défectueux. Cela n'arrive que ^fement, et parce que le principe producteur n'a pas eu son jeu régulier. Aussi appelle-t-on monstres tous les êtres de cette sorte : par exemple, les hommes qui naissent avec deux têtes ou ^ns aucune main. Or, nous devons imiter la nature, parce (Qu'elle est dirigée par Dieu. C'est ce que fait Tart en la prenant pour sa règle suprême. Nous devons le faire nousmêtnés dans Tordfre social, et surtout dans la république chrétieiine, dans FÉglise, où Ton ne doit jamais voir des gens qui r^orgent de biens superflus , et d'autres qui manquent ùiême du nîécessaire.
6® D'après la loi de la nature, tous les biens sont comtnund. Nous descendons tous, quant au corps, d'un même principe, et quant à Tâtùe, nous avons un même père, qui est Dieu. Mais alors, pourquoi DieiU a-t-il distribué inégalement les biens terrestres, sinon pour que l'un fût couronné par sa patience, et l'autre par sa libéralité ? Car il ne faut pas croire que Dieti , le père commun de tous
276 CBOVRES SPIRITUELLES
les hommes, et dont la providence veille sur chacun d'eux, ait voulu que celui qui a du superflu le retienne , tout en voyant un de ses semblables manquer du nécessaire. Non ; Dieu a distribué les biens inégalement, afin d'établir l'harmonie dans le gouvernement des hommes, et il veut que les riches, suivant Tinclination de tous les êtres, soulagent par leur superflu l'indigence des pauvres, comme lui-même communique ses perfections aux plus humbles créatures.
1° Nul ne mérite la damnation éternelle, s'il n'est coupable d'un péché mortel. Or, ceux qui ne donnent point le superflu sont damnés éternellement; car Notre -Seigneur, au dernier jugement, dira à ceux qui seront à sa gauche : Allez, maudits, à un feu étetTieL J'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger, etc. (Matth. xxv, 41) ; paroles qui prouvent qu'ils sont condamnés pour n'avoir pas fait l'aumône aux pauvres, et qu'il est des cas où cette omission est un péché mortel.
Plusieurs prétendent qu'on ne pèche mortellement que lorsqu'on ne fait pas l'aumône à un pauvre réduit à la dernière extrémité. S'il en était ainsi , la sentence de Notre -Seigneur ne tomberait que sur très peu de personnes, parce qu'il est difficile de rencontrer quelqu'un qui se trouve réduit à une telle extrémité. Du reste, trois conditions sont requises, d'après les Docteurs, pour qu'il y ait péché mortel à refuser l'aumône, même dans ce cas : 1^ il faut que le pauvre se trouve dans une indigence telle, qu'il ne puisse plus conserver sa vie sans une assistance particulière ; 2° il faut que nul autre ne veuille l'assister ; si quelqu'un se présente pour le secourir, on n'est pas obligé de le faire soi-même, de nécessité de salut, parce qu'alors le pauvre ne se trouve plus dans une nécessité extrême; 3<* il faut qu'on en soit informé, car on n'est
DE JâBÔME SâVQNAROLE 277
pas tenu de faire des perquisitions dans ce but. Ces conditions ne se trouvant réunies que dans des cas exceptionnels, il s'ensuit qu'on ne sm*ait obligé que très rarement à faire Taumône sous peine de péché. Gardons-nous cependant de croire que la sentence de Notre-Seigneur ne sera portée que contre un petit nombre de personne^ ; elle s'adressera à tous ceux qui seront à sa gauche, et elle sera motivée principalement par le péché contre l'aumône. Il doit donc se rencontrer un autre cas où Ton est obligé rigoureusement d'assister les pauvres ; il n'y en a point de plus certain, en dehors de celui dont il vient d'être question, que le cas où l'on possède du superflu. La plupart des riches en sont là, et c'est contre ceux qui ne donnent point le superflu aux pauvres que sera portée la sentence du souverain juge.
Sf* Invoquons enfin le témoignage de Jésus-Christ et des Docteurs.
Jésus- Christ dit, dans l'Évangile : Listrilmez en aumônes les Mens superflus. (Luc. xi, 41.) Saint Jérôme affirme que celui-là est convaincu de ravir le Uen d'autrui, qui retient plus que le nécessaire. (Décret, distinct., 42.) Saint Âmbroise apostrophe en ces termes ceux qui disent : a Je ne vole rien à personne, je garde ce qui m'appartient. » •— a Insensé 1 qu'est-ce donc qui vous appartient ? Qu'avezvous apporté en venant au monde ? Est-ce que Dieu est injuste lorsqu'il donne plus à l'un qu'à l'autre? » Et il conclut en disant : <r Le pain que vous retenez est le pain de ceux qui ont faim ; le vêtement que vous enfermez est le vêtement de ceux qui en sont dépourvus ; l'argent que vous cachez dans la terre est le rachat et la délivrance des maU heureux. Sachez donc que vous ravissez leur bien à autant d^ personnes que vous pourriez assister, si vous le vouliez. »
278 (CtJVRSS SPIRITUELLES
Saiilt Basile eàiploîé à peu près lé» même» téieiàfé^ dans son Hùrhélie contre f^aàarke : « ... Si roas aVouez, dit- il, que Yôtts tenez de Dieu vos biens temporels, est-ce que Dieu serait injuste en les distribuant inégalémei^t aux hommes? Pourcpioi nagez- Vous dans Tabotldance ? pourquoi votre frère est-il réduit à la mendicité, sirioû afin que vous puissiez acquérir le mérite d'une juste conttpensation, et qu'il reçoive la couronne de lli piïtience ? C'est le pain du famélique que vous retenez ; c'est le vêtement de celui qui est nu que vous gardez dans votre armoire ; c'est la chaussure de celui qui marche nu-pieds qui moisit chez vous; c'est l'argent du nécessiteux que vous conservez enfoui dans la terre ; vous faites une injustice à tous ceux dont vous pourriez soulager l'indigence. »
Saint Augustin déclare, dans ses Commentaires sur le psaume CXLVii, à qu'on possède le bien d'autrui quand on retient le superflu. »
Saint Thom)Às edseigne(Somm. theol. 2. 2, q. xxxii, ait. 5) que toutes les choâes sans lesquelles on ne peut pas con^ei^ver Famouî du prochain sont comprises dans le précej^tô de la charité. Or, on ne peut pas conseih^er Famour du prochain en lui voulant du bien san^ lui en fiaâre, suivant éette parole de saint Jean : ITcdmons pas seaU" fnentl âè parole et de bouche^, maïs en asmytéS ei en vérité. (I Ép. m, 18.) Le grand docteur conclut que l'aumône est de précepte par rapport à celui qui donne quand il a du superflu , et par rapport à celui qui reçoit quand il est dans une extrême nécessité. Dans les autres éas, elle n'est que de conseil, comme toutes les bonnes œuvi^ phts palpites.
Ils se trompent donc ceux qui prétendent que, d'après Saint Thomas, le précepte de l'aumône ex^ deux coudî-
PE JÉBÔMS SAYONAROLB 279
lions pour être obligatoire, i^ avoir du superflu; 2<^ se trouver en &çe d'une indigence extrêipe. C'est offenser à la fins sainjt Thomas et la i^ai^on ; car, dans le cas d'extrême nécessité, on est obligé de donner non seulement les biens superflus, mais encore les biens nécessaires pour vivre selon ^on rang. Pourquoi cela? parce que, d'après l'ordre de la charité, la vie du prochain étant plus précieuse qiie l'honneur d|i rang, elle dpit être conservée de préf^eqce, d'autant ph^ qu'on peut subvenir à une extrême néc^sifité pçqr ui^e p^rte légère et flçicilpment réparal^fjç^ Qr, ce serait vipler gravpment 1^ charité, que de ne pas vouloir ^bir une petite perjbç pour conserver la vie du prochain. Voilà pourquoi saijit Am^oise a dit : a Dç^ez ^ )[pi^pger à celui qui a fiedm, sinon vous Taurez fait mpurjr. 9 (Décret, ^l&ti 86.) Çt pi^s^ dans le cas d'extrême nécessité, tous les biens sont çomJiiuns, et celui qui s'y trouve réduit a le droit de prendre ce qui lui est nécessaire partout où il le trouve, non seulement sur les biens superflus, mais encore sur les biens nécessaires pour vivre selon la dignité du rang. Saint Thomas a donc raison de répondre à la première objection de cet article, que « la propriété des biens temporels appartient à celui qui les a reçus de Dieu, mais que leur usage appartient également à tous ceux qui peuvent être assistés dans leurs besoins par le superflu qu'il possède 9.
9° Invoquons, en dernier lieu, les exemples des saints dont la vie est le modèle de la nôtre, parce que le juste est la justice animée, et le vertueux la règle vivante des actions humaîi^s.
Tous les saints 4e TaiMÛen et du nouveau Testament ont aimé k pratiquer Thoq^talilté et à foire l'aumAae. Souvent mê^^ il> l'ont faite noi^ sejulen^^nt avec leijur superflu,
280 cEUVias spiritublles
mais encore avec leur nécessaire, estimant que c'^ait un grave péché de renvoyer un pauvre les mains vides ; et comme le temp» me manquerait si je voulais citer tous les exemples, je n'en citerai qu'un seul, capable de fermer la bouche à tous les riches et à tous les pauvres : c'est œlui de ce saint mendiant, nommé Servulus, dont samt Grégoire raconte des choses admirables au quatrième livre des Dialogues. Il dit, entre autres choses, qu'après avoir prélevé son nécessaire sur les aumônes reçues, il distri^ huait tout le reste aux pauvres et aux pèlerins. Et les moines de TÉgypte, qui vivaient du travail de leurs mains, ne se trouvaient -ils pas assez riches pour nourrir une multitude d'indigents?
Ces preuves, ces témoignages et ces exemples doivent convaincre le chrétien qu'il est obligé de distribuer le superflu aux pauvres.
SEPTIÈME VÉRITÉ
Le nécessaire au maintien du rang et le superflu ne doivent pas être appréciés d'une manière indivisible,
» 1^ Il n'est pas possible de fixer une limite absolue, en sorte que Ton soit obligé de regarder comme superflu tout ce qui est au delà. En effet, on peut conserver l'honneur et la condition d'une famille en retranchant beaucoup de choses, comme aussi on peut en ajouter beaucoup d'autres, sans qu'on soit autorisé à les juger superflues; aussi voyons-nous tous les jours introduire dans l'économie des maisons de nombreux changements^ selon la di-
PK JÉRÔMB SÂYONAROLB 281
versifé des temps et des affaires , et cependant on ne voit pas que la condition de la famille en soit modifiée sensiblement.
2» S*il fallait suivre une r^le absolue, tout bon chrétien deviendrait scrupuleux à cause des diflScultés sans nombre qui se présenteraient à lui. Si, par exemple, il faisait quelque gain , il pourrait sMmaginer parfois qu'un seul écu est du superflu, ou bien encore, s'il recevait quelque présent, s'il se mariait avec une femme qui apporte une dot, il se croirait obligé, afin d'éviter le danger d'offenser Dieu , de penser sans cesse à donner le superflu, ou à le garder pour le distribuer^ aux pauvres; par là même, la vie du chrétien serait très périlleuse, ce qui est absolument faux. Concluons donc qu'il faut apprécier sans scrupule et avec largeur, ce qui est exigé par le maintien du rang, et qu'on ne doit condamner personne comme coupable de péché mortel , à moins que le superflu ne soit évident et excessif.
Pour moi , j'estime que nul chrétien ne doit douter de son salut, s'il met en pratique les conseils suivants : l^ qu'il yive avec une simplicité conforme à son rang et à sa condition ; 2^ qu'il ne cherche pas à s'enrichir et à s'élever à un rang supérieur ; 3® qu'il s'empresse de distribuer le superflu, quand sa fortune prend un accroissement considérable ; si cet accroissement est léger et peu sensible, qu'il multiplie ses aumônes accoutumées sans diminuer visiblement le train de sa maison. Après cela, qu'il vive dans la crainte de Dieu , et il sera éclairé chaque jour de plus en plus sui' cette matière ; car il suffit, pour éviter avec certitude le péché mortel, qu'on soit dispcoé à distribuer le superflu aux pauvres quand il se manifestera d'une manière évidente et excessive. Dans tout autre cas.
282 «nvKis spimt uBLi^ia
s'il cenaerve o^le bonne dispontiflia, il ne péchera pas mortalleinent.
UUITGÈUE VÉUTÉ
Le nécessaire au maintien du rang (jloU Mvfi rrji^^^^ii d'après ce que noi^s avom dit préç^ç^fji(n^i j^r la rnnpUdté extérieure.
On ne 3aarait entendre par le superflu uniqaeix^n|t ce qui «este du gain ou des revenais annuels, toutes 4fipenses faites. Si cda était vrai, jAusieurs, qui déppn/sent leur fiNrtune en pompes et en débaiic]^, seraient ce^s n'avoir point de superflu, et chacun aurait alor^^ 4^ ;4|Spit de les imiter. Il faut donc entendre pf^r ce terme iÇ^ ,qiii iseste ou ce qui devrait rester à chacun en vivant 4iin»pl^ m^t, comme il convient à un chrétien.
<x Mais, dira-t-on, il faut bien amasf^c 4^ riç^ef§es pour les cas de maladie, de guerra, de fiBonin^, etc., et pour tous les autres cas imprévus. » ^Qt Jhq^^as répond que €^e$t là $'inquiét^ dakndinmfi, et que }e.i9feigneur Ta défendu dans TÉv^ngile. Il &i;t ^oe^^r le superflu et le néeei^saire d'après Iç cQXfrs ordinaip^ deijf c^^ses. Par ex^sq^le, ù une guerre, une pefste sont ^npiinentes, il est pennis de se pourvoir pour faire &çe à ces fléaux. De même, si un père a plu»enrs filles, il ff^uX préparer leur dot et songer, à l'avenir, afin de les établir convenablement. Toutefois, il ne doit, poiot^ ^'e^brcer de les enrichir sous prétexte quechaeiaiie doitviiinr^ selpn gon rang, ce qui ne aérait pas possible, di«bent*-il3, s'ils n'aiigmentaient pas feiur fi)rtune, parce que «hicip de )0urs «^nts deseendotit à un irag infi^ieur apri^ le partage de<^ biens.
PB JiBÔWB sàvonarolb S83
Avec ce r^iAQj(iiieQient, chaque ^i devrait ^c({aérir autant de royaumes qu'il a d'enffuts, et ai tous les pères de famille lassaient de la sorte, il n*y aurait plus de superflu et l'acquisition des richesses ne connaîtrait plus de homes. Un père doit se contenter de laisser à ses enfants une fortune en rapport avec leur rang. Sont- ils vertueux? ils n'auront pas besoin des richesses , et en tout cas , s'il s'est appliqué à les hien élever, il n'aura pas à s'inquiéter pour eux, car ils pourront, sans offenser Dieu, accroître leur patrimoine, vivre honorablement dans la société et maintenir le rang de leur famille. Sont-ils méchants? leur père ne doit point amasser des richesses qui seraient entre leurs mains criminelles de puissants moyens pour faire lé mal. Je le répète, s'il fallait thésauriser sans cesse pour les enfants, aucun père de famille n'aurait du superflu. Leur devoir consiste à leur fournir le nécessaire pour qu'ils puissent vivre selon leur rang.
Aiijisi tout chrétien étant obligé , par sa profession , de vivre simplement, il apprendra à connaître ce qui lui est superflu en prenant pour règle et pour mesure la simpli* dté, non point d'une manière absolue, mais d'une manière relative. Autre est le superflu d'un ouvrier, autre celui d'un bourgeois, autre celui d'un noble, autre celui d'un prince, antre celui d'un roi. Et par conséquent, je le demande, comment seront-ils sauvés, les rois et les princes, avec leurs femmes et leurs filles, qui, loin de pratiquer la simplicité chrétienne, épuisent leurs trésors dans de folles dépenses et écrasent leurs peuples de lourds impôts ? Qui pourra excuser les npblea qui veulent faire les princes, et leurs femmes qui ont tant de robes, tant de pierreries ? Que diront^ils devant le tribunal de lésus- Christ, cea bourgeois qui veulent faire les nobles, ces ar-
284 GEUVRES SPIRITUELLES
tisans qui veulent faire les bourgeois, ces villageois qui veulent faire les citadins ? Hélas ! combien de femmes seront damnées éternellement, pour avoir gardé tant d'inutilités dans leurs coffres pendant que les pauvres mouraient de faim I!...
Songeons sérieusement à ce que nous devrions être, et si nous considérons ce que nous sommes, nous verrons que nous avons quitté les droits sentiers, et que nous ne ressemblons point aux premiers cbrétiens. Plût au Ciel que notre vie fût simplement différente de leur vie, et non entièrement opposée 1 Réveillons-nous donc du profond sommeil dans lequel nous sommes plongés, car l'heure en est déjà venue; le jour va disparaître, et la nuit s'avance. Dépouillons-nous des (Buvres de ténèbres pour nous revêtir des armes de la lumière. Marchons avec bienséance , ainsi qu'il convient de marcher pendant le jour (Rom. xiil, 11, 12, 13), afin que n(ms ne soyons point surpris par la nuit; nul alors ne pourra plus travailler (Joan. ix, 4], et Dieu rendra à chacun selon ses œuvres, (Matth. xvi, 27.)