XVI PRÉFACE
disait Jérôme , que si je m'attaque si vivement et si énergiquement aux poètes, ce n'est pas par ignorance de leur art, mais bien par amour pour Dieu et par zèle pour la beauté de sa maison. Et moi aussi, j'ai connu les écoles des poètes et les stériles forêts de la métrique ; moi aussi, j'ai tendu la main à la férule, mais l'amour divin m'a ouvert les yeux, et fait abandonner ces forêts pour savourer les doux fruits des vergers de l'Église ^ »
On voit déjà comment et potirquoi Jérôme négligeait d'ordinaire de polir la forme de ses sermons et de ses écrits, et se contentait, pour mieux atteindre son but, d'être clair et précis, méthodique et concluant. Ajoutons que les loisirs nécessaires lui faisaient défaut. <( Gardez -vous bien, écrivait -il à Ugolino « Verini, en lui dédiant son Traité de Fart poétique , « d'y chercher la moindre élégance de style; car « depuis vingt-deux années, absorbé que j'étais par « de plus graves occupations, j'ai presque entière- « ment négligé les études littéraires. »
En eflfet, ses occupations étaient aussi graves que multiples et incessantes : les exercices réguliers qu'il suivit jusqu'à la mort avec une fidélité exemplaire ; la prière et la contemplation auxquelles il consacrait journellement plusieurs heures ; la direction des âmes ;
1 Apologeticm de RcUione poelicœ artis, publié en 1497. Venise, 1537, p. 14.