PETITES MEDITATIONS
appliquées aux jours où Von communie.
Pour la Communion du jour de la Conception , 8 décembre.
Après avoir rendu nos hommages à la sainte- Vierge toujours immaculée , nous ferons, pour notre instruction, trois réflexions sur ce mystère.
l.° Dieu a préservé sa sainte Mère du péché originel.
2.° Dieu Ta préservée, outre cela , de la cupidité et de l'ignorance , origines ordinaires du péché actuel.
3.° Dieu ne Ta point préservée des misères temporelles ni des infirmités naturelles , qui sont la peine du péché originel et du péché actuel. Pourquoi tout cela ?
PREMIER POINT
Dieu a préservé la sainte Vierge du péché originel .
Elle n'a pas été un seul instant rennemie de Dieu, l'esclave du démon. Dieu n'a point dit : Le péché originel n'est pas son péché : c'est plutôt le péché d'Adam que celui de ses descendans : ce n'est le péché de ses descendans , qu'autant qu'ils étaient
Retraite spirit. II, I*>
comme une même personne dans lui lorsqu'il pécha ; d'ailleurs, c'est un péché commun à tous sans exception , et puis ce n'est qu une tache passagère, effacée après un instant , dans un moment ; quel si grand mal donc, quand Marie n'en serait pas exemptée?.... Mais Dieu a tant d'horreur du moindre péché , delà seule ombre du péché, qu'avant à se donner une Mère , la plus grande grâce qu'il ait cru devoir lui faire, c'était de la préserver de toute souillure ; avec cette seule tache , elle eût été comme indigne d'être sa Mère.
Est-ce ainsi que nous jugeons deschoses quand , pour justifier ou pour diminuer nos fautes , nous disons si souvent : Ce ne sont que des péchés légers; il y entre plus de faiblesse que de volonté; je ne fais point autrement que tous les autres ; je ne pèche pas plus qu'eux ; à peine suis-je tombé , que je demande pardon à Dieu, et que jeme relevé.
Il ne s'agit point , à cet égard , du péché d'origine ; c'est un mal passé , et qui est inévitable pour nous ; mais pourquoi , au malheur nécessaire de notre origine, dont nous nous plaignons si souvent, ajoutons - nous encore un choix coupable de l'état du péché ? au lieu de murmurer , d'invectiver contre l'infidélité d'Adam , comme il arrive quelquefois , que ne montrons-nous ce que nous aurions voulu faire, si nous nous fussions trouvés en sa place? Nous sommes exclus du premier degré d'innocence; que n'aspirons - nous au second? point de péchés actuels volontairement ? En ne péchant point , nous montrer* nous n'aurions point
péché , si nous eussions été en la place de nui premiers parens.
Il est vrai que je ne suis pas comme la sainte Vierge, destinée à rien de si éminent que la qualité de Mère de Dieu , de Mère du Sauveur ; mais n'aide pas une autre faveur assez semblable , à laquelle ne convient guère moins un pareil degré de purelé ? La Communion honore-t elle beaucoup moins l'homme , que l'incarnation n'honora Marie , ou demande-t-elle moins d'innocence? Par cette seule considération , je communie souvent, quelle attention ne devrions-nous pas avoir à ne faire pas de fautes au moins volontaires et à acquérir la plus parfaite pureté? Un seul péché met entre nous et Notre- Seigneur la même différence, pour témoins, qu'entre Marie souillée du péché d'origine, etMarie exempte de tout péché : y pensons - nous (1) ? On cherchera son péché , et on ne le trouvera pas . ■ Pourra-t-on le dire de moi ? Oh ! quelle grâce serait-ce , 6 mon Dieu ! et que j'en devrais être jaloux !
SECOND POINT
Dieu a encore délivre la sainte Vierge , dans sa conception, de l'ignorance et de la concupiscence.
Elle connut Dieu dés lors , et elle commença de l'aimer. Jamais elle ne sentit les révoltes de la chair contre la loi de la foi , de la grâce , et delà raison. Pourquoi ce privilège encore ? Parce que l'ignorance etla concupiscence sont l'origine et la source la plus ordinaire des péchés actuels.
Dieu n'a pas seulement voulu que sa Mère fût sans péché ; il a voulu qu'elle fût , en certaine ma-
(i) Qiiœrciur peccatiim âûxis } ea <ur ';--- *°> $4«
nîére, impeccable autant que peut l'être une simple créature.
Je ne puis croire que nous soyons fâchés du privilège de la sainte Vierge ; mais nous dirons peutêtre que si nous avions été exempts d'ignorance et de cupidité comme elle, nous eussions été innocens comme elle : qui nous en assure ? Les mauvais anges , éclairés et portés naturellement au bien , autant qu'il se peut , en sont-ils moins tombés dans le péché et dans l'abîme ?
Adam et Eve n'ignoraient pas ce qu'il leur importait de savoir; ils n'avaient que des inclinations raisonnables : en ont -ils été moins faibles ? ont-ils moins désobéi à la loi du Créateur et du bienfaiteur souverain ?
Ceux parmi nous qui n'ont pas péché en Adam , comme l'on parle, c'est-à-dire, ceux qui ont le meilleur esprit et le plus heureux naturel, sont-ils toujours les plus innocens ? Leur beau naturel même ne les rend-il pas souvent plus mous et plus complaisans ; leur grand esprit, plus industrieux pour le mal , plus obstinés dans le mauvais parti, quand une fois ils l'ont embrassé ?
Mais si l'ignorance et la cupidité sont des maux si dangereux , pourquoi les augmentons-nous ? Ne savons-nous pas que l'oubli de Dieu forme de plus épaisses ténèbres que celles de notre première origine , et que les mauvaises habitudes nous sont comme une seconde nature, plus redoutable que la première ? Remettons-nous dans l'état où nous vînmes au monde; quoique d'une source empoisonnée , nous l'avons déjà à demi corrigé.
Tout ou presque tout consiste donc, en quelque
Mat que nous soyons, à nous observer nous-mêmes et à bien user de notre liberté , comme fit Marie , nonobstant son privilège. Eût-elle péché en Adam, elle n'eût jamais commis de péchés actuels, par le saint usage qu'elle eût fait de son libre arbitre. Comme il n'y a personne , quelque mauvais qu'il soit , qui ne puisse devenir bon , étant prévenu de la grâce , aidé de la grâce du Rédempteur , aussi , par l'abus de cette grâce ou par la négligence à nous en servir , il n'y a personne qui , malgré son excellent naturel, ne puisse devenir infiniment mauvais. Dans la sainte communion , quelle source inépuisable de secours ne possédons - nous pas? sommes-nous moins liés au nouvel Adam par le sacrement de l'Eucharistie^ qu'au premier Adam par notre naissance ? Pourquoi aurions-nous moins de bien de l'une que de mal de l'autre ? Celle-là n'estelle pas , en quelque sorte , une grâce originelle , comme l'autre une origine de péché ?
TROISIÈME POINT
Dieu n'a pas préservé ni excepté sa Mère des misères temporelles , ni des infirmités naturelles qui sont les peines du péché ou actuel , ou originel.
Elle a été assujettie comme nous à la mort, et plus que nous au travail, a la pauvreté, aux autres misères delà vie. Pourquoi? Parce que ces maux temporels ne sont pas tellement des peines du péché , qu'ils ne puissent être aussi des préservatifs contre le péché , et des sources de grâces et de mérites immenses.
Les heureux du siècle , ces gens qui sont, ici-bas, comme dans une partie du paradis terrestre , fus-
sent-ils innocens comme Adam , ne tardent guère , non plus que lui , à se corrompre. L'abondance les amollit, la gloire les enfle , l'oisiveté les expose à toutes sortes de tentations et de chutes.
En usant bien , comme la sainte Vierge , et des peines , et des grâces de la vie présente , nous pourrons atteindre k un degré d'innocence qui nous éloigne beaucoup moins de la sienne.
Par ce bon usage des maux de la vie , combien de gens aussi corrompus que nous , sont devenus des saints lu premier ordre ! Par l'abnégation évangélique ajoutée à nos privations , nous serions en quelque sorte des Jean - Baptiste et des Paul ermite ; mais il faut savoir se faire du mal à soi-même si l'on ne nous en fait pas
Aujourd'hui dans la sainte communion , pendant toute cette octave, dans nos prières, demandons souvent à la très-sainte Vierge la pureté du cœur et du corps. Nous ne communions point, qu'au même temps que nous recevons la chair trèspure de Jésus-Christ , nous ne recevions aussi , en quelque façon, la chair de Marie, car c'est la chair de Marie que Jésus - Christ a prise (1). Union à la chair et à l'esprit du Fils et de la Mère, quelle source de pureté pour nous ! Je vous prie , par votre conception sainte et immaculée , ô Vierge très-pure ! de m'obtenir la pureté de l'ame et du corps (2).
(i) Caro Christi, Caro Morue.
(a) Persanctam et immaculatam conceptionem tuam, ô purissima virgo ! emunda cor et carnem meam. Amen.
Pour le jour de la Nativité de la Sainte Vierge , S septembre.
Nous pouvons distinguer comme trois nativités de la sainte Vierge , que l'Eglise honore toutes trois dans cette féte-ci : Tune, avant tous les siècles, dans les décrets éternels de Dieu ;
L'autre , sur la terre , dans la plénitude des
temps ;
La troisième, dans le cœur des vrais fidèles, jusqu'à la consommation du monde. .
Toutes trois sont pour elle et pour nous le sujet d'une grande joie, suivant ces paroles que l'Eglise chante : Votre nativité, Vierge mère de Dieu , a annoncé une grande joie à tout l'univers (1).
PREMIER POINT
Elle est née et prédestinée pour être éternellement bienheureuse ; l'Eglise applique à cette première naissance cesparoles: Le Seigneur m'apossédée au commencement de ses voies , avant qu'il créât aucune chose. J'ai été établie dès l'éternité et dès le commencement , avant que la terre eût été créée , etc.... (2).
Dès l'instant qu'il pensa à son Fils pour le faire
(i) Nativitas tua , Dei genitrix Virgo , gaudium annuntiavit universo mundo.
(a) Dominas possedit me in inilio wiarum suarum , aniequàm quidquam faceret à principio. Ah ceterno ordinata sum , et ex antiquis , etc. Prov. S , aa.
homme , il pensa à lui donner une mère , et cette mère préférée , dans les décrets de Dieu , à toutes les autres femmes , ce fut Marie. Elle entra dans l'ordre de ses décrets; pour elle en quelque manière, comme pour son Fils, il fit toutes les autres choses , et les subordonna à sa gloire. Elle était avec lui, et réglait toutes choses (1).
Nous autres, cependant, quelle place tenionsnous dans le cœur de Dieu? Dès lors, nous aimaitil comme des élus ? Nous discernait-il de la masse qu'il prévoyait déjà devoir se perdre? Nous ne saurions le dire : et quel sujet d'inquiétude à qui comprend ce que c'est que d'être prédestiné ou de ne l'être pas!
Donnons-nous au moins quelque autre assurance. La qualité de mère de Dieu assura la prédestination de Marie ; la qualité d'enfans de Dieu, que nous avons reçue au baptême , si peu de temps après notre naissance , n'assure pas tout-à-fait la nôtre : c'en est pour le moins un préjugé favorable et bien plus encore celle de religieux. Que faire donc (2)? Travailler à devenir purs et irrépréhensibles à ses yeux, n'épargner rien pour affermir notre vocation et notreélection parles bonnes œuvres (3). Qui sera digne de monter sur la sainte montagne? ... Celui qui a les mains innocentes et le cœur pur; qui fait de son ame l'usage prescrit par son créateur
(i) Cum eo eram cuncta componens , et delectahar per sinevUos dies. Ibid. v, 10.
(2) Satagite immaculati et inviolati ei inveniri. II. Petr. 3, 14.
(3) Satagite nt per bona opéra certam vestram vocationem et tlectioncm faciatis. Ibid. 1 , 10.
et qui ne fait point de faux sermenspour tromper son prochain (1).
A voir agir Marie sur la terre, sa vie, indépendamment de sa qualité , eût été un autre préjugé bien favorable de sa prédestination: mais pour nous, qu annonce notre conduite ? nous ne sommes pas , peut-être, de ceux dont parle saint Paul (2) : Il y a des gens dont les péchés sont connus avant le jugement qu'on en pourrait porter (3). . . . Sommes-nous de ceux du bonheur éternel de qui, à juger parleur conduite, on peut avoir quelque sorte d'assurance? Vie de Marie semblable à Jésus-Christ, signe infaillible de prédestination. La nôtre est-elle formée sur ce modèle ?
SECOND POINT
Naissance dans le temps Marie était toute
sainte, toute pure, et devait toujours l'être ; elle est née cependant sujette à toutes les disgrâces de la vie : la pauvreté, la peine , le travail , la mort. Le nom qu'on lui donne de Marie, c'est-à-dire de dame et de souveraine, n'est soutenu ni de l'éclat , ni du rang, ni des dignités mondaines ; point de palais, point de cour, point de suite ; le bonheur de la vie ne consiste donc point en cela ; il consiste dans ce que Dieu a donné à sa mère : et quoi ? une grau de sainteté, une haute vertu, de grandes grâces de grandes occasions de pratiquer le bien et de
(i) Quis ascendet in montent Domini?.... Innocens manibus et mundo corde , qui non accepit in vano onimam suam , nec juravit in dolo proximo suo. Ps. 23 , 3, 4-
(2) Quorumdam hominum peccata manifesta sunt , pvœccden- %ia ad judicium. 1. ïim. 5 , 24.
(3) Quos prœdestinavit , etc. Rom. 8, 3o.
beaucoup souffrir pour Dieu ; s'il y avait quelque chose de meilleur , un fils si puissant et si bon l'aurait infailliblement donné à sa mère ; et faute do cela , en effet , que sont devenus la plupart de ces grands rois qu'on nomme parmi ses ancêtres ? Par ces seuls avantages donc jugeons -nous heureux , ou, si nous en ajoutons quelque autre , que ce soit celui que nous honorons dans Marie, d'être nés pour le bonheur des autres. Car la naissance de Marie a encore eu ce privilège : elle naît sur la terre pour le bonheur des autres , en leur donnant un Sauveur.
Une personne vraiment vertueuse dans un cloître, ou même dans le monde, peut se regarder comme étant née pour le bonheur éternel des hommes , et contribuer à leur salut, en leur appliquant les mérites du Sauveur : mais qu'elle commence par se sanctifier elle-même ; sans cela, jamais elle ne sanctifiera les autres.
TROISIÈME POINT
Naissance dans le cœur des vrais fidèles. . . . Nonseulement elle veut naître , mais elle veut régner dans le cœur de tous ; elle veut nous servir de mère : elle en prend la qualité ; elle nous enfanta , pour ainsi dire, spécialement sur la croix (1) : Femme , 'oilà votre fils; et au disciple : Voilà votre mère ; mais long-temps avant elle l'avait désiré (2). Je
r) Mulier , ecce Filius tuus ; et ad Discipulum : ecce Mater lua. Joan. 19 , 16 , 27.
(2) Deliciœ meœ esse cum jHiis hominum... Nunc ergo,jilii,
nudité me : Beau qui custodiunt pias meas Beatus ho/no qui
audit me , et qui vigilat ad fores meas , et observât ad postes os~
fais mes délices d'être avec les enfans des hommes ; maintenant donc, mes enfans , écoutez-moi : Heureux ceux qui gardent mes voies î Heureux
l'homme qui m'écoute, qui veille tous les jours à l'entrée de ma maison , et qui se tient à ma porte. Celui qui m'aura trouvée, trouvera la vie, et puisera le salut dans le sein du Seigneur.
Dans ces paroles , remarquons en quoi consisle la solide dévotion à la sainte Vierge , et quels sont les avantages de cette solide dévotion.
Sa qualité.... écoutez-moi , gardez mes voies, écoutez mes instructions, soyez sages et ne les rejetez point. ... Il faut donc l'écouter et imiter sa vie , dont la sainteté donne de V éclat à toutes les Eglises (l).
Celui qui me trouvera , trouvera la vie ; il trouvera Jésus-Christ; il lui ressemblera. De là toutes sortes de biens nous viendront avec elle, et nous recevrons , par son crédit , des richesses innombrables (2). Que les gens simples , que les enfans viennent à moi (3) ; celui qui péchera contre moi , blessera son ame (4). Si nous l'avons trouvée , cette Vierge puissante , notre bonne et tendre mère , disons à tous , avec saint André , lorsqu'il s'attacha à Jésus-Christ : Nous avons trouvé le Messie (5) ; et avec saint Philippe : Venez et voyez. En adorant
tii mei ; qui me irwenerit , inveniet vitam , et hauriet saliOem à Domino. Prov. S, 3i, 32, 34, 35.
(î) Cujus vita inclfta cunctas illustrât Ecclesias.
(2) Venerunt mihi omnia bona pariter cum illâ et innumerabilis honeslas per nuuuis illius. Sap. 7, 11.
(3) Si quis est panmhis , veniat ad me... Prov. 9, 4-
(4) Qui in me peccaverit , lœdet animam suam. Ibid. c. S, v. 36.
(5) Invenimus Messiam. Joau. 1 , 4i-
fU8 MÉDITATIONS
Jésus-Christ, rendons nos hommages à Marie , de qui Jésus-Christ a pris son corps (1).
Pour le jour de la Présentation de la sainte
Vierye.
La manière parfaite de nous présenter aujourd'hui à Notre -Seigneur , dans la communion , nous est enseignée dans la présentation de la sainte Vierge au temple. Elle se présenta , s'offrit à Dieu ,