TROISIÈME PARTIE
offrait tous les jours de ces affreux exemples d'un ami comblé de bienfaits, et qui devient l'accusateur , le délateur, et l'instrument de la perte de son ami ?
Mais combien Jésus -Christ dut-il être sensible à cet outrage ?
Il le déclare par la bouche de son prophète , au psaume 54. Si c'était , dit-il , un ennemi qui m'eût calomnié, je ne m'en plaindrais pas ; ou s'il m'avait fait une guerre ouverte et déclarée , j'eusse pu me dérober à ses coups ; mais que ce soit vous , vous qui paraissiez dans mes intérêts, vous un des ministres de mon Eglise , vous qui demeuriez sous le même toit et qui mangiez tous les jours avec moi ; àh ! c'est ce qui me perce le cœur, et ce qui est véritablement accablant et insupportable.
D'ailleurs, rien n'était si flatteur pour les Juifs , que de voir non-seulement Jésus-Christ dans leurs mains, mais de l'y voir par le ministère d'un de ses apôtres : c'était de quoi le faire passer pour un mauvais maître, pour un imposteur, de qui ses propres disciples , ayant reconnu l'artifice , étaient les premiers à demander justice. Combien Jésus-Christ devait-il sentir cet affront î
Cependant, trahi de la sorte, et avant que le perfide accomplît son mauvais dessein, et ne pouvant pas l'ignorer , comment Jésus-Christ se comportet-il à son égard ?
1.° Entre lui et ses autres disciples, il ne mit aucune distinction capable de le déshonorer. Il le reçut à sa table , peu d'heures avant que le traître dût le livrer ; il lui lava les pieds ; il lui donna
son corps et son sang en nourriture , comme aux autres.
2.* Il lui fit comprendre qu'il était instruit de tout ce qui se tramait ; et , afin que Judas ne crût point qu'on le soupçonnât sur de légères conjectures, Jésus-Christ lui dit ouvertement : Oui, c'est vous qui voulez me trahir.
3.° Au temps même qu'il lui donnait le baiser de traître , Jésus-Christ ne le reçut point avec dureté ; il le traita même d'ami , pour lui faire reconnaître sa faute. Mon ami, qtiétes-vous venu faire ici (1) ï
4.° Il le fit tomber à la renverse , comme les soldats et les valets qui venaient pour le prendre comme pourvoir encore si la crainte, peut-être, ne ferait rien de plus que l'amour et la reconnaissance.
Instruisons-nous sur cet exemple, et à l'égard de Jésus-Christ, et par rapport à nos amis.
Pour Jésus-Christ, épargnons -lui la nouvelle peine de voir en nous des traîtres et des perfides ; défions-nous de toutes les passions qui pourraient nous conduire à ces noires extrémités. Il n'en est point de si faible en sa naissance, qui, dans un mauvais jour , ne puisse nous mener jusque là : une bonne vocation d'abord , et une grande attache à Jésus-Christ pendant quelque temps, n'y font souvent rien.
Assez malheureux pour avoir contre Jésus-Christ des desseins de guerre, n'ajoutons jamais l'audace, le sacrilège, et l'impiété, à l'état du crime. Le démon entre avec le corps de Jésus -Christ dans IV
(1) Amice , ad quid venisti ? Mal th. 2r\ 5o.