‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 28 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

me de celui qui communie indignement (l). Possédé de ce mauvais esprit, on n a plus d'égard h rien.

Par rapport à nos amis.

l.° Ne comptons jamais trop sur aucun. L'homme est traître et méchant ; on n'est haï de personne plus que de ceux de qui Ton a été quelquefois le plus tendrement aimé. La passion même, qui ne garde aucune mesure dans l'amitié , n'en sait pas garder davantage dans les haines. Ne leur confions rien que nous puissions jamais nous repentir de leur avoir confié.

Vivons avec eux comme s'ils devaient un jouidevenir nos plus grands ennemis. Cela ne veut pas dire soyons soupçonneux , cachons-nous, usons de feinte et de déguisement avec eux ^ cela veut dire tâchons d'avoir un cœur si droit , des sentimens si purs, une conduite si édifiante , que nous ne craignions point de nous faire connaître tels que nous sommes. Judas, tout enragé qu'il était, n'eut rien à témoigner contre Jésus-Christ : au contraire , revenu de sa passion , il fut le premier à reconnaître qu'il était un homme juste et sans reproche, et que c'était par pure avarice qu'il l'avait livré.

2.° Ne soyons jamais surpris de nous voir traversés et trahis par ceux qui devraient le plus nous aider ; cela fut de tout temps : saint Paul s'en plaignit plus d'une fois : entre les autres dangers où il fut exposé, il marque celui-ci : Dangers de la part des faux frères (2).

Enfin, dans ces occasions, traitons nos amis , de-

(i) Iniroivit in eum Sutanas- Joaii. i'S, 27, (2) Periculis in falsis framhus Cor. n} 26.

venus nus ennemis , de la manière la plus propre aies rappeler , s'ils sont capables de retour. Tous ne sont pas , peut-être , aussi endurcis que Judas ; ne les abandonnons que quand Dieu les aura abandonnés. Jamais de notre part rien qui ressente la colère ni la vengeance ; tout au plus des reproches d'amitié Quoi! Judas, tous trahissez h Fils de l'homme par un baiser (1 1 /

SECOND POINT

Ce que Jésus - Christ souffrit de ses amis faibles et inconstat) s.

l.° A peine fut-il au pouvoir des Juifs, que tous ses apôtres prirent la fuite. Sont-ce là ces hommes qui, un moment auparavant, juraient qu'ils ne l'abandonneraient point, fallût-il mourir avec lui ? Si quelques - uns le suivirent depuis , ce ne fut guère que par la curiosité de voir ce que tout cela deviendrait (2).

2° Celui qui avait fait les plus grands sermens de lui être fidèle , Pierre , fut celui qui ne se contenta pas de le méconnaître , mais qui assura jusqu'à trois fois qu'il n'avait jamais eu de liaison avec lui, et qu'il ne prenait aucune part à ce qui le regardait. Hélas ! notre attachement pour Jésus - Christ est-il beaucoup plus constant? Faut-il le danger de la prison et des mauvais traitemens pour nous éloigner de lui ?

Depuis quelques jours , nous lui protestons une fidélité inviolable ; combien cela durera-t-il ? Celui qui promet le plus , n'est -il pas celui qui tiendra i«

(i) Judo. , osculc Filiuin homims tradis ! Luc. 11, 48. (a) Ut videra finem. Matth. 26, 58.

moins ? Quelqu'un viendra nous surprendre ; on nous demandera pourquoi cette grande réforme , et nous n'oserons pas avouer qu'en effet nous sommes tout à Jésus - Christ , ou que nous voulons y être. Ce sera auprès du feu , dans une conversation oisive, dans une promenade enjouée , que nous commencerons à nous relâcher. 11 faudra peut être soutenir une première avance , par des renoncemens formels à nos promesses faites a Jésus-Christ.

Combien le Sauveur dut sentir ce délaissement ei celui de ses premiers disciples ! Nous en pouvons juger par ce que nous sentons dans de pareilles circonstances, quand l'intérêt, la crainte, fait changer ceux qui nous avaient paru les plus affectionnés (1).

l.° Que notre propre inconstance envers Dieu nous apprenne donc , du moins , ce que nous devons attendre nous - mêmes de tous ces beaux sermens qu'on nous fait d'un dévouement éternel. Il est peut-être peu d'amis perfides et traîtres ; il en est moins encore qui ne soient pas changeans. Un nouveau venu les attache; un léger mécontentement les refroidit ; il faut tenir pour eux, envers et contre tous , et souvent contre la justice et le devoir, pour qu'ils nous croient de leurs amis.

2.° N'aimer donc personne , ne s'attacher à personne que pour Dieu et selon Dieu. La douceur d'un commerce de pure amitié n'a guère que des retours amers.

Mais par rapport à Dieu et aux intérêts de Dieu , faire tout ce qui dépend de nous pour conserver ou pour rappeler nos amis ; ne pas craindre de faire

(i) Amici mei et proximi mei... et qui juxtk me erant , de longé sieteru/it. Pa. '6- n. ru.

les premières démarches (1). Quand ils reviendront,

soyons toujours prêts à les bien recevoir, comme s'il ne s'était rien passé. Nous ne voyons pas que Jésus- Christ, après sa résurrection , ait fait aucun reproche à ses disciples , de leur lâcheté. Si nos amis en Jésus-Christ s'oublient quelquefois, plaignons-nous de ce qu'ils sont hommes , et ne nous plaignons pas de ce qu'ils sont légers et inconstans ; honorons-les comme auparavant. Pierre , qui avait plus offensé Jésus-Christ, n'en devint pas moins le premier pasteur de son Eglise (2). Mettons bien de la différence entre un ami perfide et un ami lâche et timide. Jésus-Christ ne nous reçoit-il pas autant de fois que nous revenons bien touchés ? Mais, encore une fois, n'aimons que pour Dieu et selon Dieu, des gens qui d'eux-mêmes ne sont guère aimables avec si peu de constance et de fidélité.

TROISIÈME POINT

Ce que Jésus-Christ souffrit de ses amis constans, ou de ceux qui revinrent à lui avant su mort.

Nous parlons ici de sa sainte mère et de ces vertueuses dames qui l'avaient accompagné pendant le cours de sa prédication , et qui le suivirent dans les rues de Jérusalem et jusque sur le Calvaire. Nous parlons du disciple bien-aimé , qui s'étant un peu rassuré , se trouva au pied de la croix.

Jésus-Christ eut sans doute bien de la consolation de leur courage , et de voir que l'état où il était réduit, ne fut pas pour eux un sujet de scandale. Mais quelle douleur n'eut-il pas de la désolation où il les

(ï) Dominus respexit Petrum. Lue. 22,61. (2) Pasce agnos , imsce ovis. Joan. i\, i5.

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