‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 29 sur 116 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

laissait, sans qu'il fût en son pouvoir de leur accorder ce qu'ils eussent désiré , de descendre de la croix , et de ne point mourir ! Dans cet état donc , que fit-il t II s'oublia lui-même pour penser à eux ; il donna sa mère à saint Jean , et saint Jean à sa mère. Il consola les autres par ses apparitions après sa résurrection. Mais il tint ferme à ne rien accorder à leurs vœux , contre la volonté de son Père.

De même , plaignons des amis qui souffrent à notre occasion, leur générosité le mérite ; sachonsleur gré de l'intérêt qu'ils prennent à nos chagrins , à nos disgrâces. Ils pouvaient faire comme tant d'autres , nous laisser à nous-mêmes, et ne s'occuper que de leurs propres maux.

Mais que jamais ni la prétendue reconnaissance , ni une compassion mal entendue , ne nous fasse oublier en rien ce que nous devons à Dieu , à notre ame , et aux besoins du prochain.

De vrais amis , des amis constans sont souvent une tentation plus dangereuse que des amis perfides ou légers. Ceux-ci nous apprennent , par leur conduite , à mépriser le monde ; ceux-là nous y attachent et nous le rendent aimable par leurs bonnes qualités : un conseil imparfait de leur part est bien difficile à ne pas suivre.

Ce sont de tels amis dont un saint religieux (1) fit le sacrifice à Dieu. Mais , mes amis , disait - il , ils m'aiment , je /es aime ; vous le voyez, Seigneur, et je le sens. Mon Dieu, seul bon , seul aimable , fautil vous les sacrifier ? Oui , puisque vous me voulez tout à vous , je le ferai ce sacrifice, qui me coûtera plus cher que le premier que je vous fis en quiltart

(i) Le P. de la Colombière.

186 RETRAITE DE TRENTE JOl'RS.

le monde. Je le fais donc ce sacrifice , et je le fais de bon cœur. Agréez-le , mon Sauveur ; mais en échange soyez leur ami. Comme vous voulez me tenir leur place , soyez leur ami à ma place. Je vous ferai ressouvenir d'eux , tous les jours de ma vie , et de ce que vous leur devez pour leur tenir lieu de moi. Heureux s'ils profitent de cet avantage! Je vous importunerai tant , que je vous engagerai à leur faire connaître et estimer ce qu'ils gagnent dans vous, ce qu'ils y trouvent en me perdant.

Si nous avons peine à aller jusque là , plus d'amis , au moins , qui ne soient amis de Jésus Christ. Constance Chlore , père du grand Constantin , ne voulut garder parmi ses officiers , qui que ce fut qu'il crût capable de renoncer à Jésus - Christ et à sa religion. N'ayons point pour amis , ceux qui ne se font point scrupule d'être infidèles à Dieu ; ils nous traiteraient bientôt de même ; ou plutôt , ne les ayons point pour amis , parce que bientôt ils nous rendraient semblables à eux. Amis de Jésus- Christ , de dessus sa croix il pensera à nous : du trône de sa justice , il nous traitera en amis. C'est assez de quoi nous dédommager de tous les autres. Le petit mot de sainte Thérèse qu'on ne peut trop répéter : Je ne crains pas de mourir ; j'aurai pour juge celui que j'ai uniquement aimé.

Page 1