TROISIÈME PARTIE
gne qu'un chrétien estimât ce que son Dieu avait méprisé pour lui-même.
De laces saintes ardeurs , que jamais ne goûtera la nature , d'être bien aises même d'être réputés fous et criminels , sans y donner pourtant occasion, non plus que Jésus-Christ.
Dieu secondait leurs pieux désirs, et il en est peu qui n'aient éprouvé quelque horrible calomnie. Ils attendaient que Dieu , s'il le jugeait à propos , détrompât le monde , et les justifiât, pendant qu'eux, à l'exemple de Jésus-Christ, ils se taisaient.
Nous n'aurons point le courage , peut-être , d'aller jamais jusque là.
Travaillons donc , mais que cène soit jamais à dessein de nous faire de la réputation. Que ce désir au moins ne nous fasse jamais oublier aucun de nos devoirs envers Dieu , envers le prochain , et envers nous - mêmes. Que peut-on penser , par exemple , d'un jeune prêtre, ecclésiastique ou religieux, qui, se disposant à la prédication , préfère le style brillant ou poli et agréable , au solide et à l'utile ? Et qu'on prenne garde de bonne heure combien cette sorte de faute est ordinairement irréparable. Avec un peu plus d'âge et de piété , on peut condamner ea conduite passée et s'en repentir devant Dieu ; mais quand le travail est fini , est-on en état de le recommencer ? En a-t-on le temps ou le courage ? On dit donc toute la vie ce que l'on a composé quand on travaillait pour la vanité î Sur qui tombent ces malédictions du prophète Ezéchiel : Mal heur à ces prophètes insensés qui ne prêchent à mon peuple que des choses vaines et frivoles , et qui le trompent par des prophéties remplies de menson~
i ël RETRAll'Ë Iil TfeÊil l'i- JOURS.
ges ! J'appesantirai ma main sur ces faux prophètes et je les écraserai (1). Foudroyantes paroles ! Méditons-les bien, et ne les oublions jamais.
Nous convenons tous qu'un homme qui fait profession de guérir les malades , est obligé non-seulement de donner des remèdes probables , mais de donner même les remèdes qu'il croit les plus sûrs et les meilleurs. Et pourquoi le prédicateur ne sera-t-il pas obligé de dire non - seulement ce qu'il connait d'utile , mais ce qu'il connaît de plus utile et de plus propre à instruire , à toucher , à convertir, dût-il prêcher avec moins d'éclat? On répondra , peut-être , que celui qui n'est point pasteur ni prédicateur d'office , n'est pas obligé à tant de précautions. Mais puisque , dans cet exercice , il tient la place de ceux qui sont pasteurs d'office, des évèques , des curés , n'entre-t-il pas dans toutes leurs obligations , et ne s'en reposent -ils pas sur lui ? Comment donc ce qui serait une faute dans eux , peut-il être justifié dans lui?
Quelle prévarication serait-ce , encore , de ceux qui enseignent les hautes sciences dans des séminaires ou dans des écoles publiques , s'ils travaillaient à se faire la réputation de gens d'esprit , au lieu de songer principalement à former de bons ecclésiastiques et de bons ouvriers pour la ville et pour la campagne , qui , bien instruits de la vraie science de la religion, la pussent ensuite enseigner au plus simple peuple ! Leur apprendre donc des choses de nul usage et au-dessus de leur état , ou peut-être leur donner le goût de la nouveauté, quel compte à rendre î
(t) f'œ Prophetis insipientibus ! etc. Ezeeh. :3, 3.