‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 33 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Concluons. Jamais donc de réputation que par les voies légitimes , honnêtes et religieuses. S'il plaît à Dieu de nous humilier, recevons avec action de grâces un remède amer , mais souverainement nécessaire pour nous faire mépriser le monde et nous mépriser nous-mêmes.

Prions-le même de ne nous donner de réputation que ce qu'il nous juge capables d'en soutenir. Une grande réputation est , pour le moins , un grand iardeau , et toujours un grand piège. Les plus belles années de la vie se passent à l'acquérir. Est-elle acquise? On veut la soutenir jusqu'à la fin. Si l'on réussit constamment , on oublie quelquefois les bienséances de son état ; on veut se distinguer en tout, comme on l'est par son mérite.

Ne jugeons personne ; mais est-il beaucoup de ces hommes à grandes réputations dont l'état , à la mort , doive paraître bien digne d'envie ? Un homme de bien étant allé voir un très-grand prédicateur, au temps de ses plus grands succès , au lieu des eomplimens qu'on lui faisait de toutes parts , lui dit : Mon cher confrère, si Dieu veut vous sauver , attendez - vous un jour à de grandes humiliations ; car, jusqu'ici je vois en vous peu de marques de prédestination.

On ne saurait imaginer une réputation plus répandue que celle de Jésus-Christ, ni perdue ensuite plus universellement.

Où n'était-il pas connu, estimé, admiré, révéré ivanl sa passion?

A Jérusalem , où l'on avait vu marcher le para-

Retraite splrit. Jl, 9

h tique de trente-huit ans , l'aveugle-né éclairé subitement, Lazare ressuscité après avoir été quatre jours dans le sépulcre, sans que les artifices de ses ennemis eussent pu obscurcir ces éclatans miracles.

Dans la Judée, dont tous les bourgs, les villages, et les grands chemins étaient marqués , pour ainsi dire, par quelques-uns de ses miracles.

Dans la Galilée , où il avait ressuscité le jeune homme de Naïm , apaisé plusieurs fois les tempêtes , fait des pêches miraculeuses , nourri quatre à cinq mille hommes avec cinq ou sept pains multipliés.

Dans la Samarie, où, après avoir cru en lui, sur la parole dmie femme, on disait ensuite : ^ Nous croyons en lui maintenant, parce que nous l'avons vu et entendu nous-mêmes.

Dans les provinces de Tyr et de Sidon , d'où les malades venaient en foule chercher des remèdes à leurs maux divers, et s'en retournaient guéris (I).

Jusque dans la Syrie, où le roi Agabare, au rapport d'Eusèbe, sur les anciennes traditions, fit venir

son image. ,

De là ces cris d'applaudissement partout ou il arrivait ; de là que plus d'une fois on voulut le faire roi. De là cette entrée solennelle qu'on lui prépara sur le chemin de Béihanie à Jérusalem, après la résurrection de Lazare.

Sa condamnation et sa mort arrivée à Jérusalem même, durant la Pàque et la veille du Sabbat de Pàque, jour le plus solennel de l'année, dans un temps ou, comme à la Pentecôte, se trouvaient ras-

(t) Multitude plebis... TyrietSidcnis. Luc. 6, x>

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