‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 35 sur 116 · TROISIEME PARTIS. J · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIS. J

TROISIÈME POOT.

On ne peut voir, enfin, une réputation mieux [on* dêe, ni perdue d'une manière plus séduisante .

Mieux fondée. C'étaient presque tous gens qui croyaient pour avoir vu et entendu. L'un se montrait lui-même ; il m'a guéri. L'autre montrait uu enfant qu'il lui avait ressuscité. Celui-ci disait : J'ai mangé de ce pain multiplié. Celui-là : sur mer il m'a délivré du naufrage.

C'étaient des gens qui disaient du bien , n'ayant jamais vu de mal, ni rien entendu dire de désavantageux qu'à ceux dont il combattait les vices , ou dont il mettait les intérêts en danger. En effet, qu'il n'y eût eu que les pharisiens et les prêtres à le persécuter, sa réputation en aurait peu souffert ; c'est qu'il les condamnait.

Mais, outre ces tribunaux, il fut condamné encore a celui d'Hérode, où l'on pouvait croire que des gens d'esprit et de discernement ne s'étaient pas laissé surprendre en le traitant de fou, d'insensé

A celui de Pilate, qui avait, pouvait-on dire tâché diverses fois de l'absoudre , mais qui en était pourtant revenu à l'avis commun.

A celui de la multitude, qui semblait se dédire des applaudissemens qu'elle avait donnés jusqu'alors à sa vie et à ses miracles (1).

A celui , en quelque sorte , de ses propres disciples ; 1 un le trahissant, l'autre le reniant ; tous prenant la fuite.

A celui de ses amis , ou qui ne parurent point au

(I) Crucifige J crucifiée. Lue. 2 3, à t.

conseil, quoiqu'ils fussent à Jérusalem, ou qui n'osèrent entreprendre de le défendre.

Qu'il fallait être éclairé et exempt de passion , pour ne pas se laisser entraîner à la foule de tant de témoins de toute espèce, qui Pavaient jugé digne de mort !

Nous ne condamnons pas Jésus-Christ ; tout ce que Ton dirait pour nous séduire, ne nous ferait pas perdre la foi, ni l'estime que nous avons de sa personne, il faut le supposer.

Mais pour sa doctrine et ses exemples , cependant, quelle estime en faisons-nous? ftousles réduisons à rien , à presque rien. Nous interprétons au gré de l'amour-propre. Nous trouvons toujours des" exceptions et des prescriptions contre ce qui nous gène trop. S'il est toujours Dieu dans notre esprit, l'est-il dans notre cœur (1)? Ah î s'il Tétait, sur le mépris même de la réputation , dont nous méditons ici les maximes , aurions-nous tant de peine à prendre bien notre parti ?

11 était Dieu dans le cœur des apôtres, quand ils disaient : On nous maudit, et nous bénissons (2) ; on nous persécute , et nous l'en durons ; on nous charge d'imprécations , et nous n'y répondons que par des prières.

Et que nous importe ce que les hommes pensent de nous, pourvu qu'au Ciel et au jugement des anges nous ayons une réputation saine et entière? On ne juge là haut que ce qui est. Le jour des manifes tations arrivera ; que deviendront toutes ces réputations d'ici-bas, si ménagées? Seigneur, ceux qui

(î) Durit in corde suo , non est Deus. Vs. i3.

{%) Maledicimur , et benedicimus t. Cor. 4 > "

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