‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 36 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

me louent tandis que vous me blâmez, me. sauveront-ils du feu de l'enfer, quand vous m'y condamnerez (])?

Du sacrifice que fit Jésus -Christ de son honneur dans sa passion.

La perte de l'honneur suit naturellement celle de la réputation ; mais on méprise positivement celui qui, après avoir eu une grande réputation, a mérité, ou que l'on suppose avoir mérité de la perdre.

On eut tort, sans doute, à l'égard de Jésus-Christ; mais enfin, il est certain que jamais personne ne fut traité d'une manière plus humiliante , plus méprisante, plus ignomineuse, et plus indigne.

l.° Il était le Roi des rois (2) ; il fut traité comme le dernier des hommes.

2.° 11 était le Sage des sages, pour ainsi parler ; disons mieux, il était la sagesse même (3) ; il fut traité comme un insensé, comme un fou déclaré.

3.° Il était le Saint des saints (4) ; il fut traité comme un voleur infâme.

PREMIER POINT

Le Roi des rois traité coînme un vil esclave. Ce fut chez Caïphe.

Souvenons-nous de cette nuit, plus épaisse encore par les ténèbres qui enveloppaient les Juifs , que

(t) Qui me laudant vitupérante le, numauid me salvabunt cou* demnante te ?S. Aug.

(a) Rexregum. Apoc 17, 14. — (3, Ego Sapientia. Prov. 8, ia. (4) Sanctus sanctorum. Dau. 9, 24.

par ses propres obscurités- Longue et triste nuit , où Jésus-Christ traîné au tribunal du grand -prêtre Caïphe, reçut d'abord un soufflet pour une réponse pleine de respect et de sagesse ; où à la seule déclaration qu'il fit qu'il était le Fils de Dieu, tout d'une voix il fut jugé digne de mort, sans qu'on eût éo-ard aux preuves que ses grands et continuels miracles en avaient données ?

Aussitôt une troupe insolente de valets et de soldats, croyant faire plaisir à leurs maîtres, et rendre gloire à Dieu, commencèrent à le traiter de la manière la plus insultante et la plus cruelle.

Les uns lui crachèrent au visage , les autres lui bandèrent les yeux. Ceux-ci lui donnèrent des coups de poing , ceux-là des soufflets. Quelquesuns , ajoutant l'insulte aux coups , lui disaient par dérision : Christ, Prophète, devine maintenant qui t'a frappé.

Imaginons-nous un roi qu'on aurait fait prisonnier dans une bataille , et qu'un tyran victorieux abandonnerait à la populace , dans la plus grande place de sa capitale : Faites-lui tout ce que vous voudrez, mais ne lui ôtez pas la vie; je le réserve à un grand supplice; comment serait-il traité ? Cornme le fut Jésus-Christ ; ou plutôt , Jésus- Christ fut traité comme ce malheureux prince le serait.

Prosternés humblement aux pieds de Jésus- Christ , adorons-le cependant , et réparons l'injustice qu'on lui fait de douter qu'il soit le Fils unique et étemel de Dieu ; mais interrogeons -le et écoutons-le.

Qui vous a pu réduire en cet état , ô le plus beau des enfans des hommes ! objet unique de la ten-

dresse du Père céleste ? Est-ce là ce visage adorable qui fait la béatitude des anges du Ciel ? Ne voyezvous plus ce qui se passe, depuis que l'on vous a fermé les yeux? N'avez-vous plus d'oreilles pour entendre ces exécrables blasphèmes? Votre puissance est-elle liée , comme le sont vos mains sacrées ?

Homme , vous-même sans connaissance et sans jugement, c'est vous, autant ou plus que les Juifs , qui m'avez mis en cet état.

Vous avez osé dire : Je puis pécher en assurance, et le Seigneur ne me regarde pas. Il a les mains liées; il ne peut me faire de mal , quand il le voudrait ; sa miséricorde l'en empêche. J'ai entendu tous les blasphèmes qui se sont formés dans votre cœur, vous m'avez traité de Dieu faible et impuissant, vous avez été hardi jusqu'à m'insulter.

Je suis ici à réparer les injures que vous avez faites à Dieu mon Père, en défigurant indignement son image. En quel état avez-vous réduit votre ame ? Vous n'avez plus aucun trait qui lui ressemble. Tout défiguré que je suis , il me reconnaît mieux encore qu'il ne vous reconnaît.

Apprenez du moins aujourd'hui, par mon exemple, ce qu'il faut devenir pour réparer cette faute. Plus d'ambition, plus de vaines espérances, plus de ressentimens. Laissez les hommes vous insulter ; ne vous en plaignez pas ; vous ne l'avez que trop mérité ; ne les en accusez pas : c'est moi qui me rends justice et qui vous la rends. Je cesserai de souffrir, dés que vous aimerez l'humiliation et la souffrance. Hors de là, je souffrirai plus de votre in crédulité que du mauvais traitement des Juifs. S'il

me connaissaient , ils ne me traiteraient pas de la sorte. Vous me connaissez, mais ce n'est que dans Tétat de ma gloire; mes humiliations vous offensent et vous scandalisent.— Je m'en souviendrai, o mon Dieu ! je ne l'oublierai jamais , et mon ame , pénétrée de douleur et de reconnaissance, se desséchera au dedans d'elle-même (1).

Mais, gravez vous-même votre image dans mon cœur, et que rien ne puisse jamais l'en effacer ; pourrais-je me livrer à la vaine joie , ayant dans L'esprit un spectacle si douloureux ?

SECOND POIXT.

La Sagesse même, le Sage des sages traité comme un fou et un insensé. Ce fut chez Hérode.

Hérode était roi de la Galilée ; on lui envoya Jésus , comme étant de sa juridiction. Il pouvait mieux juger qu'aucun autre , si véritablement Jésus avait soulevé les peuples de sa province.

Quelle joie pour un prince curieux, de voir cet homme si renommé, qui faisait tant de miracles ; de pouvoir l'interroger à son aise, d'apprendre de lui les secrets mystérieux de son pouvoir, pour mériter sa délivrance ! Jésus ne dit pas la moindre parole, et ne fait aucun miracle. C'est donc un insensé, un fou. Le prince et ses courtisans l'ont prononcé. On le couvre, par dérision, d'une robe blanche, et, dans cet état, on le renvoie à ses premiers juges.

1 1) Mt moviâ menor ero m et tabescet in me anima mea. Thr. 3,2g,

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