TROISIÈME PARTIE
Puisque j'ai commencé, je parlerai encore une fois a mon Seigneur et à mon Dieu.
Pourquoi, mon Sauveur, gardez- vous le silence P Pourquoi ne pas justifier tous vos autres miracles , par un ou deux que vous pourriez faire ici ? Recon nu d'iïérode pour un vrai prophète, qui osera con tredire le sentiment de toute sa cour ? Vos ennemis sortiront confus , le peuple reprendra son ancienne estime. Hérode écoutait Jean-Baptiste , et il faisait beaucoup de choses par ses conseils. Il s'est repenti de l'avoir fait mourir ; s'il peut vous connaître , pourra-t-il vous refuser rien ?
Apprenez de moi que la sagesse du monde n'est que folie devant Dieu , et que , pour être vraiment sage à ses yeux , il faut être réputé fou de la plus grande partie du monde , et surtout des gens distingués selon le siècle.
Ils sont curieux, et il ne faut s'informer de rien ; ils sont grands parleurs, et il faut se taire ; ils interrogent pour disputer, pour se fortifier dans leurs doutes, et il ne faut interroger ni vouloir apprendre, que pour bien faire et pour devenir meilleur. C'est ma gloire d'être méprisé d'eux, et ce doit être la vôtre. Vous deviendriez ce qu'ils sont, si vous veniez à vous entêter de leur estime. Gela n'est que trop vrai, ô mon Dieu ! Le commerce des sages du monde ( et il y a des sages du monde en religion comme ailleurs) , leur commerce a pensé me perdre ; j'ai été jaloux de leurs louanges et de leur approbation. Je ne leur ai point inspiré votre esprit ; ils m'ont inspiré le leur. J'ai appris leur langage ; je me suis conduit par leurs maximes, je suis devenu insensé en voulant paraître sage.
Je cherchais la sagesse ; j'ai dit : Où est-elle (1) ? Le monde se vante de l'avoir ; il se trompe : elle ne se trouve point dans les terres de ceux qui vivent délicieusement (2). Ceux qui se perdent dans leurs propres pensées, et qui, ignorant ce qui se passe autour d'eux , veulent entendre ce qui est au-dessus , ne la trouvent pas davantage. Elle est cachée sous cette robe blanche, par laquelle on croit vous déshonorer. C'estsousce voile mystérieux qu'il faut se cacher pour devenir sage. Je m'y cacherai avec vous, Sagesse éternelle ; j'y prendrai des leçons de vous. Heureux les pauvres d'esprit ! heureux ceux que le monde méprise !
TROISIEME P0I3T
Le Saint des saints traité comme un toicur infâme. Ce fut chez Pilate.
Jésus-Christ étant revenu àsonpremier juge, Pilate , pour tâcher de le délivrer ,
1 .° Le met en parallèle avec Barabbas : c'était un insigne voleur et un séditieux, coupable d'un meurtre. N'importe , on n'hésite point ; tout d'une voix ce méchant homme est préféré à Jésus-Christ (3).
2.° Ne pouvant apaiser le peuple , Pilate ordonne que Jésus-Christ soit crucifié entre deux voleurs; le Saint des saints entre deux scélérats , comme le plus coupable des trois (4) !
J'en suis indigné, ô mon Dieu ! Mais, hélas ! cette
(i) SapuntLu ubi invenitur ? Job. 28, 12.
(2; Nec imenitur in terra suaviter viventium. Ibid. 28, i3.
(3) Xon hune , sed Barabbam. Joan.. 18, 4o.
(4] Et cum sceltratis nvutatus est. Isaiff". 33, 12.