TROISIÈME PARTIE
PREMIER POI3T
La Flagellation.
Nous ne parlons point de l'infamie de ce supplice. L'innocence et la pudeur même , exposée aux yeux et aux insolentes réflexions d'une populace licencieuse.
Je ne sais si le Sauveur fut plus sensible à aucun autre tourment ; un cœur chaste détourne les yeux et frémit. Pour la rigueur de la flagellation , si Ton n'en sait rien de particulier, elle est du moins facile à conjecturer.
1 .° Pilate , en faisant flageller Jésus-Christ , espérait apaiser la fureur du peuple (1). Une médiocre punition ne suffisait pas pour cela.
2,° Les ennemis de Jésus-Christ étaient ardens à animer ceux qui pouvaient lui faire du mal ; le peuple , à demander sa mort ; les soldats , à ne l'épargner qu'autant qu'il fallait pour qu'il ne mourût pas dans ce premier tourment.
3.° Le nombre des coups ne fut pas fixé à trenteneuf, selon la loi juive ; ce fut le magistrat romain qui fit flageller Jésus-Christ. Or , la loi romaine abandonnait le nombre des coups à la discrétion du magistrat ; et l'histoire sacrée et profane rapporte que plusieurs mouraient dans ce genre de supplice.
■4.°L'Eglise applique à Jésus-Christ, dans ce mystère , la oarole du Prophète , et on ne peut l'appliquer qu'a lui seul.
Nous l'avons vu et nous n'avons pu le reconnaître. 11 nous a paru comme un lépreux à qui les chairs
il) Volens populo satisfacere. Marc. i5, i5.
tombent par pièces ; tout son corps n'était qu'une grande plaie (1).
5°. Les saints qui prétendaient être éclairés de Jésus -Christ même , font monter plus loin qu'on n'oserait le dire , le nombre des coups qu'il reçut.
C'étaient des saints, et leurs lumières valent bien, pour le moins , les conjectures des incrédules et de ceux qui craignent d'avoir trop d'obligation à Jésus-Christ. Approchons en esprit de cette colonne fatale , devenue sacrée par le supplice de notre maître ; voyons nous-mêmes si nous pourrons le reconnaître. Son visage est défiguré ; il n'y reste aucune marque de son ancienne beauté ; nous l'avons vu cet homme de douleurs, frappé de la main de Dieu et accablé sous le poids de la plus humiliante i°nominie; nous l'avons vu, et nous n'avons pu le reconnaître (2).
Si les coups nous permettent de l'entendre, écoutons-le ; mais il garde le silence (S). Il n'y a que son cœur qui parle (4). Frappez , mon Père , frappez ; contentez-vous et ne m'épargnez pas ; mais pardonnez aux hommes. Hommes mes frères , et les enfans de ma douleur , aimez - moi , et ne m'offensez plus.
Recueillons les ruisseaux de son sang précieux ; offrons-les à Dieu pour nos iniquités ; appliquonsles à toutes nos maladies , à tous nos différens be-
(i) Is. 53, 4.
(2) Non est species ei , neque décor, et vidimus enm .. et des:diravimas mm.... virum dolorum et scierdem injinmîatem.... verisussutn à Deo , et humiliatum. Is. 53, 2. >, \.
! Oblatus est et non aperuil os sir- m. Is. 53, 7.
U) E£o in flagella paratus sum. Ps. 3;, 18.