TROISIÈME PARTIE
tiers ; assez souvent on a accumulé ses dettes , et c'est presque tout
Nous voulons vivre, disons-nous, pour faire pénitence. La meilleure pénitence et la plus agréable à Dieu, pour le mauvais usage de notre vie passée , c'est de lui sacrifier de bon cœur la passion que nous avons de vivre pour devenir plus parfaits. Celui qui désire de vivre pour devenir plus parfait , qu'il désire de mourir, et déjà il est parfait , dit saint Augustin (1). Nous voulons vivre pour glorifier Dieu ; mais Dieu n'a pas besoin de nous pour procurer sa gloire.
Il est mort des saints à toutes sortes d'âge ; il en est mort de mort subite et affreuse. Un des saints Stylites fut frappé de la foudre sur sa colonne.
Conservez-moi dans votre grâce , ô mon Dieu ! ou remettez-moi dans votre grâce, si j'étais assez malheureux pour l'avoir perdue ; c'est tout ce que vous m'ordonnez de vous demander , c'est tout ce que je vous demande ; je vous abandonne le reste.
2.° Jésus-Christ quitte les biens de la vie. Il n'avait presque rien ; mais combien de gens, de religieux et de religieuses, tiennent autant au peu qu'ils ont, à un petit emploi, à de petits meubles , à une demeure, à un logement agréable, à leurs papiers , à leurs petits ouvrages, que si c'était quelque chose de bien considérable !
Du haut de la croix où était attaché Jésus-Christ, il eut la douleur de voir tirer au sort et partager les seuls habits qui lui restaient (2). On le regarde déjà
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(a) Dmserunt sibi vestimenta mea. Ps, ai ,'ig. Retraite spirit. II, Â(\
comme un homme qui n'est plus du monde ; on fait comme s'il n'y était déjà plus; il voit tout cela et ne se plaint de rien.
Où sont ceux qui souffrent avec tant d'impatience qu'on parle, durant leur vie, de ce qu'on fera d'eux après leur mort? Il serait à souhaiter qu'on se dit souvent à soi-même, à la vue de tout ce qui attache le cœur : Un tel aura ma chambre, un tel mon emploi, un tel mes livres et mes meubles, ou bien , je ne sais qui les aura ; mais je ny serai plus , bientôt, et je ne les aurai plus. . . . Ces pensées détachent de tout.
3.° Jésus-Christ quitte les personnes qu'il avait le plus tendrement aimées. Sa sainte mère, Marie- Magdeleine , son disciple chéri, ses autres apôtres; voilà ce qu' pouvait lui coûter davantage ; on dirait qu'il ne lui en coûte rien : Femme, dit-il à sa trèssainte mère, voilà votre fils. Un homme sensible se servirait d'une autre expression ; mais il voulut s'épargner à lui-même, et épargner à sa sainte mère, Témotion que le tendre nom de mère aurait pu exciter alors. 11 ne dit rien à beaucoup d'autres qui étaient là. Un homme mourant a besoin de toute son application et de toute son affection pour Dieu. Un ami lui arracherait des soupirs et des larmes dont le sacrifice doit être pour Dieu seul.
Mais d'où pensons-nous que put venir à Jésus- Christ, cette disposition de détachement qui le rendait comme insensible? car il ne faut pas recourir au miracle. Depuis qu'il se fut livré à ses ennemis, il laissa agir la nature, et il sentit tout ce que nous sentons.
Or, on quitte sans regret une vie traversée par