TROISIÈME PARTIE. ggïj
Jésus-Christ dans le tombeau , image de la vie parfaite , par son extrêrne solitude.
Suivons en esprit le corps du Sauveur , dans le lieu de sa sépulture ; entrons-y, renfermons-nous-y, demeurons quelque temps seuls avec lui.
Quelle obscurité ! quel silence î quelle effrayante retraite î Recueillement profond, inaltérable repos, oubli actif et passif, nul usage des sens , aveugle , sourd , et muet. 11 n'est plus de ce monde ; sa demeure est dans l'obscurité du tombeau (1).
Image, selon saint Paul , de ce que devraient être tous les chrétiens. Car nous avons été ensevelis avec lui , quand nous avons été baptisés en sa mort (2). De là vient que , dans les premiers temps , on les baptisait en les plongeant trois fois sous les eaux , pour mieux exprimer les trois jours de la sépulture du Sauveur : image surtout de ce que doivent être les religieux , après s'être retirés du monde pour mieux remplir les obligations de leur baptême. Car vous êtes morts , et votre vie est cachée avec Jésus- Christ (3). Ils sont morts , voilà leur vocation.
C'est pour exprimer cette mort volontaire que , dans presque tous les ordres religieux , les constitutions ont imaginé de certains symboles ou de certaines cérémonies lugubres qui accompagnent leur engagement, et qui, sans cela , paraîtraient assez bizarres.
(î) Collocavit me in obscuris , sicut mortuos seculi. Ps. 1+2, 3.
(2) Coiisepulti enim sumus cum illo , per baptismum in mortem. Rom. 6 , 4.
(3) Mortui enim estis , et vita vestra abscondila est cum Christo in Deo Col. 3, 3.
- Dans les uns, on les fait étendre sous un drap mortuaire , et on les y laisse pendant un temps assez
long.
Dans quelques autres , où la profession se tait en dehors on les conduit dans la maison , comme au tombeau, au chant des prières que fait l'Eglise lorsque Ton conduit un mort à la sépulture.
Les ordres de vierges chrétiennes , aussi différens par la couleur et par la figure de leurs habits, qu'ils le sont parla fin de leur institution et par les vertus dans lesquelles chacun doit se distinguer et que leur habit signifie, ont tous cela de commun, que le voile qui leur couvre la tête est noir. Toutes sont
mortes. .
C'est à la profession des religieux, comme a leurs funérailles, qu'est invité ce grand nombre de parens et d'amis. Depuis ce jour-là , ou ne les compte plus dans la société civile ; ils n'ont plus d'action sur les biens de ce monde ; et , si quelqu'un s'avisait de redemander les héritages qu'il a quittés, 01* lui dirait : Qui ètes-vous , et d'où venez-vous ? Vous fûtes enseveli un tel jour , et voici les registres authentiques qui en font foi. Vous n'êtes plus de ce
monde.
Nous sommes donc morts, ne l'oublions jamais (1). N'était-ce pas un vrai sépulcre , que cette caverne ou se tint enfermé le premier ermite saint Paul , pendant les quatre-vingt-dix ans qu'il vécut depuis sa sortie du siècle ? Car il y entra a vingttrois ans , et il ne mourut qu'à cent treize. Il ne recevait le jour que par la fente d'un rocher ; il ne savait pas s'il y avait encore des hommes au monde , (i) Mortui estis. Ibid.