‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 48 sur 116 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

et ce qu'ils faisaient. Bâtit-on à V ordinaire « Faiton la guerre comme autrefois? Qui sont ceux qui gouvernent aujourd'hui? Reste-t-il encore des idolâtres? Ce sont les questions qu'il fit à saint Antoine, trois ou quatre jours avant que de mourir. Que le monde vive donc comme il voudra ; encore une fois , nous n'en sommes plus.

Nul commerce donc avec le monde, que de pure nécessité. Un religieux qui fait profession d'être à Dieu , et qui cherche à se produire , à se montrer , devrait être regardé comme un fantôme qui apparaît : il devrait avoir peur de lui-même , si les autres n'en ont pas peur.

Aussi, les gens répandus dans le monde , quand ils rencontrent ces sortes de personnes où elles ne devraient pas être , dans des intrigues , à certains spectacles , dans des cercles et dans des assemblées profanes , ne manquent guère de dire : Où va cet homme dévot? Cette religieuse? Ce religieux? Que vient-il faire ici , et de quoi se mêle-t-il ?

Ils sont édifiés , au contraire , quand nous nous plaignons qu'ils viennent trop souvent interrompre notre solitude , inquiéter nos cendres , comme dit l'ombre de Samuel à Saûl , pourquoi venez - vous troubler le repos des morts (1)? Le lieu de notre demeure est notre sépulcre ; loin de l'élargir, étrécissons-le encore , s'il est possible ; que jamais on ne nous voie hors de nos chambres , quand nous pouvons y demeurer.

Cette idée de mort et de tombeau est affreuse à la nature ; mais qu'elle a d'avantages aussi , et de combien de dangers nous délivre-t-elîe i (x) Quare inquietasti me ? I. Reg, a8, i5.

l.'Pour les dangers, rien de plus judicieux ni de plus touchant que ce que dit là-dessus le livre délimitation de Jésus Christ, livre 1, chapitre 20: Gardez bien votre demeure ; ailleurs vous ne trouverez ni plus de paix , ni plus de repos. On s'y plaît toujours, quand on s'accoutume à y demeurer ; on ne s'en dégoûte que quand on prend l'habitude d'en sortir souvent. Si, dès le commencement de votre conversion, vous pouvez apprendre à la souffrir , bientôt elle vous deviendra aimable ; vous vous y trouverez content ; vous n'en sortirez plus qu'à regret. Jamais je n'en suis sorti, disait saint Bernard , que je n'y sois revenu moins parfait , moins dévot, moins religieux, moins homme. Nous pouvons le dire beaucoup plus justement que lui.

2.° Pour les avantagesque procure cet état de solitude parfaite, David nous l'exprime , au psaume 87 , lorsque faisant parler Jésus-Christ dans le tombeau : On m'a , dit-il , caché sous la terre au rang des morts. On nie regarde comme un homme sans secours et sans ressource (1) ; mais j'ai irouvéla liberté parfaite (2). Je suis oublié , mais j'oublie. Je ne désire rien , mais aussi je ne crains rien. Il faut que la terre tremble , et que le monde soit renversé , avant que je m'en aperçoive. La gloire du parfait chrétien, de l'excellent religieux, est de se tenir caché ; les grands du monde couraient au désert pour voir les Antoine ; ils eussent méprisé , évité des solitaires qui auraient recherché leur compagnie. L'obscurité du tombeau fera sa gloire (3).

(i) /Estimatus sum cum descendentibus in lacum ; factus sum sicut homo sine adjutorio. Ps. 8; , 5.— (2) Intev mortuos liber. Ib. (3) Erit sepulcnan ejus gloriosum. Is. 11 , 10.

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