TROISIÈME PARTIE
TROISIÈME POINT
Jésus-Christ dans le tombeau, image de la vie parfaite , par son union inséparable avec la Divinité.
Le corps de Jésus -Christ , quoique séparé de son ame, ne cessera jamais d'être uni au Verbe (1). Ainsi il était mort, et vivait en même temps d'une vie surnaturelle. Ce doit être encore ici notre modèle.
Vous êtes ?norts , dit saint Paul , et cependant il ajoute : Votre vie est cachée en Dieu avec Jésus- Christ. On est donc mort et vivant tout à la fois , mort au monde , et vivant de la vie de Dieu. C'est cette vie surnaturelle , à laquelle on n'arrive que par la mort des sens et de l'homme charnel ; mais on y arrive presque infailliblement, quand on ne s'épargne point , et qu'on ne fait plus de réserve. Alors, présence de Dieu continuelle ; on ne le perd plus de vue : oraison sublime ; plus de milieu entre Dieu et la créature. Qu'on regrette peu la vie des sens, les plaisirs du monde, quand on en est venu là !
On peut dire, avec Jésus -Christ, par la bouche du Roi prophète, au psaume 15 : Je reposerai dons l'espérance, 6 mon Dieu! Vous ne laisserez point mon ame dans les horreurs du tombeau, et toits ne souffrirez pas que votre saint demeure sujet à la corruption : voilà l'innocence parfaite, et cette heureuse apathie qui est le fruit de l'abnégation. Préserve de toute souillure et délivré des frayeurs de
(i) Quod semol assumpsity nunquàm dimisit.
la damnation, j'ai appris de vous les véritables sources de la vie. Voilà ces grandes lumières, le grand jour de la grâce, la manifestation des secrets de Dieu et des règles de la vie intérieure. Vous me remplirez de joie par l'éclat de votre visage : voilà les consolations intimes , ces joies délicieuses qui pénétrent l'ame jusqu'au centre ; les autres ne vont qu'à la superficie ; le cœur reste toujours peiné. C'est cet état si désirable qui rendait les nuits si courtes aux Antoine. Soleil , pourquoi viens-tu troubler mon reposP L'ennui impossible aux Hilarion, aux Arsène , à ces anges du désert; la mortification délectable aux Stylites. Ils auraient pu changer de condition ; plusieurs ne faisaient point de vœux ; rien ne les arrêtait; ils ne l'auraient pas voulu ; ils recevaient les opérations de Dieu dans un état passif (1). C'est alors qu'ils pouvaient dire : Je ne croyais pas qu'il fût si doux de mourir. La terre est sans douceur et sans goût à ceux qui ont ainsi commencé leur béatitude; goûtez et voyez. Que mon ame puisse donc mourir de la mort des justes ! et qu'au moins , avant le dernier de mes jours , je puisse éprouver quelque chose de semblable ! La mort naturelle n'est plus alors qu'un passage de Dieu a Dieu, $\m paradis à un paradis,
(i; Divina vatiebantur.