‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 67 sur 116 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

Mais méritons, par notre détachement et par notre fidélité, de faire quelqu'un de ces petits essais de la gloire que Dieu laisse entrevoir de tempL en temps à ses fidèles amis. Rien ne fortifie davantage la foi et l'espérance ; c'est comme une démonstration sensible de l'héritage qui nous est réservé ; on voit de loin sa patrie ; on la salue ; on se regarde comme étranger sur la terre , on ne peut songer à s'y faire d'établissement (1).

TROISIÈME POINT

Jésus -Christ n'a plus aucun changement à éprouver.

Toujours heureux , et toujours jouissant du même degré de bonheur et de gloire (2) , s'il quitte le Ciel , ce ne sera plus qu'un seul jour , pour venir juger sur la terre (3).

La béatitude chrétienne est l'assurance d'une fé licite immuable ; plus de vicissitudes, ni de crainte de vicissitudes. Dieu l'a promis , et son serment sera irrévocable (4). Ils viendront sur des troncs juger le monde coupable ; mais ils ne quitteront pas Jésus - Christ. (5). Et ici-bas je cherche , et je ne trouve point : je cours après des biens qui me fuient, et je n'embrasse qu'une ombre ; ou bien je les tiens, et je ne puis les arrêter. On se dégoûte , on s'en-

(i) A longé aspicientes , et salutantes , et conjxtentcs quia peregrini et hospites sunt super terrarn. Ad. Heb. n , i3.

(2) Regni ejus non eritjinis. Luc. i } 33.

(3) Sic veniet quemadmodàm vidistis eum euntem in Ccelum. Act. i , ii.

(4) Justi autem in pei-petuum vivent. Sap. 5, 16. .. Judicabunt nationes. Ibid. Sa 8.

(5) Semper cum Domino erimus. I. Thés». 4, 16.

nuie. Je suis à Dieu, ou du moins il me semble que je suis à Dieu ; je veux le bien , ou je crois le vouloir; mais le voudrai-je toujours? Demain, que serai-je ? et qui me tirera de cet état affreux et douloureux d'incertitude ? Le jour de l'éternité , l'entrée dans la gloire.

Alors je posséderai Dieu, et il ne pourra m'échapper (1). Je ne crains point l'ennui , dans la durée de ces extases ineffables. On converse des jours entiers avec une personne de mérite et de beau coup d'esprit, et (s'il y a de la passion) des années entières ; en un quart d'heure on s'ennuierait , on souffrirait avec quelque autre. Mais, dans un objet infiniment parfait , infiniment aimable , infiniment aimé , il y a toujours à connaître et à apprendre , et toujours un goût nouveau , capable de nous attacher. Tourne-toi donc , ô mon ame ! vers le centre de ton repos , et oublie cette vallée de larmes et de misère (2). Le Seigneur te prépare ses éternelles miséricordes ; lui - même il veut être ta récompense (3) ! Ah qu'elle est grande ! qu'elle est désirable ! Saint Thomas d'Aquin n'en demanda pas d'autre à Jésus-Christ, qui lui donnait la liberté de choisir (4). Trop avare est celui à qui Dieu ne suffit pas ; il te délivrera de la mort et de la crainte de mourir. Il essuiera tes pleurs, il en ôtera la cause ; tu ne l'offenseras plus (5) ; pénétrée de ce

( i ) Inveni quem diligit anima mea ; tenui eum , nec dimittam. Cant. 3,4-

(a) Coiwertere , anima mea, in requiem tuam. Ps. 114, 7'

(3) Ego merces tua magna nimis. Gen. i5, i.

(4) Quam mercedem accipies ? Nullam aîiam prœter te , Domine !

(5) Eripuit animam meam de morte, oculos meos à lacrymîs, pe<

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