QUATRIEME PARTIE
Mais méritons, par notre détachement et par notre fidélité, de faire quelqu'un de ces petits essais de la gloire que Dieu laisse entrevoir de tempL en temps à ses fidèles amis. Rien ne fortifie davantage la foi et l'espérance ; c'est comme une démonstration sensible de l'héritage qui nous est réservé ; on voit de loin sa patrie ; on la salue ; on se regarde comme étranger sur la terre , on ne peut songer à s'y faire d'établissement (1).
TROISIÈME POINT
Jésus -Christ n'a plus aucun changement à éprouver.
Toujours heureux , et toujours jouissant du même degré de bonheur et de gloire (2) , s'il quitte le Ciel , ce ne sera plus qu'un seul jour , pour venir juger sur la terre (3).
La béatitude chrétienne est l'assurance d'une fé licite immuable ; plus de vicissitudes, ni de crainte de vicissitudes. Dieu l'a promis , et son serment sera irrévocable (4). Ils viendront sur des troncs juger le monde coupable ; mais ils ne quitteront pas Jésus - Christ. (5). Et ici-bas je cherche , et je ne trouve point : je cours après des biens qui me fuient, et je n'embrasse qu'une ombre ; ou bien je les tiens, et je ne puis les arrêter. On se dégoûte , on s'en-
(i) A longé aspicientes , et salutantes , et conjxtentcs quia peregrini et hospites sunt super terrarn. Ad. Heb. n , i3.
(2) Regni ejus non eritjinis. Luc. i } 33.
(3) Sic veniet quemadmodàm vidistis eum euntem in Ccelum. Act. i , ii.
(4) Justi autem in pei-petuum vivent. Sap. 5, 16. .. Judicabunt nationes. Ibid. Sa 8.
(5) Semper cum Domino erimus. I. Thés». 4, 16.
nuie. Je suis à Dieu, ou du moins il me semble que je suis à Dieu ; je veux le bien , ou je crois le vouloir; mais le voudrai-je toujours? Demain, que serai-je ? et qui me tirera de cet état affreux et douloureux d'incertitude ? Le jour de l'éternité , l'entrée dans la gloire.
Alors je posséderai Dieu, et il ne pourra m'échapper (1). Je ne crains point l'ennui , dans la durée de ces extases ineffables. On converse des jours entiers avec une personne de mérite et de beau coup d'esprit, et (s'il y a de la passion) des années entières ; en un quart d'heure on s'ennuierait , on souffrirait avec quelque autre. Mais, dans un objet infiniment parfait , infiniment aimable , infiniment aimé , il y a toujours à connaître et à apprendre , et toujours un goût nouveau , capable de nous attacher. Tourne-toi donc , ô mon ame ! vers le centre de ton repos , et oublie cette vallée de larmes et de misère (2). Le Seigneur te prépare ses éternelles miséricordes ; lui - même il veut être ta récompense (3) ! Ah qu'elle est grande ! qu'elle est désirable ! Saint Thomas d'Aquin n'en demanda pas d'autre à Jésus-Christ, qui lui donnait la liberté de choisir (4). Trop avare est celui à qui Dieu ne suffit pas ; il te délivrera de la mort et de la crainte de mourir. Il essuiera tes pleurs, il en ôtera la cause ; tu ne l'offenseras plus (5) ; pénétrée de ce
( i ) Inveni quem diligit anima mea ; tenui eum , nec dimittam. Cant. 3,4-
(a) Coiwertere , anima mea, in requiem tuam. Ps. 114, 7'
(3) Ego merces tua magna nimis. Gen. i5, i.
(4) Quam mercedem accipies ? Nullam aîiam prœter te , Domine !
(5) Eripuit animam meam de morte, oculos meos à lacrymîs, pe<