‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 69 sur 116 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

PREMIER POINT

Ce que Dieu a fait, et ce qu'il continue de faire "pour moi, immédiatement par lui-même.

Je n'étais rien , et Dieu m'a tiré du néant. Ce bienfait m'est commun avec beaucoup d'autres ; mais d'autres , en beaucoup plus grand nombre , pouvaient le recevoir , et ne l'ont pas reçu. Des milliers d'hommes pourraient être et ne seront jamais.

Il vaudrait mieux pour moi n'avoir jamais été créé , que de l'être pour me damner ; mais ce n'est point la faute de Dieu si je me damne, et il a eu bien d'autres vues en me créant. Il m'a donné abondamment, et ne cesse de me donner ce qui est nécessaire pour me faire éviter ma damnation éternelle.

Qu'il m'ait créé sain de corps et d'esprit , avec un naturel heureux et de bonnes inclinations ; dans une famille qui m'a élevé avec soin et avec attention, dans le sein de laquelle j'ai trouvé tant de secours et d'amitié, tant d'instructions et d'exemples pour m'apprendre à bien vivre; cela m'est plus particulier qu'à une infinité d'autres.

Je ne serais rien, si Dieu ne m'avait conservé : me conserver, c'est comme me créer à toute heure; je retomberais dans le néant, s'il ne me soutenait. Il m'a conservé encore d'une autre manière, en me préservant, dans le sein de ma mère, d'une infinité d'accidens qui pouvaient m'y arriver, et me causer, ou la mort, ou la perte de quelqu'un de mes sens , ou de mes membres. Depuis mon entrée dans le monde, il m'a préservé de l'eau, du feu, d'une multitude d'autres dangers que je connais r sans ceux

que je ne connais point, et qui sont en bien plus grand nombre.

Si cela me semble peu , voici d'autres bienfaits plus importans (1).

Il m'a racheté, non seulement en me donnant tout son sang , mais en me faisant une application efficace et abondante de son sang. Je suis né de parens chrétiens, catholiques, et non point hérétiques ou infidèles ; depuis Jésus-Christ , et non avant lui , lorsque les secours du salut étaient encore faibles et plus rares; j'ai été baptisé; j'ai appris à le connaître et à le servir; j'ai été souvent nourri de son corps et de son sang; il n'a tenu qu'à moi de l'être davantage. Que de lumières , que de pieux désirs, et de saints mouvemens pour le bien ! le nombre en est presque infini. Il n'est point venu me surprendre dans l'état du péché , j'aurais été damné : il m'a appelé à la pénitence ; il m'a reçu favorablement; il m'a pardonné mes crimes, m'a rendu ses grâces, sa première amitié; il me prépare son paradis : après tant d'avances , un peu d'attention sur moi-même, et j'ai tout lieu d'attendre avec une grande confiance, mon bonheur éternel. Je ne parle point des bienfaits cachés et personnels , de ces marques sensibles d'une Providence spéciale. Je les connais, il les connaît, c'enestassez; d'autres ne le sentiraient pas comme moi. Préservé, dans la jeunesse , des mauvaises compagnies , appelé dès l'enfance à un état si saint et si sanctifiant, comblé de ses faveurs et de ses bontés, mon ingratitude ne l'a point lassé. S'il m'a puni, humilié quelquefois ? je

(i) Et si pan' a sunt ista , adjiciam tibi multb majora. II. Reg.

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