‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 76 sur 116 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

SECOND POINT

La longue patience de Dieu , second motif de notre persévérance.

Dieu nous a soufferts, il nous a rappelés pendant un temps infini; il ne s'est point rebuté jusqu'ici • nous l'offensions , et cependant, à son silence , à sa tranquillité, on aurait pu croire qu'il ne s'en apercevait pas, qu'il ne s'en souciait pas.

Si donc nous trouvons aussi du dégoût de l'ennui , des difficultés à son service ; si nous l'appelons , à notre tour, et qu'assez long-temps il ne paraisse pas nous écouter ni nous répondre , faut-il nous rebuter , faut -il tout quitter?

Il nous punit de nos délais ; c'est justice ; il met son bienfait , ses grâces à haut prix, afin que nous les estimions davantage , que nous les conservions plus soigneusement ; n'est-ce pas même miséricorde r b il revenait toujours si aisément et si vite nous retomberions , dans l'espérance de le retrouver toujours au moment que nous voudrions et la mort nous surprendrait dans quelqu'un de ces mauvais intervalles.

Mais considérons bien deux choses dans la patience de Dieu ; car c'est en cela singulièrement que nous devons en faire notre modèle.

Toute la patience de Dieu n'empêche point qu'avant le péché, il ne nous menace d'une manière terrible; mais , après le péché , toutes ses menaces précédentes n'empêchent point qu'il ne nous rappelle souvent encore , et qu'il ne revienne au - devant de nous.

' Pour nous fixer donc dans le bien, pour y persévérer , tenons une conduite semblable. Craignons, effrayons-nous nous-mêmes ; menaçons-nous avant les moindres fautes ; mais , après les plus grandes fautes mêmes , s'il en arrivait quelqu'une , ne perdons point courage ; relevons-nous , revenons sans perdre un moment. En un mot, ne négligeons rien, et ne nous étonnons de rien.

1 .° Ne négligeons rien avant les fautes. N en commettons aucune , s'il se peut , de propos délibéré , quelque légère qu'elle nous paraisse. 11 n'en est point qui ne puisse occasioner les plus grands relà-

chemens. . , ,

Quand on commence, on ne voit jamais jusqu ou l'on ira; aujourd'hui , c'est une bonne résolution qu'on oublie , demain une autre : en peu de temps on redevient tel qu'on était.

Mais ce n'est qu'une bagatelle ; Dieu est - %l si jaloux; faut -il être si scrupuleux? Je le serais moins, doit-on se répondre à soi-même , si je pouvais oublier ce qui m'est arrivé déjà tant de fois , pour ne l'avoir point été assez ; je ne m'y laisserai plus surprendre ; le passé doit me rendre sage et circonspect pour l'avenir.

2 ° Ne s'étonner de rien. La faute est-elle faite . quelque grande qu'elle soit , dire sur l'heure : l'ai eu tort et grand tort ; pardon , mon Dieu , je m en accuse ; je vais m'en confesser , s'il est nécessaire, ou possible ; ensuite , se remettre à servir Dieu comme s'il n'était rien arrivé : beaucoup de douleur et de confusion , mais point de trouble ni de retours.

En suivant une autre conduite , on se dépite , on

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