‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 77 sur 116 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

se désole , on quitte tout , on se désespère ; on dit : Je ne persévérerai jamais, cela m'est impossible , deux jours sont à peine écoulés , et voilà déjà de nouvelles fautes. En tout ceci , il se mêle beaucoup d'orgueil ; on voudrait être d'abord impeccable.

Apprenons à nous mieux connaître, et nous nous étonnerons , non pas de tomber quelquefois , mais de ne pas tomber si souvent. On n'est point surpris qu'une meule reste à terre , ni que des feuilles s'envolent au vent ; si les feuilles ne s'envolaient pas , ou que la meule s'élevât en l'air , ce serait le miracle. Quand on travaille de l'aiguille , la soie , le fil se rompent ; il faut les renouer , et ne point perdre le temps à se fâcher.

Ce conseil est de saint Jean Chrysostôme, et il le donne à ceux mêmes qui seraient retombés dans des fautes grossières. Quand , dit-il , vous avez entrepris de corriger un vice , si vous y retombez une première , une seconde , une troisième , une vingtième fois , ne vous désespérez pas ; mais autant de fois relevez-vous , renouvelez vos résolutions et vos efforts: vous remporterez enfin une victoire complète (1). ,

Combien plus saint Chrysostôme l'eût-il donne , ce conseil , à ceux qui auraient formé l'entreprise d'une haute perfection, dont les devoirs seraient de la plus vaste étendue , et dont les premières fautes ne pourraient guère être que des infidélités , ou tout au plus des péchés véniels !

Mais Dieu n est-il pas déjà bien éloigné de moi 7 Courez , criez après lui ; rappelez-le , apaisez-le.— Comment V apaiser ? Doublez , triplez ce que vous (i) Càm vitium corrigere operiee.' , si posteà semel , etc.

avez négligé : le démon même perdra à vos fautes et cessera de vous tourmenter , de vous tenter.

h e négliger rien, ne s'étonner de rien: deux avis si importans , que personne ne pourra mer que ses rechutes ne soient toujours venues de l'oubli , peut-être du mépris de l'un ou de l'autre.

Affreuse tentation ! avant le péché , on se rassure sur la légèreté apparente ; après le péché, on se désespère sur son apparente énormité. L'esprit du mensonge en est l'auteur : usons contre lui de ses propres armes. Tournons contre lui ses stratagèmes et ses artifices. Avant le péché , craignons tout ; après le péché , ayons confiance. Comme un père a pitié de sesenfans lorsqu'ils s'échappent , ainsi le Seigneur aura pitié de nous ; car il sait de quel limon il nous a formés (1).

TROISIÈME POI^T

V éternité de Dieu, troisième motif de notre

persévérance.

Dieu n'a point de fin, parce qu'il n'a ni commencement ni principe. Celui seul qui l'a fait ce qu'il est pourrait le faire cesser d'être. Et quel est celui-là ?

Dieu, d'un autre coté, n'a aucun besoin de nous. La solitude ne lui causerait ni peine ni ennui. Avant le monde , il sut se passer du monde ; le monde détruit, il s'en passerait encore. Cependant , en nous mettant au monde , il a bien voulu nous rendre capables de partager sa gloire , et de pouvoir être commelui , éternellement heureux.

Mais, éternellement heureux, en justice quel-

(S) Quomodb miseretur pater filiorum, etc. Ps. 102, iî.

Page 1