QUATRIEME PARTIE
qu'un peut-il le mériter ? Non , parce que la justice demande une parfaite égalité entre le travail et la récompense. D'un travail qui passe , à une récompense qui ne passe point ; d'un homme qui se donne àDieu, à un Dieu qui se donne lui-même à l'homme pour béatitude , il n'y a nulle proportion ; il ne ne saurait y en avoir. Mais , par miséricorde , quelqu'un peut-il l'obtenir? Oui;et qui, principalement: Celui qui persévérera le plus long - temps dans le bien. Par sa persévérance , il attire sur lui les grâces de protection et de prédilection , d'où dépendent la mort et l'entrée dans l'éternité bienheu-
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Par sa persévérance il met , autant quil le peut, une espèce de proportion et d'égalité entrela durée de son travail et cette éternité de bonheur. 1 .° 11 attire sur lui les gràcesMe protection. La persévérance finale est , ou une continuité de grâces d'élite , qui préserve l'homme jusqu'à la mort , de tomber dans aucun péché grief; ou c'est un concours et un assemblage de mille circonstances qui empêchent que l'homme , tombât - il malheureusement dans le péché , ne soit surpris de la mort avant qu'il se soit relevé.
Dieu , libéral envers ceux qui le servent habituellement d'une manière généreuse , ordonne les choses tellement à leur avantage, que leur salut vient assez souvent des mêmes accidens qui oceasionent la réprobation des autres. Ainsi , par exemple , la mort subite , ordinairement si redoutable , est une véritable grâce et un coup de prédestination pour quelques-uns. Elle les enlève dans un moment de ferveur qui n'aurait pas toujours duré. Ce con-
cours de circonstances heureuses estdansles trésor* de la sagesse de Dieu ; lui seul les connaît, et l'homme qui entreprendrait de vouloir les arranger , irait à sa perte en croyant travailler à son bonheur.
Les jugemens de Dieu sont quelquefois incompréhensibles , il est vrai ; mais on comprend qu'au moins dans le cours ordinaire , Dieu doit protéger ceux qui l'aiment , et abandonner au pouvoir des créatures ennemies , ceux qui ne veulent être à lui qu'autant et aussi long-temps qu'ils le croient nécessaire , pour ne point tomber dans les mains de sa justice : l'expérience de tous les temps s'accorde avec ce que nous disons.
De plus , on conçoit sans peine que, même naturellement parlant , un homme qui , de cinquante ans de vie , en aurait passé peut-être plus de quarante dans l'état du péché , court dix fois plus de risques que celui qui ne fait que quelques chutes passagères et de peu de durée, et qui , à cela près , demeure habituellement dans une application sérieuse à tous ses devoirs. L'un peut être surpris sans que l'autre le soit.
2.° Celui qui persévère constamment dans le bien, met , autant qu'il peut , de la proportion entre ce qu'il fait et ce qu'il espère. 11 attend , pour ainsi dire , l'éternité de Dieu , et il donne à Dieu son éternité. Il veut être récompensé aussi long-temps que Dieu sera Dieu , et il est résolu de servir Dieu aussi long-temps qu'il sera homme.
Nous disons autant qu'il le peut; car, quelle comparaison , au fond , entre l'éternité de Dieu et la nôtre? La nôtre n'est que le temps que nous vivons, trente , quarante , soixante ans , peut-être ; peut-