La nature de son emploi
2°. L'édification du prochain ,
3.° Le besoin de ceux auprès de qui il travaille le demandent. Voyons-en la pratique , dans Jésus- Christ , dans les apôtres , et dans les saints.
(i) Secedebat in descrtum , et orabat. Luc. 5, 16. Dùnissd Carbâ , ascendit in montem solus , orare. Matth. 14, 23. (a) Satis est , Domine , silis est '
SECONDE PARTIE. JQ5
PREMIER POINT
La nature de son emploi le demande.
Cet emploi est comparée celui des vignerons (1) à celui des pêcheurs (2) , à celui des chasseurs (S) à celui des pasteurs (4). Ce sont tous métiers des plus pénibles. Il faut souffrir la chaleur du soleil et le poids du travail , planter, transplanter, arracher sans cesse ; il faut jeter les filets , et ne point se lasser d être des jours et des nuits entières sans rien prendre ; d faut suivre la proie au travers des forêts et des buissons ; il faut veiller de jour et de nuit , afin que le loup n'emporte aucune brebis ; courir après celles qu, s'égarent , jusqu'à ce qu'on les ait trouvées , et avec tant de peine , vivre très-frugalement Mais parlons sans figure.
Si un ouvrier évangélique veut satisfaire pleinement à ses devoirs , il faut , avons-nous dit , qu'il soit « tout: prédications, confessions, missions directions, catéchismes à la ville , à la campagne ; il ne doit rien refuser et ne considérer ni ce qui est pénible ou humiliant , ni ce qui ne l'est pas , ni s'inquiéter «',1 sera bien ou mal logé, nourri, accommode , etc. II faut qu'il soit à tous : aux petits cornme aux grands, aux pauvres comme aux riches aux malades , aux moribons , comme à ceux qui sont en santé et qu'il n'y a aucun danger d'approcher; qu .1 soit toujours prêt à aller , en hiver com-
(0 Ile et ms in rineam meam. Matth. 204- W tacicuu uosfieri piscatores liominum. Ma'tth. 4 . 0 J,J mwt°™'<*™™buntur eosde ornai monte. 1er.
G) Posée o,„. Joa„. „, I:i pascitc gresenu ,. Pe(1. ^ 2
me en été , de nuit comme de jour, si on l'appelle , à pied comme à cheval , prêt à quitter les repas et les compagnies, les récréations les plus agréables et les études les plus conformes à son goût. Pour faire cela de bonne grâce , et sans se faire attendre , et sans se faire prier , faut-il quelque chose de moins qu'une très-grande mortification ?
Telle fut la vie de Jésus-Christ Notre-Seigneur , pendant tout le cours de sa prédication ; très - peu dans les villes, plus souvent à la campagne avec de pauvres gens ; n'ayant ni maison pour se retirer , ni lit pour se coucher (1) , ni rien que de très-commun pour ses repas ordinaires , un peu de pain d'orge et quelques petits poissons. Cette vie était nécessaire , selon les voies ordinaires, et pour donner l'exemple, et pour édifier les peuples , et rendre fructueuses ses missions.
Les apôtres étaient accoutumés à vivre comme lui ; quelquefois bien, mais rarement et par hasard; plus souvent très-mal. Plusieurs avaient été élevés durement ; mais Matthieu , qui avait dû être accoutumé à une vie plus commode , se fit à la fatigue comme les autres : c'était une nécessité.
La conduite des saints qui se sont consacrés au service des âmes , n a-t-elle pas été formée sur ces grands modèles ? Us étaient contens de loger dans des endroits mal préparés ; dans des hôpitaux , parmi les pauvres et les malades, ou même au milieu des barbares, pour y tenir la place de quelque esclave dont ils procuraient par là la liberté. Jamais l'habitude et la douceur d'une vie plus aisée les fitelle délibérer s^ls partiraient, lorsque le salut d'une (i) Films hominis non habet ubi caput reclmet. Matfli, 8. **
ame , d'une seule ame , les appelait quelque part P La vie d'un imitateur des apôtres ne saurait être trop dure , parce qu'il doit prêcher d'exemple partout où il va (1) , ne paraître difficile ni délicat sur tout ce qui peut mortifier son amour-propre ; simple , modeste dans ses habillemens , sobre dans la nourriture, patient dans les fatigues et dans les contradictions ; toujours un air gai , content , ne se plaignant jamais de rien, si ce n'est d'être trop bien. Sans cela , s'il cherche du repos, des lieux commodes , des travaux modérés ; s'il a de la peine à quitter un séjour agréable ; s'il se rend avec peine aux invitations ou aux ordres de ses supérieurs , ecclésiastiques ou religieux , il ne fera que très - peu de fruit ; au lieu que , dans des occupations réglées par l'obéissance et mêlées de travaux mortifians et incommodes , il aurait trouvé plus de consolation plus de bénédictions , et peut-être d'autant plus d'honneur et d'estime , qu'il en aurait moins cherché. Mais quand on fuit le travail , on trouve mille prétextes pour se ménager : santé faible qu'il faut conserver, couseils de ses amis, gloire de Dieu, etc.tout paraît raisonnable et sans réplique , jusqu'à ce qu'on ait acquis une véritable mortification , telle que la nature de notre emploi le demande.
SECOND POINT
L Edification du prochain. C'est cette sorte de vie qui attira toutes les villes et les bourgades delà Judée vers Jean-Baptiste dans son désert. Un homme qui ne paraissait jamais (i) Cœpitfacere et docere. Act. t, i.
qu'au pied d'un arbre pour prêcher , qui n'avait pour habit qu'un rudecilice, pour logement qu'une caverne , pour nourriture que des sauterelles et du miel sauvage, donnait de grands préjugés en faveur de la pénitence qu'il annonçait ; aussi la multitude de ceux qui se convertissaient était-elle infinie.
Le peuple, que dis-je ? les honnêtes gens mêmes, ne laissent pas de se prendre par là ; en sorte que les pharisiens , comparant Jésus-Christ à Jean-Baptiste , prétendaient en tirer une preuve contre le Sauveur. C'est un gourmand , disaient-ils , et un homme qui aime le vin (1) ; que ne fait-il jeûner ses disciples, et que nejeùne-t-il lui-même...? Cependant , et lui et eux ne jeùnaient-ils pas assez , et leur vie pouvait-elle être plus dure? Pour quelques personnes charitables qui les recevaient une fois en passant , combien d'autres fois étaient-ils obligés, pour se nourrir, d'arracher jusqu'à des épis de blé dans la campagne ?
Il est donc vrai que les hommes sont très -attentifs à la manière dont vivent ceux qui se mêlent de vouloir réformer les autres. C'est ce qui obligea saint Paul , tant de fois , de comparer sa vie à celle des faux apôtres par qui le peuple se laissait séduire. J'ai plus travaillé qu'eux , disait-il ; j'ai plus souffert qu'eux ; j 'ai été exposé à plus de dangers ; j'ai vécu dans la fatigue et dans la misère 3 dans la faim , dans la soif, dans la nudité y dans les teilles sans relâche , dans les jeûnes continuels (2).
Nous avons vu de nos jours un prédicateur trèsmortifié dans sa nourriture , et ne buvant que de
(i) Vorax et polator vini. Malth. il , 19. [a) II. Coi. 11 j 27.
l'eau. La vie qu'il mena depuis , montre bien que ce n'étaitni par singularité, ni par vanité , mais par mortification > et qu'il se formait dés lors aux travaux d'un vrai missionnaire. Quoi qu'il en soit , toute la ville ou il prêchait le sut ; et , avec du me. rite d'ailleurs , on ne saurait dire combien il fut suivi, et quelles bénédictions Dieu donna à ses prédications.
Quel tort , au contraire , ne se fait point , et h fait point à la cause de Dieu et à l'honneur de la fe ligion, un prédicateur intempérant, un homme qui passepour aimer les bons morceaux et les plaisirs de la table ; qui les recherche; qui , quand il se trou ve dans les cercles , est Je premier à inspirer une certaine joie et une dissipation mondaine ? Il fait beau le voir monter en chaire ensuite , et , comme un autre Jean-Baptiste , prêcher le jeûne et la pénitence ! Que serait-ce si, à la sortie d'un grand repas, après s'y être livré un peu trop, on se trouvait hors d'état de monter en chaire, ou si on y bégayait de manière à faire apercevoir qu'on n'est point à jeun ! Le public a bientôt deviné la véritable cause d'un
pareil embarras On dira qu'on a été surpris.
On ne l'est jamais quand on est sobre et bien mortifié : un homme qui l'a été une fois ne le doit jamais être une seconde. Qu'il fasse vœu, comme certaines personnes du siècle, que nous avons connues , de ne boire jamais de vin; mais il est aisé de voir par où ont commencé ceux qui se trouvent ainsi surpris , et c'est merveille qu'ils ne le soient pas plus souvent encore.
Cassien dit que celui qui n'est pas maitre de sa bouche , ne se rendra jamais maître d'aucun vice ,
et que c'était une espèce de principe parmi ces saints habitans du désert. Il en rend la raison : c'est qu'une action tout extérieure , comme de prendre ou de ne prendre pas , est toujours absolument en notre pouvoir ; au lieu qu'il ne dépend pas également de nous de modérer les saillies du cœur et de l'imagination , d'où viennent la plupart des autres vices.
Mais sont - ce là des leçons à faire aux ouvriers évangéliques, aux successeurs des apôtres ? Qu'ils aient un peu de mortification, qu'ils s'accoutument à la plus exacte tempérance dans leurs repas ordinaires ; jamais d'excès , sous quelque prétexte que ce soit ; heure du repas toujours réglée, autant que cela se pourra , et ils n'auront pas besoin de nos leçons ; mais ils auront l'avantage de contribuer en même temps à leur santé et à l'édification du prochain.
TROISIÈME POINT
Le besoin de ceux auprès de qui il travaille , demande encore souvent une vie dure et mortifiée.
Il y a des pécheurs qu'on ne convertit qu'en faisant pénitence pour eux. Belle preuve de ceci dans l'Evangile : Un père amène son fils , qui était possédé du démon , sourd et muet ; les apôtres firent leurs efforts pour le délivrer d'un si mauvais hôte. On le mène au Sauveur : Seigneur , vos disciples
n'ont pu le soulager Le Sauveur le guérit. Les
apôtres , pleins de confusion , demandèrent ensuite à Jésus-Christ en particulier, pourquoi , ayant reçu de lui le pouvoir de commander à tous les dé-
mons (1) , celui - ci ne leur avait pas obéi ; le Seigneur leur répondit que cette espèce de démon ne se chassait que par les prières et par le jeûne (2). Il est plus d'un pécheur dont la conversion est réservée au courage du prédicateur et du confesseur.
On raconte d'un prédicateur (3) que jamais il ne montait en chaire sans avoir pris une longue discipline ; d'un autre (4) , que souvent il prêchait revêtu d'un cilice. Aussi faisaient - ils des biens immenses , et par leurs discours, et par leurs livres de piété , et par leur conduite édifiante et mortifiée.
En qualité de religieux , nous sommes comme des victimes publiques , qui devons nous immoler pour le salut de ceux surtout par la charité de qui nous subsistons ; car , comme disait ce Père du désert, quelle honte que nous vivions du travail et des sueurs de l'homme du siècle, et que, par reconnaissance, nous ne nous mettions pas en état de lui faire part de nos bonnes œuvres et de nos pénitences ! N'est - ce pas comme une espèce de contrat ? Nous travaillerons pour vous ; vous prierez , vous prêcherez , vous pleurerez pour nous. Mais , en qualité d'hommes apostoliques , nous le devons beaucoup plus ; il faut et mériter aux pécheurs la grâce de conversion, et prendre sur nous , comme saint François-Xavier, une partie de la satisfaction, quand ils n'auront pas le courage de le faire. Tous ne sont pas capables de ces grandes austérités ; mais tous peuvent plus qu'ils ne font ; mais les mortifiai, Potestalem super omnia dœrnonia. Luc. 9. 1.
(2) Hoc genus non ejicàur , nisi per orationem et ieiuwum Matth. 1 7 , 20. J J
(3) Le P. Tessier. — (4) Le P. Grasset.
cations de privation sont à portée de tout le monde. Nous en avons fait le détail ailleurs , et cela ne lais- j se pas d'aller loin , quoique beaucoup au-dessous I de ce qu'ont souffert Jésus-Christ , les apôtres , et leurs imitateurs.
Sur le mépris des hommes apostoliques pour le
won de.
Un homme apostolique doit mépriser le monde : pourquoi ?
l.° Parce que Jésus-Christ, les apôtres, et après eux tous les saints Font méprisé.
2.° Parce que le monde, réciproquement, a méprisé Jésus-Christ , les apôtres , et les saints.
3.° Parce que ce n'est qu'en méprisant le monde que Jésus-Christ , les apôtres , et les saints , l'ont gagné , et que nous pouvons espérer de le gagner à Dieu.
PREMIER POINT
Jésus-Christ , les Apôtres et les Saint» ont méprise le monde.
Dans Jésus - Christ , on peut distinguer ou l'état habituel de sa vie, ou ses sentimens actuels ou pas sagers. Selon les différentes occurences, toujours et partout il a donné des marques d'un mépris souverain pour tout ce que le monde estime , pour les grandeurs du monde, les usages du monde, pour la sagesse même et les vertus du monde. 11 voulut
naître pauvre , et jamais il ne cessa de l'être, il vécut trente ans caché ; et les trois années qu'il se montra, rarement parut-il à Jérusalem. Presque toujours on le vit parmi ceux qui méprisaient le monde, et toujours affectant des manières de vivre et de parler simples et populaires. Jamais il ne le méprisa plus qu'au temps de sa passion; il ne daigna pas répondre à Hérode; à peine répondit -il à ses autres juges. On ne saurait dire s'il a plus marqué ce qu il pensait du monde, ou en méprisant ses mépris, ou en méprisant ses louanges et ses applaudis semens.
On veut le faire roi, il prend la fuite ; on le mène â Jérusalem comme en triomphe , il verse des larmes. Quelqu'un s'avise de vouloir le flatter : Maître qui êtes la bonté même (I) ! Il le rebute : Que voulez-vous dire? Il n'y a que Dieu qui soit bon (2) Fait -il des miracles ? il défend qu'on en parle (3) Se transfigure-t il sur le Thabor ? il impose le silence à ses apôtres mêmes, jusqu'après sa résurrection (4) Pour tout dire en un mot, cent fois il a chargé le monde de malédictions et d'anathèmes également foudroyans et méprisans (5). Ce qu'il pensait du monde il 1 inspirait en toute occasion à ses disciples : Mon royaume n'est pas de ce monde ; garde* vous bien de faire quoique ce soit pour être vu du monde, et pour avoir son approbation. A ceux qui demandaient les premières places du royaume : Fous
(i) Magister boue ! Matth. r9, x6.-(a) Nemo bonus n ù £ Deus. Marc. io, i8.-(3) Vide neminidixeris. Marc, r 44
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ne savez ce que vous voulez. A ceux qui disputaient entre eux de la supériorité : Ainsi le font les gens du monde; mais parmi vous , le plus petit, le plus humble, sera le plus grand; ne souffrez pas même que l'on vous traite de maître ni de seigneur. Les apôtres n oublièrent jamais ces leçons. Si je voulais plaire au monde, disait saint Paul, je ne serais plus vrai serviteur de Jésus - Christ , mon Seigneur et mon maître, par qui le monde est crucifié à mon éo-ard, c'est-à-dire, par qui le monde est , à mon é^ard, un sujet d'abomination et d'exécration, comme si je me trouvais vivant attaché au cadavre d'un homme mort sur la croix. Se peut -il nen dire de plus fort et de plus expressif?
Pour les autres saints , on sait quels furent leurs sentimens. Fidèles à enher dans l'esprit de Jésus- Christ, on n'ignore pas combien ils s'appliquèrent à suivre parfaitement ces maximes, d'avoir horreur tout-à-fait et non en partie, de tout ce que le monde estime et embrasse ; de recevoir et de désirer même avec une espèce de passion et de toutes leurs forces, tout ce que Jésus-Christ Notre-Seigneur a aimé et embrassé (1). De là, le soin de s'exercer toujours , quelque part qu'ils se trouvassent, dans les emplois les plus bas ; la joie de pouvoir demeurer et vivre parmi des pauvres , dans les hôpitaux ; une sorte d'étude de se rendre méprisables par leur air et par leurs manières , dans une multitude d'occasions ; une vraie crainte de se montrer à la cour et de s'approcher des grands, à moins que des ordres exprès de l'obéissance ne les y obligeassent. . . On ne s'arrête point à nous faire considérer ici ce que le mon
i Omnirio et non ex parie-
SECONDE PARTIE. JJK
de a de propre à lui attirer notre mépris. Ah ' oui connaîtrait bien le faible et le caractère de la plu part des personnes du monde! On raconte leurs grands sent.mens , leurs belles paroles ; on dissimule le reste. Mais qui pénétrerait le caractère de leur esprit et le fond de leur cœur , qui les verrait dans leur domestique, qui serait témoin de leurs réflexion, puériles, de leurs désirs insensés, de leurs entretiens insipides ! On en sait quelque chose par le reot de ceux qui les approchent; corrompus la plupart et corrupteurs, doubles et perfides, nenous voyant ne nous souffrant que par quelque intérêt. Qu on les rende raisonnables et humains, avant que de penser à les faire chrétiens.
Cependant, les méprisons-nous ? Nos manières de penser de parler d'agir à leur égard, ne nous trahissent-elles pas à tout moment? Qui sont dans le monde ceux que nous estimons le plus, sinon ceux que le Sauveur a frappés le plus d'anathèmes (l) et dont un peu plus de qualité, d'honneur, ou de
Dieu ? Ils ont appelé heureux ceux qui possèdent tous cesavantages(2). Et qui son, ceux qui ont tenu ce langage ? Des infidèles ? Non, des chrétiens des religieux , des ouvriers évangéliques ! De là le cha grm, quelquefois, de n'être pas nés comme eux ou de ne pouvoir entrer en commerce avec eux • d'e là 'e mépris quelquefois, pour ceux qui ne confessent g- ne prêchent, qui ne fréquentent que du peuÏ
! G'eSt au tribunal ^ ce monde réprouvé , que
nous appelons du jugement de tous les autres hommes, du jugement des saints et de Jésus-Christ même ! Souvent nous les fortifions dans leur ambition, par des complimens imposteurs sur le succès de leurs intrigues. C'est pour nous accommoder à leur goût dépravé, que nous prêchons à la mode , et sacrifions leur salut à la frivole estime qu'ils peuvent faire de nous. A quelle école avons-nous donc étudié? et sommes-nous disciples d'un Dieu crucifié, humilié par choix et par estime (1) ?
Ah î défaisons - nous de ces enflures mal entendues, et plus encore de ce fonds d'estime pour le monde, qui les produit uniquement. Gardons-nous de la manie de ceux qui ne parlent jamais que de cour, de princes, de grands seigneurs. Les personnes raisonnables le remarquent et en font des railleries ; n'ont-elles pas raison ? Mais qu'en pense Jésus-Christ ? car c'est là uniquement qu'il en faut revenir.
SECOND POINT
Le monde réciproquement a méprisé Jésus-Christ, les Apôtres et les Saints. C'est une seconde rai son de le mépriser.
En effet , qui fut jamais plus estimable , plus vénérable, plus digne de toute sorte de considération que Jésus-Christ, soit qu'on regardât ses qualités personnelles , soit qu'on voulût juger de lui par ses œuvres, par ses discours, par ses miracles ? cependant, qui fut jamais plus méprisé du monde , plus maltraité, plus persécuté? On aurait pu pardonner
(î) Proposito sib'gaudio sustùmit Cruçem ■ Heb. ia , 2.
au monde de l'exclure de tous les logis de Bethléem, au temps de sa naissance, et de le traiter , pendant toute sa vie cachée, comme le fils d'un artisan. Il n'avait montré jusqu'alors aucune preuve éclatante ni bien publique de ce qu'il était. Mais depuis qu'il eut commencé à prêcher , à faire des miracles , à briller par les maximes de cette haute sagesse , et par les exemples de cette vie sainte et irréprochable , peut -on pardonner à ses propres compatriotes de le chasser de chez eux ? aux pharisiens et aux docteurs de la loi, de le traiter de séducteur , de Samaritain , de démoniaque , par la raison même qu'il chassait les démons? aux grands de Jérusalem, de ne pas daigner seulement sortir de chez eux pour aller s'instruire de la vérité de ce qu'ils entendaient dire à Hérode , de le traiter de fou ? à Pilate, de reconnaître son innocence et de le crucifier comme un voleur ? au peuple juif, témoin oculaire de ses œuvres prodigieuses, chargé de ses bienfaits, plein d'estime et de reconnaissance jusqu'à lui rendre les plus grands honneurs , et six jours après, de demander avec des cris furieux que Barabbas lui soit préféré ?
Peut-on pardonner au monde, aujourd'hui éclairé comme il doit l'être , de n'avoir encore que du mépris pour la doctrine, pour les exemples, et peutêtre pour la personne de Jésus-Christ?
Et voilà, encore une fois, ce monde que nous ne saurions mépriser, ce monde cependant dont la conduite montre un si mauvais discernement ; car il juge encore maintenant comme il jugeait alors. Nous croyons, avec cela, avoir raison ; ou, si nous connaissons le monde pour ce qu'il est , nous ne
laissons pas , malgré toutes nos lumières , de nous rendre esclaves de ses maximes , de ses usages , de toute sa conduite, d'ambitionner son estime , sa faveur, sa protection.
Pleins de son iniquité envers Jésus - Christ , les apôtres , les saints avaient pour lui bien d'autres sentimens. Estimés , applaudis du monde, ils eussent dit : Quel changement m'est- il arrivé ? apparemment que je ressemble au monde ; car, si j'étais semblable à Jésus-Christ , on me mépriserait. Au contraire, méprisés du monde, que disaient-ils ? Ah! que je suis heureux ! il faut que je commence à valoir quelque chose; le monde est trop méchant pour mépriser autre chose que ce qui est bon ; je fais donc gloire de voir qu'il me persécute et qu'il me condamne (1).
De là vient qu'ils allaient jusqu'à chercher les occasions de se faire mépriser. Loin de les redouter, ils eussent voulu pouvoir passer pour insensés; et si leur figure négligée et mortifiée leur attirait quelques railleries ou quelques insultes, ils de meuraient en place , pour laisser au monde tout le loisir de se moquer d'eux et de rire à leurs dépens.
Dans les prisons où la calomnie et l'envie les firent quelquefois enfermer, à peine pouvaient-ils se résoudre à parler pour leur défense ; il fallait que l'intérêt des vérités qu'ils enseignaient les y obligeât.
On se plaint quelquefois que les ministres de
(r) Tali auctore damnaîionis nostrœ glorîamur ; qui em'm sait mundum , intclligere pote si nonnisi aliquod grande bonum passe ab Mo damnari. Tert.
l'Evangile sont exposés à d'injustes traitemens, que Dieu ne prend pas en main leur cause, qui est la sienne et celle de son Eglise. Faut-il s'en étonner? Notre maître nous l'a prédit. Le monde vous hait ; sachez qu'il m'a haï avant vous : le disciple n'est pas plus que le maître ; s'ils m'ont persécuté , il vous persécuteront. Mais n'arrive-t-il jamais qu'on se regarde peut-être Un peu plus soi-même , que la cause de Dieu et de son Eglise ? De plus, l'injustice du monde ne peut-elle point nous servir à quelque chose, et à force de dire des choses atroces qu'on a trouvées tout-à-fait fausses, ne s'en est-il pas trouvé quelquefois de moindres, dont nous n'étions pas tout-à-fait innocens ?
Mais en supposant un vrai zèle dans tous, et une conduite irréprochable, attendons , pour être connus, pour être justifiés du monde, que Jésus-Christ l'ait parfaitement été (1) ; et d'ici là , réjouissonsnous avec les apôtres , d'être parfaitement semblables à notre roi ; c'est notre gloire (2). Un chrétien, un apôtre ne peut , sans injustice et sans oublier ce qu'il est , en demander ou en attendre de plus grande.
TROISIEME POINT
Ce ?i est qu en-méprisant le monde que Jésus-Christ, les Apôtres et les Saints l'ont gagné, et que nous pouvons espérer de le gagner à Dieu.
Le mépris qu'en a fait Jésus-Christ , a soumis à son empire tant de têtes couronnées ; celui qu'en
(x) Christus nondùm vindicatus est.
{2) Liloriamur in iribulalionibus. Râm,
î 20 RETRAITE DE TRENTE JOURS.
firent les apôtres, les fit écoutera Rome, à Athènes, à Corinthe , des peuples les plus vains qui fussen* dans l'univers.
On allait visiter Antoine , Hilarion , les autres saints , dans leurs déserts ; les empereurs leur écrivaient des lettres honorables , parce que ces solitaires étaient jaloux de se tenir cachés. Quand les saints fuyaient le plus la cour, c'était alors qu'on s'obstinait à les y appeler , à les y retenir , à leur donner la confiance. Pour gagner le monde il faut mériter son estime , et lui donner de l'estime pour ce que nous voulons lui persuader.
Il ne nous respectera jamais plus que quand il sera bien persuadé que nous le méprisons sincèrement. L'estime même qu'il a de ses avantages, lui fait regarder comme des hommes tout divins , ceux qui n'en font aucun cas. Personne ne révère plus au fond du cœur un homme humble , qu'un homme superbe et orgueilleux. Les mondains , par la difficulté d'être humbles eux-mêmes , sont intimement persuadés que l'humilité ne peut être sans une éminente sainteté. Quant aux vérités que nous enseignons , on ne les estime qu'en nous les voyant pratiquer. Si nous avons du mérite d'ailleurs, on se persuade que nous n'agissons qu'avec connaissance de cause ; on s'aveugle d'abord sous le poids de notre autorité ; ensuite on écoute par religion ce qu'on a reçu d'abord par considération pour nous.
Fuyez donc , ouvriers évangéliques , fuyez le monde , et surtout un certain monde , le plus que vous pourrez. Outre le danger de vous y perdre , et dont il n'y a peut-être que trop d'exemples ; ou-
tre qu'en le pratiquant nous nous faisons trop connaître, et qu'on aperçoit que nous sommes hommes comme les autres ; outre ces raisons, dis-je , un certain esprit de contradiction fait quelquefois qu'on recherche ceux qui fuient ; et que Ton fuit ceux qui s empressent de se montrer.
Toutes ces visites , toutes ces attentions pour se procurer des connaissances et se produire dans le grand monde ; tous ces désirs , ces inquiétudes sur sa réputation , partent rarement d'un bon zélé et aboutissent souvent à notre confusion.
Quand la nécessité , la bienséance nous forcent a nous produire , qu'on voie qui nous sommes , et ne soyons que ce que nous devons être ; c'est par la que le monde se gagne.
De l'humilité , propre des hommes apostoliques. L'humilité ne se prend ici que pour les bas sentions qu un homme a de lui-même, et l'on peut distinguer trois degrés dans cetie sorte d'humilité
Le premier est : Je ne suis rien , je ne puis rien je suis moins que rien ; car j'ai été pécheur , je le suis encore , et je puis le devenir davantage : e le reconnais , je m'en humilie entre Dieu et moi ; mais je serais lâché que d'autres le sussent , que d'autres *e crussent, et qu'ils me traitassent sur ce pied-là.... ^e degré est assez commun , mais il est tres-bas , aussi , et trés-imparfait.
Voici le second : Je nesuis rien, je ne puis rien ; je le sais et je ne suis point fâché que les autres le
Retraite sp'tr t. Il n
sachent , ni qu'ils pensent de moi ce que j'en pense moi-même. Mais je ne serais pas fâché d'être quelque chose ; et si j'étais quelque chose, je voudrais aussi qu'on me rendit honneur. . . Ce degré est bien moins commun que le premier ; cependant il est encore exposé à de grandes illusions.
Voici donc le troisième : Je parais être quelque chose; tout le monde me dit que je suis quelque chose ; et moi je vois que je ne suis rien , et je suis bien aise qu'on m'oublie , qu'on me regarde comme rien , et qu'à Dieu seul soit la gloire de tout ce qui parait de meilleur et de plus excellent en moi. Ce dernier degré est le propre des hommes apostoliques. Nous considérerons , dans les trois points de la méditation,
1 .° Combien est juste et raisonnable cette disposition de cœur.
2.° Quelles bénédictions elle attire sur les hommes apostoliques.
3° De quels dangers elle les préserve.
PREMIER POINT
Combien cette disposition est juste et raisonnable.
En pouvons-nous douter d'abord , puisque c'a été la disposition de Jésus-Christ, celle des apôtres, et celle des grands saints dans tous les ordres et dans toutes les communautés ?
Celle de Jésus - Christ ; car, à moins de cette persuasion intime , comment aurait - il pu dire : Je ne suis rien de moi-même, et de moi-même je ne lais lien (1)? Sans cette persuasion encore , comment
(i) A meipso facio nihil. Joau, 8 , a8. Pater in me manens , t)>se facit opéra. IbicL 14.. to.
eût-il pu refuser les louanges et les applaudissemens qu on donna.t si justement etsi souvent à ses vertus? Pourquoi recommander le secret et prendre la fuite après ses miracles? pouvait -il craindre quelque chose de la vaine complaisance ? Il craignait donc uniquement qu'on n'attribuât à l'homme visible les grandeurs du Dieu invisible.
Ce fut encore la disposition des apôtres. De nousmêmes nous ne pouvons rien , disait saint Paul non pas même rien penser de bon de nous-mêmes ; tout ce que nous pouvons vient de Dieu; lui seul a pu nous rendre propres au ministère de la nouvelle alliance (1). Saint Pierre et saint Jean , après la *uérison de ce boiteux si connu dans Jérusalem , parlaient de même. Pourquoi vous étonnez-vous ou pourquoi nous regardez-vous , comme si c'était'par noire puissance ou par notre autorité que nous eussions fait marcher cet homme ? C'est le Dieu de nos pères qui a glorifié son fils Jésus (2).
Enfin , ce fut la disposition des hommes apostoli ques les plus illustres. Après des conversions innombrables et d'immenses travaux, on les entendait repéter, d'une manière et d'un ton bien propres à marquer qu'ils le croyaient : Je suù un servi- <e~<^- Hélas '■ « «'^ faut bien quej'aie fait ce quejedois ; mais je tâcherai de le faire. C'est après
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^sPatrum nostrorum glorifia fdiuln mum Jesum. JJj
l'avoir fait, si je suis assez heureux pour cela , que je le dirai encore : Oui , je suis un serviteur inutile. La raison de ces sentimens , c'est que, comme l'humanité sainte même ne pouvait rien du tout , en effet , qu'en vertu de son union avec la Divinité, de même aussi les hommes apostoliques ne peuvent rien que par leur union avec Jésus-Christ. Je suis la vigne , vous êtes les branches ; les branches ne peuvent porter de fruit qu'autant qu'elles sont attachées à la vigne , ni vous , qu'autant que vous êtes attachés à moi (1).
Qu'avez-vous donc que vous n'ayez reçu, concluait saint Paul ; et si vous l'avez reçu , pourquoi vous glorifier comme si vous ne l'aviez pas reçu (2)? Non, ce n'est ni celui qui plante , ni celui qui arrose, qui est quelque chose ; Dieu qui donne l'accroissement , est tout. J'ai planté , il est vrai ; Apollo a arrosé ; mais c'est Dieu qui a fait croître (3). La gloire donc, et toute la gloire lui appartient ; qu'elle lui soit toute rendue ; ce serait un larcin sacrilège que de vouloir la partager.
Nous dirons peut-être : Mais ne suis je pas fidèle à la grâce de mon ministère, et ne puis-je pas m'applaudir pour avoir été fidèle ? Je puis donc faire , je fais donc quelque chose , enfin , et je puis m'en glorifier.
(i) Palmes non potest ferre fructum, nisimanseritin vite y de
nec vos, mû m me manseriiis.... Sine me nihil potestis Jacerc Joan. x5, 4.
•a, Quicl liahes quod non accepisti ? Si autem accepisti , rjuid glorùms f/uasi non acceperis ?
(3 ) Neque qui plantât est aliquid , nequc qui rigat , sed qui m crementiim dut , Deus ; ego plantai, Apollo rigavit y sed Dem tnvementum dédit I. Cor. 3, 6, 7.
Cela peut avoir un bon sens , au regard des grâces du salut , des grâces de perfection et de sanctification personnelles ; encore , hélas ! qu'est-ce que notre coopération , si on la détache du secours de D.eu, qui commence, qui accompagne, et qui finit ? Mais il s'agit ici des grâces pour le salut des autres de ces grâces que l'on nomme gratuites (1) ; nous y pouvons cent fois moins encore.
Nous étudions , nous prêchons , nous exhortonsma.s croyons-nous que ce soit là ce qui persuade ' ce qui parle au cœur , ce qui convertit ?
Interrogeons ceux qui viennent à nous quelquefois ; qu ils disent ce qui les a touchés. Un sermon souvent, dont nous n'attendions aucun fruit ; un en' droitdu sermon qui nous paraissait simple, faible et que nous avions dessein de réformer ; une saillie hors d œuvre, peut-être, dans un égarement de mémoire. Samt François de Sales et saint François de Pau e 1 éprouvèrent, l'un prêchant devant le pape, et 1 autre à la cour de France. Le père de Lingendes apprit d'une dame, qu'un assez mauvais proverbe (2) qu, lu. était échappé en chaire , était ce
^Xlrmeat *°UChée- ^ cela, qu'on
Faudra-t-il négliger l'étude e. les préparations ?
Won mais on y comptera beaucoup moins que sur
la prière et sur l'union de la cause seconde avec £
œuT 1 C6nt f°1S «? étudiant on élèvera son cœur et ses yeus ^ ^^ dcg ^
caces.
(i) Gratiœ gratis datée.
GO Tout ce qui reluit n'est pas or.
L'étude et les préparations ne sont, tout au plus, a la conversion , que ce qu'est la matière et la forme par rapport à la grâce des sacremens. Dieu a voulu que ce fut la condition à laquelle la grâce fût attachée. La différence est que , par un pacte authentique , par un contrat solennel , il a attaché la grâce aux sacremens , autant de fois que le sujet serait disposé , au lieu qu'il n'a pas attaché de même la conversion et le salut à nos efforts. Aussi , sans de si beaux discours on convertit quelquefois, et plus souvent , avec les plus beaux discours , on ne gagne que de frivoles applaudissemens. On va en conversation , on va au confessionnal sans tant d'apparat ; c'est là, néanmoins, que se font les plus grandes conversions de grâce. Disons-le donc cent fois , et que ce soit un principe inébranlable : De moi je ne suis , je ne puis rien ; la raison , la justice nous y obligent.
SECOND POINT
Quelles bénédictions cette disposition attire sur les hommes apostoliques.
Les mêmes , à proportion , que sur Jésus - Christ et sur ses apôtres, l' empire des cœurs et l'empire de la nature , du moins lorsque cela est nécessaire à toucher les cœurs. C'est pour ces hommes véritablement humbles et vides d'eux-mêmes, que Jésus- Christ a dit : Celui qui croit en moi , c'est-à-dire , qui s'appuie sur moi , qui n'a de confiance qu'en moi , mais qui attend tout de moi , fera et tout ce que je fais, et de plus grandes choses encore que je
ne fais (1). Cela ne s'est-il pas accompli ? Quand es' ce que Jésus-Christ , comme Pierre , a converti des trois et des quatre mille hommes à la fois, ou quand est-ce que sa seule ombre a guéri toutes sortes d'infirmites ? Dieu confie volontiers ses plus grands trésors à l'économe fidèle qui ne détourne rien oui ne se réserve rien dans les moindres maniemens Mais s. 1 on a quelque complaisance dans de médiocres succès, si l'on ose penser ou dire : C'est moi qui a, converti ce pécheur, c'est moi qui ai sanctifié «juste ,.... comment espérer une administration plus importante (2)? Quel orgueil produirait la cor, version d un royaume entier , quand on peut s'en faire accroire pour avoir ramené quelques ame< égarées? On s'applaudit d'avoir obtenu, par s s
SU sf ré"SOn d'U" ma,ade ! ^lle tenla«°» lu" mort P ' °n "^ êUé" U" ™*ta ou ressusc,
Cet empire sur les cœurs et sur la nature , si marnes no M' S'T d6S S3intS ' Surtoutdès hommesapostohques, des saints Bernard, Antoine d, Pade Gae an Bernardin de Sienne , Vincent-Fer ner, Jean de Capistran, François-Xavier eîLl. jours, Régis , Vincent de Paul , etc. ; ce't empi e dis-je , nous ravit enadmiration ; nous avonTpe ne à croire ce qu'on en raconte. Mais pourquoi ^ d etonnemen ? C'étaient des homnL solide „ humbles c étaient les amis de Dieu ; ils étlnt les dépositaires fidèles de son pouvoir, ils éta e" grands à ses yeux , et petits à leurs propres jZ 0
mon Père ! Seigneur du ciel et de la terre , disait Jésus -Christ , je vous bénis de ce que vous avez caché ces grâces aux sages , et que vous les avez ré* vélées aux petits ; oui , mon Père , puisque c'est ainsi que vous en avez ordonné (1).
11 est vrai que la plupart , pour opérer ces merveilles , se servaient d'eau bénite , de crucifix , de médailles , de reliques , de l'huile qui brûlait devant le tabernacle ou au tombeau des saints. Mais c'était dans eux-mêmes une nouvelle marque d'humilité et de mépris de leur propre vertu , qui ne les rendait que plus dignes d'être exaucés , et souvent exaucés en faveur de ceux qui , doutant le plus de leur pouvoir et de ce qui s'en racontait , les avaient, pendant quelque temps , raillés et méprisés. Nous en savons plus d'une histoire.
Qu'on me donne un homme véritablement humble, et qu'on m'en raconte les plus grandes choses; je croirai tout, sans difficulté. Les promesses de Jésus-Christ sont certaines , enfin ; elles sont générales pour quiconque remplira la condition qu'il y a attachée. La condition, c'est la foi d'un homme mort à tous les sentimens d'orgueil (2). Que de miracles, invisibles au moins , manquons-nous de faire , faute d'humilité ! Etre humble , n'est rien en apparence; c'est beaucoup , si ce n'est pas tout en effet.
(i) Confiteor tibi , Pater, Domine cœli et terrœ, quia abscondisti hœc à prudentibus et sapientibus, et reueîasti eaparvulis : ita, Pater , quoniam sic fuit placitum witè te. Matth. il, 2 5.
[i Qui crédit in me , qui manet in me , opéra quœ ego faaa et ipse fouet s etc. Joan. ij. ï2.
SECONDE PARTIE. x^f.
TROISIÈME POINT
Dé quels dangers cette disposition préserve les nommes apostoliques.
» " Du danger de perdre tous leurs mérite* • ,,„
(l). lant d études, tant de courses tant A» sueurs et de fatigues , puis à la mor, ,e *rôuver les ffla,„s d de presqu ,outes s£s bon-er les
vre,(2) En rapportant à Dieu la gloire de tout mon dépôt est en des mains sûres (S) '
ftule, dans sa noble implicite, souffrait patiemment qu on lu, donnât des marques de la plu! pro fonde venératlon c J dj^1^-
queS.unsqui paraissaient scand ;q-'
vous que je m'y méprenne ou qu'ils s V méprennent • q- je pense que ees honneurs-là me regardent ou que les peuples, en rae Ies rendant; fjgS^
U»ffX*«*H, P«en, en depositum meun ^^ ^
li0„ l'homme humble souffre tout et fait profit de rt^aviervientauJaponeommeun^p-aet
à la suite d'un cavalier ; peu apra.,1 pam U^eour
de Bungo d'une manière tr.omphante (l) . tout cela
1Ul3e» Bélanger de tomber dans les pièges du dé-
, Ses Plus -ronds ennemis sont les hommes mon. Ses plus i rre
fi£ ST.1. q Ïî *~ —* ' M M réUf
faTtuere du ' d'artifice ; et dans la confiance de
eurmèUe,dtrouvedequoiles»romper,les30uer
"perdre. Ainsi, à ce sohtaire qui ava,tguer> quel- "es malades, d fait croire qu'il pouvait se jeter dans un précipice, et que les anges le soutien- 2 a^nt à cet autre, qui avait vécu chaste jusqu a tSSUt ans, il Pe-ada qu'd pouva, retem une femme chez lui , sans danger. Lun se busa tout le corps ; l'autre perdit, dans une : nuit, le fruit de pus d'un demi-siècle d'austérité,. L'homme vedatent humble , m - il des miracles pour au,
et toute sa sûreté (1).
• f crinhilhatcm ver infamiami et bonamfamom