‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 9 sur 116 · II. Cor. 6, 8. . *«««# immaculatam viasn · texte numérisé non relu

II. Cor. 6, 8. . *«««# immaculatam viasn

(ADeus qui prœcinxit me virtute , et posait imma

Du mélange de la confiance et de l'humilité dans les hommes apostoliques.

tinnT? ttléditalion-ci »'«* guère qu'une répétition de la dernière que nous avons faite. On se fortifie dans le goût des mêmes vérités , par la considération des trois faits particuliers, rapportés dans 1 Evangile, et dont les diverses circonstances doivent inspirer de plus en plus les sentimens d'une humilité profonde , mais toujours soutenue d'une parlaite confiance, surtout en trois manières.

PREMIER POINT

Humilité mêlée de confiance au temps du travail.

Le premier fait est tiré du chapitre cinquième de saint Luc ; c est la fameuse pèche de saint Pierre.

l-ierre et ses compagnons avaient travaillé toute la nuit, sans rien prendre (1) ; à l'ordre de Jésus- Christ, ils jettent le filet (2), et ils prennent une si grande multitude de poissons, que le filet se rom- Pf» (3) ; ils sont obligés d'appeler des pécheurs dune autre barque, pour les aider (4); ceux-ci ■approchent, et ayant amené le filet , il s'y trouve de quoi remplir les deux barques, en sorte qu'elles

S PrT T" n°Cten Manies . "ihu cepùnu,.

4 27 tU° laXah° "**-& R^baturrete eorum

j32 RETRAITE DE TRENTE JOURS.

paraissent devoir s'enfoncer (1). Alors Pierre, conv me extasié, se jeta aux pieds du Sauveur (2). Que de vérités instructives et consolantes ! 1 .■ Sans un secours spécial de Dieu, on ne réussit guère, même dans les entreprises les plus naturelles ; on ne pêche rien , quoiqu'on se donne beaucoup de peine (3). Combien plus dans cette pèche mystérieuse où il s'agit d'attirer les cœurs , de gagner les cœurs ! L'homme n'y peut rien ; recourons donc à Dieu, à Dieu seul, souvent à Dieu. 2.° Quand on obéit à l'ordre de Jésus-Christ , qu'on parle, qu'on exhorte avec confiance en Jésus-Christ, la pêche, le succès surpassent ordinairement de beaucoup les espérances. On en est étonné comme les apôtres ; on ne conçoit pas comment cela a pu se faire. On se demande : Stérile en bonnes œuvres, avec si peu de capacité et de talens , d'où me sont venues tant de bénédictions (4) ?

3° Quand le travail est grand, n'avoir point la folle vanité de vouloir tout faire ; souffrir que d'autres partagent avec nous la gloire et le mérite. Sans secours , le filet se romprait peut-être , et ce que l'on croit le mieux tenir échapperait.

Dieu est ennemi de cette mauvaise émulation qui fait abandonner une partie du bien, et aimer mieux que le bien ne se fasse pas, que de le voir faire par

(i) Implorant ambas naviculas , ita ut pêne mergerenlur.

(2) Exi à me , quia homo peccator swn y stupor enim circumdederat eum. Lue. 5, 8.

(3) Nisi Dominas œdificaverit domum. Ps. i, 26.

m Quù genuit mihi istos ?..-. Ego sterilis et non panens.... et

tstos^uis enutrmt ? et isU ubi erant ? b 4fc »«•*. Dextera

tua , Domine , fecit viitutem P* n:.i6-

ceux qui ne sont pas avec nous (1). Xavier invitait aux Indes les jeunes hommes de l'Université de Paris. Quelques-uns , dit saint Paul , ne prêchent que par jalousie contre moi, je le sais; mais que m'importe, pourvu que Jésus-Christ soit connu enfin ? je* suis content et je le serai toujours (2).

4.° Dans le redoublement du succès , redoublement d'humilité. Aux pieds de Jésus-Christ : Seigneur, je ne suis qu'un pécheur , retirez -vous de moi ; il ne se retirera pas ; au contraire , parce que vous sentez votre néant , je vous emploirai davantage (3).

Si nous gagnons si peu , c'est toujours parce que nous manquons par quelqu'un de ces endroits. Faisons-y réflexion ; confondons-nous sur le passé, mais réglons-nous pour l'avenir.

Humilité mêlée de confiance, au temps de la contradiction.

Le second fait est tiré du chapitre huitième de saint Luc et de saint Matthieu ; c'est une temptie apaisée.

Les apôtres passaient la mer dans une barque ; Jésus -Christ était avec eux, mais il dormait. Un orage s'élève ; leur travail , leur industrie deviennent inutiles ; ils éveillent Jésus-Christ ; il dit une

(i) Utinam omnes prophetent !

(2) Quidam propter invidiam et contentionem.... Christumprœ dicant... Quidenim? dùm omni modo Christus annuntietur ? In hoc gaudeo , sed et gaudebo. Philip, i , i5, 18.

(3) Ex hocjam homùies erù copient. Luc. 5 , 10.

parole et la mer se calme aussitôt : appliquons encore ceci.

l.° La vie de l'homme, en général, est exposée à de rudes combats, à d'affreuses tempêtes (1). Il faut s'y attendre , il faut s'y préparer ; on en est moins étonné, moins frappé (2), Mais la vie des hommes apostoliques a ses contradictions particulières de la part des démons , et de ceux qui ( peut-être sans y faire réflexion) sont d'intelligence avec eux. Saint Paul s'en plaint en plus d'un endroit , et souvent la persécution venait d'où il devait moins l'attendre (3). Combien de saints blâmés par d'autres personnages, respectables d'ailleurs, mais prévenus et trompés î On écrivit plus d'unefois, des Indes à Rome , contre saint François-Xavier ; le bienheureux Régis souffrit beaucoup de ses supérieurs mêmes : le P. Surin a été traité long-temps comme un fanatique. Le particulier souffre du mal qu'on fait à son corps, et le corps, de la mauvaise conduite du particulier. Si nous ne souffrons rien , n'est-ce pas que le monde, le démon nous méprisent, ou qu'ils ne nous craignent guère ? L'enfer ne verrait pas tranquillement qu'on lui enlevât ses conquêtes : l'Eglise, toute gouvernée qu'elle est parle Saint-Esprit , s'estvue mille fois comme près de périr; les cèdres ont été ébranlés. Les saints, frappés, calomniés, emprisonnés , combien de fois durent - ils se croire perdus! Que doivent attendre les moindres arbres, si ce n'estpeut-être qu'ils donnent moins de prise? Enfin, la maxime est générale : tous ceux qui voudront

(î) Militia est vita bornais super terram. Job. 7 , î,

(2) Minus jacula feriunt quœ prœvidentur.

(3) Infalsisjratribus. II, Cor, et , a6.

vivre dans la piété , selon l'esprit de Jésus-Christ, souffriront persécution (1). Encore une fois donc , attendons-nous-y ; n'espérons point de privilège.

2.° Dans l'orage, les efforts humains presque toujours sont inutiles ; en se défendant on irrite ses ad^ versaires ; une apologie modérée donne lieu à de plus terribles instances ; on réplique , mais on ne finit jamais. Tout se rassemble contre la partie faible ; ce n'est pas assez que vous passiez pour coupable, on veut encore que vous en conveniez

3.° On a recours à Jésus-Christ, mais il dort ou il paraît dormir ; on persévère ; enfin il s'éveille , et d'un mot il conjure la tempête. On ne saurait dire comment cela s'est fait , mais on se trouve délivré. Vous avez vu l'iniquité de mes ennemis , disait Jérémie ; vous avez été témoin de leurs fureurs contre moi , de leurs desseins hypocrites ; vous avez ouï leurs paroles insultantes ; je suis devenu le sujet de leurs chansons ; un déluge d'eau s'est répandu sur ma tête ; j'ai dit : Je suis perdu ; mais j'ai invoqué votre nom du profond de l'abime , et vous avez entendu ma voix, vous vous êtes approché de moi, vous avez dit : Ne craignez point ; vous ave* pris ma défense, Seigneur , vous m'avez rendu la vie (2). Lisons l' histoire ecclésiastique ; de quelles persécutions Dieu n a-t-il pas délivré les chrétiens ,

(i) Omnes qui pie volunt vivere in Chrislo Jesu , persecutionem patientur. II. Tim. 3 , 12

(2) Vidisti inicjuitatem illovum omnem furovem umuer-

sas cogitations eorum Ego sum psalmus eorum cantwum

eorum totd die Inundauerunt aquœ super caput meum; dixi :

perii; ùwocavinomen tuum de lacu novissimo ; vocem meam audistL... appropinquastl... et dixisti : ne timeas ; judicasti causant animes meœ , vedemptor vitœ meœ.Tkv 3. 14. 5a, etc.

en tout temps en tout lieu ? combien de fois furent- .1» comme a deux doigts de leur perte ! Les princes païens semblaient avoir conjuré'leur 22" ment et ne cessèrent pas de les persécuter assez long-temps; mais enfin tout s'évanouit, et s'„ e„ resta quelque chose, ce ne fut que ce qJu f ,a" pour es «e„,r toujours dans l'humilia dans e respect; ou s, quelquefois les choses allèrent .lu lom , combien alors de consolations de la par e Dieu et des hommes, etde ceux mêmes qui d'enne m.s déclarés, devinrent des amis conslns- Est i, - -seul s,écle, un seul saint qui ne puiss se^'d témo.gnage et d'exemple à cette vérité? Au souve n,r donc de ces changemens souvent i„espérés qn, t.nren, du miracle, ce serait être bien Sei b.enaveug,equede se défier jamais delà p°rotec tonde Dieu. Les annales ecclésiastiques n'en font mennnn que comme autrefois celles des Israélites pour que les «dans apprissent de leurs pères à s'a'

Dans cette conduite de Dieu, générale et univer selle , reconmussonsles ressorts de la sagesse d'en

persécution, la contradiction ; ne nous ,'ft.s

dons en silence, tant qu'elle dure le saut 1 vient de Dieu (2). ' alut <1U1

(i) Quanta mandas* patribus nostrù nota facere enZV •

ut cognoscat generatio altéra. Filii auTZc^r "•?""" > et navrabuntfiliis suis , ut ponant in ni Cnh" > Ct argent , rn\ d n ponant m Ueo spem suam Ps ~-

00 Bonus est Dominas sperantibus in eum Pn '

rolari cum silentio salutare Dei. . Th 3 ^ ^ v "' Prœ$' spe eritfonkudo vtstra. U. 3o, i5. ' '//e^'° et in

TROISIÈME POINT

Hîimilité mêlée de confiance, au temps du danger.

Le dernier fait est tiré du chapitre quatorzième de saint Matthieu. Pierre voit Jésus-Christ qui marche sur les eaux ; il veut le suivre , il en demande permission et l'obtient. D'abord il avance d'un pas ferme, mais un moment après il enfonce : d'où vient cette différence ?

C'est que d'abord il eut de l'humilité et de la confiance ; n'oser marcher sans ordre, c'est humilité ; avec ordre marcher , c'est confiance. Tant que l'un et l'autre durent, il se sent soutenu , et les flots obéissent à ses désirs.

Mais peu après, conservant l'humilité, il perd la confiance , il craint ; ce peut être humilité ; mais il oublie que Jésus-Christ est là , c'est défiance. Incontinent la mer s'ouvre sous ses pas , et si Jésus- Christ ne lui tendait la main , il serait perdu. Deux grandes régies donc. Jamais ne nous exposer ni à aucun ministère , ni aux dangers d'aucun ministère , de notre propre mouvement ; tout au plus , déclarer les vues de notre zèle , mais attendre que la voix de Dieu nous détermine. La mer la plus formidable n'est pas plus exposée aux naufrages que celle sur laquelle nous avons à voguer ; et combien s'y sont perdus ! Nous ne sommes ni plus pieux que David , ni plus sages que Salomon , ni plus forts que Samson ; ils périrent pour s'être jetés dans le péril. Ne comptons point sur nos dispositions présentes ; un mauvais moment peut les faire changer; le calme même , la fausse sécurité est comme un pronostic de la prochaine tempête. Mais, exposés

par le commandement de Jésus-Christ, hommes de peu de foi , pourquoi douterions - nous ? Une mer tranquille ne peut pas plus nous soutenir qu'une mer orageuse ; il faut des miracles pour l'un et pour l'autre ; mais le second ne coûte pas plus à Dieu que le premier ; s'il a fait F un , espérons l'autre; ne pas l'espérer , c'est faire peu d'honneur à sa bonté, à sa puissance ; c'est mériter qu'il nous abandonne(l).

Il est vrai que la présomption mérite plus d'abandon qu'un peu de défiance. Pierre enfonce quand il tremble , mais Jésus-Christ vient à son secours (2). Le juste milieu se trouve dans la disposition du Roi prophète, au psaume 90 (3). Faisons-en notre entretien le reste du jour ; recourons - y dans toutes nos défiances , mais pensons bien à qui sont faites les promesses : à celui qui s'établit en Dieu , qui fait sa demeure en Dieu, qui n'en sort jamais que par l'ordre de Dieu même. La terre ni l'enfer , l'artifice ni la violence , la multitude ni la malice de ses ennemis , ne lui pourront jamais nuire.

(i) Modicœ jldei , quare dubitasti ? Matth. 14, 3i.

(2) Extendens manum , appréhenda çum. Matth. 14, Si*

(3) Qid habitat in adjutovio Altissimi. t's. 90.

Seconde partie. 139

Sur la résignation aux ordres de Dieu , que doivent avoir les ouvriers de l'Evangile, à l'exemple de Jésus Christ , des jdpôtres , et des hommes apostoliques.

Résignation , dis-je , aux ordres de Dieu :

1.° Dans le partage inégal des talens naturels ou surnaturels.

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