TREIZIÈME RÈGLE TEXTE
On peut aussi comparer le démon à un séducteur qui en veut à une fille bien élevée , ou a l'épouse d'un homme de probité et de crédit. Son premier soin est de tenir secrets ses pernicieux desseins , et d'empêcher, sur toutes choses, qu'ils ne viennent , par la fille , à la connaissance du père , et par l'épouse, à celle du mari, sachant bien que la manifestation de son entreprise la ferait échouer. De même , le démon veut - il tromper une ame et la perdre , il songe , avant tout , à faire en ^orte que toutes ses suggestions demeurent secrètes j et sa plus cruelle peine est de voir qu'on découvre tout son intérieur à un directeur ou à un confesseur éclairé , et par là capable de renverser tous ses projets.
NOTE
Il est utile de ne rien cacher de son intérieur à ceux qui sont chargés de le conduire. Il l'est même aux plus parfaits , parce que leurs voies sont assez obscures , comme on le verra dans la seconde partie du discernement ; outre que si ceux qu'ils consultent, pensent comme eux, deux sentimens rassurent plus qu'un seul. Mais , pour les personnes qui commencent à découvrir leur intérieur, ce n'est pas seulement une chose utile ; elle est indispensableîient nécessaire , à cause de leur peu d'expérience et du besoin qu'elles ont d'être soutenues et fortifiées. C'est elles que regardent directement et personnellement ces paroles de Cassien : Le démon n'a point de moyen plus sûr pour prendre un religieux,
que de lui persuader de négliger les avis des gens pleins d'expérience , et de s'en tenir à son propre jugement (1).