‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 2)Chapitre 96 sur 116 · QUATORZIÈME RÈGLE TEXTE · texte numérisé non relu

QUATORZIÈME RÈGLE TEXTE

Enfin , le démon est semblable encore à un eénéral d'armée , qui , pour prendre une place qu'il attaque , et la saccager ensuite , s'étudie , en sondant le terrain et en s'approchant des murailles , à en bien reconnaître les endroits les plus faibles. Ainsi le démon rôde , pour ainsi dire , autour de nous, et s'instruit avec habileté quelle force de vertus naturelles et surnaturelles nous avons ou nous n'avons pas ; et c'est toujours contre ce qui est le moins défendu , qu'il dresse ses batteries, et par là qu'il espère nous surprendre.

NOTE

Un seul endroit faible et mal gardé suffit à l'ennemi pour s'introduire dans les meilleures places. Une seule passion , dont on ne se défie pas , suffit de même pour causer la perte d'une ame. Quelle vigilance donc ne faut - il pas avoir ! Vigilance continuelle , vigilance universelle , vigilance , et contre la violence , et contre les artifices. Mais comment garder une place ouverte de tous les cô~ tés , un cœur qui n'est en garde contre aucune passion? Au reste , par toutes ces comparaisons on veut montrer Terreur de ces esprits forts , qui pen-

(i) NuUo o.lio vitio tam prœcipûem diabolus monachum pertrahit ac perducit ad mortem , quhm cùm , neglectis seniorum con-si'hïs , suo eum iudicio ztsrsuaserit definitionjcjue confvlere.

sent que le démon n entre guère dans le mal que nous faisons. Chacun , il est vrai , est son démon à soi-même ; mais le mal que nous pouvons nous faire, n'empêche pas celui que le démon nous fait , autant qu'il peut. C'est le sentiment de saint Paul, qui , dans la comparaison de l'un et de l'autre , compte pour rien les combats de la chair et du sang (1).

RÈGLES

Qui ont rapport surtout à la seconde partie des Exercices.

Saint Ignace , en parlant des premières règles que nous venons d'expliquer, les appelle seulement, Règles pour discerner de quels esprits, bons ou mauvais , viennent les mouvemens divers qui s'excitent dans Vame. Mais ces secondes règles , qu'il nous faut expliquer maintenant, il les appelle, Règles utiles pour un discernement plus exact encore et plus parfait des divers esprits.

Cela signifie que les premières sont absolues, et qu'on peut les suivre sans aucune crainte de se tromper, et que les secondes sont bonnes et utiles , sans qu'elles aient en toutes choses le même degré de certitude que les premières, ou du moins que l'usage et l'application en est beaucoup plus difficile. La différence vient de ce que les premières apprennent à combattre le démon , lorsqu'il attaque

(i) Non est nobis colluctatio adversùs carnem et sanguinem , sed adversùs principes et potestates,.... Contra spiritualia nequi* tics in cœlestibus. Eph. 6 , 12.

d'une manière grossière, ou qu'il sollicite ouvertement au mal ou à ce qui conduit au mal ; au lieu que les secondes apprennent à connaître ses artifices lorsqu'il sollicite au mal sous les apparences du bien. Satan, à force découverte, ne peut guère inspirer que de l'horreur et de la crainte. Satan masqué est , comme parle l'Ecriture , transformé en ange de lumière , pour se faire écouter et se faire suivre plus aisément. Ainsi , les premières conviennent , et on peut les appliquer , ainsi que nous l'avons remarqué , à ceux qui sont dans la première partie des exercices , c'est-à-dire , à ceux qui commencent, et qui ne se proposent encore que de purifier leurs âmes de leurs mauvaises habitudes, et de se fonder dans la crainte de Dieu et dans l'horreur du mal; au lieu que les secondes ne doivent se donner qu'à ceux qui ont déjà quelque expérience des choses spirituelles, et qui s'appliquent sérieusement à l'acquisition des vertus , parce que leurs tentations les plus ordinaires et les plus à craindre ne sont guère que de prendre le mal pour le bien , et e faire l'un en s'imaginant faire l'autre. On dit encore que ces règles -ci ont de la sublimité et de la subtilité , par où l'on semble avertir que bien des gens n'en sont pas capables.

Nous ne les expliquerons donc qu'autant précisément qu'elles peuvent nous être nécessaires et véritablement d'usage ; et si jamais le besoin venait d'en savoir plus, ou pour nous-mêmes, ou pour les autres , nous pourrons avoir recours aux livres que nous allons marquer.

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