‹ Œuvres spirituelles du P. Judde (volume 3)Chapitre 13 sur 23 · SUR LE RESPECT HUMAIN · texte numérisé non relu

SUR LE RESPECT HUMAIN

PREMIÈRE EXHORTATION

Faiblesse et crime de ceux qui se laissent conduire par le respect humain.

Qui confitebitur me coràm hominibus , confitebor et ego eum coràm Pâtre meo qui in C'œlis est ; qui autem rtegaPtmt me coràm hominibus, negabo et ego eum coràm Pâtre meo qui in Cœlis est

Quiconque se dédar ra pour moi devant les hommes, je me déclarerai pour lui devant mon l'ère , qui e^t dans le Ciel ; mais quiconque aussi me désavouera devant les hommes, je le désavouerai devant mon Père , qui est dans le Ciel. Malth. 10, 32.

Etre timide à faire le mal , avoir peur d'être apctçii et découvert lorsqu'on est résolu de le commettre , rougir de honte et aller se cacher après l'avoir commis, ce sont des sentimens naturels que Dieu nous a donnés, comme autant de barrières contre le vice ; et si nous ne craignions les hommes qu'en de pareilles occasions , le respect humain serait ou une vertu , ou la plus sûre défense de la vertu.

Mais quel contraste étrange , et à quoi peut-on l'attribuer? Au lieu que , dans les premières années de la vie , lorsque la nature agit encore toute seule ,

nous ne craignons que de paraître méehans et vicieux ; des que la raison commence à prendre le dessus, il semble que nous craignions également d'être vertueux ou vicieux : disons mieux, quel renversement étrange ! mille gens se font un front d'airain contre celle pudeur naturelle qui fail rougir du crime , et il en est très-peu qui ne conservent jusqu'à la mort quelque chose de celte mauvaise honte qu'on a de paraître pratiquer la vertu.

Qui d'entre nous n'est pas souvent inquiété , troublé , combattu de ces funestes pensées : si je me don ne à la haute piété , si je sers Dieu hautement , si je ne suis pas l'exemple fies imparfaits , que je n'entre pas dans leurs petites parties : que je ne rompe pas, a cet égard , toute société avec eux , et que je n'applaudisse pas à leur conduite et à leurs maximes relâchées ; en un mot , si je suis ce que je dois être , ce que la grâce, ce que ma conscience, ce que mes supérieurs et mes directeurs me répèlent sans cesse ce que je dois être, que pensera-t on , que dira-ton? Quoiqu'il soit humiliant d'être agité et ébranlé de ces sortes de pensées , ce ne serait encore que le moindre mal ; mais n'anive-t-il jamais qu'on écoute ces pensées, et qu'on succombe à leur imporlunilé et à leur force , ce qui est inconcevable ?

C'est donc contre cet esclavage du respect humain, contre celte tyrannie des hommes qui veulent dominer notre raison, notre vertu, notre foi, notre religion, que j'ai dessein de vous armer aujourd'hui , et ceux qu; doivent bienlôt sortir d'ici , et ceux qui doivent y rester encore : ceux-ci ne feront jamais aucun progrès solide dans le bien; ceux-là , en fort peu de temps , perdront tout r,e qu'ils auront

pu acquérir de bon, s'ils ne se mettent au-dessus de ces malheureuses considérations du respect humnin. Ceux qu'on regarde comme les plus accomplis, les plus aimables , en ont peut-être plus besoin parce que ce sont les plus complaisans. Chaque naturel a son faible, comme chaque fruit a son ver, le faible des beaux naturels est une certaine mollesse qui les empêche d'oser dire wm , quoi que ce soit qu'on leur propose ; ce fut, selon saint Augustin, la première cause du péché d'Adam , comme nous l'avons dit ailleurs, il ne put se résoudre à contester, à affliger Eve, sa compagne fidèle et bien-aimée ; noluit contristari delicias suas. Fussiezvous donc aussi parfait que le premier homme dans l'état d'innocence ; n'eussiez-vous point péché dans Adam, comme l'on parle, le respect humain suffirait seul pour vous perdre.

Je réduis à deux points tout ce que je dois vous dire sur celte importante matière.

Le respect humain est le vice des enfans , des personnes qui ne se gouvernent que par imagination ; il est temps que nons devenions hommes , nous autres , et que nous nous conduisions par sagesse et par raison : ce sera le premier point.

Le respect humain est le vice des âmes faibles, des personnes qui n'ont qu'un christianisme douteux et chancelant ; notre vocation demande que; nous soyons les disciples déclarés de la religion que nous en soyons les prédicateurs, les apôtres, les appuis , les défenseurs , et , s'il est nécessaire ,' les martyrs : ce sera le second point.

Mon intention est de vous détromper aujourd'hui sur ce point que le respect humain a de faux et d'i-

maginaire, et de vous fortifier contre ce qu'il peut avoir de véritable et de réel.

PREMIER POINT

Craindre sans aucune raison , et n'avoir pas assez de résolution pour passer par-dessus ces craintes mal fondées ; au contraire , ne pas craindre où il faudrait craindre , et n'avoir pas assez de discernement pour apercevoir et appréhender le mal où il est véritablement et réellement , c'est le propre des enfans et de toutes les personnes dans qui l'imagination et les sens dominent presque toujours , au préjudice de la raison.

Ainsi , nous voyons qu'un masque , une statue , une peinture hideuse , un cadavre sans mouvement et sans vie , un animal à l'attache , une ombre , quelquefois les effraient , tandis qu'ils manient froidement une arme à feu , un glaive à deux tranchans , et qu'ils jouent avec tranquillité sur le bord d'un puits ou d'un précipice , où s'ils venaient à tomber, ils seraient perdus sans ressource : cela s'appelle une véritable enfance, une conduite digne de compassion , et cela ne peut s'appeler autrement. Or , c'est là précisément le caractère du respect humain ; craindre ce qui ne le mérite en aucune manière , et ne pas craindre ce qui le mérite infiniment.

On craint , dis je , ce qui certainement ne le mérite pas ; car en réduisant les choses à leur juste valeur, si nous sommes recueillis, modestes, réservés , respectueux envers nos supérieurs , appliqués h nos études, à nos dévotions, à nos autres devoirs, fidèles à bien garder nos règles , que craignonsnous , qui craignons-nous ?

Je ne parlerais pas peut-être tout-à-fait ainsi aux personnes du monde ; il se trouve , dans le siècle des ennemis déclarés de la vertu , sans crainte de Dieu, sans religion ; c'est assez pour attirer leur indignation , leur colère , leur persécution , que de ne pas applaudir à leurs désordres, ou de les condamner simplement par un genre de conduite opposé ; et comme ce peuvent être des personnes d'autorité des gens en place , on peut à litre seulement d'hommes vertueux , en craindre d'assez mauvais services dans l'occa ion.

Mais nous , que pouvons-nous craindre ? tout au plus quelque signe d'indifférence et de froideur quelque petite raillerie, quelque plaisanterie, qui ne signifie rien et qui n'aboutit à rien ; Noire-Seigneur disait à ses apôtres , que toute la persécution des hommes ne leur ferait pas perdre un seul cheveu de la tête : Capillus de capite vestro non peribit{\); il ne voulait pas dire, qu'ils ne dussent rien souffrir pour la défense de son nom et pour les intérêts de sa gloire, puisque, peu auparavant, il leur avait prédit qu'on ne garderait avec eux aucune mesure , qu'on les dépouillerait de leurs biens , qu'on leur ôlerait l'honneur , la liberté, la vie même , et que leurs amis et leurs parens les plus proches, leurs frères, leur propre père, seraient leurs plus mortels ennemis ; il voulait dire simplement que tout ce qu'ils pourraient perdre dans ces glorieux combats , serait mis en réserve dans les trésors de Dieu et rendu un jour avec usure.

Pour nous, c'est à la lettre qu'on peut nous dire que nous ne risquons rien , non pas même un che- (i) Luc. ai, 18.

veu , à bien remplir nos devoirs ; car , comme dit l'Imitation , que sont toutes les paroles des hommes, que des flèches impuissantes qui frappent l'air et qui vont se perdre dans les nues ? Fer aerem volant, et lapident non lœdunt (t). Ce sont des épées , si vous voulez encore , mais des épées de plomb , qui plient «à la première résistance , et ne sauraient faire de plaies mortelles ni profondes [2,. Voilà ce que nous craignons , cependant ; et de qui craignons nous ces sortes de mépris et de paroles volantes? De gens de qui nous n'avons rien à espérer ni rien à craindre ; gens que souvent , au fond du cœur, nous n'estimons pas , et qui ne mentent guère , en effet, que nous les estimions; ce sont quelquefois deux ou trois jeunes hommes sans sagesse, sans expérience, sans jugement, sans conduite ; gens â qui nous nous garderions bien de confier un secret , de qui nous ne nous aviserions jamais de prendre conseil dans une affaire d'importance ; gens que nous ne mettrions pas en place , que nous ne voudrions pas qu'on employât , si Ton nous consultait et qu'on nous obligeât de dire notre avis , en honneur et en conscience ; nous les connaissons trop. Ajouterai-je encore , gens peut-être qui nous estiment à proportion que nous savons les mépriser , et qui ne sont pas tant peines de voir notre régularité et notre sagesse , qu'ils sont jaloux de ne pouvoir atteindre jusqu'à notre vertu , et fâchés que notre vertu soit une espèce de censure et de condamnation de leur dérangement ; car je les défie , au fond , de ne pas estimer la vertu, dans le temps

(i) Imit. 1. 3, c 46, v. i.

(a) Sagillœ panulorum faclœ sunt plagce eorum. Ps. 63, 8.

même qu'ils ne la pratiquent pas: il faudrait dans eux un renversement de sentimens et d'idées , dont il n'y a que des hommes livrés depuis long temps à leurs sens réprouvés , qui soient capables, et c'est ce qui, grâce au Seigneur, ne se trouve jamais ou se trouve rarement ; bientôt on découvrirait ce qu'ils sont, et on leur rendrait toute la justice qu'ils méritent , s'ils ne se la rendaient pas eux-mêmes. A la vérité , si nous étions bizarres , impérieux , critiques, médisans , sous un extérieur d'ailleurs composé et réformé ; si, dés le jour que nous faisons profession d'être plus religieux , oubliant ce qu'il nous en a coûté pour le devenir, et combien de temps nous avons eu besoin que Dieu et les hommes nous souffrissent avec patience , nous voulions d'abord nous mêler de faire des lois au genre humain et de réduire tout le monde à nos devoirs et à nos manières , je comprends qu'on pourrait nous mépriser , et certes nous le mériterions un peu ; mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Nous parlons d'un homme qui est ce qu'il doit être , qui fait ce qu'il doit faire , à petit bruit et sans se mêler de la conduite de personne , à moins qu'il ne s'en trouve personnellement chargé ; d'un homme plus charitable encore que régulier et mortifié , ou plutôt qui sait , pour première régie et première mortification , être honnête , officieux , charitable ; je le répète ' pût-on, a l'extérieur, lui marquer quelque petit mépris , je défie qu'au fond du cœur on ne l'estime pas , et qu'avec un peu de temps même on ne vienne pas h le respecter , à l'aimer , et peut-être à vouloir l'imiter.

Cependant , dites-vous , n'est-il pas toujours tris-

te et desagréable de faire parler de soi? Autre réflexion d'enfant , antre chimère , de vouloir empêcher qu'on ne parle ; de façon ou d'autre soyons persuadés qu'on parlera toujours: les uns parlent, parce qu'ils n'ont pas grand1 chose à faire ; les autres , par légèreté et simplement pour se divertir. Et quand l'homme perdra-t-il celle inclination , toute mauvaise quelle est, à juger de tout, a dire son sentiment sur tout , particulièrement dans les sociétés où Ton ne manque pas d'esprit et de vivacité? El en effet , quelqu'un est-il exempt de cet'.e espèce d'épreuve? ne dit on rien de ceux qui sont irréguliers , de ceux qui s'écartent du devoir ? quand vousmême vous fuies de ce nombre peut-être , pûtesvous vous imaginer qu'on n'en dirait rien ; et si la charité empêcha de parler, put-elle empêcher qu'on ne pensât , qu'on ne soupçonnât des choses assez désavantageuses? Or, ne vaut-il pas mieux faire parler de vous en bien qu'en mal ?

Mais c'est , avons-nous dit , l'autre désordre du respect humain. On craint ce qui ne mérite pas d'être craint , tandis qu'on ne craint pas ce qui mérite de l'être.

En effet , quand je combats le respect humain ; quand je voudrais vous mettre au-dessus des réflexions et des discours des hommes , n'allez pas croire que ce soient les discours et les pensées de toutes sortes de personnes que je veuille ou que je puisse vouloir que vous méprisiez ; à Dieu ne plaise ; ce serait le comble de l'endurcissement et de l'impudence de se roidir contre les jugemens et contre les reproches de ses supérieurs , des personnes saintes , vertueuses , raisonnables ; je veux

"*k* EXHORTATIONS

qu'on craigne ceux-là , qu'on craigne leur senti ment, qu'on soit jaloux même de 'leur approbation , qu'on les craigne, dis -je, non pas précisément parce qu'ils parlent , mais parce qu'ils oarlent sagement. El qu'on n'aille pas dire , ce qui serait une nouvelle enfance ; Je n'attends rien de qui que ce soit ;je ne fois pas ma cour , je ne veux plaire à personne. Ceux qui parlent ainsi, ou bien n'y réussiraient pas , peut-être, quand ils l'auraient entrepris, ou bien , dans la rencontre du plus petit intérêt, ils ne se souviendraient plus de ces insolentes bravades ; on n'en voit point qui , de ces hauts et beaux sentimens , ne descendent aux plus grandes bassesses , dans le besoin: il est une manière noble et digne des plus grandes âmes , de faire la cour : c'est de suivre une conduite irréprochable de se rendre utile et nécessaire , et de s'attirer l'estime sans la chercher.

Mais remontons plus haut; le souverain désordre, la contradiction la plus insoutenable du respect humain, celle qui , par conséquent, montre le plus d'enfance, le moins de raison et de sagesse, c'est de craindre les hommes et de ne pas craindre Dieu ; d'appréhender leurs discours, leurs mépris, et de n'appréhender pas l'indignation et la colère de Dieu ; car , que peuvent attendre , je vous prie , d'un Dieu si grand , si jaloux de son rang et de sa gloire, ceux qui n'ont point honte de lui préférer d'indignes créatures ? A qui m'avez - vous fait ressembler, à qui m'avez-vous égalé et comparé (1) ? Vousdil.s : Si je n'entre pas dans les idées des hommes, si j'ai le malheur de leur déplaire , que (») Cuiassimilastisme, et adœcjuastis , et comparastis me ? Is.46, 5.

ruseront-ils , que diront-ils ? Mais si vous avez le imalheur de déplaire à Dieu , que pensera-1-il , que idira-t il ■ ajoutez encore , que fera-t-il ? Ce qu'il fera ? il vous Ta cent lois déclaré : des le temps présent , il couvrira de confusion ceux qui l'auront méprisé ; il renversera leurs projets de vanité les mieux concertés; il se servira , pour les faire tomber dans Topprobre , des mêmes moyens dont ils attendaient leur gloire cl leur élévation : il brisera les os de ceux qui cherchent à plaire aux hommes: il les couvrira de confusion (l). Ce qu'il fera ? au lieu d'un Dieu si grand, et qu'il leur eût été si glorieux et si doux de servir , il les livrera au pouvoir d'autant de lyrans impitoyables, qu'ils se seront voulu faire de protecteurs et d'amis par leur damnable complaisance. Vous négligea, vous abandonnez votre Dieu naturel dit saint Augustin ; vous serez forcé de vous livrer à mille faux dieux. Ce qu'il fera? après une vie passée dans l'agitation et dans le trouble , au grand joiir où il doit se rendre justice, il ne daignera ni les reconnaître , ni les regarder (2) ; et que deviendront- ils ? Comme ils furent complices des démons dans leur orgueil , ils seront en enfer les compagnons éternels de leurs plus bumiliaus supplices. Voila ce qu'il faut craindre, et il ne faut craindre que cela. Ne craignez point ceux qui , après vous avoir ôté la vie, ne peuvent rien faire de plus; craignez celui qui peut précipiter le corps et l'amedans

l'enfer (3).

(0 Deus disxipavh osm eorum qui homimius placent ; confiai

sunt , qi.onium Deus sprwil eos. l's. 5a, 6.

2 (Vrgwèa et e.o eum çoràm ' utrv meo. Matlh. io, 33. (V Welerreamini ab lus qui occidunt corpus . et peut Ji.cc non habent ampliùs Qui» lacmnt. Luc. iï, 4- - Timete eum qui po-

J'y pense assez , dit - on ; je sais tout cela , je U comprends même; je ne puis me mettre au-dessus de mon imagination : mille fois j'ai formé, contrt le respect humain , les résolutions les plus fortes et les plus raisonnables ; le jour même , un moment api es je me suis trouvé vaincu.

C'est confirmer de plus en plus ce que je disais d'abord : Respect humain , vice d'enfant, faiblesse toute d'imagination; mais croyons-nous de bonne foi que Dieu se contente d'une pareille excuse ? Je roulais vous servir ; j'en connaissais toute la justice et toute V obligation; mais qu 'eut-on pensé , qu eûton dit ?

Je tremble , je l'avoue , quand je considère que la faiblesse d'un saint Laurent, par exemple , n'eût point suffi à le justifier, si après avoir long -temps soutenu l'ardeur cuisante des brasiers allumés, au lieu de ces paroles d'une ame intrépide , tourne mange , il est temps; il eût dit à son tyran : tu m as vaincu , je succombe ; donne de V encens , j adore les dieux ; mais dclivrez-moi de cet affreux supplice. Quand je songe à l'éternelle damnation de ces malheureux dont parle l'histoire ecclésiastique ancienne et moderne ; aux quarante martyrs de Sébasle, en Arménie, où l'un d'entre eux, pour se délivrer des rigueurs de l'éla ng glacé , chercha la vie dans ce bain d'eau tiède où il trouva la mort , et à ces deux religieux qui avaient accompagné le père Spinola dans les prisons d'Omura,el qui renoncèrent Jésus-Christ au moment qu'ils allaient recevoir la couronne; voilà des gens à devoir être, en quelque sorte excusés et non pas ceux qui n'auront pas pu résister aux distest et anirnam , et cornus perdere in gehennain. Matth. 10 28.

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cours des langues indiscrètes. Le Sauveur n'écoutera point ces transfuges , au jour des vengeances, et l'Eglise même , dans les premiers temps , ne les aurait réconciliés qu'après de sévères et édifiantes satisfactions.

Ah ! dira le Sauveur à ces vils esclaves du respect humain : si des difficultés pareilles aux vôtres eussent été capables de m'arrêter quand je délibérais sur l'ouvrage de votre rédemption , si j'eusse dit : Me faire homme, mouler sur la croix, (pie jugeront les anges, que penseront les juifs elles gentils ; quelles réflexions feront les esprits forts et les libertins , dans toute la suite des siècles ? ne nous exposons point au scandale des uns , aux railleries des autres , aux blasphèmes de plusieurs-, que serait devenu votre salut? J'ai passé par-dessus toutes ces considérations, afin que nulle considération ne pût vous arrêter, après mon exemple ;qu ai-je gagné jugez-vous donc vousmêmes maintenant.

Jugeons-nous , en effet, et qu'au moins, après Jésus - Christ , nous n'ayons pas moins de courage qu'en eurent autrefois, avant lui , tant de saints jeunes hommes dont l'ancienne Ecriture fait l'éloge ; ce serait multiplier, au tribunal redoutable, le nombre de nos accusateurs.

11 est dit du saint homme Tobie , qu'étant jeune encore , lorsque la multitude courait à Samarie adorer les veaux d'or que l'impie Jéroboam y avait élevés comme autant de divinités, il ne rougissait point d'aller seul , bien loin , rendre ses hommages au vrai Dieu, dans le temple de Jérusalem (1). Daniel et ses

(i) Solus Jugicbat consortia omnium, secl pergebat in Jérusalem , ad tempLum Domini. Tob. i, 5, 6.

EXHOnTATTOFS

compagnons , jeunes comme lui , ne craignaient ni les défenses , ni |es menaces de Nabuehodonosor. Chaque jour leurs prières se firent régulièrement

commeauparavant.LesenfansderilluslreiMalalhias n'oublièrent jamais la leçon que leur avait donnée leur père mourant : ce Mes enfans , leur avait dit ce » saint vieillard , nous voici dans des temps étran- » ges , des temps de renversement , de prévarica- » tion et d'orgueil ; soyez donc maintenant aussi de » vrais zélateurs de la loi , et donnez , s'il le faut, » jusqu'à votre vie pour sa défense : vous ne man- » (juerez ni d'épreuves, ni de persécutions , je le sais- » mais qu'est-ce que l'homme, enfin, et que peul-il » vous faire ? toute sa gloire n'est que de la boue ; il » est aujourd'hui , il disparaîtra demain ; la gloi're » de servir Dieu durera après vous , et votre gloire » seraaussisolideet aussi durable que la sienne (1).» Reprenons. Victoire du respect humain , à laquelle nous sommes d'autant plus obligés , qu'en, qualité d'ouvriers évangéliques nous devons être non-seulement les disciples, mais les apôtres même , et s'il le faut, les martyrs du christianisme. C'est le second point.

SECOND TOINT.

Bien n a fait plus d'honneur au christianisme, que celte fermeté qui mit les premiers fidèles au-dessus

^ (i) Nunc confnrtat-a est svperbia , et castrgatio , et tcmpus evernonis , et ira indignationis .. Nunc ergb , d filii ! œmuialnres estotelegis , et date animas verras pro testamento l'atvnrn veiirorum... A uerbis uiri peccatoris ne tintuerilis ■ glnria ejus stercu* et vuhHUêSt; hoclie erlnllaur et cras non im-enietur.... Aoç er- So,fdn,çonjorlamini, et vinliicr agi* in.Ugc , auiain ipsdelo. riosi entis. I. Mach. 2, 49, et suiv.

le toutes les craintes el de toutes les épreuves liu- Tinines. Voir des gens que ni la perte des biens , ni 'exil, ni la mort même ne pouvaient ébranler m éear-

er de leur devoir , c'était là proprement comme le miracle de la foi , la grâce de la foi , et une preuve des plus authentiques et des plus incontestables de la force toute divine.

Si donc , au contraire , les choses en sont aujourd'hui où nous les voyons , et si la seule crainte des penséeset des discours des hommes arrêtent sur leurs pins essentielles obligations, des chrétiens descendais de ceux pour qui l'appareil formidable des maux les plus cruels n'aurait été autrefois qu'à peine un objet de tentation , ce ne peut être que par l'affaiblissement ou la perte du christianisme el de la grâce qui y est attachée , par une véritable infidélité ou pnr une faiblesse pitoyable.

Aussi , prenez garde qu'où le respect humain domineavecplusd'empire, àla couretchezlesgrands, c'est aussi toujours ou l'on trouve moins de foi et de religion; au lieu que, parmi le peuple, où il y a plus de religion et de foi, on est aussi toujours moins dominé du respect humain.

Ce vice est donc étroitement lié à l'incrédulité ; il en est la suite ou le principe ; disons mieux , il en est le principe et la suite tout à la fois, selon celle parole de notre maître : Comment pourriez-vous croire , vous qui recherchez la gloire qui vient des hommes , el qui ne recherchez point celle qui vient de Dieu (1)?

Le grand malheur, c'est que ce vice est passé du

(i) Quomodo vospotestls evedere . qui glon<im ah imneem accipitis . et gloriam quœ à solo Deo est, non quœntis ? Joau. i , 44-

siècle dans le cloître , où le christianisme s'était ré- < fugié comme dans un asile , et le souverain malheur i f serait qu'il s'insinuât jusque chez ceux qui font hau- > tement profession d'être les disciples et les maîtres du f plus parfait christianisme. r

Quoi qu'il en soit, jamais certainement nous ne soutiendrons dignement cette double qualité de par- j faits disciples et d'apôtres zélés du Fils de Dieu , si If nous ne nous mettons absolument au dessus de toutes les considérations humaines. Un vrai disciple de Jésus - Christ n'a point d'autre modèle que Jésus- Christ , ni n'aspire à rien de moins qu'à se rendre une copie fidèle de son maître; rien de médiocre ne le satisfait : or , qui voudra régler sa conduite et ses mœurs sur l'opinion du commun des hommes, mè me en religion, souliendra-t-il long-temps celte haute vertu f

Disons la vérité : la multitude n'est point ici , comme dans le monde , une foule de gens déréglés , sans piété, sans religion, sans raison quelquefois, et sans conscience ; mais aussi la mullituden'est pas toujours et ne saurait être composée de gens bien morts à euxmêmes et bien parfaits.

Dès là donc que je voudrai plaire à la multitude, ou que je craindrai de lui déplaire , il est nécessaire que je me borne au degré de vertu dont ils se contentent la plupart, sans que j'ose m'élever plus haut; il faut que je prie comme la multitude, que je sois régulier comme la multitude , que j'obéisse comme la multitude.

Et n'est-ce pas de là qu'on voit si peu de personnes , aujourd'hui , inarcher sur les traces des saints, même dans les communautés les plus réglées ? Le

SUU DIVKaS SUJETS DE PIÉTÉ. 26 L

fcfeut de courage y a beaucoup de part il faut er onvcnir ; mais on se donnera,! du courage , si U tait e distinguer de la multitude que de n'en avoir pas , ;l rien ne l'Ole davantage que celle crainte malheu-

euse de se singulariser.

Celte considération sur r impossibilité de se rendre

amais parf.it avec le respect humain, fera peut-être oeu d'impression sur quelques-uns , parce que leur parti semble être pris il y a long -temps , de renoncer à la haute perfection ; mais domines du respect humain, aulantqu'ilsserendentincapablesdesgran-

oVs vertus , autant ne courent-ils pas risque de donner quelquefois jusque dans d'assez grands desordres.

11 ne faudrait , pour cela , qu'un seul homme vicieux à qui Ton se lierait d'inclination , et dans quelle société si sainte ne peut- il pas se trouver au moins

quelque Judas?

Je sais qu'on ne va jusqu'au plus grand mal que par degrés ; d'abord , ce ne sont que des irregujani tés qu'on ne se reproche qu'à peine ; mais bientôt on ! passe à d'autres devoirs plus essentiels , qu on viole | avec aussi pende scrupule. On se fait des maximes, I des principes sur la charité, sur l'obéissance, sur le I «le des âmes , sur la pauvreté , sur la pureté peut- I êlre. Des gens aussi éclairés que doivent t être de ! grands théologiens et débiles prédicateurs , vou- ; draienl-ils offenser Dieu grièvement et risquer de se damner? Admirable raisonnement '.comme si la pratique répondait toujours à la spéculation , ou que , pour s'auloriserdanssespraliques vicieuses, onmanquât d'esprit pour trouver en spéculation de quoi s'appuyer ? Mais , je ne crains point de le due, les plus savans mêmes sont de mauvaises règles à suivre ,

» ils ne puisent leurs lumières au pied du crucifix Jésus-Christ est notre modèle ; les vrais savant sont ceux qU, 1 ont le plus étudié ; disciples imparfaits du «M de Dieu , sera-t-il plus possible qu'avec le respect huma,,, on soit jamais de ses dignes apôtres ? Pion, et peut-être beaucoup moins encore ; car l'apostolat a des devoirs supérieurs à ceux des simples d^ciples. Il faut qu'un apôtre travaille selon le g„3 de Dieu , et non point suivant les maximes de cefe fausse sagesse qui va toujours à pas mesurés, qui ne veut rien risquer, rien entreprendre dont le succès soit incertain , de crainte de s'exposer à la censure et a la raillerie.

Ainsi il prêchera comme les autres , a la mode comme les autres, poliment, c'est-à-dire faiblement

commelesautres,pIuspourplairequepourtou,her plus pours'attirer des applaudissemens que pour-'gner des âmes à Dieu.

Comme les autres, il ne donnera quedans les bonnes œuvres d'éclat ; les gens simples et grossiers les pauvres, seront négligés, ou il ne travaillera que' superficiellement à les secourir.

Comme les autres , il ménagera les gens d'un certain rang, en mollissant avec eux ; il espérera toujours les convertir, les corriger, et ne le fera jamais. Comme quelques autres , peut-être , il aura des vues intéressées ; il se donnera plus volontiers à ceux dont il attendra davantage.

D'ailleurs, comme au dedans il se conduira par respect humain au gré des imparfaits, au dehors il prendra peut-être aussi les usages, les maximes des pécheurs ; l'habitude de n'oser contredire, le suivra partout ; son silence sera pris pour une approbation ;

on sera charmé de pouvoir s'en autoriser; il devrait attirer à Dieu les gens du siècle , les gens du siècle FaUneront vers eux : or, que de prévarications énormes et que de dangers visibles pour les personnes destinées à marcher sur les traces des premiers apôtres; destinées à endurer le martyre même, plutôt que de souffrir qu'il y ait aucune prescription pour l'Evangile ! Finissons par donner quelques remèdes et quelques pratiques contre le respect humain.

Le remède , le grand remède , c'est l'amour du mépris et de l'opprobre , pour le nom de Jésus-Christ. Ce qui donne cet amour, c'est l'estime qu'on doit faire, selon l'esprit de l'Evangile, d'une persécution injuste. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice ( I ). Quelle grâce , au jugement de tous les saints , et à quel prix ne l'eussent-ils pas achetée ! Rappelons ici tout ce que tant de fois on nous a dit du bonheur du martyre ; les vidoires domestiques de tout ce qui s'oppose à notre vertu , est ce qui y prépare et ce qui la mérite, en quelque sorte, si rien peut jamais la mériter.

Quant à la pratique , la première démarche est , quelque part (pie nous allions, de nous déclarer d'abord hautement pour être ce qu'il faut être: qui commencera à vouloir composer, ne reviendra jamais ou il faut , ne fût-ce que par la crainte de passer pour inconstant.

La seconde est de faire toujours société avec les gens les plus vertueux , après que nous les aurons connus. Aoen les méchans , disait saint Augustin , on rougit bientôt de ne le j)asêtre ; il y a une espèce

(i) Beau qui persecutionem patnintur propter justitiant. Matlh. 5 , 10.

"^"4 EXHORTATIOISS

de charme insurmontable à s'entendre dire , de compagnie : Allons, faisons; on n'a plus honte que de ne pas perdre toute honte (I). Par une espèce de disposition semblable et contraire tout à la fois , avec des personnes d'une haute vertu , on a honte de n'être pas assez religieux ; pudet non esse religiosum. Servons-nous, contre le respect humain , même du respect humain. Si , dans les premiers temps , nous avions quelque peine à les trouver d'abord, ces gens de bien du premier ordre, condamnons-nous plutôt à une espèce de solitude, jusqu'à ce que Dieu nous les adresse.

C'est imiter les premiers fidèles , quand ils quittèrent les villes où ils croyaient que Jésus - Christ n'était plus si bien servi, pour chercher un asile dans les déserts : notre désert c'est notre chambre, aimons-la; on ne peut pas toujours y demeurer; ne prenons nos récréations qu'avec le gros de la communauté; c'est dans les conversations particulières et recherchées que le respect humain fait les plaies les plus mortelles ; en public , sous les yeux des personnes les plus sages d'une maison, tout inspire la sagesse ella réserve. Heureux, après tout, quand, au prix d'un peu moins de joie et de liberté , nous devrions acheter la conservation de nos bons sentimens et de notre zèle pour la perfection. Les joies pures et pleines ne sont le partage que des bienheureux dans la gloire. Amen.

(i) O seductio mentis investi gabilis ! cùm dicitur , eamus,J'aciamus , pudet non esse impudentem.

Péché de ceux qui causent le respect hwnatn

Erat peccntum puerorum grande nimis coràm Domino , cjuia -etrahebant hommes à sacrificio Donnai. L. i. Keg. 2,17.

Le péché de ces jeunes hommes était énorme devant Dieu, parce qu'ils détournaient le peuple de sacrifier au Seigneur.

C'est des deux enfans du grand - prêtre Héli que parle ici l'Ecriture. Chargés du sein de présider dans Silo aux sacrifices ordonnés par la loi , en la place de leur père qui était déjà vieux, ces jeunes gens , par une avarice sordide et sacrilège, faisaient enlever pour eux, avec violence, avant Toblalion , ce qu'il y avait de meilleur dans chaque victime. Péché énorme , dit L'historien sacré! Pourquoi? Parce que 1 peuple , indigné de ne pouvoir offrir que des sacrifices imparfaits et mutilés, se relirait peu à peu de l'autel , et que le culle de Dieu s'affaiblissait tous les jours , d'une manière scandaleuse.

N'animons donc point tellement notre zèle contre ceux qui succombent à la persécution du respect humain , que nous semblions épargner ceux qui la suscitent, et qui se rendent comme les tyrans des âmes faibles et imparfaites. C'est une enfance pitoyable et une inexcusable lâcheté, de trahir la cause de Dieu , et de tenir dans soi - même , comme dit saint Paul , la vérité captive, par la crainte des pen-

Judde. OEuvres. "V. 1-

sées et des discours des hommes (1). Mais être cause, par ses discours ou par les signes qu'on donne de ses pensées peu religieuses, que la vérité gémisse dans l'esclavage , et que Dieu soit abandonné et trahi, pouvons-nous croire que ce soit une moindre faute ? Non ; c'est un crime , et quelquefois un crime du premier ordre , peccotum grande nimis , parce que c'est toujours empêcher que Dieu ne soit servi comme il le mérite ; mais, de plus, c'est souvent un double crime, parce que, par là on peut aller jusqu'à causer ou occasioner la damnation ," non-seulement de ses frères, mais celle de plusieurs autres après eux , ce que ne faisaient pas absolument les enfans d'Héli.

Pour vous donner de ce péché toute l'horreur que vous devez en avoir , je ne veux, aujourd'hui , que le comparer à celui des persécuteurs qui firent à l'Eglise , dans les premiers temps , une guerre si cruelle.

La comparaison est odieuse , et elle vous paraîtra d'abord un peu outrée ; mais expliquons-nous, et si , par quelque endroit, vous vous sentez moins coupable qu'eux , j'ose dire que , par plusieurs autres, vous vous trouverez peut-être autant ou même plus coupables.

Je regarde donc les anciennes persécutions , 1.° dans leurs effets, 2.° dans leurs causes ; et je dis que la persécution du respect humain n'est souvent guère moins funeste dans ses suites, et qu'elle est toujours certainement moins excusable dans ses principes.

Par vos discours inconsidérés , par vos signes de

(t),Rom. i, xS.

mépris, parvosrailleriespiquantes et dédaigneuses, prenez garde, vous faites peut-être autant de mal ; mais vous ne sauriez vous servir des mêmes excuses que les anciens persécuteurs.

PREMIER POINT

N'exagérons rien. Je conviens qu'entreles moyens que nous pouvons prendre pour persécuter la vertu, et ceux que mirent en usage les premiers ennemis de l'Eglise , la différence est comme infinie ; on n'emploie plus l'exil et la confiscation des biens, les chevalets, les tortures , le fer , le feu , comme autrefois , je le sais ; mais qu'importe cependant , si les effets sont les mêmes, à peu prés , pour le fond, et >i cette prétendue différence de moyens qu'on met en usage , ne sert qu'à nous rendre plus hardis, plus tranquilles dans le mal dont nous nous rendons coupables ï or, l'un et l'autre sont également

vrais.

En effet , j'aurais horreur de moi-même , et je ne me le pardonnerais pas , si je faisais à mon frère un mal qui, par lui-même et par sa nature , fût capable de le pousser jusqu'aux dernières extrémités du vice; au lieu que je n'ai point horreur d'une parole que je dis, d'une plaisanterie qui m'échappe, d'un o-este méprisant (pie je fais ; il ne paraît rien en cela de barbare et de cruel ; je continue sans remords et sans scrupule.

C'est donc aux suites du respect humain ( faisant abstraction de tout le reste) qu'il faut s'attacher, et il n'est question que de savoir si de là il peut arriver autant de mal que je le suppose. Certes, si on avait égard à quelque autre chose , la persécution

de Julien l'apostat, qui employa plus de caresses que de menaces, plus de promesses et de grâces que de tortures et de violences , doit paraître excusable— On pourrait justifier de même les écrivains du paganisme, qui ne tentaient les fidèles que par la force de la persuasion ou par les traits pressans de la satire ; justifier encore les pères et les mères qui subornaient leurs enfans par l'espérance d'un établissement avantageux, parles larmes, par les démonstrations de l'affection la plus tendue ou de la douleur la plus accablante : on ne s'arrête point là cependant, pour les excuser ; on n'a égard qu'aux tristes effets que produisaient ces genres différens de détacher les chrétiens de Jésus-Christ et de la religion : maintenant donc les suites de la persécution du respect humain , quelles sonl-elles ? Les mêmes , en quelque façon , que celles de la persécution des premiers temps.

Alors, on empêchait les fidèles de se faire chrétiens ; aujourd'hui , on empêche un fidèle qui est chrétien, de se faire ou un vrai chrétien, ou du moins un parfait chrétien.

Alors, on obligeait les fidèles timides à quitter leurs villes pour aller chercher un asile dans les déserts, c'est l'origine de la vie solitaire; aujourd'hui, on contraint son frère à se cacher pour faire le bien, et n'oser pratiquer les devoirs de la piété et de la perfection, que dans une espèce de solitude; il était venu en religion pour se sauver de ce que la religion appelle la tempête et la contradiction , à contradictione linguarum , à pusillaniriitate spiritûs ci te?apestate ; la persécution qu'il craignait, l'a suivi jusque dans la solitude.

Alors , on faisait apostasier plusieurs fidèles , d'une manière scandaleuse ; Dieu veuille, aujourd'hui, qu'on n'en fasse pas apostasier plusieurs en secret , si peut-rire on ne xa pas jusqu'à leur faire perdre entièrement leur vocation.

Pour moi, je ne vois ici qu'une différence; c est que les anciennes persécutions ne faisaient, d'ordinaire , que plus de chrétiens , et de fervens chrétiens, suivant celte parole : Le sang des martyrs est vne semence de chrétiens ; au lieu que le respect humain n'excite la ferveur que d'un petit nombre d'ames fortes el courageuses ; mais comme ce bon effet de la multiplication des chrétiens, parlant d'une mauvaise cause, n'était point attribué au tyran, et qu'il ne devait1 point l'être; de même , quand les railleries des libertins ou des imparfaits pourraient en affermir quelqu'un dansle bien , cet effet salutaire ne devrait point être attribué à ceux contre qui nous parlons.

Mais est-il possible, direz- vous, que deux paroes puissent faire tant de mal ? Je vous le demande à ous-même ; je ne veux d'autre juge que vous ; combien de fois la crainte de ces deux paroles, la crainte peut-être de quelque chose de moindre que des paroles, un coup d'oeil , un geste, un sourire moqueur, vousa-l-il fait manquer à vos devoirs, peut-être assez essentiels! En vain vous a-t-on dit que le respect humain n'était qu'un vice d'enfant et d'imagination ; que c'était une ombre , un fantôme , un masque sans ame et sans vie ; avez-vous eu seulement la force de l'approcher sans qu'il vous rendît incapable de toute vertu solide, capable, d'un jour a l'autre , des plus grands vices ? On vous a répété

cent fois, que vous vous trouveriez sans excuse devant Dieu , au jour de ses vengeances ; vous en êtes convenu ; vous ne Pavez que trop senti , peut-être vous en avez gémi ; vous en êtes-vous corrigé ?

Mais prenez garde, ici, à une autre différence , bien essentielle encore ; outre ces deux espèces de persécutions, celle d'autrefois n'allait, d'ordinaire, qu'à perdre le particulier qu'on persécutait; ici, à l'occasion et dans la personne d'un seul à qui vous nuisez , vous vous exposez à nuire à beaucoup d'autres; je parle de l'ascendant que vous pourriez prendre parla sur quelqu'un de vos frères, et dont vous vous prévaudriez pour l'empêcher d'aller jusqu'où la grâce de sa vocation l'appelle.

En un mot, être cause qu'un seul religieux ne devienne pas un homme parfait, c'est comme donner lieu à la damnation d'un grand nombre de personnes qu'il aurait sanctifiées, s'il eût été plus vertueux ; car quelle différence entre le bien que peut faire un saint du premier ordre, et celui que pourraient faire des ouvriers qui n'ont qu'une vertu médiocre ! Y pense-t-on ?

Que l'on compare donc , si l'on veut, cette persécution-ci à celles d'autrefois ; mais non pas , direzvous , à toutes celles d'autrefois ; elle n'est guère comparable à l'attentat damnable de ces tyrans ingénieux qui, laissant la foule du peuple, s'acharnaient contre les ministres de l'Eglise ; les pasteurs étant frappés ou mis e?i fuite , ils comptaient disperser aisément et détruire le troupeau... Voila ce qu'on dit si souvent, pour se disculper des maux que causent des attaques indiscrètes : Je ne lui ai donné ni mauvais exemple , ni mauvais conseil sur

aucun devoir capital ; je ne l'ai réduit cjiiù être un peu moins régulier , qu'à ne pousser point les choses si loin. Mais vous ne dites pas que son irrégularité et sou relâchement dans la fidélité à la grâce , l'empêcheront d'être un aussi grand homme de bien qu'il l'eût été, et de cela seul voyez quelles pourront être les suites ; je viens de vous le dire.

Reste donc, comme je l'ai dit, de reconnaître de bonne foi toute la grandeur de la faute, de s'en humilier profondément et d'en faire une bonne pénitence ; s'humilier premièrement , c'est l'exemple que nous a donné saint Paul , lorsque , oubliant tous les «rrands biens qu'il pouvait faire alors , il se rappelait si souvent au mal qu'il avait fait à l'Eglise de Dieu , dans ses premières années : Je suis le dernier de tous les apôtres; non , je ne mérite pas le nom d' apôtre , / 'ai persécuté /' Eglise de mon Sauveur, ou plutôt, mon Sauveur dans ses membres (1). Faire pénitence ensuite ; et la meilleure de toutes les pénitences à cet égard, c'est de soutenir, d'animer les faibles, en toute occasion; de prendre leur défense et leur parti ; vous le pourrez encore plus, après quelques années, à l'égard d'un autre qui arrivera nouvellement ; et à proportion que vous avancerez davantage, vous le pourrez encore mieux; jamais vous ne le pourrez si efficacement qu'avec ceux qui vous auraient quelque obligation pour les services que vous leur rendrez dans leurs études. A l'égard des imparfaits , ou de ceux dans qui il paraîtrait peu d'esprit de religion, craignez , respectez Dieu assez

(i)£go enimsum mini/nus Apostolorum, qui non sum digmis wocari Apostolus , (jitonium persccutus sum Ecclesiam Dei. I. Cor. »5, y-

pour mériter qu'ils vous respectent et qu'ils vous craignent, comme il est écrit d'une sainte martyre de notre France ( c'est sainte Blandine , à Lyon) • quoique ce ne fût qu'une pauvre esclave, elle craignait tellement Dieu, que tout le monde la crai gnait elle-même ; c'est à-dire la respectait (1) Tout ceci, faUes-Ie à proportion que vous aurez ou nue

vouscro,rezavoirPlusd'esprit;car,ou.requeDieu a tend cela de votre reconnaissance, pour vous avoir plus heureusement partagé que plusieurs autres • outre qu il ne vous a donné des talens que pour les mieux fane servir à sa gloire, et qu'il en demandera compte sur ce principe-là ; outre cela , dis-je, songezque c'est par cette réputation d'esprit bien ou mal fondée, que vous vous êtes fait plus écouter et que vous vous êtes rendu plus coupable

Enfin , à l'humilité et à la pénitence pour le passé ajoutez une scrupuleuse circonspection à ne vouloir laisser nen échapper qui puisse tenter , scandaliser ébranler tant soit peu personne ; si ce ne sont que des bagatellesdontilfaillevousabstenir, vousserez plus répréhensible encore de refuser à Dieu si peu de chose.

Hélas! nous n'avons pas toujours le coura-e de faire si bien ; ne détournons pas au moins les autres de faire du bien , ou de faire mieux que nous (2).

N'ayons pas à nous reprocher d'avoir ajouté con tre Dieu la perfidie à la lâcheté ; l'un n'est peut-être

qu'une faiblesse que Dieu pourra pardonner • l'autre serait un attentat au premier chef, qui ne pourrait attirer qu'un châtiment affreux et exemplaire.

(i) Ità Deum timebat, ut ab hommibus timeretur. (2) Tesipigetùnitari. nali. adversari.

Animons donc plutôt notre frère; étant saint, il pourra obtenir grâce pour nous; la joie que nous aurons de voir Dieu bien servi, touchera sa miséricorde en notre faveur ; nous aurons part a tous les biens que feront les autres, sans que nous soyons exposés à en perdre rien , par des retours de vanité et de complaisance.

Mais reprenons : dans cette persécution qu'on fait à la vertu, n'y a-t-il rien qui puisse diminuer nos fautes, ou même ne peut-on jamais les excuser? C'est ce qu'il faut examiner maintenant, et nous trouverons que la persécution d'aujourd'hui est infiniment plus coupable dans nous, par son principe , que dans les persécuteurs d'autrefois : c'est le second point.

SECOND POINT

Faire, dnnsla religion et parmi ses frères, l'office de tyran , est quelque chose de si affreux et de si noir, que je ne m'étonne pas qu'on emploie tout ce qu'on a d'esprit pour affaiblir un reproche si odieux, ni qu'on essaie , pnr toute sorte de moyens , de justifier la persécution du respect humain.

Mais combien faible paraîtra celte justification , combien frivoles et pitoyables toutes ces excuses , surtout si on veut les comparer à celles des premières persécutions! Or, à regarder la persécution dans ses principes, les tyrans se trouveront , j'ose le dire, beaucoup moins coupables que nous. Pourquoi ? Premièrement, c'est qu'ils ne connaissaient pas le Dieu contre qui ils faisaient la guerre; secondement, parce qu'ils ne connaissaient guère davantage les chrétiens à qui ils la faisaient • expliquons-nous.

Les tyrans n'entendaient guère parler de Jésus- Christ, que comme d'un malheureux qu'on avait fait mourir en croix pour ses crimes ; les païens prirent soin de supposer des actes qu'ils disaient être de Pilate , par où Jésus-Christ, par ses propres dépositions , se reconnaissait coupable des attentats dont on l'avait accusé.

Les Juifs , chez qui la chose s'était passée, loin de s'inscrire en faux contre ces noires calomnies , les fortifiaient de tout leur pouvoir ; que penser d'une religion dont l'auteur était si décrié , et avec de tels préjugés, était-il aisé de revenir et d'entendre raison? Aussi, tous les miracles des chrétiens , ou bien on les attribuait au démon, ou bien n'étaient res:ardes que comme des tours de magie, pourvu même qu'on ne crût pas que c'étaient autant de faits supposés par un peuple léger et facile à tromper.

Ajoutons que les tyrans ne regardant Jésus-Christ que comme un Dieu fabuleux , étaient perpétuellement animés à persécuter ses sectateurs , par les oracles et par les réponses de ceux qu'ils regardaient comme les dieux véritables. Aussi leur cruauté devenait religieuse ; non-seulement ils ne croyaient pas pécher en faisant la guerre à Jésus-Christ ; ils eussent cru pécher en ne la lui faisant pas ; et plus leur violence était outrée, plus ils pensaient qu'elle était méritoire ; c'est Notre-Seigneur lui-même qui 1 a dit : L'heure approche où ceux qui vous feront mourir , s'imagineront rendre un grand service à Dieu (1). Il ajoute qu'ils n'en usaient ainsi que faute

(i Venit hora in quâ ornais qui interficit vos , avbitretur ohsecjuium se vrœstave Deo. Joan. 16 1 i.

SUR DIVERS SUJETS DE ri ÉTÉ. 27 O

de connaître et le Père céleste , et le Fils que le Père

a envoyé (1)-

On dira que la rigueur dont ils usaient, ne saurait être pardonnable dans aucune occasion , que c est toujours une terrible inhumanité de traiter ses semblables comme les lions et les tigres ne se traitent pas les uns les autres: mais que ne justifie point le Lie prétendu de la religion et de l'honneur des dieux qu'il faut venger? Etre cruel en pareille oc casion , c'est piété.

Les anciens persécuteurs pouvaient donc se servir de cette excuse : Je l'ai fait par ignorance , je foi fait par un motif de zèle ; excuse dont se servit saint Taul lui-même (2) , ignorant fecz ; excuse qu'il appliquait aux propres juges du Sauveur ^) , excuse par où saint Pierre , comme saint Paul semblait vouloir excuser le peuple et les chefs de la synafiro-ue(4V Cette excuse , dis-je , a notre égard peut-elle avoir la moindre valeur ? ignorons-nous maintenant le mal que pouvaient causer des discours inconsidérés, de malignes railleries , ou jamais pûmes-nous ignorer quel était celui a qui .nous faisions la guerre ? N'enlendimes-nous pas Jésus- Christ qui nous criait : Je suis ce Jésus que vous persécutez (5) ? Que vous ai-je donc lait , et par ou

(i) Et hœcfacientvobis, aida non noueront Patrem,neque me.

Joan. 16, 2.

^SUognoïLit, nwiuèm DominumgloriœcrudfixissenU

L TJ'EtLcfratres, scio quia per ignorant!*» fecistis , sicut et principes vestri. Act 3, 17. .

Z) Quid me persequerislego mm Jésus quem tu persequer».

Act. 9, 4, 5.

ai-jepu m'atlirer ce traitement indigne et impie tout

à la fois f Est-ce pour vous a voir servi au prix même de mon sang, tout indigne que vous en étiez, que vous vous rendez redoulable à ceux qui voudraient me servir tout- à-fait comme je le mérite? Est-ce pour vous avoir défendu contre tous vos ennemis , que vous révoltez contre moi mes propres sujets? Répondez, si vous osez.

Le crime des anciens philosophes , selon saint Paul , fut d'avoir connu Dieu par les lumières de la nature , d'avoir entendu le témoignage que rendent toutes les créatures à la majesté de leur auteur et de ne l'avoir pas adoré , de ne lui avoir pas rendu le culte qui est dû à sa grandeur suprême. Nous ne sommes pas contens , nous antres , de ne point l'a dorer en esprit et en vérité , il faut encore empêcher que les autres ne l'adorent. Si donc le châtiment des ph.losophes futsi terrible, que nedevrions-nous pas appréhender? Dieu, dit l'Apôtre , les livra à la conduite de leurs sens réprouvés ; ceux qui se disaient sages , devinrent fous ; on les vit se dégrader se déshonorer eux-mêmes par les plus humiliantes débauches. N'est ce pas ainsi qu'il nous abandonne , quelquefois, au pouvoir de nos ennemis'1 11 nous rend guerre pour guerre ; nous lui disputons 1 empire des cœurs , il soulevé contre notre raison tout ce qui ne devrait qu'obéir : l'esclave domine

Deuxième circonstance qui pou, i ait , sinon excuser, du moins diminuer le crime des anciens persécuteurs , c'est qu'ils ne connaissaient gnère plus les chrétiens que le Dieu des chrétiens ; on leur en faisait les plus hideuses peintures : ce sont des hommes abominables , qui . sous rouleur de charité et de corn-

munaulé de toute sorte de biens , s'adonnent aux impuretés les plus monstrueuses ; le sang humain est leur plus délicieux breuvage ; ils se rassasient brutalement de la chair des enfans tendres encore , qu'ils ont égorgés. La vérité n'était pas facile à éclaircir , tandis qu'on croyait nécessaire de cacher nos mystères , de n'expliquer les dogmes que par énigmes , de ne s'assembler que de nuit , dans des grottes à la campagne , ou a la ville dans des lieux souterrains. Ignorons-nous de môme ce que font nos frères que nous persécutons ? Leur vie n'est-elle pas irréprochable, leur conduite régulière, leur vertu sol.de, leur innocence à l'épreuve de la calomnie? et n estce pas à ceux qui exeellenten tout cela que nous nous adressons? Quelqu'un dira : Je respecte leur vertu; je n'en veux qu'à des défauts qui gâtent et qui déshonorent, en certaine manière , leur vertu, j'espère i même les corriger.

Les corriger ! et qui vous en a donné la commission ? Oubliez-vous ces hypocrites de l' Evangile , qui disent à leurs frères : Souffrez que j'ôte la paille que S je vois dans votre œil, tandis qu'une poutre énorme 1 les aveugle? Qui veut corriger les autres , s'il n'a pas ! l'autorité que donne la place , il doit avoir au moins j l'autorité que donne l'exemple; avez-vous l'un ou ! l'autre? car, rendez-vous justice : votre frère ne pèj chèque par fragilité, il n'est qu'imparfait; vous êtes h vicieux, et vous voulez le corriger ! Est-ce par des invectives, par des railleries piquantes, par des mépris oulrageans , que l'on corrige ? N'est ce pas plutôt aigrir le mal ? et si votre frère vous ressemblait , ne se roidîrait-il pas, peut-être, et ne s'obstinerait-

il pas contre vos remontrances peu mesurées , plutôt que d'en profiter ?

Vous êtes sincère, dites- vous, vous ne sauriez cacher vos sentimens ; soyez donc vrai aussi , et louez tout ce que vous ne sauriez vous empêcher d'approuver ; balancez tout , et, par une compensation équitable, vous oublierez le mal en faveur du bien' car il y a autant et plus de bien que de mal. Mais non , ne vous prévalez ni de zèle , ni de charité , ni de justice ; on aperçoit trop que vous n'agissez que par passion. Si vous les persécutez , c'est que leur conduite vous condamne; c'est que vous êtes jaloux de les voir plus aimés , plus considérés que vous ; c'est que vous ne sauriez vaincre une antipathie qui n'a pour fondement que votre mauvaise humeur, ou quelque défaut de votre frère , qui ne lui est pas libre.

Rappelons-nous toujours la fin de notre état. Nous sommes appelés à la sanctification des âmes; mais qu'est-ce que tout notre zèle, s'il ne s'applique pas d'abord à ceuxde la même communauté , delà même maison, de la même famille que nous (1)? Ce sont ceux que Dieu nous a premièrement et principalement recommandés. Mais quelle prévarication que d'être apôtres de profession et persécuteurs d'exercice; apôtres de droit, persécuteurs de fait ; c'est-àdire , ministres de Jésus-Christ par la nature de notre état , et par notre conduite ministres du démon.

Car, prenez garde ; si le démon avait entrepris de mettre le désordre dans une famille , dans une communauté , que ferait- il et que pourrait -il faire de plus? S'il se montrait en sa propre personne, d'abord on en aurait horreur ; s'il sollicitait aux derniers (r) Adomnes, maxime autem ad domesticosfidei. Gai. 6, io.

jrimes, qui l'écouterait? Il devrait donc prendre la igure de quelqu'un de nous, s'insinuer d'abord, se •aire estimer par son esprit el ses manières agréables, venir ensuite à débiter ses maximes de relâchement ,

railler finement ceux qui ne donneraient pas dans ses pensées ; bientôt il dégoûterait les uns de leur vocation , et inspirerait aux autres des tempéramens et des accommodemens sur tous leurs devoirs -Dieu veuille que ceci ne soit jamais qu'une supposition ! Sa nsjuger personne, défions-nous donc comme du démon même , de ceux en qui nous croirions apercevoir quelque chose de son malheureux esprit ; et quant à nous , regardons-nous comme de vrais démons , si nous sentions cette inclination malheureuse à détourner les autres du devoir ; absit. Amen.

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