LES ÉTUDES DES HOMMES APOSTOLIQUES
PREMIÈRE EXHORTATION
Obligation d'étudier.
In doctrinis glorijicate Dominum.
Par l'étude des sciences, rendez gloire au Seigneur, /soie. ch. 24, i5.
Le temps n'est plus, où, sans le secours des sciences divines et humaines, nous puissions espérer de rendre , ni à Dieu beaucoup de gloire, ni beaucoup de service au prochain.
Il est vrai que , dans le choix que fit Noire-Seigneur de ses premiers apôtres, il parut affecter de prendre des hommes ignorans et grossiers , à qui il confia le ministère de la parole; mais nous en savons la raison ; il voulait , par une suite de merveilles inouïes jusqu'alors, réveiller, pour ainsi dire, l'attention des nommes, et faire sentir qu'il était le seul auteur de la religion qu'ils venaient annoncer au monde ; mais depuis rétablissement du christianisme , cette raison ne subsiste plus. Il est vrai encore que nous ne voyons pas absolument que les
SBB DIVERS SUJETS DE PIÉTÉ. "l™
.lus habiles soient toujours ceux qui fassent plus de ruil ; mais outre que, régulièrement parlant , ceux |ui font beaucoup de fruit n'ont rien négligé pour e rendre habiles, il est certain qu'un savant , quand 1 est saint , remportera d'ordinaire sur un saint qui l'est pas savant. Cela seul suffit pour montrer l'unité des sciences, et de l'étude qui peut servir à les icquérir.
Notre vocation demanderait donc , s'il était posiible , des hommes qui fussent déjà savanset saints ont à la fois ; mais il s'en trouve très-peu. Que rese-t-il donc , sinon qu'on choisisse , pour entrer en religion, des hommes qui soient déjà savans, et qui veuillent travailler à devenir des saints ; ou des honv mes qui soient déjà saintsetqui veuillent travaillera devenir savans : ou pour le moins, de jeunes hommes de qui l'on puisse espérer qu'après avoir jeté les fondemens d'une vertu solide, ils s'appliqueront ensuite à acquérir toute la science qu'ils n'ont pas , et qui leur est nécessaire par rapport à la fin qu'ils se proposent?
Entrons donc dans la considération de ce second devoir de notre vocation.
Toute cette matière se réduit à deux points : l'un regarde l'obligation qu'a un religieux , et surtout un jeune religieux, d'étudier; l'autre regarde la manière dont il doit étudier, pour le faire en véritable religieux ;je montrerai donc, et combien on peut déplaire à Dieu en n'étudiant pas, el comment, pour plaire à Dieu , on doit étudier.
PREMIER POINT
J'ai déjà dit plus qu'il ne faudrait pour persuader la nécessité indispensable d'étudier , à ceux qui seraient vivement touchés du désir de leur perfection.
Nous ne saurions douter que nos supérieurs, que Dieu même ne veuille que nous étudiions. Aussi est-ce la seule raison qui se trouve dans nos règles. Qu'ils s'appliquent sérieusement et constamment à leurs études , dit la règle ; et comme ils doivent bien prendre garde que l'ardeur qu'ils auraient pour les sciences , ne vienne à étouffer en eux l'esprit de religion et l'affection aux vertus solides et aux exercices de piété, qu'ils se persuadent qu ils ne peuvent rien faire de plus agréable à Dieu, que d'étudier avec des intentions pures et droites. Ef qu'ils ne disent pas que ce qu'ils apprennent ne leur servira de rien, peut-être; cela pût-il arriver, le travail de l'étude, entrepris par obéissance et par esprit de zèle et de charité , comme ils le doivent, ne laissera pas de leur être d'un grand mérite aux yeux de Dieu, notre créateur et Seigneur.
Cependant je vais plus loin , et je cherche aujourd'hui des considérations assez fortes pour faire impression sur ceux mêmes que le pur bon plaisir de Dieu , ou maintenant , ou dans la suite, ne déterminerait pas toujours assez efficacement au devoir.
Je dis donc qu'on ne peut négliger ses études sans déplaire à Dieu , sans l'offenser, et sans se mettre en danger de perdre même la grâce, et de se damner Cela est horrible , mais cela n'en est pas moins vrai.
Car , en négligeant ses études , 1 ." certainement >n ne fait pas ee qu'on est obligé de faire ; 2.° on ait comme infailliblement bien des choses qu'on ie devrait pas faire ; 3.° on se met dans la triste léeessité de faire , en cent occasions , ce qu'on se rouvera incapable de bien faire : ne perdez rien de outes ces réflexions.
Je ne regarde donc plus l'élude simplement comne un de ces devoirs de zèle et de charité , si essen-
I.iels à notre état , ni comme un devoir d'obéissance dans une matière aussi considérable qu'il en puisse ;tre , mais comme un devoir de la plus rigoureuse justice. Car , souvenons-nous du contrat qui se fait sntre la communauté et nous , lorsque nous nous associons à elle; elle s'oblige à nous élever, à nous former avec de grands soins et de grandes peines , a nous garder en santé et en maladie, à pourvoir charitablement, selon l'étendue de ses facultés , à nos besoins véritables , de quelque nature qu'ils puissent être. .Mais , de notre part , nous nous obligeons aussi ù être dociles et disciplinables , à seconider ses soins pour devenir des instrumens propres à jses différentes fonctions, à la servir, et à la décharger envers le public et envers nos bienfaiteurs , de ses divers engagemens ; à n'épargner , pour cela , ni inos talens naturels, ni notre industrie, ni nos forces , ni notre santé , ni notre vie même , s'il est nécessaire; cela est évident, et si évident, que jamais on ne nous aurait reçus que sous cette condition : JVe promettez-vous pas- de oouê appliquer de tout Lotre j ouvoir à la piété et à V étude ? Non : retirezvous donc ; et qu'êtes-vous venu chercher ici ? Si vous ne comprenez pas assez quelle faute c'est
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et quelle injustice, que de manquer a la remplir, cetle promesse , jugez-en par ce que vous penseriez si les supérieurs manquaient â vous fournir le nécessaire pour votre soulagement et votre consolation; vous diriez: quelle dureté ! quelle cruaulé !est-ce là ce qu'on m'avait promis ? et vous ne croiriez pas avoir tort. Quand donc vous négligez de faire votre devoir, ou de vous disposer de loin à le bien faire au temps à venir , les supérieurs ont-ils moins de droit de se plaindre , de vous rappeler à vos promesses , et de crier à l'injustice contre vous , je vous le demande ? Jugez-en encore parce que pourraient dire les fondateurs de nos maisons , s'ils revenaient au monde , et qu'ils vissent l'usage que nous faisons si souvent de leurs pieuses libéralités : répondrionsnous qu'en droit rigoureux la communauté ne s'est engagée à rien , et que les contrats ne portent quoi que ce soit qui marque de notre part aucune obligation de justice? « Nous sommes donc bien » à plaindre , pourraient-ils répliquer, d'avoir eu » trop de confiance dans votre religion , dans votre » bonne foi et votre probité ! Il nous eût été bien » plus avantageux de traiter avec vous en rigueur, ,) ou de porter nos biens chez d'autres qui , plus in- » téressés que vous en apparence , sont pourtant » bien plus justes et bien plus équitables que vous. o Ils se croiraient grièvement coupables , s'ils n'ac- » quittaient pas leurs fondations, s'ils manquaient a d'assister au chœur, de jour ou de nuit , d'offrir » les sacrifices en certain temps , et un certain nom- » bre de fois -r s'ils n'exerçaient pas l'hospitalité , ou » s'ils manquaient a distribuer certaines aumô- » nés : une parole d'honneur n'est rien pour vous.
» Puisse lournanl vers les supérieurs: Que ne vous y> servez-vous, ajouteraient-ils, de toute voire au- » torité pour les réduire? ou si vous trouvez la eho- » se impossible, parce que vous ne leur trouvez ni » religion, ni honneur, que ne retranchez-vous de » votre propre corps , comme vous le pouvez , des » membres inutiles , si peut-être ils ne servent en- » core à embarrasser le resle du corps , et a détour- » ner les autres de leurs fonctions? Mais, puisv> qu'il ne s'en trouve presque plus, aujourdhm, » qui soient tels que furent vos premiers sujets , à » qui nous prétendîmes faire du bien , nous rélracv tons noire parole, autant qu'il nous est possible; » et si vous ne nous rendez pas plus de justice , » nous déclarons que nous en appellerons au tri- » bunal de Dieu , qui saura bien nous la rendre , » un peu plus lot ou un peu plus tard: vous tous, » cependant , qui pourriez avoir la pensée ou » la dévotion de faire du bien à des hommes indi- » gnes, instruisez-vous par notre exemple, on vous » fera tout espérer ; mais on ne vous aura rien promis » eu rigueur, et sur ce beau principe Ton ne vous » tiendra presque rien ; on vous dira : fieposez-vous » sur nous ; rapporte z-vousen à nous.... nous vous » avertissons de ne pas vous y fier ; les beaux traits » de générosité , de reconnaissance et de désinlé- » ressèment que vous lirez dans l'histoire de leurs » premiers pères ne se trouvent plus que dans les » livres ; ils songent à vivre comme tous les autres , » mais ils ne songent plus guère à travailler. » Ces reproches ne seraient-ils pas bien fondés , si nous renions à nous négliger ? tâchons de ne jamais les mériter
Je sais qu'il est bien difficile de déterminer bien précisément quel doit être le degré de noire négligence , et jusqu'où doit aller celle double injustice, et envers la communauté, et envers nos bienfaiteurs pour devenir un péché considérable; mais quand la négligence des études est comme habituelle, qu'après une année, ou plusieurs années, on ne se trouve , avec un bon esprit et une mémoire heureuse qu'à peine autant de capacité qu'il en faut pour n'être pas jugé incapable de poursuivre le cours de ses études, ou qu'avec un mérite supérieur , du côté de la nature , à peine atteint-on , par sa négligence , la médiocrité de ceux qui n'ont aucun talent , peuton douter qu'on ne soit coupable , et qu'on n'ait de terribles comptes à rendre à Dieu ?
Quoi ! un mercenaire , un ouvrier qui se fait payer de ses journées entières , quand il est plusieurs heures sans travailler, sera censé perfide, infidèle et voleur, du moins après un certain temps, et comme tel, condamné à restituer les semaines, les mois, les années entières; et nous, nous négligeons les éludes auxquelles on nous applique , et nous vivons sans scrupule, sans penser à regagner le temps perdu !
Quelque chose de plus fort : un magistrat, un juge , quoiqu'il achète de la plus grosse partie de son héritage une charge qui ne lui rapporte souvent rien, qui souvent lui attire des taxes qu'il doit ajouter chaque année au prix de sa première valeur, ce juge