PREMIÈRE PARTIE
ce qui pourra jious en rendre la demeure douce et agréable.
Dans la vie des saints Barlaam et Josaphat, saint Jean-Damascéne raconte qu'il y avait un certain royaume où les peuples, chaque année, se choisissaient un souverain. Tant que son gouvernement durait, il disposait de ses sujets et de tous leurs biens , sans résistance et au gré de ses désirs ; mais, Tannée finie, on le reléguait, sans y manquer, dans quelque île déserte, où souvent il périssait de faim ou de misère. Beaucoup de seigneurs avaient déjà subi la rigueur de cette loi, n'ayant guère songé qu'à élever leurs familles ou leurs amis, ou à jouir des douceurs du présent, qui devait être si court, quand enfin un homme plus sage et plus avisé se trouva placé sur le trône. Celui-ci , au lieu de se livrer à une vie délicieuse ou utile pour autrui , comme avaient fait ses prédécesseurs, ne travailla toute son année qu'à envoyer peu à peu et secrètement, tout ce qu'il pouvait détourner de richesses, dans le lieu éloigné où il sollicitait par grâce qu'on l'exilât. ïi y fut en effet relégué ; mais à l'aide de3 grands biens et des personnes afiidées qui l'avaient précédé ou qui voulurent le suivre, il y établit en peu de temps un royaume nouveau, dont il ne perdit la couronne qu'avec la vie. Fable ou histoire , la conduite était sage, et c'est celle qu'il nous faut imiter.
Qu'est-ce donc que ceci ou cela, par rapport à l'éternité? Quid hon ad œternitatem (1)9 Ce fut la devise d'un saint religieux, et ce sera la mienne, Je suis occupé à combattre pendant le cours de ma vie y disait Job, et j'attends l'heureux moment o"
(i) Saint Louis d« Gnnzague.
j'en sortirai. Vous m appellerez, Seigneur , et je vous répondrai [\).
Ainsi, un courtisan, un seigneur, éloigné de sa patrie, pour ses propres affaires ou chargé d'affaires d'Etat, ne pense qu'à la cour, ne respire qu'aprés sa patrie; il est toujours prêt à revenir ; il lui tarde qu'on le rappelle.
Avec de la foi, peut-nn penser d'une autre manière? Hélas! Seigneur, que mon exilest long dans cette terre étrangère (2j! J'ai été comblé de joie en apprenant que nous irions dans la maison du Seigneur (3). On nous attend là-haut, on nous invite , et nous tardons.
SECOND POINT
Je suis à la porte de l'éternité.
Que le temps est court , bon Dieu ! et qu'il passe vite ! Ceux qui ignorent la chronologie voient le commencement du monde comme à une distance infinie ; mais ceux qui savent un peu l'histoire universelle, en moins de rien remontent et le trouvent^, pour ainsi dire, comme dans son berceau. Les monarchies se succèdent et s'effacent aussi vite que les flots d'un grand fleuve ; elles ne sont qu'un point dans cette vaste étendue de l'éternité de Dieu.
Que de familles sont éteintes ! que de grands hommes ont déjà vogué sur cette mer orageuse ! Ils sont au port ; mais je suis sur le rivage, attendant le mo-
(i) Cunctis diebus , quibus nunc milito , expecto donec veniat imnmtalio me a : vocabis me , et ego respondebotîbi Job. i4,i4, i5
(2) Heu mihi ! cjuia incolatus meus prolongatus est 1 s. 119, 5.
(3) Lœtatus sum in his quce dicta sunt mihi : in domum Domini ibimus. Ps. m.