‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 107 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

des soins plus que paternels , Dieu traite l'homme enfin comme l'homme Ta traité ; qu'il punit ceux qui , par une mauvaise conduite durable et affectée, ont osé, pour ainsi parler, défier sa justice , ce n'est plus un mystère : c'en est un , plutôt, qu'il les ait si long-temps soufferts.

Dieu peut leur dire : Vous avez rebuté mes grâces, vous en aurez moins ; vous avez fermé les yeux à la lumière , elle disparaîtra , et vous serez dans les ténèbres : vous avez endurci votre cœur, je l'abandonnerai à sp dureté. En un mot , qu'ai-je dû , qu'ai -je pu faire pour vous , que je n'aie pas fait ? Osez vous expliquer une bonne fois. Ou , si vous n'avez rien à répondre , avouez qu'il ne vous reste qu'à craindre ma justice, au lieu de murmurer contre elle et de l'accuser.

Faisons à Dieu cette belle et touchante prière du prophète Isaïe , lorsque les Juifs , figurés les premiers par la parabole , commencèrent à sentir la colère et l'abandon de Dieu : « Du haut du ciel , )> voyez , Seigneur, ce qui se passe, et ne méprisez ■» pas un cœur contrit et humilié en votre présen- » ce (J ). Où est ce zèle , ce désir pressant qu'on as- » sure que vous avez de notre salut? Où sont ces » grâces spéciales, qui font impression sur les cœurs » les plus insensibles (2) ? Où sont ces entrailles de » miséricorde, ces effusions de clémence et de bon- )) té (3) ? J'en ai arrêté le cours , je le sais (4) ; mais

(i) attende de cœlo , et vide. Ts. 63 , i5.

(2) Ubi est zehis , et Jbrtiludo tua ? Ibid.

(3) Multitudo viscerum îuorum et miserationum It^trvm ? I». 63, i5.

(4) Super me continuerunt se. Ibid.

Retraite spirit. I. in

* en ai-je pu tarir la source inépuisable ? Est-ce à

n cause de moi que vous êtes bon , ou n'est-ce pas

» à cause de vous-même , et de Jésus-Christ votre

» adorable fils ? Vous êtes toujours notre père (1),

» tant que le Sauveur ne cesse d'être notre frère ;

» voyez ses travaux ; éco" tez ses cris ; reconnais-

» sez ses plaies. Pourquoi m'abandonner à l'égare-

» ment? Pourquoi laisser endurcir mon cœur? Pour-

» quoi lui ôter votre crainte (2) ? C'est une puni-

)) tion que j'ai méritée , il est vrai , par mes longues

)) résistances ; mais est-ce ainsi que punit un père

» tendre ? Ne sont - ce pas plutôt les marques d'un

» maître sévère , d'un juge irrité ? Me voici tel

» que j'étais dans ces jours de ténèbres , dans ces

» momens fâcheux, où je ne vous connaissais pas,

» où le monde et mes passions me dominaient (3).

» Ah ! mon Dieu, laissez-vous fléchir du moins aux

» cris de tant de fidèles serviteurs (4) , auxquels

>:> je suis associé par état , ou par une union spé-

» ciale de prières des saints protecteurs dont j'ai

>:> l'honneur de porter le nom , ou en qui j'ai une

•>> confiance particulière. Jean - Baptiste , Joseph ,

p les saints anges, mes saints confrères , et surtout

» Marie , votre mère , et reine des anges et des

» saints , vous implorent en ma faveur. Je vous

» conjure , 6 mon Dieu î 6 mon Père ! d'écouter

)> leurs prières , et la résolution que je forme de

» faire pénitence, et d'être à vous sans partage. »

(î-) Tu enim Pater noster es. Is. 6, 3 i5.

(2) Quarè errure nosjTecîsti de vus tuis ? indurasti cor nostrum, ne timeremus le ? IbiJ. 16.

(3) Facli sumus quasi in principio , cùm non donrinareris nostri. Is. 63 , 19.

(4) Cowertere propter serres tuas. Ibid. 17.

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