‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 108 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Abîmons-nous dans ces sentimens de contusion, d'humilité, d'espérance.

On demande, en théologie, si Dipu a prédestiné les hommes, indépendamment ou déjxmdamment de leurs mérites. Quelques-uns croient qu'il serait plus avantageux à notre tranquillité , que Dieu eût égard à nos actions avant que de décider de notre sort; hélas! ne sommes-nous pas bien à plaindre aujourd'hui , après la conduite que nous avons tenue, si Dieu ne nous a prédestinés ou réprouvés que selon le bien ou le mal qu'il a prévu que nous ferions? Au moins, que faut-il que nous fassions aujourd'hui pour balancer nos ingratitudes passées , et faire en sorte que le bien l'emporte encore sur le mal ? Pensons-y sérieusement.

TROISIÈME POINT

Combien ces châti?nens spirituels sont redoutables.

l.° Il faut assez peu de chose, quelquefois, poulies mériter. D'ordinaire on se les attire par des infidélités durables et redoublées. Mais l'infidélité à une première grâce, à une seule grâce, peut con duire jusqu'aux dernières extrémités: elle mérite la soustraction d'une seconde, la seconde d'une troisième : et peu à peu on est sec , aride , sans amour, sans crainte de Dieu. Une seconde infidélité est donc plus dangereuse qu'une première, et une troisième qu'une seconde. Mais rien n'est plus dangereux, plus formidable qu'une suite habituelle d'infidélités. C'est ainsi que périt le malheureux Judas. Ainsi périrent tous ceux qui furent longtemps dans la ferveur, et que l'on vit ensuite vivre et mourir dans le désordre.

2.° Ces chàtimens mènent presque toujours à de grands crimes, puis à l'impénitence. Après bien des chutes et des retours vers Dieu, on désespère ; l'inutilité des efforts passés fait juger inutiles de nouvelles tentatives : la persévérance paraît impossible.

Il est vrai qu'avec des secours bien particuliers, on pourrait prendre le dessus et se fixer ; mais ces secours, Dieu ne les offre pas toujours, ou plutôt il les offre assez ; mais il demande une fidélité plus qu'ordinaire, et le couragemanque. Il est plus difficile de revenir à la ferveur, que de s'y conserver. Il faut faire le double, le triple de ce que les autres font ; plus d'oraison, plus de mortification, plus de recueillement , plus de vigilance ; cela coûte, surtout dans les commencemens ; mais veut-on mourir de la sorte ? Veut-on se damner ?

3.° Comme ce sont des chàtimens spirituels, ils sont invisibles, et on ne les aperçoit pas; ainsi on ne les craint guère. Un aveugle comprend qu'il est aveugle; il lèsent, il se fait conduire; l'aveugle spirituel croit voir mieux que personne, ou , dans le doute , il se choisit des guides aveugles comme lui- lui et eux se jettent dans l'abîme. Nous disons que les chàtimens spirituels sont terribles , parce qu'ils mènent aux crimes, aux désordres d'éclat; ils le sont peut-être moins alors, quand ils conduisent aux crimes qui suffisent pour damner , sans être suffisans pour décrier. Le cœur est tout cor rompu , quoique le dehors soit composé, et qu < l'extérieur on fasse une bonne contenance. Leshom tues applaudissent à des vertus équivoques ; màr

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