PREMIERE PARTIE
cette vie. C'est donc sur ces modèles qu'il faut làcher de régler nos pénitences , comme c'est là-dessus que l'Eglise tâcha de régler celles qu'elle imposa dans les siècles les plus fervens. Et n'allons pas nous imaginer que l'esprit de l'Eglise ait pu changer à cet égard ; défions-nous d'une certaine disposition où pourrait nous mettre quelquefois, en qualité de vrais catholiques , le zèle qu'on a contre les ennemis de l'Eglise et contre leurs opinions. On confond souvent les points où ils ont erré , avec ceux où ils ont dit vrai et pensé juste. Leur erreur n'est pas certainement de demander de grandes satisfactions après de grands péchés. Le concile de Trente à cet égard prononce comme eux(l). La pénitence est un baptême laborieux ^ accompagné de beaucoup de pleurs et de travaux.
Toute l'erreur ne consiste qu'à blâmer l'Eglise comme d'une prévarication criminelle , parce qu'elle procède autrement qu'autrefois dans la réconciliation des pénitens.
L'Eglise sans doute a pu changer de discipline et de pratique , et elle le peut encore , pour de justes et sages raisons; mais ce quejamais elle n'a changé, et ce quejamais elle ne changera, parce qu'elle ne peut le changer, c'est le dogme de la pénitence; or, le dogme, le voici : C'est que, même après le péché remis , il reste des peines temporelles à payer à la justice divine ; que Dieu exige , pour tous les péchés commis après le baptême, des satisfactions proportionnées à ces péchés ; qu'il est bien plus avanta-
(r) Pœnitentia , baptismus laboriosus , non sine magnis jletïbul ac laboribus.
geux de les faire en ce monde qu'en l'autre ; mais qu'ici ou la , nous les ferons nécessairement.
Nous pouvons donc certainement entreprendra , et demander même à nos juges , les lieutenans de Jésus-Christ, un genre de pénitence proportionnée a notre état, a nos emplois, à nos forces ; mais . pour de grands péchés , toujours une longue et sévère pénitence. 11 faut donc des mortifications réglées ; il en faut pour chaque semaine , et , s'il se peut , même pour chaque jour ; garder nos vœux dans leur perfection , nos régies , nos usages , nos saintes résolutions , nos méthodes pour bien faire chaque action selon toute son étendue ; nous abstenir de tous les divertissemens , non-seulement dangereux, mais même inutiles : faire notre plaisir de notre devoir, et nous priver de tous les autres, sans pitié ; entrer dans les sentimens du pénitent de Pacien, évêque de Barcelone, à qui Ton proposait des parties de jeu , de table , de chasse, etc. (T). Ce sont les droits des personnes innocentés, de ces hommes heureux qui H 'ont jamais oublié les engagement de leur baptême : pour moi , je n'ai plus rien à faire sur la terre , qu'à gémir et à trembler.
Mais n'avons - nous pas les indulgences, qu'on n'avait pas autrefois, et qui sont comme un supplément de pénitence ? Oui, et nous devons chercher à remplir , avec une exacte fidélité , les conditions auxquelles elles sont accordées , pour que rien ne puisse rendre douteuse leur entière valeur : cependant , plusieurs choses sont à remarquer ici.