‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 125 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

parce qu'on croit que nous pouvons nous en passer. Pour prévenir les fautes contre la pureté , retrancher cette curiosité de tant de nouvelles ou de lectures frivoles ; tenir tous ses sens en captivité ; se re tirer , /e plus qu'il est possible, d'un certain monde corrompu et corrupteur, rompre avec tous ceux pour qui le cœur se sent une affection tendre et naturelle , surtout si on leur trouve quelque penchant au libertinage et au plaisir.

Pour tarir les fautes contre la charité, s'accoutumer à parler peu, à ne parler même que lorsque la nécessité l'exige ; éviter les visites, les conversations inutiles et de pur amusement ; jamais ne rien dire de ceux dont on n'a point de bien à dire , et s'en faire une loi capitale ; jamais ne laisser coucher le soleil sur un ressentiment, quelque faible ou quelque fondé qu'il puisse être ; jamais ne permettre à son imagination , à son esprit , de réfléchir sur ce qui ne peut que l'aigrir et l'animer. Contre les fautes intérieures par pensées et désirs, s'accoutumer à détourner doucement son attention des pensées même inutiles , son cœur des attaches qui ne peuvent être tout-à-fait innocentes, dès que ce sont des attaches ; la mortification assidue de celles - ci est comme la mort infaillible de celles-là.

Enfin , pour prévenir les fautes d'omission , se jcire une loi de vaincre la langueur, la pesanteur , la paresse ; d'aimer le travail, de s'occuper toujours non point par inclination, par boutades , par caprice , mais par devoir uniquement , et simplement aux choses du devoir.

Quelle autre raison pouvaient avoir les saints , qui furent si mortifiés pendant toute leur vie, quoi'

Retraite spirit. I. *

que plusieurs eussent reçu le baptême depuis leur conversion , ou qu'ils eussent eu révélation de leur réconciliation parfaite ? 11 ne suffit pas de s'être relevé , disaient-ils , il faut ne plus retomber. Pour cela tant de confessions , tant de prières que Ton voudra ; ce sont des remèdes généraux qu'il ne faut pas négliger ; mais ceux dont on vient de parler sont spécifiques. Les premiers vont à réformer le mal , cela est plus long ; les seconds vont directement au centre , à la racine du mal ; le remède est plus court et plus certain ; on n'en use guère, qu'on n'en aperçoive d'assez sensibles effets , ou plutôt c'est de l'union des uns avec les autres que vient la prompte , entière , et durable conversion. Et comment , sans cela , espérer de détruire les habitudes mauvaises , puisqu'il n'y a que des actions contraires au penchant de toutes les passions, qui puissent les empêcher de se former ? Comment se sont préservés autrement , de la simple corruption naturelle , Jean-Baptiste, Paul l'ermite , le grand saint Antoine , le fameux Hilarion ? Comment se préservent de la contagion , dans le siècle ou hors du siècle, tant de saints religieux et de personnes vertueuses ? Est - ce trop de demander aux pécheurs, pour se rétablir solidement dans l'innocence , ce que l'on demande aux plus justes , pour pouvoir y persévé-' rer ? Et s'ils le refusent , que peuvent-ils attendre , qu'une suite continuelle de chutes et de rechutes , qui donnent lieu de douter de la sincérité même de la conversion , et qui ne leur permettent jamais de goûter le plaisir pur et touchant de se croire réconciliés avec Dieu ?

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