PREMIÈRE PARTIE
TROISIEME POINT
Troisième raison de faire pénitence , le refroidissèment de Dieu à vaincre.
Car il ne faut pas s'imaginer que Dieu , après avoir pardonné le péché , se trouve toujours aussi vite et aussi aisément plein d'affection et de tendresse pour nous, qu'il l'était avant nos offenses. Il le fut pour le prodigue , il le fut pour Magdeleine , parce qu'ils aimèrent beaucoup l'un et l'autre ; au heu que, dans notre conversion, il est entré plus de crainte que d'amour , ou , pour le moins, un assez grand mélange d'amour et de crainte.
Sans cela , le conseil du sage serait inutile (1). 11 ne dit pas : Ne soyez point sans crainte sur le péché pleuré et confessé , mais sur le péché même pardonné.
Le prince qui reçoit en grâce un favori rebelle, et qui n'exige quelquefois ni satisfactions ni services, ne lui rend pourtant pas toujours ses charges , ses dignités , ni ses biens : cela ne se rachète que par de longs témoignages d'un retour plein de zèle et d'attachement.
En un mot, Dieu nous traite comme nous le traitons; vous l'aimez assez pour ne plus vouloir l'offenser ; il vous aime assez pour ne plus vouloir vous damner. Vous ne l'aimez pas assez pour vouloir faire et souffrir, àson service, rien de grand et de singulier; il vous aime trop peu pour veiller sur vous d'une façon si particulière. Qu'arrivera-t il donc ? Que, dans l'occasion , vous manquerez peut - être
(i) De propitiato peccato noli esse sine metu. Eccli. S , 5.
d'une grâce de faveur , de choix , de prédilection , avec laquelle vous vous seriez soutenu, sans laquelle vous tomberez. Vous vous relèverez avec peine , et peut-être mourrez-vous dans votre péché avant que de vous être relevé. Que ceci est terrible !
Mais n'y a-t-il point de remède ? Un seul remède, dit encore le Concile de Trente ; nous rendre semblables à Jésus-Christ, par une vie pénitente et crucifiée. Dieu ne saurait qu'aimer tendrement ceux qu'il voit semblables à son Fils : quels qu'ils soient, il les chérit, il les protège, en considération de celui qu'ils lui représentent. Jetons les yeux sur le crucifix , et voyons dans quel état il faut se mettre pour gagner le cœur et attirer les complaisances de Dieu.
Portons toujours et partout, dit saint Paul, la mortification de Jésus-Christ dans notre corps , afin que la vie de Jésus-Christ se fasse aussi apercevoir dans notre corps même (1). Et quand est-ce qu'on est assez semblable à Jésus-Christ, pour se croire assuré du parfait amour de Dieu ? On ne peut le dire ni le savoir précisément ; le Concile de Trente dit seulement que la vie entière du chrétien doit être une pénitence continuelle (2). Saint Grégoire répond, qu'il ne faut cesser de pleurer ses péchés qu'à la mort, quand on n'a plus le loisir de le faire, ni de crainte de retomber. Une dame de qualité lui avait écrit pour le prier de lui dire si ses pé-
(i) Semper mort/ficalionem Jesu in corpore nostro drcum/m rentes , ut et fila Jesu manifestelur in corporibus noslris. II. Cor. 4, io.
(2) Tota vita chrisliana perpétua débet esse pcemlentia. Conc. Trii