‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 127 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

chés lui étaient pardonnes , et de demander même à Dieu qu'il voulût s'en expliquer à lui par quelque sorte de révélation. Il n'est, répondit le saint Pape, ni utile ni possible que je vous satisfasse; ni possible, je ne suis point assez saint pour espérer , ni assez téméraire pour demander des révélations ; ni utile, vous viendriez peut-être à vous relâcher; il ne le faut pas Vous croyez que vous en deviendriez plus fervente, vous le croyez ; hé bien, devenez-le sans révélation ; vous le pouvez , et vos péchés vous seront pardonnes.

Tel a été l'esprit de tous les autres saints : aux approches de la mort , saint Augustin s'était fait écrire, le long du mur, les psaumes de la pénitence; sans cesse il les répétait depuis son baptême ; pendant quarante ans comment avait-il vécu ? doutaitil que les fragilités de sa jeunesse n'eussent été noyées dans les eaux de la régénération ? Les pénitens dont parle saint Jean Climaque, se demandaient les uns aux autres, avec des cris lamentables, ah î mon cher frère , pensez-vous que Dieu m'ait reçu en grâce ? Juste juge , quand je réclamerai votre miséricorde, au jour de la vengeance , ne me méconnaîtrez, ne me rejetercz-vous pas ?

Ils menaient une vie véritablement affreuse et toute miraculeuse par ses rigueurs. Les uns se laissaient tourmenter de la soif, se refusant un verre d'eau dans les plus grandes ardeurs de l'été. Les autres, exposés au froid de l'hiver ou aux rayons l'un soleil "brûlant, se laissaient dévorer aux insectes, ou glacer aux vents les plus âpres et les plus violens. Ceux-ci passaient, debout, sans sappuyer , les nuits entières , luttant contre les attaques du

sommeil. Ceux-là avaient toujours les yeux fixement attachés au ciel ; d'autres, toujours courbés vers la terre, n'osaient jamais les élever. Saint Jean Climaque, qui rapporte lout ceci comme témoin oculaire, fait une réflexion qui nous regarde beaucoup plus que lui ; je pensai , dit-il , me désespérer en voyant de tels sentimens, de telles alarmes, avec de telles actions; si c'est à ce prix, disais-je, qu'il faut racheter le paradis quand on l'a perdu, sera-t-il pour moi ? pour qui sera-t-il ?

Ne nous désespérons pas; mais, au désespoir près, faisons tout le reste, nous n'en saurions trop faire. Dieu est juste et terrible, prévenons sa colère, apaisons sa justice, méritons ses plus tendres bontés.

MÉDITATION

De la conversion de quelques Saints illustres.

Cette méditation est propre pour des personnes qui, ayant déjà atteint l'âge parfait, n'auraient point encore commencé à se donner bien sincèrement à Dieu, ou qui, après s'être données à Dieu, auraient mal soutenu leur premier projet, et se sentiraient pressées de la grâce de se convertir par une conversion prompte, totale et durable.

On leur propose donc la conversion de saint Paul, de saint Augustin, de saint Ignace, et de saint François Xavier. Les deux premiers vécurent dans la primitive Eglise, et les deux derniers dans des temps bien plus voisins du nôtre. On peut remarquer des particularités communes à tous les quatre , et qui contiennent de grandes instructions.

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