‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 128 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

1 . Ils se convertirent tous quatre vers l'âge de trente ans ou environ.

2.* Tous quatre ils ne firent aucune réserve : ils ne «ardèrent aucun mauvais ménagement dans leur conversion.

3.° Tous quatre, dans tout le reste de leur vie, jamais ne se démentirent.

Faisons-en les trois points de notre méditation.

PREMIER POINT

Vers trente ans ils se convertirent.

Saint Paul avait à peu près trente trois ou trentequatre ans, saint Augustin trente et un, saint Ignace trente, et saint François-Xavier vingt-neuf. Nous en conclurons d'abord , qu'il est encore temps de devenir des saints, quelques mauvaises habitudes que nous ayons contractées ; temps encore de devenir parfaits, eussions-nous persécuté Jésus-Christ et ses serviteurs , comme saint Paul , profané notre corps, et abusé de notre esprit pour défendre Terreur, et nous autoriser dans nos désordres, comme saint Augustin ; eussions -nous été, comme saint Ignace, esclaves des usages et des maximes du monde, et entêtés, éblouis, enchantés de la fausse gloire jusqu'à lui sacrifier tout ; ou, comme saint François-Xavier, eussions nous été la vanité même, voulant partout l'emporter sur nosconcurrens, rapportant tout aux études, tout notre travail à de chimériques prétentions d'élévation et de réputation.

Devenir donc des saints, quelle. qu'ait pu être l'occasion de notre conversion, ou une voix intérieure, mais forte et effrayante, qui nous ait crié,

comme à saint Paul : Pourquoi me persécutes-tu ? ou le dégoût d'une vie criminelle, et jusque dans les plaisirs les plus séduisans, toute détrempée d'amertume et de chagrins, comme à saint Augustin ; ou l'exemple des héros chrétiens , et la honte d'avoir moins de courage qu'ils n'en eurent, comme à saint Ignace ; ou enfin, comme à saint François-Xavier, une retraite commencée à demi, par force ou par complaisance, et puis continuée avec ferveur , par la vive appréhension de cette grande parole : Que sert à l'homme de gagner tout le monde, s'il est assez malheureux pour perdre son ame?

Le même Dieu qui les rappela, nous ouvre encore aujourd'hui le sein de sa miséricorde; son bras n'est point raccourci, les entrailles de sa miséricorde ne sont point resserrées ; jetons-nous-y avec confiance ; nous y trouverons un asile, un appui solide; il ne se retirera pas pour nous laisser tomber (1).

C'est ce que dit l'auteur de l' Imitation , d'une manière si tendre : Ne perdez pas, mon frère, l'espérance et la confiance de vous avancer dans la vie spirituelle ; vous en avez encore le temps et la commodité ; pourquoi différer? Levez-vous, commencez sur l'heure, et dites : C'est ici le temps d'agir, le temps de combaitre , le temps propre à me corriger (2).

Mais marquons surtout ces deux paroles : Nunc,

(i) Non se subtrahet ut cadas ; projice te in eum. L. i , ch. 22, 4 et 5.

(2) Noli, f rater, amittere conjidentiam projiciendi ad spiritualia, adliuc habes tempus et horani. Quarè vis procrastinare propo~ situm tuum ? Surge , et in instanti incipe , et die : nunc tempus estfaciendi , nunc tempus est pugncuidi . nunc aptum est uitam emendandi.

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