‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 129 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

in instanti ; maintenant , en cet instant ; car, si nous ne le faisons aujourd'hui, à l'âge où nous sommes (et c'est la deuxième conclusion) , il est douteux que jamais nous le fassions; au moins , dans toute l'étendue de l'histoire ecclésiastique, nous ne savons aucun saint qui se soit converti étant fort âgé. David et saint Pierre, à la vérité j étaient plus vieux : mais leurs chutes ne furent que passagères. On peut se relever aisément etpromptement, quand on ne pèche que par surprise, et que les ressorts de l'ame ne sont pas éhranlés ni relâchés. Il s'agit ici de pénitences à la suite d'un long désordre ou d'une espèce de relâchement habituel et comme affecté.

Jusqu'ici, peut-être, nous pûmes attribuer nos déréglemens à la grande jeunesse , à la vivacité d'une nature toute bouillante et comme incapable de sérieuses réflexions. Disons donc, pour le passé, avec l'Eglise, dans les prières des agonisans(car il nous faut mourir à la vie des sens, et nous voici comme à l'agonie) : Ne vous souvenez point , Seigneur, des ignorances ni des péchés de ma jeunesse ; oubliez mes iniquités, et cette espèce d'ivresse où m'emporta, dirai je, la chaleur ou la fureur de mes mauvais désirs ; ivresse, frénésie, fièvre chaude, fureur (1). Qu'il y a d'énergie dans ces diverses expressions !

Mais aujourd'hui, qu'attendons-nous, et quand aurons-nous de la conduite , si nous ne commençons dès à présent? Dans le monde, à trente ans, on

(i) Delicta juventutis meœ , et ignorantîas meas ne mcmineris , iniquitatum meanim et ebrietatum , quas suscitauit fervor , sive furor mali desideru.

croit un homme capable des premières magistratures ; dans bien des monastères on ne demande pas tant pour mettre quelqu'un dans es supériorités. Jésus-Christ, notre srrand modèle , se montra au monde, et prêcha à trente ans, comme pour dire que cet âge suffisait à ce qu'il y a de plus sérieux et de plus sacré. Enfin, dans les temps de sa plus sévère discipline, l'Eglise ne demandait que trente ans pour consacrer un évéque ; aujourd'hui, elle les fait à vingt-sept, et les prêtres à vingt-quatre.

Ne serions-nous pas assez à plaindre de n'avoir pas donné à Notre-Seigneur le plus bel âge de la vie , dont il est singulièrement jaloux ? Sera te amavi. Ah ! que je vous ai aimé tard ! Outre que nous ne savons pas ce qui nous reste à vivre, en remettant encore, qu'aurons-nous à lui offrir , que les années dont le monde ne voudra plus peut-être , et où nous-mêmes nous commencerons à n'être plus propres à rien? Le beau partage! ah! qu'il est peu digne de Dieu et d'une ame généreuse! Non, ne nous flattons point. Si nous différons, il est presque certain que nous ne serons jamais à lui. Trouve-t-on , en effet, beaucoup de prêtres, de religieux, ou de religieuses, ou de personnes du monde (car cette morale convient à tous les états), qui, dans un âge avancé, changent jusqu'à devenir des saints? On voit au contraire dans la plupart, à l'âge de cinquante ou soixante ans, toute la légèreté d'unt jeunesse insensée, aussi peu de dévotion et de goût pour la piété, autant et plus de mauvaise humeur, de petites révoltes, de fierté mal entendue , d'attache à leurs corps et à leurs commodités ; aussi peu d'attention à édifier ; autant d'amour pour le mon-

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