‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 130 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

de et pour la vie; aussi peu de réserve, de modération et de modestie ; autant de craintes dans la maladie et aux approches de la mort ; et Dieu veuille encore qu'ils ne gâtent, qu'ils n'empoisonnent pas ceux qui, étant plus jeunes et sans précaution , se livrent trop librement à leur amitié ! Ils eurent les mêmes secours que nous , et n'en ont pas profité : que le Ciel nous préserve de leur malheur !

SECOND POINT

Dans leur conversion, ils ne firent aucune réserve, ne gardèrent aucun mauvais ménagement.

On pourrait trouver plutôt qu'ils excédèrent. A quels travaux saint Paul ne se dévoua-t-il pas d'abord? Quelle guerre saint Augustin ne fit-il pas à son corps et à son esprit ? Comment vécut saint Ignace dans sa grotle de Manrèse? Quelles pieuses cruautés saint François-Xavier n'exerça-t-il pas contre lui-même, jusqu'à se faire entrer dans la chair vive fies cordes qui y pourrirent, et qu'on n'en put faire îomber que par une espèce de miracle ! Peu après, quelle violence héroïque ne fit-il point à la nature, dans l'hôpital de Venise ! Ils crurent que , pour en venir même à un juste milieu, il était nécessaire, dans les commencemens , de passer d'une extrémité à l'autre ; aussi, en peu de temps, s'élevèrent-ils si haut que bientôt, pour ainsi dire , on les perdit de vue. On ne se relâche toujours que trop; mais, avec tant de ménagement d'une prudence charnelle , et d'une raison tout humaine, il est impossible de ne pas tomber dans le relâchement. On ne gagnera jamais sur soi ce qu'on ne gagnera pas

2c2 RETRAITE DE TRENTE JOURS.

les trois premiers mois d'une conversion méditée et éclatante. Il faut, en quelque sorte, se précipiter comme à l'aveugle dans l'usage des remèdes, si Ton veut assurer sa guérison ; et, quant aux excès que 1 on pourrait craindre , on s'en préserve toujours quand on n'agit que par conseil. Mais la grande ferveur de ceux dont nous parlons, ne leur laissait pas la liberté de demander conseil ; et c'est peut-être en cela seul qu'il n'est pas toujours nécessaire de les imiter.

Pour ce qui regarde la conduite intérieure, toute leur disposition fut de s'abandonner à la grâce. Mon Dieu, que voulez-vous que je fasse (1) ? Parlez seulement, et aussitôt vous serez obéi.

Devant les hommes, bien loin de se cacher , de crainte de leurs reproches, de leurs railleries, ils firent gloire même de se les attirer pour une si bonne cause (2) ; gloire de souffrir la persécution sans l'avoir méritée , pour se punir de l'avoir autrefois si justement méritée sans la souffrir.

Enfin, ils travaillèrent principalement à faire servir à la grâce ce qui avait été la cause et l'instrument de leurs divers désordres. Le zèle outré de la loi, dans saint Paul, devint la mesure de son zèle immense pour l'Evangile. Saint Augustin, dans le souvenir de ses erreurs et de ses faiblesses, trouva des armes et du courage contre le libertinage fies opinions nouvelles et des mauvaises mœurs. Saint Ignace combattit pour Dieu, plus vivement et plus fortement qu'il n'avait fait pour le prince et

(i) Domine , ejuicl me vis Jet c ère ? Act q, 6. (2) lbant gaudentes.... quoniam digni habiti surit pro nomim Jesu contumeliam peiti . Act. 5, 4i.

Page 1