PREMIÈRE PARTIE
pour la patrie ; et saint François-Xavier changea sa vanité dans une noble ambition de conquérir à Jésus-Christ le monde ancien et le nouveau.
Difficilement change-t-on de naturel; mais il faut changer les objets et substituer aux mêmes passions quelque aliment plus digne de leur empressement.
Une seule passion, à laquelle on ne sait trop que substituer, c'est une certaine langueur , une indolence léthargique qui ne s'affectionne jamais à rien. Vit-on jamais aucun saint de ce caractère? Il la faut prendre par son faible ; en voulant s'épargnei ici-bas un peu de peine, quels tourmens affreux ne se prépare-t-on point pour l'autre vie ? et, dés celleci, que ne s'expose-t-on point souvent à souffrir , par la crainte même de rien souffrir, et par l'attention à en écarter toutes les occasions ? Ranimez ces mains languissantes , et affermissez ces genoux lâches et plians (1).
Ecoutez les saints, nos pères, nos maîtres, et nos modèles, s'écrier qu'ils s'étaient eux-mêmes alarmés mal à propos ; que la consolation répond toujours au travail ; qu'on peut beaucoup plus qu'on ne pense, et que le tout est de moins s'écouter et de se livrer à la grâce, sans tant de timides réflexions; là-dessus donc formons notre projet d'une vie sainte et toute pénitente.
(*) Confortate manus dissohitas , et çemta dehilia roborate. I» 35 3.
TROISIÈME POINT
Dans tout le reste de leur vie jamais ils ne se démentirent.
On ne dit pas qu'ils ne fussent encore hommes, et qu'ils ne pussent faire peut-être quelques fautes, tout grands saints qu'ils étaient ; mais jamais le moindre affaiblissement dans leur projet habituel et universel, ni jamais rien qui les rapprochât tant soit peu de ce qu'ils avaient été : c'est qu'il y a bien de la différence entre une conversion qui se fait dans un âge raisonnable, avec une pleine connaissance de cause, après de fortes touches de la grâce, de longues délibérations , de grands combats; el eelle qui peut être l'effet d'un accès passager de ferveur et ils dévotion. Aussi, sans parler de nos quatre modèles, on ne voit point que le Prodigue ni que Magdeleine soient retournés à leurs désordres : ils y auraient vraisemblablement péri.
C'est à ces pénitens retombés après une conversion d'éclat, et faite, pour ainsi dire , dans toutes les formes, qu'on peut appliquer ce mot de saint Ambroise, qui en soi et à la rigueur ne paraissait pas peut-être trop exact : J'ai connu plus de personnes qui ont conservé leur innocence baptismale, que je n'en ai vu qui aient, après leur chute, fait pénitence d'une manière à nous bien contenter. C'est qu'alors on ne recevait guère le baptême que dans un âge mûr et après de longues épreuves et de grandes préparations.
On peut leur appliquer encore ce mot de saint Paul (1) : H est impossible que ceux qui ont été
(i) Impossible est eos qui *emel sunt illuminati, gustaverunt