PREMIÈRE PARTIE
SECOND POINT
Quelles rèqles nous devons suivre et pratiquer pour nous aider de tout ce qui est sur la terre , selon les tues et les intentions de Dieu.
Toutes les créatures sont bonnes et utiles à quelque chose. On peut dire aujourd'hui comme au commencement du monde : Vidit Deus cunrta quœ feeerat : et erant >-alrtè hona (1) ; Dieu voit tout ce qu'il a fait , et il n'y découvre rien eue d'excellent. Mais toutes les créatures ne sont pas bonnes , ni à toutes choses , ni à tous , ni toujours. Dans l'atelier de l'artisan, tous les instrumens sont propres à son métier ; mais les uns sont propres à retrancher, les autres à ajouter ou à polir. Dans la médecine encore , tous les remèdes ont leur utilité ; mais ce qui sert d'antidote pour un certain mal , serait un poison mortel pour un autre. De meme , dit saint Bernard , toutes choses nous ont été données de Dieu pour notre bien , mais pour notre bien en diverses manières assez différentes : les unes, pour nous entretenir la vie et les forces ; les autres, pour nous instruire ; les autres , pour nous divertir et nous délasser; plusieurs enfin, pour nous corriger même et pour nous éprouver : Donata sunt nohis omnia ad aliquam utilitatem ; sed alia , ad suste?itationem; alia , ad eruditionem ; quœdam , ad délecta tionem ; postremo etiam \ non ponça , ad eorreptionem. La sagesse chrétienne consiste donc à user de chaque chose selon le dessein de Dieu , et par rapport à notre besoin présent ; car ce qui peut nous
(t) Gea. i, Sx.
être bon à nous - mêmes en certain temps , n'est pas bon dans un autre ; et ce qui sert en certaines rencontres à nous faire plaisir , doit servir dans un autre à nous humilier et à nous mortifier.
Donnons sur ceci deux régies certaines , et qui puissent s'étendre à toutes les situations imaginables où nous pouvons nous trouver dans la vie, par rapport à tous les êtres créés.
Toutes les créatures, par rapport à nous, se peuvent partager comme en deux classes. Il y en a dont l'usage nous est absolument et indispensablement nécessaire, nous ne saurions nous en passer ; et il y en a dont l'usage nous est libre en quelque façon , nous pouvons les prendre ou les laisser ; du moins nous pouvons les désirer , les poursuivre , ou ne pas nous en mettre en peine.
1 .° Les créatures dont l'usagenous est nécessaire, c'est tout ce qui sert à la conservation et à l'entretien de notre santé et des forces nécessaires à servir Dieu : la nourriture , le logement , l'habillement . le repos, et quelque délassement de temps en temps.
La régie qu'on doit suivre , dans l'usage de ces créatures , c'est de prendre le pur nécessaire , d'en remercier Dieu , et de faire à sa grandeur un sacrifice généreux de tout ce qui est superflu. Ces sortes de créatures , disait un saint homme , nous annoncent toutes , dans un silence éloquent , ces trois paroles : Accipe , redde , time ; accipe obsequium , redde beneficium , time judicium; recevez le service que je vous rends ; faites -en des remercimens à celui par qui et pour qui je vous le rends ; mais n'en abusez pas , de crainte que par moi - même il n'en tire une rigoureuse vengeance.